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Bilan de la présidence française du Conseil de l’Union européenne: bravo et merci !

09 janvier 2009

Une fois n’est pas coutume dans notre pays, les louanges adressées à la présidence française sont, toutes opinions confondues, quasi-unanimes.

            Je salue bien évidemment ce consensus, tant je trouve, sincèrement, cette 12ème présidence française réussie, sur le fond comme sur la forme. Dans un pays où chacun râle, se sent victime de quelque chose, se plaint ou réclame toujours plus, il faut avoir aussi l’honnêteté intellectuelle, parfois, de rendre hommage à ceux qui ont écrit, en six mois, une page nouvelle de la fantastique construction européenne depuis cinquante ans.

            Alors ne boudons pas notre plaisir, et réjouissons nous, au  contraire, du fait que l’Europe a changé un peu ses habitudes, et est apparue, sur la scène mondiale, plus présente, plus réactive, et plus efficiente. En un mot, plus conforme à son poids démographique, territorial et bien sûr économique et financier. Ce qui s’est passé en seulement six mois est considérable, et a enclenché, j’espère, un processus irréversible quant à la conduite et la gestion des affaires européennes dans le monde et … pour le monde.

            C’est le retour de l’Europe, et le retour de l’Europe politique. C’est énorme, et il s’agira de ne pas laisser retomber le soufflet… Puissent les élections européennes de juin perpétuer ce nouveau climat, le conforter et le fortifier en intéressant les 375 millions d’électeurs des 27 pays de l’Union.

 

            Cette présidence a été une des plus denses et dynamiques, sinon la plus dense et la dynamique de toutes les présidences européennes.

            Jean-Claude Junker, le président reconduit de l’Eurogroupe (le groupe des 16 pays ayant adopté, à ce jour, l’euro), qui n’est pas spécialement emphatique ni exubérant, a déclaré : « jamais je n’avais  vu une présidence européenne d’une telle intensité ».

Un tel succès, reconnu, est bon aussi pour la France, et ce bien au-delà de son président. Car la France, depuis ce triste 29 mai 2005, où un grand pays fondateur a dit « non » au projet de Constitution européenne, n’avait plus guère la cote dans les instances européennes, et auprès de nos partenaires.

            La France avait déçu, également, en 2000, lors de sa précédente présidence européenne (1er juillet – 31 décembre 2000), avec un bilan plus que modeste, sur fond de cohabitation intérieure conflictuelle. On avait accouché laborieusement d’un Traité de Nice médiocre,  même s’il aura eu, tout de même, le mérite de permettre aux institutions européennes de fonctionner jusqu’à présent, en se substituant, justement, à la Constitution européenne rejetée ! L’affaiblissement de la France en 2000 avait donné lieu à de virulents marchandages (internes et externes !) alors que cette fois-ci, le président Sarkozy a obtenu, sur chaque dossier, l’unanimité !

            J’entends bien quelques esprits chagrins critiquant plus la forme, d’ailleurs, que le fond. Le « style » de la présidence française a pu surprendre, voire agacer. Et alors ? Le monde est en compétition, voire en guerre ici ou là, et l’Europe devrait rester immobile, prisonnière de ses dogmes institutionnels ou protocolaires ? Le plus important n’est-il pas la réactivité (quasi instantanée) sur la guerre russo-géorgienne, ou sur la crise économique planétaire ?

            L’heure n’est plus aux palabres interminables dans des réunions ou commissions courtoises ou convenues quand des vies ou des économies sont en péril !

 

            D’aucuns considèrent que cette présidence a bénéficié des circonstances : la guerre entre la Russie et la Géorgie en août, l’éclatement en Europe de la crise financière (commencée depuis un an aux Etats-Unis), puis économique, et enfin le vide politique sidéral des Etats-Unis entre « deux » présidents, l’un sortant (le « canard boiteux » pour reprendre la formule américaine), c’est-à-dire condamné à gérer les affaires courantes ; l’autre élu mais s’interdisant toute ingérence intempestive jusqu’au 20 janvier.

            Là encore, je dis « chapeau », d’avoir su, au nom de l’Europe, occuper l’espace laissé vacant, et avoir réalisé l’exploit d’arrêter en quelques jours une guerre entre la Russie et la Géorgie, ou encore d’avoir pu coordonner, entre les 27 pays, et avec les USA, les plans de sauvetage financiers et les plans de relance de l’économie. Pour la première fois de son histoire, l’Europe a imposé un G20, avec les pays émergents, le 15 novembre ! Ce G20 représentait 85% de la population et de la richesse mondiales !

Tout cela n’était pas évident, car imprévu et compliqué.

Je pense même que cette présidence a davantage brillé par sa réactivité efficace sur l’imprévu.

 

            D’autres critiques portent sur la méthode : la présidence française a conforté l’intergouvernemental (surtout les grands pays) au détriment du communautaire. Certes, sur un plan juridique et institutionnel, un des principes fondateurs de l’Union est l’égalitarisme absolu entre les Etats européens. Mais là encore, sortons de l’hypocrisie : ce principe est juste et applicable en droit : principe de souveraineté de chaque Etat, d’égalité de voix, ou de pondération selon des critères objectifs. Mais, franchement, sur un plan plus politique, c’est une fiction : les trois plus grands pays de l’UE, Allemagne, France et Grande-Bretagne, pèsent plus de la moitié de la démographie de l’Union et 75% de son PIB !

            On a reproché aussi au bouillonnant Président d’avoir marginalisé la Commission. Or le président Barroso était de tous les voyages, de toutes les principales réunions (G4, G10, G15, G20). Certes, très discret dans ses propos… Et alors ? Sans être désobligeant, tout le monde constate dans le landerneau institutionnel européen, la « fadeur », pour rester poli, de l’actuel président de la Commission ! Ceci dit, toutes les décisions ou initiatives ont toujours été prises, en parfait accord avec la Commission. De même, Nicolas Sarkozy n’a pas ménagé sa peine avec le Parlement européen, il s’y est rendu plusieurs fois, a invité personnellement à l’Elysée tous les chefs de groupes parlementaires. Graham Watson, chef du groupe libéral et centriste au Parlement européen, qui n’est pas spécialement un francophile acharné, déclarait  à la mi-juin : « la préparation française a été très bonne. Tous les ministres que j’ai rencontrés étaient bien préparés. Le niveau de courtoisie envers le Parlement est exemplaire. Moi-même, j’ai été reçu (par le Président Sarkozy) pendant 45 minutes. C’était la première fois que cela m’arrivait, toutes présidences confondues ».

 

            Flamboyante sur la forme, cette présidence aura été efficace sur le fond.

On l’a vu sur l’imprévu.

            Sur le prévu (l’Agenda), la France s’est préparée un an avant sa prise de fonction, le 1er juillet 2008 ! Ministres, hauts fonctionnaires, diplomates, se sont bien préparés à leurs fonctions. Outre le président, je voudrais rendre hommage aussi au très efficace Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, qui n’a pas ménagé sa peine non plus, depuis septembre 2007, voyageant aux quatre coins de l’Europe, à la Commission, au Parlement.

            Sans parler des moindres détails : le double pavoisement national / européen sur tous les bâtiments officiels (qu’il faudrait conserver, à mon avis !). Le 14 juillet 2007, déjà, un an avant donc, les armées des 27 pays de l’Union défilaient aux Champs Elysées. Du jamais vu, là encore. Il est des symboles qui comptent, et qui marquent les esprits.

L’Agenda très riche de cette présidence de six mois aura été respecté, malgré la gestion de tout l’imprévu (les crises, puis le rejet, le 12 juin, du Traité de Lisbonne par les Irlandais !…).

Le 13 juillet, l’Union pour la Méditerranée fut lancée, avec un secrétariat permanent à Barcelone.

            Un travail intense sur les priorités prévues par l’Agenda a porté ses fruits en fin de présidence :

- 16 octobre : pacte européen sur l’immigration

- 20 novembre : accord sur le « bilan de santé » de la politique agricole commune

- 7 décembre : l’Irlande accepte de revoter en 2009 sur le Traité de Lisbonne (mais malheureusement à l’automne 2009, donc après les élections européennes du 4 au 7 juin 2009…)

- 12 décembre : accord des 27 sur le plan énergie / climat. D’ici 2020, réduction des émissions de CO² de 20% ; diminution de la consommation d’énergie de 20% ; et objectif de 20% d’énergies renouvelables. Qui dit mieux ailleurs dans le monde ?…

Sans oublier des progrès sur l’Europe de la défense : l’Union sera capable désormais de déployer 60.000 hommes en 60 jours. L’Agence européenne de défense est renforcée, etc…

 

            Même l’imprévu a fait l’objet de sommets décisifs, en bousculant tous les protocoles communautaires rigides :

- 15 novembre, le Sommet du G20 : plan mondial anti-crise, ébauche d’un contrôle plus rigoureux du système financier international

- 26 novembre, l’UE lance un plan de relance de 200 milliards d’euros ; mobilise les fonds de la Banque européenne d’investissement pour les PME et les collectivités.

- la Banque centrale européenne (BCE) a été également associée aux G15, G20, et a depuis baissé par 3 fois ses taux directeurs, ainsi ramenés à 2,50%.

 

            Qu’il s’agisse du prévu, de l’imprévu, de la forme, du fond, on n’oubliera pas cette présidence. Elle a marqué les esprits, en Europe, et au-delà. Elle doit continuer. L’Europe est un géant économique, elle est la première puissance commerciale du monde, elle a la 3ème démographie du monde, la 2ème monnaie du monde, la 2ème agriculture du monde. Pourquoi diable devrait-elle rester un « nain politique » ?

Cette présidence a bougé les lignes, a montré que c’était possible, sans plagier le « Yes, we can » d’Obama !

            J’entends que la présidence tchèque, qui a pris la suite depuis le 1er janvier 2009, va faire retomber le soufflet, ou l’espoir.

Certes, cet Etat n’a pas le même poids géopolitique. Certes, son Président est notoirement eurosceptique (pour rester courtois…). Mais son Premier Ministre et son peuple sont pour l’Europe. Rentré en 2004 dans l’Union, ce pays, comme les 9 autres ; commence à recueillir les bénéfices de l’adhésion communautaire. Et puis, la gestion de l’Agenda de la présidence (tout le « prévu ») est assez mécanique, et tout ce qui a été entrepris devra être continué.

            Le style changera, oui, sûrement. Mais les « grands » pays, dont la France, seront vigilants, et n’excluront pas des initiatives diplomatiques (cf le Proche-orient, actuellement).

 

            L’essentiel est que l’Europe s’est mise à faire de la politique, a eu des résultats concrets. Cela intéresse et rassure les Européens (cf les sondages plutôt élogieux sur cette présidence). Dans les tourments de la mondialisation, les Français, comme les Européens, attendent de l’Europe des initiatives, de la sécurité, du concret. Les gouvernants de l’Europe devront donc continuer le mouvement entrepris depuis 6 mois. Les élections européennes de juin 2009 seront une opportunité pour les dirigeants audacieux et imaginatifs  d’aller de l’avant, surtout que des enjeux essentiels sont devant nous : nouveau Parlement européen, puis nouvelle Commission européenne. 375 millions d’électeurs ont désormais leur mot à dire ! Pour peser sur leur propre destin et celui du monde. Alors qu’ils votent !

 

             De technique et institutionnelle, l’Europe doit devenir de plus en plus politique et visible, si elle veut compter dans le monde, avec les Etats-Unis, et les Chinois demain.

C’est en ce sens que la présidence française a sans doute ouvert une brèche, montré la voie à suivre.

            Dans quelques jours, Barack Obama sera aux commandes de la première puissance mondiale. L’enjeu est bien, pour l’UE, de pousser son avantage,  de s’affirmer encore dans une relation plus équilibrée avec les Etats-Unis et la Russie en gardant sa propre capacité de défense et de choix souverains en matière d’élargissements futurs. L’Europe unie devient vraiment, vraiment, une force dans le monde, une grande puissance diplomatique. On l’a vu cet été et à l’automne. Les Européens sont loin d’en avoir pris conscience. Je le déplore profondément.

            Depuis 30 ans, les Français rêvent d’une « Europe puissance » opposée à une « Europe marché ». La présidence française de 2008 aura fait progresser ce rêve, vers un commencement de réalité.

Ne brisons pas cela !