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Vous consultez les archives de L’Euro-blog d’Alain Malégarie pour le mois décembre, 2008.

VIVE LA BCE !

07 décembre 2008

Une fois n’est pas coutume dans notre pays, je voudrais rendre hommage à la Banque Centrale Européenne (la fameuse « BCE ») pour son sérieux, sa clairvoyance et sa lucidité. Elle tient bien la barre de la politique monétaire de la zone euro.

Car elle vient, pour la troisième fois, de baisser son principal taux directeur de ¾ de point, ce qui le ramène à 2,50% ! C’est la plus forte réduction de l’histoire de la BCE, qui vient de fêter ses dix ans d’existence. Cette baisse fait suite à deux baisses antérieures de 0,50 point, depuis la mi-septembre. Le taux va donc passer de 4,25% à 2,50%.

Et croyez moi,  ce n’est pas fini : d’autres baisses suivront pour relancer l’économie européenne et le marché immobilier, qui en ont bien besoin.

 

Une fois de plus, la BCE, quand les circonstances l’exigent, sait, en toute indépendance, faire preuve de responsabilité..

Crise économique (majeure) oblige, elle a le courage de prendre des décisions contraires à ce que les textes lui assignent comme obligations, objectifs et missions : lutter en priorité contre l’inflation en évitant l’emballement monétaire par des politiques laxistes. Bref, s’adapter aux circonstances, être souple et pragmatique.

Car depuis des années, c’était haro sur la Banque Centrale, alors même que c’étaient les politiques (Traité de Maastricht de 1992) qui avaient (enfin) donné à la Banque son indépendance totale à l’égard de l’Exécutif, précisément pour éviter que les gouvernements manipulent les taux d’intérêt, fassent des dévaluations sauvages pour stimuler leurs économies à l’export, bref jouent avec la monnaie et l’inflation.

Dans leur grande sagesse, se sont les politiques qui avaient compris, en 1992, après 30 ans de crises et de réflexion, qu’il fallait devenir rigoureux et raisonnable, et donner à l’Europe une monnaie enfin crédible car mondiale ; stable ; forte (mais pas trop quand même !…). Pour ce faire, il fallait aussi que l’institution qui la gèrerait soit stable, forte et surtout totalement indépendante, comme l’est depuis des lustres la célèbre FED (Réserve Fédérale) américaine.

 

Depuis, avec les crises économiques ou simplement une croissance atone et un chômage de masse, plusieurs voix s’étaient élevées en Europe pour essayer de « corriger » cette indépendance et de relancer l’inflation et les déficits, quitte à torpiller cette monnaie européenne, désormais la seconde du monde.

J’ai le plus grand respect pour Monsieur Jean-Claude TRICHET, actuel président de la BCE, qui a tenu bon, calé sur sa légitimité, respectueux des missions qui lui ont été assignées.

Il a tenu bon, malgré un déferlement médiatique dans certains pays d’Europe : on l’a traité de rigoriste, d’irresponsable, d’illégitime même, puisque « non élu » !

Ben voyons ! Dans ces pays, il y aurait donc les « experts (qu’on n’aime pas, car ils font peur) contre les élus, forcément légitimes, puisque « élus », donc … infaillible ! Et bien non : il arrive aux experts de se tromper, mais il faut admettre que les élus aussi peuvent se tromper ! Et lourdement !

Monsieur Trichet est d’ailleurs reconnu dans le monde entier pour ses grandes qualités. Même par le Financial Times qui l’a élu –excusez du peu ! – homme de l’année en 2007, et qui a dit de lui, je cite : « un puits de science, cultivé, maniant d’une main sûre le gouvernail financier de l’Europe ». D’ailleurs Mr Trichet avait anticipé la crise bien avant tout le monde, dès l’été 2007, en injectant des fonds (prêtés) sur les marchés monétaires.

 

Farouche partisan de la monnaie unique, j’ai dirigé l’Institut de l’euro de 1995 à 2005. Je considère toujours qu’avec la CECA (Communauté Européenne de Charbon et d’Acier) en  1951, l’euro est la plus grande réussite à ce jour de la construction européenne.

 

L’euro ne peut à lui seul, certes, restaurer la croissance, sortir de la récession. Mais il peut faciliter la reprise, l’accompagner, et donner à l’Europe une crédibilité économique et géopolitique bien plus grande.

D’ailleurs les gouvernements le savent très bien, pratiquant parfois le double langage. Car sans l’euro, ce serait bien pire ! On aurait dévalué plusieurs fois depuis 2001. On aurait des taux d’intérêt à 15%, et une inflation galopante. L’euro a crée deux fois plus d’emploi nets en zone euro de 1999 à 2008 que pour la période qui a précédé l’arrivée de l’euro : 1990-1999. Ça, ce n’est pas un argumentaire, ou une analyse, c’est un fait statistique, parfaitement vrai et vérifiable !  L’euro  allège aussi le remboursement de l’intérêt de notre dette publique.

Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas réfléchir sur l’assouplissement, en temps de crise, des critères de Maastricht. Ces critères stipulent qu’aucun pays de la zone euro ne peut avoir un déficit budgétaire supérieur à 3% de son PIB, ni une dette publique supérieure à 60% de son PIB.  D’ailleurs, le texte du Traité de Maastricht prévoyait déjà un tel assouplissement. Et la Commission européenne l’a bien reconnu depuis quelques semaines.

Là encore, les institutions ne sont pas aveugles ou irresponsables. Elles s’adaptent. Même si du coup, les pays vont se « lâcher ». Et donc nous aurons, pour certains pays (dont la France) une dette encore plus abyssale, que seule une forte croissance pourra rembourser, sinon il faudra bien recourir à l’impôt (et/ou aux emprunts d’Etat…). Je rappelle que la dette publique actuelle de la France est de 1 260 milliards d’€, soit environ 20 000 € par habitant….

 

La BCE a donc démontré sa responsabilité, sa souplesse, son adaptabilité, en baissant de près de 2% son principal taux directeur, ramené à 2,5%. Et j’en prends le pari, ce n’est pas fini ! Car la crise, grave, l’exige. Elle relance ainsi l’économie par sa politique monétaire en rendant le crédit moins cher pour les ménages, les entreprises, les collectivités.

La BCE n’en fera pas une nouvelle doctrine, irréversible, comme l’a fait monsieur Alan Greespan, depuis les années 2000 aux USA. On a vu le résultat de cet immense laxisme monétaire. Des taux trop bas, une monnaie absolument dévaluée, ont généralisé un endettement dans l’immobilier, ou plus généralement dans la consommation des ménages. Quand on est surendetté au-delà de deux fois son salaire, on sait désormais ce qui arrive…

 

La zone euro bénéficie donc à présent d’un taux de 2,5%. Cela signifie, concrètement, que les banques européennes de 15 pays (bientôt 16, car la Slovaquie rejoint l’euro dès le 1er janvier 2009), vont répercuter immédiatement cette baisse salvatrice, ramenant les taux qu’elles vont proposer aux particuliers (taux fixe) à un peu moins de 5%, peut-être 4,5% pour les meilleurs, début janvier 2009. Soit 2% de plus que le taux directeur de la BCE… Ce sont les frais, marges et commissions des banques qui elles-mêmes doivent emprunter à la Banque Centrale. Faut bien que tout le monde vive !