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Relations UE / USA : enfin du renouveau ?

09 novembre 2020

« Mister Président, you are fired ! » (Vous êtes virés, en bon français) ont scandé des foules immenses d’Américains après l’annonce de la défaite de Donald Trump aux élections présidentielles 2020 dont on se souviendra longtemps.

Ouf ! Trois fois ouf ! C’est fait. Les Etats-Unis, et par ricochet le monde entier, sont enfin débarrassés (enfin, dans 70 jours) de ce président qui restera sans doute dans l’Histoire comme l’un des pires présidents américains.

Les urnes ont parlé en faveur du démocrate Joe Biden. Clairement et définitivement, quels que soient les (futurs ?) recours locaux ou fédéraux ou autres manœuvres délétères du président sortant et sorti. Ces soubresauts d’un président battu et mauvais joueur, restant dans le déni, empoisonneront peut-être encore le « climat » quelque temps, mais n’aboutiront évidemment pas, dans cette grande démocratie qu’est l’Amérique, aux fondations et institutions très solides depuis plus de deux siècles.

Je pronostique même que l’avenir -judiciaire- du président battu sera plutôt compliqué compte tenu des nombreuses procédures engagées contre lui sur divers sujets (fiscaux, sexuels…). Le 20 janvier 2021, Donald Trump redeviendra un citoyen américain « ordinaire », donc redevable devant les autorités judiciaires de son propre pays, souvent redoutables. Et là, la peur changera de camp…

Depuis quatre ans, j’ai eu l’occasion, à plusieurs reprises, de dénoncer dans mon euroblog ou lors de conférences les attaques (commerciales surtout) de Donald Trump contre l’UE, qu’il déteste ouvertement, en tant que rivale (ce qui est vrai) en termes commercial et économique (la balance commerciale entre l’Union et les Etats-Unis est très excédentaire à notre profit). Mais pire, ce sinistre et nuisible personnage voit l’Union comme un ennemi à « abattre », souhaitant d’autres « Brexit », ce qui est une injure à nous autres Européens, non seulement à notre Union, mais à toute l’Histoire avec un grand H de la relation transatlantique. C’est une insulte à Lafayette, et ce qu’il a fait pour nos amis américains. Injure à l’UE, injure à l’Histoire, injure aux idéaux américains même, fondés sur la démocratie, la liberté, et une terre d’immigration gigantesque depuis la création des Etats-Unis ; injure au multilatéralisme qui a fait cette grande Nation, au recul du racisme depuis les droits civiques de 1963. Trump n’est pas seulement un personnage imprévisible, fantasque, arrogant, clivant, populiste, c’est aussi un raciste, un fasciste, méprisant à l’égard des autres, voyant les Européens, les Mexicains, les Arabes, les Asiatiques comme des citoyens de « seconde zone », et ne s’en cachant même pas, lorsqu’on lit ses nombreux discours. Pour se rassurer, on pourrait se dire qu’il est continuellement un provocateur, mais je crains qu’il croit vraiment à ce qu’il assène…Ce qui expliquerait d’ailleurs son comportement actuel, pathétique, son ego lui refusant d’admettre sa défaite. Mais là il relèverait davantage d’un cas pathologique…Finalement, il est bien en phase avec des millions d’Américains (blancs) du Middle-West et d’une partie du sud du pays, ce qui avait d’ailleurs fait son succès en 2016, certes de justesse. Et cela explique qu’il puisse obtenir, en 2020, 71 millions de voix (un record) malgré quatre ans de gestion chaotique, populiste et ultra nationaliste (America First), ce qui est problématique pour l’avenir car ce courant politique est bien implanté, avec ou sans Trump…Et l’Europe n’y échappera pas non plus hélas, avec un petit décalage temporel…

Vu d’Amérique, le bilan de Trump serait plutôt positif jusqu’à la pandémie mondiale, avec une réussite économique certaine (taux de chômage ramené à 3,5 %), même s’il a « hérité » en 2016 d’une base assainie et d’une dynamique de croissance favorable.

Mais c’est surtout le coronavirus qui aura causé la perte de Trump, pas sur un plan personnel, puisqu’il l’a eu (et en a fait un instrument de communication ubuesque, presque divin…), mais sur le plan politique, en niant l’importance de ce virus, en donnant des « conseils » surréalistes indigne d’un président des Etats-Unis (par exemple avaler une sorte de javel pour se nettoyer les poumons!!). Limite inconscient ou criminel, ce qui en dit long sur le côté fantasque, guignolesque et dangereux du personnage…

En outre, la crise sanitaire, qui fait encore des ravages, a engendré une crise économique et sociale sans précédent (mise à part celle de 1929), avec des millions de chômeurs, affaiblissant du coup significativement les bons résultats économiques obtenus jusqu’en 2019.

La Covid-19 aura donc « tué » politiquement parlant ce sinistre président, qui n’y croyait pas ! Belle ironie de l’histoire !

Vu du reste du monde, et notamment d’Europe, le bilan de Trump est catastrophique, agressif, chaotique, imprévisible et surtout nuisible. On l’a vu encore depuis l’élection, en champion des fake news, et complotiste sur les réseaux sociaux, appelant presque le « peuple » à contester dans la rue, en dénonçant des fraudes électorales sans donner la moindre preuve…Et ce dans les seuls Etats où il était en difficulté. Grotesque et indigne du président de la (encore) première puissance mondiale. Du jamais vu.

Mais depuis quatre ans, la relation avec l’Amérique de Trump fut vraiment un cauchemar, même si cette adversité anxiogène (avec, aussi, la pandémie mortelle) a soudé et unit notre Union européenne. Trump n’a jamais cessé d’humilier ou d’affaiblir l’UE : retrait en juin 2017 des Accords de Paris sur le climat ; il a salué le Brexit et même encouragé d’autres pays à l’Est à faire de même, leur promettant des contrats commerciaux bilatéraux mirifiques ; dès 2018 il a surtaxé l’acier européen de 25 % et l’aluminium de 10 %, heureusement, là, l’UE a promptement répondu par des représailles en taxant le soja, les jeans, le bourbon, les oranges de Floride, etc, ce qui a un peu calmé le jeu ;en 2019, il a surtaxé les vins et spiritueux (France très concernée!!) ; il s’est retiré de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), de l’Unesco, et a menacé de se retirer de l’OMC ; il a injurié nombre d’Etats de la tribune de l’ONU ; il a vertement raillé le projet européen d’une Europe de la Défense, exigeant, avant, que chaque Etat-membre de l’UE paye ce qu’elle doit à l’OTAN, pour sa sécurité ; il est même resté très ambigu sur sa solidarité militaire si un Etat balte était envahi par la Russie…Il y a aussi plusieurs pays européens qui achètent des avions de chasse américains pour s’assurer des contras commerciaux bilatéraux, prévus ou fantasmés…

Ces quatre ans d’agressions continues furent très déstabilisantes pour l’Europe, qui réalisait enfin qu’elle perdait un tel allié, historique. Mais en même temps, nous autres Européens, étions « sous assistance » diplomatique et militaire des Américains. Pour ne pas dire des vassaux, corsetés dans un assistanat bienveillant mais un peu condescendant, et ce depuis 1945. En 1956, déjà, les USA avaient tancé la France et la Grande-Bretagne, en opération militaire à Suez. Et ils avaient sifflé la fin de partie, nous signifiant ainsi qui était le patron, dans cette région du monde comme ailleurs.

Et le comportement odieux de Trump nous aura permis de reconsidérer notre poids (trop faible) d’une Europe qui se voudrait une « Europe puissance » : on est le 1er marché commercial du monde (et 2ème puissance économique du monde), mais un nain politique, a dit Jacques Delors il y a longtemps. On ne l’a pas écouté. Il faudrait vraiment en tirer, maintenant, toutes les conséquences, et se positionner comme une puissance géopolitique, et par extension exporter aussi notre propre droit européen en matière d’extraterritorialité, (nous avons un droit communautaire efficace) comme le font les USA depuis 1993, sous Clinton. Il a été amplifié sous Obama, avec une extraterritorialité qui nous empêche de commercer avec les pays qui sont sur leur liste noire !! Le chantage est simple : si un Etat passe outre sur cet ultimatum, il n’aura plus accès au marché américain ! Tout simplement. Et qui pourrait se passer du marché américain ?

Il est plus que temps que l’UE se réveille, et impose « ses » normes, qui sont les meilleures au monde en termes sanitaires, phytosanitaires, environnementales et cela vaut pour les USA comme pour la Chine. Cessons d’être naïf, bisounours. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut fermer les frontières et pouvoir tout produire chez nous, comme le rappelle Pascal Canfin, eurodéputé et président de la commission Environnement.

Ainsi, grâce au « lâchage » américain, le débat entre Européens sur une défense commune européenne est redevenu d’actualité. Donc, merci Trump !

Il faudrait gagner aussi la bataille du Green Deal (Pacte vert), qui est le plan le plus sophistiqué, le plus important du monde. Là, Joe Biden a promis de revenir aux accords de Paris sur le climat, ce qui est important. Car cela va nous permettre de créer et d’imposer des normes environnementales pour l’achat des produits du reste du monde. L’UE est la plus vertueuse au monde sur l’environnement (elle ne pollue le monde qu’à hauteur de 8 % !). Gagnons aussi la bataille anti-pétrole, d’autant que ce sont les USA qui sont les premiers producteurs de pétrole du monde ! Et archi-pollueurs, avec la Chine. Et l’UE est dépendante des USA, aussi, pour ses énergies fossiles. Raison de plus pour accélérer la transition écologique.

A noter toutefois au (faible) crédit de Trump qu’il est le premier président américain à ne plus faire de guerre à l’extérieur. Au contraire, il s’est retiré de l’ Irak, de l’Afghanistan. C’est l’UE, paradoxalement, qui intervient militairement dans le monde (au Mali,en Libye). La doctrine « America First », le repli sur « ses » frontières, s’avère être, bizarrement, un avantage à mettre au crédit du président battu : l’Amérique ne veut plus se mêler des affaires du monde. Donc plus d’invasions militaires à la Georges W. Bush, comme en 2003 en Irak (avec le résultat que l’on sait..). C’est déjà ça.

Mais cet « avantage » ne pèse pas lourd au regard de tous les inconvénients que nous avons subi pendant 4 ans de chaos découlant de la politique de Donald Trump, à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur. 4 ans d’arrogance, d’humiliation, de blocage, d ’injures de ce Monsieur « Tweet », de mépris. Pour la première fois dans l’histoire de la relation transatlantique, l’UE était non seulement une rivale économique, commerciale, mais un ennemi ! Situation fort anxiogène lorsqu’il s’agit (encore) de la première puissance mondiale, « qui mène le bal »,

Ceci dit, même si nous aurons des relations apaisées, plus conviviales avec Joe Biden (qui a des ancêtres huguenots et irlandais), je ne pense pas qu’il y aura des changements fondamentaux, sur le fond, de la politique étrangère américaine. Ne soyons surtout pas « naïfs ». Ainsi, dans ses interventions récentes, magazines ou télévision, Joe Biden a beaucoup parlé de la Chine, et n’a pas dit un mot sur l’Europe…Inquiétant.

Le problème est que le « Trumpisme » avait commencé bien avant Trump, avec beaucoup de citoyens qui adhèrent à ces tendances souverainistes, anti-immigration, racistes même, craignant pour leur avenir de « blanc » dans une Amérique de plus en plus cosmopolite. C’est un courant politique bien ancré. Trump n’a fait « que » le conforter, l’enraciner, peut-être durablement. Ce qui explique le très bon score, aussi, de Trump, avec 71 millions de voix. Le pays était déjà divisé à peu près en deux. Cela continuera. Deux Amérique, l’une unilatéraliste, l’autre (les grandes villes) multilatéraliste, multiculturaliste, pro-écologie, ouverte au monde. Joe Biden va avoir beaucoup de travail pour recomposer une seule Nation, unique, ouverte, bienveillante. Même s’il a fait un « ticket » intéressant avec sa vice-présidente Kamala Harris, bien plus jeune (56 ans) et très dynamique. Et dont certains voient déjà en elle la première femme élue à la présidence dans quatre ans (J. Biden aura alors 82 ans..) . En Amérique plus qu’ailleurs, il est vraiment présomptueux de prédire l’avenir à quatre ans..

La méfiance envers les Chinois, qui ne se cachent plus pour s’employer à prendre la première place mondiale sur le plan économique, d’ici vingt ans à peine, ne changera pas. Joe Biden ne sera absolument pas un président « bisounours », à la Jimmy Carter. Depuis quarante ans, le monde s’est tendu, durci avec l’émergence de nombre de pays en plein développement, plus ou moins démocratiques, plus ou moins ouverts au monde (sauf sur le plan commercial), plus ou moins respectueux des Droits de l’Homme, y compris dans notre Europe.

Il ne faudra donc pas tout attendre de nos alliés américains, et croire que l’on puisse se remettre sous le « parapluie » américain, comme un cocon, avec Joe Biden, et ne plus faire avancer notre UE, dans notre propre continent, pour être plus autonomes. Plus on sera intégré plus on sera fort à l’égard des autres, Américains compris. Bill Clinton nous avait déjà trahi en 1993, avec sa clause d’extraterritorialité. Barak Obama avait clairement fait virer l’Amérique vers l’Asie, le gagnant de demain (Chine, mais aussi Inde, Indonésie, etc…). Trump aura continué et accentué ce virage irréversible avec en plus la prétention, la morgue et l’agressivité.

Le problème est que cela est un peu (beaucoup) notre faute, à nous Européens. En d’autres termes il ne faut pas être à la remorque de quiconque, au fil des élections américaines tous les 4 ans. L’UE doit avancer, se construire en  force géopolitique. On peut. On en a les moyens. Ayons la volonté. Pour reprendre la formule de Robert Schuman, dans son discours du 9 mai 1950 : « l’Europe ne s’est pas faite, et nous avons eu la guerre ». Et bien je dirais, ou plutôt je répèterais, que depuis les années 70-80, l ‘Union ne s’est pas faite (l’économie, le marché unique et même l’euro ne suffisent pas) sur le plan diplomatique, géopolitique et militaire, donc fédéral, et nous subissons alors la force des Etats-continents, actuel (américains) ou futur (chinois et autres). C’est un choix : nous avons toujours privilégié l’économie, le social, le confort, le niveau de vie au détriment de la puissance, de la force. Aurons-nous le temps, le courage de nous réveiller ? Allons-nous savoir tirer tous les enseignements de la sinistre période Trump ?

Nous autres Européens, devons ouvrir les yeux, et vite. La grande idylle USA / Europe post-1945, c’est fini. Les USA se séparent de l’Europe. Trump n’a fait que rajouter, en fait, une forme plus arrogante, aggressive, méprisante.

Sur le fond, Joe Biden ne changera pas cette dynamique puissante et enracinée. L’Asie avant l’Europe. Et l’UE doit en prendre conscience très vite, et réagir, car plusieurs Etats-membres européens  s’en accommodent.

Il n’y aura pas de retour en arrière. A quelque chose, malheur est bon. Cette attitude, plus la Covid-19, plus le Brexit, au lieu de désintégrer l’UE, l’a au contraire fortifiée, rendue (enfin!) solidaire, unie face à ce nouveau péril et au futur péril chinois aussi. S’unir pour survivre, telle est – et devra être longtemps – la nouvelle devise de l’Union.

Nous ne pouvons plus être béats, vivre dans le cocon (ou parapluie) américain, qui nous a protégé via l’OTAN, contre l’ogre soviétique, mais qui nous « vassalisait » aussi.

L’UE doit grandir, s’affirmer, s’armer (Europe de la Défense obligatoire), s’unir durablement, s’émanciper des USA. Sinon, elle périra. Et cela commence par payer ses cotisations à l’OTAN, comme Trump l’avait sèchement rappelé aux actuels dirigeants de l’UE, surtout quand Emmanuel Macron avait parlé officiellement du projet de faire une Europe de la Défense, voire une armée européenne.

Et même avec Joe Biden, je doute que les USA accepteront que l’UE taxe les GAFA (ce que Trump reprochait à la France). Je l’ai souvent écrit : les Américains nous ont sauvés lors des deux guerres mondiales, nous ont ensuite relevés (plan Marshall), dans un contexte aussi de guerre froide avec l’URSS (la philanthropie a toujours des limites !..), mais chaque fois que l’on veut s’émanciper un peu plus (Suez 1956…), ils savent nous maîtriser. Je me souviens que pour créer l’euro, il a fallu vraiment « batailler », et s’ils ont laissé faire, c’est parce qu’ils étaient persuadés que l’euro ne pourrait pas leur faire ombrage, et que la monnaie unique ne serait jamais une monnaie mondiale. Ils se sont totalement trompés. Tant mieux pour nous ! Mais depuis, ils sont peut-être plus méfiants..

L’UE doit néanmoins tout tenter pour s’affirmer, s’affranchir des USA avec une diplomatie commune forte, et une défense autonome. Dans vingt ou trente ans maxi, il n’y aura plus aucun pays européen dans le « Top 10 ». L’UE doit rester troisième, et se rendre impérativement autonome !