Recherche
Calendrier
  • Décembre 2017
    LunMarMerJeuVenSamDim
      
     1 2 3
    4 5 6 7 8 9 10
    11 12 13 14 15 16 17
    18 19 20 21 22 23 24
    25 26 27 28 29 30 31

  • Évènements à venir :
    • Des événements sont à venir, restez en ligne!

Election présidentielle, gouvernance européenne et situation économique

24 juin 2012

Cher (e)s ami(e)s internautes,

A présent que les élections présidentielles et législatives sont terminées, nous allons pouvoir reprendre “une activité normale”. Aussi je vous adresse cette analyse critique sur les événements du mois de mai qui impactent notre Europe qui souffre.

Cette actualité est la synthèse de la conférence que j’ai donnée au début du mois de juin à la Maison de l’Europe et des Européens de Lyon. Ce texte est par ailleurs publié dans le cadre des « Carnets d’Europe », créés par mon complice et ami Alain Reguillon (ISSN : 2119-2847).

Les problèmes économiques et financiers captent encore l’actualité européenne du mois de mai qui est très riche et très dense.

Je commencerai tout d’abord naturellement, par l’élection du Président de la sixième puissance économique mondiale. Il n’y a pas eu que cela, mais cette élection a un impact sur l’Europe tout entière. Car tout événement dans un pays a, du fait de la mondialisation, des échanges économiques et financiers, un impact sur tous les autres pays.

Je traiterai encore de la situation économique, financière et même politique, car il apparaît que l’Europe, au-delà de son manque cruel de compétitivité, a de plus en plus un problème de gouvernance dans sa configuration institutionnelle actuelle et surtout dans son fonctionnement politique.

J’essaierai aussi de donner quelques pistes pour remédier ou limiter la crise et aussi rassurer un peu dans ce discours anxiogène ambiant.

A en croire des gazettes, et certains politiques, alors que l’Europe a été très mal traitée durant la campagne présidentielle française, on nous annonce régulièrement, la fin de l’euro, la fin de l‘Europe. Comme si la première économie du monde et la seconde monnaie du monde allaient, comme cela, s’effondrer, se disloquer, disparaître !

6 mai 2012 : alternance politique en France.

Comme annoncé et attendu depuis plusieurs mois, François Hollande a été élu Président de la République, avec toutefois un pourcentage de voix moins élevé que prévu (51,6%). A noter que deux millions d’électeurs ont voté… blanc, donc « nul » au regard de la législation française.

Nicolas Sarkozy a été ainsi le 10ème président, ou chef de gouvernement européen, à ne pas être réélu. D’autres suivront. La crise est une cause importante, même si elle n’est pas la seule. La longévité et pérennité des hommes politiques est désormais très aléatoire.

Comme son prédécesseur en 2007, le premier déplacement de François Hollande, le jour même de son investiture, a été pour Berlin, pour une première rencontre – très formelle- avec la chancelière Angela Merkel. Ce partenariat franco-allemand reste incontournable compte tenu du poids économique et démographique du binôme.

La crise et l’Europe se sont invitées dans cette élection. Même si l’Europe a été le plus souvent, voire systématiquement, ignorée ou caricaturée. Cela reflète aussi la perception qu’ont les Français de cette élection présidentielle dont ils « sacralisent » trop la fonction et l’influence. On reste encore sur le mythe de l’homme providentiel. Or les affaires se règlent désormais à l’échelle de l’Europe, et du monde. Ce qui a fait dire à Angela Merkel « l’Europe, c’est de la politique intérieure ». Des désaccords subsistent, comme sur la formule des euro-bonds (euro-obligations qui seraient émises à l’échelle européenne pour racheter les dettes des Etats), ou du rôle de la banque Centrale européenne (doit-elle prêter directement aux Etats ou non ?). Mais rien qui ne devrait être, au final, insurmontable.

Sur la question des euro-bonds, La position allemande est toujours celle du refus. Le porte-parole du gouvernement fédéral, Georg Streiter, a déclaré que la mise en place des obligations européennes ne saurait résoudre la crise actuelle ; les eurobonds n’attaqueraient pas le mal à la racine. Au contraire, ils seraient un encouragement à l’emprunt, donc au laxisme, au lieu d’aller vers la discipline budgétaire La mutualisation se ferait aux dépens des plus vertueux. Pour un pays « fourmi », rajouter une dette fédérale à celles des Etats-cigales est proprement insupportable.

Par contre l’idée de projects-bonds semble avancer. En effet, les députés européens, siégeant à la commission du budget, ont donné leur accord au principe des projects bonds, avec la mise en place d’une garantie de 230 millions d’€ pour garantir l’émission d’emprunt des entreprises privées pour la réalisation d’infrastructures, de grands chantiers, type liaisons transfrontalières. Cette initiative doit être votée en séance plénière courant juin. Les projects-bonds sont clairement une piste intéressante pour relancer l’économie atone.

Déjà, il y a un consensus franco-allemand sur une meilleure utilisation de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), pour faciliter l’accès des PME au financement. C’était une des propositions du candidat Hollande, qui a repris cette proposition de la Commission et du Parlement restée lettre morte : permettre à la BEI de disposer des fonds propres supplémentaires, par une augmentation de son capital d’environ 10 milliards d’euros, soit 1,6 milliards d’euros à trouver pour l’Allemagne, et autant pour la France, car les actionnaires de cette banque publique européenne sont exclusivement les 27 Etats membres. L’intérêt de la BEI est son effet de levier très intéressant : ces dix milliards d’euros supplémentaires lui permettront de financer 80 milliards de projets d’investissement dans la recherche, les PME, les universités et les collectivités locales. Cela pallierait aussi les carences de plusieurs Etats qui n’ont plus les moyens de financer des dépenses d’infrastructures importantes.

Et il y a aussi un consensus entre les Etats de l’Union sur une meilleure utilisation de tous les fonds structurels. Il resterait, à moins de 2 ans de la fin de la programmation (2007-2013) encore 80 milliards d’euros non programmés. Une des propositions du candidat Hollande était de réfléchir à un redéploiement des fonds structurels, pour un usage moins contraignant (en terme de cofinancement) pour les pays d’Europe en difficulté. Il voulait aussi les rendre plus ciblés, plus utiles (assez de rond-points et de carrefours !). Car ces fonds européens sont de l’investissement dans les pays, et permettent de financer des projets, donc de faire travailler des entreprises et des salariés.

La prise en compte de la croissance dans les projets européens était aussi une demande forte du candidat Hollande, et un point de discorde avec l’Allemagne. L’Allemagne associe au mot croissance celui de compétitivité, et ne veut pas que cet objectif devienne une source supplémentaire de dépenses et de déficits. Bref, pas de politique keynésienne de relance par la seule demande. D’ores et déjà, François Hollande a réussi à rallier Mario Monti et Mario Draghi, respectivement Président du Conseil italien, et président de la Banque Centrale Européenne. C’est une grande avancée. En effet, le 25 avril dernier, Mario Draghi avait plaidé pour un pacte de croissance, associé à une plus grande flexibilité du monde du travail, et à de la discipline budgétaire. Mario Monti plaide pour l’adoption de mesures facilitant la relance de la croissance, afin de compenser les mesures d’austérité.

Ce sera très certainement un des grands thèmes abordés, à la fois lors de la rencontre qui aura lieu le 22 juin à Rome, entre Hollande, Merkel, Monti et Rajoy ; et au Conseil européen des 28 et 29 juin à Bruxelles.

Les « Jeudis de l’Europe » du 5 juillet prochain à la Maison de l’Europe et des Européens Lyon Rhône-Alpes, animés par Alain Reguillon et moi-même, reviendront sur les résultats de ces deux rencontres importantes.

Situation économique

Les chiffres publiés par Eurostat, le 15 mai, montrent qu’au cours du 1er trimestre, la zone euro a enregistré une croissance nulle. Les prévisions anticipaient une récession de - 0,2%. Naturellement, cette moyenne cache, en fait, des différences sensibles entre pays : l’Allemagne affiche une croissance de 0,5% ; l’Autriche de 0,2% ; la France est à 0%. Mais d’autres pays sont moins bien lotis. Ainsi les Pays-Bas (- 0,2%), l’Espagne (-0,3 %) et surtout l’Italie (- 0,8%). La plupart des économies de l‘Europe du sud sont amenées à connaître une récession très sévère. Hors zone euro, la situation n’est pas toujours plus florissante. Ainsi le Royaume-Uni, criblé de dettes aussi, a un PIB qui a baissé de 0,2% au cours du 1er trimestre 2012. Comme cela avait déjà été le cas en 2011.

La situation en Allemagne

La production manufacturière de l’Allemagne a encore augmenté au mois de mars (+1,5%). Les exportations ont, elles aussi connu une progression de + 0,9% au dernier mois. Et le taux de chômage est relativement bas à 5,6%. Pour autant, l’Allemagne n’est pas le « modèle » aussi idéal que l’on pourrait penser. Ainsi, le pays a 7 millions de travailleurs pauvres (avec entre autres des mini-jobs). Les banques allemandes sont également très fragilisées, même si elles ne le sont pas autant que les banques espagnoles ! L’Allemagne a donc une économie très performante, très exportatrice. Mais à quel prix social ? Et à quel risque, sachant qu’elle exporte énormément vers ses proches voisins européens ? Ce qui prouve à quel point nos économies sont interdépendantes.

La situation en Espagne

L’économie espagnole accuse des mauvais chiffres depuis le dernier trimestre 2011. Le nombre de chômeurs a atteint le chiffre de 4,6 millions, soit 2 fois plus qu’à l’été 2007 ! Les banques espagnoles sont extrêmement fragilisées (surtout Bankia). Elles ont un besoin urgent de recapitalisation et de fonds propres. Les pertes auxquelles elles vont être confrontées d’ici 2013 sont estimées entre 80 et 110 milliards d’euros. C’est la conséquence directe de l’éclatement de la bulle immobilière, où l’Espagne a construit trois fois plus de logements qu’elle ne pouvait en vendre ! Naturellement, l’Espagne réclamera l’aide nécessaire à l’UE qui la lui accordera. On ne laissera pas tomber l’Espagne, 4ème économie de la zone euro, selon le principe « too big to fail », (trop gros pour chuter).

La situation au Portugal

Confronté lui aussi à la crise, et à une politique de rigueur, le Portugal fait office de bon élève. Il a pu remplir les objectifs fixés par l’UE et le FMI, et a réduit son déficit budgétaire à 4, 5%. Ses efforts méritent d’être récompensés.

La situation en France

En 2012, la France doit emprunter, pour garder son niveau de dépenses, 178 milliards d’euros. Le « cadeau » du président sortant aura, au moins, été d’avoir réussi à lever déjà 80 milliards (en 4 mois), en empruntant des OAT (obligations à terme), à un taux intéressant. Il reste donc, à François Hollande, à trouver 100 milliards d’euros, qu’il faudra lever seulement en septembre, octobre et novembre, sur le marché financier mondial. Ce qui laisse un petit répit à la France. Et d’ici là, les agences de notation et les investisseurs du monde entier auront bien sûr le temps de juger le sérieux et la crédibilité, ou non, du nouveau gouvernement français. En fonction de ce jugement, la France pourra, certes, continuer à trouver des prêteurs. Mais à quel taux ? Si la confiance actuelle perdure, elle pourra continuer à emprunter à des taux bas (entre 2,5 et 3%), malgré la perte de son triple A. Sinon, les taux s’envoleront, comme c’est le cas actuellement pour l’Espagne et l’Italie. Et la France devrait alors emprunter à au moins 4 %. Il faut savoir qu’1% de plus d’intérêt coûte à la France entre 12 et 15 milliards d’euros de plus. Ceci serait alors d’autant plus préoccupant qu’en 2013, la France devra emprunter 212 milliards d’euros, devenant ainsi le premier emprunteur mondial en euro (en 2012, elle n’est que le 2ème emprunteur derrière l’Italie). En tout état de cause, l’été 2012 risque d’être celui de tous les dangers…

Rapports et recommandations

Au coeur du mois de mai, plusieurs rapports sont venus rappeler la situation de crise que traverse l’Europe, et particulièrement la France.

Le 30 mai, la Commission européenne a publié ses recommandations vis-à-vis d’Etats membres qui souffrent d’un manque de compétitivité ou d’absence de réformes structurelles en profondeur. Deux pays ont reçu des satisfecit, l’Allemagne et la Bulgarie, dont le déficit budgétaire est en-dessous des 3%. Trois pays ont été particulièrement visés. L’Espagne qui peine à atteindre le seuil de déficit fixé par son gouvernement. La Commission européenne lui laisse un délai supplémentaire, et l’invite à poursuivre ses réformes. L’Italie a déjà fait de nombreuses réformes, mais elle doit encore faire des efforts pour la modernisation de son marché du travail, en particulier son ouverture aux femmes. Et enfin la France, qui est en retard dans le redressement des comptes publics, dans la mise en place de réformes structurelles en profondeur ; dans le désendettement, et qui souffre d’un manque crucial de compétitivité.

La Commission européenne recommande, entre autres, à la France de mettre en place des réformes de son marché du travail.

Le même jour, le 30 mai, la Cour des comptes remettait, au Parlement français, son rapport sur les résultats de la gestion budgétaire de l’Etat en 2011. L’analyse de la Cour des comptes est identique à l’analyse de la Commission européenne. « Le budget 2011 se solde par un déficit de 90,7 milliards d’euros. Ce déficit est encore supérieur de 50 milliards au niveau qui permettrait de stabiliser la dette publique ». Pour la Cour des comptes, des efforts importants doivent donc être faits sur les dépenses comme sur les recettes, pour ramener le déficit public de 4 ,5% à 3% du PIB.

Enfin les résultats d’un rapport de l’Inspection Général des Finances, commandé par François Fillon avant son départ de Matignon, sont désormais connus. Pour l’IGF, l’Etat doit faire 5 milliards d’euros d’économies par an pour parvenir à l’équilibre budgétaire en 2016. A travers 3 mesures phare : la baisse du nombre des fonctionnaires ; le gel de leur salaires et /ou de leur avancement ; et enfin un réexamen des dépenses d’interventions (prestations, subventions).

On voit donc bien que toutes les instances (auxquelles je pourrais rajouter le FMI et l’OCDE…) mettent la pression sur la France pour qu’elle accélère le rythme et l’intensité de ses réformes.

Après les législatives, il faudra bien passer aux choses sérieuses…

De tout un peu

* rapprochement yen / yuan

On note un rapprochement entre ces deux monnaies asiatiques, le yen et le yuan. Cette initiative spectaculaire, et historique, vise à les faire tendre vers la parité. Le but économique et politique est que le yuan devienne peu à peu une monnaie convertible sur le marché des changes mondial. Par cet ajustement, l’Asie commence à s’organiser afin de peser encore plus sur la scène mondiale : elle veut ajouter à sa puissance économique, la puissance monétaire, voire devenir une alternative crédible au dollar. Là encore, plus que jamais, l’Europe doit se fédérer pour que l’euro, seconde monnaie mondiale, avec déjà 27% des réserves mondiales de change et 30% des transactions commerciales, demeure la vraie alternative au dollar.

* le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG)

Une bonne nouvelle !

Les Irlandais se sont prononcés, le 31 mai, par référendum, à 60,3%, en faveur du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, dit « Pacte budgétaire ». Selon leur Constitution, ils sont les seuls à devoir suivre la voie référendaire pour la ratification d’un Traité. A ce jour, 7 pays ont déjà ratifié ce traité, dont 4 de la zone euro : Portugal, Slovénie, Grèce, Irlande, et Suède, Roumanie et Lettonie.

Ce traité, qui ne s’applique qu’à 25 Etats membres sur 27 (le Royaume Uni et la République tchèque ne l’ayant pas signé), doit être ratifié par au moins 12 Etats membres de la zone euro pour pouvoir entrer en vigueur au 1er juillet 2013.

Il porte essentiellement sur l’équilibre budgétaire, et implique le respect d’une règle d’équilibre budgétaire, dite règle d‘or. Il intègre aussi une procédure automatique de sanction, en cas de non respect des seuils de déficit et de dette publique.

Il apparaît comme une étape supplémentaire vers une harmonisation des budgets nationaux et une surveillance communautaire des politiques nationales d‘emprunts.

* l’opinion des Européens sur l’Europe

Deux sondages sur le rapport des Européens à l’Europe ont été dévoilés ce mois de mai.

Le premier émane d’un institut de recherche américain, le Pew Research Center. Les Allemands sont de très loin les plus favorables à l’intégration européenne, les plus conscients des apports de cette intégration, et les plus ouverts aux politiques économiques menées actuellement. Les autres Européens expriment des opinions plus nuancées. Certes, la majorité des citoyens européens ont une opinion favorable de la construction européenne, avec toutefois des écarts impressionnants : 67% pour les Polonais, 60% pour les Français, mais seulement 37% de Grecs ou 34% de Tchèques. Tous veulent conserver l’euro, mais seule une minorité pense que la monnaie unique a apporté des bienfaits et a consolidé leur économie. Comme quoi il reste à faire de la pédagogie !

Dans le même temps, la Représentation en France de la Commission européenne a fait part des résultats d’un eurobaromètre qu’elle a commandé avant le 1er tour des élections présidentielles. 52% des Français estiment que le niveau européen est le plus pertinent pour répondre à la crise économique. Et ils vont même plus loin. 73% des Français sont plutôt favorables ou tout à fait favorables à un plus grand contrôle de l’Union européenne sur les budgets nationaux ; 88% sont favorables à un programme de relance de la croissance en Europe ; 71% sont favorables à un rapprochement des fiscalités entre Etats membres. Mais dans le même temps, 48% sont favorables à l’interdiction d’importation de produits de certains pays.

* élections législatives en Grèce

Le 6 mai, les Grecs ont exprimé, massivement, leur refus de la politique d’austérité.

Les deux principaux partis de gouvernement, le PASOK (mouvement socialiste) et la ND (nouvelle démocratie), ont recueilli, respectivement, 13,18% et 18,85% des voix, soit 32,03% des voix pour les partis « traditionnels », alors qu’ils obtenaient traditionnellement 77% des voix. Décidément, la crise fait des ravages. Les dirigeants s’écroulent les uns après les autres.

Il y a en fait deux grands vainqueurs, tout à fait inattendus par les observateurs. Tout d’abord le SYRIZA, coalition de la gauche radicale, qui recueille 26,78% des voix, et qui a fait campagne sur le refus du Mémorandum européen. Et puis le score de 6,97% du parti de l’Aube dorée (Chryssi Avghi), parti néo-nazi (proclamé !).

Les 3 partis arrivés en tête du scrutin ont été appelés, à tour de rôle, pour tenter de former un gouvernement de coalition. Aucun n’y est parvenu. Les Grecs sont donc appelés à revoter le 17 juin prochain.

L’enjeu de ces élections est crucial.

Bien que l’ensemble des partis ait annoncé qu’il n’envisageait pas le retrait de la Grèce de la zone euro, c’est bien la question du défaut du pays qui inquiète, et celle du maintien des engagements pris par Athènes vis-à-vis de ses créanciers, et de l’Europe. On retient son souffle, car il ne faut pas céder aux sirènes démagogiques. Elle a déjà fait des efforts (recensement cadastral, imposition de certaines catégories)

* l’Union bancaire européenne

C’est une nouvelle piste proposée par le Commissaire européen au Marché unique et aux services, Michel Barnier, et par Mario Monti aussi : il s’agirait de créer une instance de supervision bancaire pour prévenir et régler les crises bancaires en instaurant un système « d’alerte précoce ». Il s’agit bien de les contrôler, les réguler, en mettant en place des règles sur la capitalisation des banques et leur gouvernance. Cela irait jusqu’à l’interdiction de certaines activités bancaires à risque, ou l’interdiction de dividendes. Ces mesures entreraient en vigueur d’ici un an ou deux, selon le Commissaire européen Michel Barnier.

L’Europe doit sauver ses banques, et empêcher toute action trop risquée de leur part, car nous dépendons (trop) des banques pour « irriguer » le circuit économique : prêts aux collectivités, aux personnes, aux Etats. Les besoins de prêts n’ont jamais été aussi nécessaires en période de croissance zéro, voire de récession… Tous les moyens doivent être mis pour relancer la compétitivité des entreprises, avec de l’argent frais pour la recherche, l’innovation, gage des emplois de demain, voire d’après-demain ! Car toute action économique solide a besoin d’un laps de temps de 1 à 2 ans pour avoir un effet significatif en terme de croissance, de création d’emplois, de recettes fiscales.

* élections présidentielles en Serbie

Le 12 mai, les électeurs serbes avaient à choisir un président. Deux candidats étaient en lice : Boris Tadic, du parti démocrate, et Tomislav Nikolic, du parti progressiste serbe. Alors que les sondages donnaient le premier vainqueur, c’est en fait le second, à la surprise quasi générale, qui a remporté ces élections.

C’est donc la victoire du parti nationaliste, populiste. Pour autant, le nouveau président a pris bien soin de redire aussitôt que l’objectif de la Serbie était toujours son intégration dans l’Union européenne. Ce qui était le moins qu’il puisse dire, puisque la Serbie a obtenu officiellement, le 2 mars dernier, le statut de « pays candidat ». Ces élections rappellent la fragilité des Balkans occidentaux, et la montée des mouvements populistes dans toute l’Europe. Là est le vrai danger, d’autant qu’il nous faut aller vers le fédéralisme alors que les opinions publiques ne savent pas bien ce que c’est, et ont des réactions de repli identitaire et protectionniste.

* élection d’un nouveau président en Hongrie

Le 2 mai dernier, la Hongrie s’est dotée d’un nouveau président, Janos Ader, à la suite de la démission en avril de Pal Schmitt accusé de plagiat dans la rédaction de sa thèse de doctorat.

János Ader est connu pour avoir élaboré la réforme du système judiciaire et de la loi électorale, toutes deux controversés.

Il faut rappeler que la Commission européenne veille scrupuleusement à la conformité des lois hongroises avec le respect de la Charte des Droits fondamentaux et des valeurs de l’Europe. C’est ainsi, qu’à la suite des vives inquiétudes formulées par le Conseil de l’Europe, la loi hongroise sur les médias a été un peu modifiée. La décision de laisser faire de la radio à Kludradio, l’unique radio d’opposition, ne va être remise en cause par le gouvernement. Et les journalistes ne sont plus obligés de dévoiler l’identité de leurs informateurs. Un petit pas dans la bonne direction, grâce à la pression exercée par Bruxelles.

En guise de conclusion, l’on citera un extrait d’une interview qu’Herman van Rompuy a donné, sur la chaîne européenne Euronews : « l’Union européenne ne deviendra jamais les Etats-Unis d’Europe. Nous sommes 27 et bientôt 28 avec la Croatie. Chacun de nous a sa propre histoire, certains ont une histoire vieille de 200 ans, comme la Belgique, d’autres ont une histoire vielle de mille ans. Alors, nous ne sommes pas comme un Etat américain. Chacun a sa propre langue, nous avons 23 langues en Europe. Chaque Etat membre porte sa propre identité et sa propre situation, en raison de son histoire. Alors, ce qu’il nous faut faire, chaque fois que cela est possible, et une période de crise est malheureusement particulièrement propice à cela, il nous faut créer plus d’Europe, plus d’intégration européenne ».

On comprend mieux pourquoi les chefs d’Etat ont choisi ce personnage qui veut, certes, « plus d’Europe », mais refuse d’emblée une véritable intégration institutionnelle et politique ! Alors que tant de pays, de dirigeants politiques, d’experts, d’économistes même la réclament de plus en plus, non par idéologie, mais par simple nécessité, évidence, et pragmatisme. Gardons espoir qu’ils agiront vite, et en profondeur. Madame Merkel vient d’ailleurs de déclarer ce jour même (7 juin) qu’il fallait aller vers une “Union politique”.

Puisse la France, l’entendre.