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LA PRESIDENCE DE L’UNION ? Où ça ?

16 février 2009

Lorsque je saluais, il y a quelques semaines, le bilan réussi de la Présidence française de l’Union, j’étais plus dubitatif sur son successeur, la Présidence tchèque, qui a pris le relais le 1er janvier 2009, jusqu’au 30 juin 2009, date à laquelle la Présidence suédoise lui succèdera.

 

Bien sûr, l’heure du bilan final est très prématurée, mais franchement, qu’a-t-on vu en un mois et demi, déjà ? Pas grand chose… Une convocation, pour le 1er mars, à Bruxelles, d’un sommet extraordinaire de l’UE pour renforcer « la coordination » des efforts de relance face à la crise économique. Les problèmes financiers – qui perdurent – seront aussi abordés, notamment la façon de traiter des « actifs douteux » des banques qui freinent l’octroi de crédits, tellement nécessaires, pour relancer l’activité. Face à cette crise mondiale majeure, c’est bien le minimum.

 

Qu’il s’agisse des questions de fond ou de forme, on est à des années-lumière de la présidence précédente, si on continue comme cela.

C’est très décevant, et dangereux. Décevant, car le monde tourne tellement vite que le soufflet de la présidence française va très vite retomber (s’il ne l’est déjà…). Dangereux, car l’Europe était devenue visible, innovatrice, conquérante (souvenons nous du G20, le 15 novembre dernier !).

La nature a horreur du vide. Devant ce « silence radio » depuis un mois et demi, on parle peu d’Europe, et beaucoup du plan OBAMA qui lui, a bien pris les rennes de son pays.

C’est vraiment dommage de perdre si vite tant d’avantages acquis. Pourtant, cette Présidence tchèque proclamait, le 1er janvier, quelque ambition avec une devise – « une Europe sans barrières » - et un plan en « trois E » : l’Economie (normal !), l’Energie (continuité des actions précédentes), et l’Europe et le monde (améliorer la visibilité).

 

Il y a quelques semaines, je ne voulais pas jouer les oiseaux de mauvais augure, mais j’étais évidemment inquiet : un président de la République, monsieur Vaclav Klaus se qualifiant lui-même de « dissident européen » ( ! ), rechignant à accrocher le drapeau européen au château de Prague, siège de la présidence, et refusant de ratifier le Traité de Lisbonne tant que l’Irlande n’aura pas adopté   ledit traité. Seul son ministre des Affaires étrangères, monsieur  Kamel Schwarzenberg, est un europhile convaincu, mais…. c’est le Premier ministre, monsieur Mirek Topolanek, plus eurosceptique, qui pilotera cette présidence de l’UE. Pas de bol !

Tout cela tombe bien mal, car la crise économique commence à produire ses pleins effets, tandis que la crise financière est pour l’instant à peine contenue. Et encore…

Plus que jamais, l’Europe a donc besoin d’un vrai « leader », audacieux, qui parle au monde, haut et fort.

 

Et la Commission européenne ? Incapable aussi de prendre le relais !

Sans chauvinisme aucun, la Commission, du temps de Jacques Delors, c’était autre chose. Elle faisait de la politique ! Elle donnait le ton, le LA, avait des idées fortes, et savait être convaincante. Elle a bien persuadé Kohl et Mitterrand de la nécessité de l’euro. Il fallait le faire, non ? Comme elle a eu raison ! Que ferait l’Europe sans l’euro, aujourd’hui ?… Ceux qui ne l’ont pas commencent à s’en mordre les doigts…

Depuis le départ de Jacques Delors, la Commission n’a cessé de perdre du terrain. Avec des présidents moins politiques, moins convaincants, même si leur convictions européennes étaient sincères (Jacques Santer, Romano Prodi). Avec José-Manuel Barroso, la Commission est bien gérée, les dossiers avancent, mais c’est une gestion administrative : aucune idée, aucune initiative, et pas de vague, surtout.. Surtout, ne fâchons personne…Ne pas trancher entre les « deux visions » de l’Europe qui s’opposent : l’Europe-Puissance (à la française) contre l’Europe-Marché (à l’anglaise). Ne pas heurter. Normal… Monsieur Barroso n’a qu’un objectif : être renouvelé par les Chefs d’Etat et de Gouvernement pour un second mandat, à l’automne 2009 ! Il a donc, absolument, besoin de l’appui du G4 (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) c’est-à-dire des quatre grands pays qui représentent les trois-quarts du PIB européen et plus de la moitié des Européens de l’UE !

Donc, la présidence de la Commission, elle aussi, saura se faire discrète durant ces six mois, pour des raisons d’intérêt personnel ! Alors qu’elle dispose d’un pouvoir important : elle a l’initiative des projets de directives et règlements ; elle est le garant de l’intérêt général de l’Europe ; elle prépare le budget communautaire. Quel gâchis, que de ne pas faire entendre sa voix sur des projets, des réformes, une vision ! Rien. Néant.

Par exemple, sur les critères de Maastricht, qui ont, de fait, explosé, car il faut bien sortir le plus vite possible de la crise, et faire de la relance à outrance, quitte à diminuer plus tard le déficit budgétaire. Pourquoi ne propose-t-elle rien, afin de toiletter le traité, d’assouplir des règles (qui ont 16 ans) qui de toute façon ne sont plus respectées par personne ? Silence radio.

En cinq ans, qu’a proposé monsieur Barroso, au juste ? Heureusement qu’il y a, alors, les Conseils européens. Mais encore faut-il que la présidence tournante de ces Conseils soit pro-active, et politiquement crédible à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union. Sinon on perd six mois, au mauvais moment.

 

Présidence tchèque, Commission européenne en fin de course, alors qu’on mesure encore mal la gravité de la crise, et surtout sa durée.

Résultat : les Etats-Unis ont repris le flambeau (avec le plus grand plan de relance de son histoire, à près de 800 milliards de dollars), la Chine ne l’a guère lâché depuis les JO (sur l’Afrique, sur le cours du Yen). Souhaitons que les uns et les autres, en Europe, ne baissent pas les bras, et surfent sur la lancée de la Présidence française, qui a ouvert une sacrée voie. Des initiatives françaises, allemandes ou britanniques ne sont peut-être pas à exclure, d’ailleurs, sur la dimension plus « politique » de l’Eurogroupe (le groupe des 16 pays de l’euro, 320 millions d’Européens).

Car il faut tenir la barre du vaisseau européen dans cette tempête : rester groupés, chasser en meute, solidaires.

Maintenir le cap des plans de relance, ceux-ci et les futurs, sans protectionnisme, sans politiques fiscales isolées (exemple, la baisse de la TVA anglaise de 17,5 à 15%, non concertée..). Bref, améliorer la gouvernance économique européenne, si on ne veut pas affaiblir ce qui nous sauve : l’euro ! Sauvons la zone euro, sinon on plonge tous. Il faut donc des plans coordonnés pour la Grèce, l’Espagne, le Portugal, pays qui sont les plus atteints par la crise.

 

Comme aux Etats-Unis, il faudra créer des « bad-banks », ces structures spécialement créées pour délester les banques de leurs actifs pourris, qui ne trouvent aucun acheteur, en vue de les revendre à terme. Une fois délestée, donc assainie, la banque totalement saine peut reprendre une activité normale, c’est-à-dire accorder des crédits. La sortie de crise en dépend… La  Suède l’a fait au début des années 1990, avec succès. La France aussi, avec le Crédit Lyonnais.

 

En ces temps de crise, l’Europe a donc beaucoup de choses à faire. La Présidence française a montré à quel point elle pouvait être crédible, et visible à l’égard de l’Europe, et du reste du monde. La voie est tracée. Il faut continuer.

Tenir la barre. Tenir le cap. C’est une question de volonté politique, et de courage.

 

J’adresse donc une supplique à la Présidence tchèque, et à la Commission : ayez cette volonté politique, et ce courage, s’il vous plaît. Et vite, s’il vous plaît. 498 millions d’Européens inquiets attendent.

 

Permettez moi de citer à votre égard cette belle maxime de Sénèque : « Il n’y a de bon vent que si l’on sait où se trouve le port ».

 

J’espère, de tout cœur, que vous avez la bonne boussole….