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l’euro… le retour !

02 février 2009

Chacun l’aura compris, je veux dire par là … le retour en grâce de l’euro ! Dix ans après sa naissance, cela lui fait un bel anniversaire. Et il le mérite. Ce n’était pas évident, qu’on lui rende enfin hommage, un peu partout, à l’intérieur comme à l’extérieur de la zone euro. Il a fallu la crise économique et financière majeure que l’on sait, pour que l’on veuille bien, enfin, s’apercevoir que la seconde monnaie du monde nous était utile. A la bonne heure !

Car depuis 10 ans, on lui tape dessus. J’en étais personnellement affecté, ayant participé à sa naissance et à sa mise en place durant des années, en tant que directeur de l’Institut de l’euro.

 

Petit rappel historique, ni nostalgique, ni revanchard. Juste un peu amer. Il faut aussi parfois remettre quelques pendules à l’heure, non ?

1er janvier 1999 : naissance de l’euro dans 11 pays (il y a 16 pays en euro aujourd’hui, soit 320 millions d’Européens).

Au tout début, cette naissance se fit globalement dans la joie et dans l’allégresse. Cela ne dura que quelques semaines. Pour de multiples raisons. Partout, le passage du franc à l’euro fut une réussite exemplaire, à mettre au crédit des banques, des assurances, des administrations, des entreprises, des experts-comptables, et des citoyens. L’affaire, complexe sur le plan technique et … psychologique, fut très bien préparée. Un comité national de l’euro, présidé par le Ministre des finances, et co-présidé par le Gouverneur de la Banque de France, coordonna durant six ans (1996 à 2002) tous les préparatifs. J’ai eu l’honneur d’en faire partie.

 

Mais très vite, ça se gâta. Le Français est râleur et inquiet. D’abord, cette monnaie ne tiendrait pas le choc face au dollar ou au yen. L’euro était en sursis. Puis, le cuivre des pièces de 1 cent (en France, on dit un « centime » !) noircissait trop vite. Puis les pièces donneraient des allergies de la peau. Ensuite, les billets allaient être contrefaits (à ce jour, cette monnaie est la moins contrefaite de toutes les autres monnaies !).

Je n’ai rien oublié…

Plus sérieusement, le taux de conversion était trop compliqué (6,55957). Pire, certains « europrofiteurs » en … profitèrent pour avoir l’arrondi un peu lourd. Tout est parti de là. Même s’il y a un décalage entre la réelle augmentation due au passage à l’euro et le « ressenti » de la hausse des prix. L’Insee a fait beaucoup d’analyses là-dessus. On mélange aussi les causes : la hausse de la farine, ou du pétrole, ce n’était pas spécialement la faute de cette monnaie ! Sauf que ça « coïncidait » avec le passage à l’euro. Donc cela est incrusté dans la tête de nos compatriotes, on ne l’enlèvera pas ….

 

Ensuite, la polémique s’est déplacée – ou ajoutée – sur l’indépendance éhontée de la Banque Centrale européenne, voulue pourtant par les politiques (presque tous les politiques) de l’époque.

Et le (gros) malentendu a perduré. Dix ans ! Les voix défendant l’euro (j’en fais partie), bien minoritaires, ont été étouffées, ou ont été inaudibles. De fil en aiguille, l’euro, bouc émissaire idéal, est devenu la cause de tous nos maux : l’inflation (bien sûr !), donc le pouvoir d’achat, le chômage, les délocalisations, le libéralisme. Et je crois, le gel des salades en hiver ou la fonte – précoce  - du Groenland en été…

L’euro est né au taux de 1,18 contre dollar. Selon des calculs sérieux et objectifs au moment de la « bascule » des anciennes monnaies vers l’euro.

Là aussi, cela n’allait pas. Il eût fallu un taux de 1 pour 1 (et encore …)

Puis l’euro s’est mis à baisser lentement, mais sûrement. Durant 3 ans. Ah ! Là, on avait enfin un argument sérieux. Je cite : « vous voyez bien, on vous l’avait bien dit, cette monnaie n’est pas viable. Ça ne marchera pas ». Il est vrai qu’en 2003, l’euro avait perdu 40% de sa valeur, tombant à 0,83 dollar pour 1 euro. Et alors ? C’était de toute façon mieux, en terme de parité de change, que le franc, même au mieux de sa forme, et surtout que la peseta, la lire, la drachme…. Bref, pour beaucoup, un euro faible plombait nos économies : à lui seul, il était la cause de l’inflation importée (les importations devenant plus chères), du pouvoir d’achat, du chômage, etc. Refrain connu. Pire, la crédibilité de l’Europe était atteinte, donc nos souverainetés nationales…

 

Et puis l’euro remonta, à partir de 2004. Il monta, il monta, il monta. Lentement, mais sûrement. Par paliers, ou de façon continue. Et ce jusqu’en 2008 ! Avec un record à 1,50. Et les mêmes qui stigmatisaient un euro faible, donc nul, se mirent à stigmatiser un euro trop fort : l’euro freinait nos exportations (alors que 65% de nos exportations se font en zone euro, donc en circuit fermé, neutre sur le plan des parités !), donc créait du chômage, affectait le pouvoir d’achat, etc, etc. J’ai failli oublier… la fonte du Groenland !..

 

Oubliant simplement qu’un euro fort est le symbole de ce pourquoi on a voulu l’euro, justement : donner à l’Europe un poids géopolitique, une visibilité, une crédibilité internationale conforme à son poids économique majeur. Sans monnaie commune, pas de souveraineté. Parmi toutes les « petitesses » entendues, l’opinion publique a fini par oublier l’objectif premier de la création de l’euro : une monnaie crédible et « tenant la route » face au dollar, quelque peu hégémonique sur tous les marchés du monde.

 

Si les Chinois ou les Brésiliens achètent aujourd’hui l’euro pour constituer leurs réserves monétaires  nationales, ou émettent un emprunt en euro, l’euro monte. C’est mathématique. Mais l’Europe existe !

En outre, d’autres pays s’accommodent très bien d’un euro « fort » : l’Allemagne par exemple, qui bat tous les records d’exportation depuis trois ans. Avec le même euro !

On s’étonnera après que les Français, soit s’abstiennent aux élections, soit votent contre l’Europe, avec un tel pilonnage médiatique contre l’euro…

 

Le monde, donc l’Europe, a été, à des degrés divers, impacté par le 11 septembre 2001, par les crises asiatiques, russe, argentine, par Enron … et bien sûr l’actuelle crise, dont on ne connaît pas l’issue. Nos monnaies nationales auraient donc dévalué X fois, faisant exploser les taux d’intérêt (le coût du crédit), l’inflation, freinant les investissements, et générant du chômage.

On a oublié qu’il y a 25 ans, on avait une inflation à DEUX chiffres, des taux d’intérêt à 15%, et des dévaluations à répétition.

L’Europe était un nain politique sans « attribut de souveraineté », tel une monnaie, une défense et une diplomatie crédibles. Même pour l’emploi, on ne veut pas voir (qui le dit, à part les rapports de la BCE, honnie ?) qu’en zone euro, on a créé deux fois plus d’emplois (net) de 1999 à 2008 que durant les dix ans ayant précédé l’euro  (1989-1999). Qui le dit ?

 

Le bilan de l’euro est élogieux : stable, fort. En dix ans, il représente 25% des transactions commerciales, 45% des obligations internationales. Au bout de dix ans, les Français s’approprient mieux l’euro. Ils parlent moins en « franc » sauf pour les gros montants ! Patience…

A quelque chose, malheur est bon : la crise actuelle réhabilite l’euro. Il nous protège, et les Français s’en aperçoivent. Aucune dévaluation. Certes l’euro est retombé à 1,30, et il baissera encore, crise oblige. Mais l’édifice monétaire européen tient le choc. A la crise financière, économique, et de confiance, on évite l’apocalypse : la crise monétaire. Cela n’est pas rien.

L’euro, conjuguée à la baisse des prix des matières premières, redonne à chacun du pouvoir d’achat.

L’euro est bon pour la zone euro, et même pour la stabilité du système monétaire international, car il rassure.

 

L’euro revient en grâce. Par son rôle protecteur, bouclier, il intéresse même des (anciens ?) euro…sceptiques : l’Islande, le Danemark. Et, last but not least, le Royaume-Uni (on ne rit pas !) commence à s’interroger, à son tour, vu le plongeon terrible de son économie et l’effondrement de sa Livre, revenue à quasi parité avec l’euro ! Et nos amis suisses ?

 

Bon anniversaire, l’euro ! Tu as fait tes preuves… et rendez-vous dans 10 ou 20 ans !

Ah ! J’oubliais : le 1er janvier 2009, un 16ème pays a adopté l’euro : c’est la Slovaquie. Pourquoi pratiquement personne n’en a parlé ?

Allez, encore un petit effort !…