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La réintégration de la France dans l’OTAN: polémiques, polémiques… faux prétextes et faux semblants!

22 mars 2009

C’est fait ! Et évidemment c’est historique : la France est de retour dans les structures militaires intégrées de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) qu’elle avait quitté sur décision du Général de Gaulle le 10 mars 1966.

Et l’Assemblée Nationale vient d’apporter sa confiance au Gouvernement par 329 voix pour et 238 contre, sur cette décision stratégique majeure, et à quelques jours du 60ème anniversaire du Traité de l’Atlantique Nord, signé le 4 avril 1949.

Aussitôt, bien sûr, c’est le jeu démocratique, de vives polémiques et critiques ont fusé, s’appuyant sur des symboles, voire des mythes… qui affecteraient l’indépendance militaire de la France…

Fadaises que tout cela !

Il n’y a, bien sûr, aucune crainte à avoir pour la souveraineté nationale française. D’ailleurs, les Français sont plus sages que certains politiques puisque des enquêtes d’opinion attestent que près des deux tiers soutiennent le plein retour de la France dans l’OTAN.

La France gardera sa totale marge de manœuvre, et sa totale capacité de dissuasion nucléaire. Elle continuera à intervenir (ou pas) où elle veut, quand elle veut. Comme en Irak en 2003 où elle refusa d’y aller, et comme en Afghanistan aujourd’hui où elle accepta. D’ailleurs, en 2003, l’Allemagne aussi a refusé d’intervenir en Irak, et pourtant elle était déjà, elle, dans le commandement intégré de l’OTAN !

 

Autre polémique stérile : d’aucuns prétendent que cela affaiblira l’émergence d’une politique de défense européenne… Ceux là même dont les « pères » politiques ont torpillé (sans jeu de mot) en 1954 le projet de CED (Communauté européenne de Défense). Sur les 6 pays fondateurs de l’Europe, seule l’Assemblée nationale française, à une écrasante majorité de Gaullistes, Communistes et Socialistes, a voté contre l’Europe de la défense ! Les 5 autres pays avaient voté oui !

Résultat : on a laissé le champ totalement libre à … l’OTAN !

Résultat : même si, depuis Maastricht (1992) l’Europe a compris qu’elle n’existerait que si elle recouvrait les trois éléments clé de la souveraineté (à savoir une monnaie, une défense  et une diplomatie crédibles) face aux puissances d’aujourd’hui… ou de demain, la défense européenne (60.000 hommes mobilisables en 60 jours) reste de très loin inférieure à la capacité militaire de l’OTAN !

Alors, de qui se moque-t-on ?

Comment peut-on oser dire que l’apport de la France à l’OTAN va affaiblir la capacité de l’Europe de la défense ? Comparons ce  qui est comparable, s’il vous plaît !

D’autant que l’OTAN a tout un pilier européen, et que, je le répète, la France n’a jamais quitté l’OTAN sur le plan des forces militaires, et des contributions budgétaires, strictes.

Autre argutie entendue : qui oserait penser une seule seconde que la France renoncerait à sa capacité autonome de force de frappe nucléaire ? Ou encore à son siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU ? Le commandement intégré de l’OTAN n’enlève aucune autonomie. La preuve ? L’Allemagne est dans le  commandement intégré de l’OTAN. Cela ne l’a pas empêché en 2003 de refuser d’aller en Irak !

Enfin, cette intégration dans l’OTAN met fin à une sacrée hypocrisie. La France n’a jamais quitté l’OTAN. Le Général de Gaulle, en 1966, s’était juste retiré de son commandement intégré, pas de l’Alliance atlantique. Nuance. D’ailleurs, la France est le 4ème contributeur de l’OTAN sur le plan militaire ! Et aujourd’hui 4.000 militaires français participent déjà à des opérations conduites par l’OTAN…

 

En somme, la France cumulait tous les inconvénients, et peu d’avantages : elle faisait un gros effort financier, avec une forte contribution militaire, sans être totalement intégrée : pas accès au commandement suprême, donc pas accès aux secrets militaires, au renseignement. Bref, un statut « bâtard », inconfortable et ambigu.

La France n’a rien perdu. Elle a plutôt gagné en influence, en reprenant toute sa place.

Cela ne remet nullement en cause sa « souveraineté », ni son autonomie militaire.
Cela ne  remet évidemment pas en cause la politique européenne de défense, qui reste une nécessité absolue si l’Europe veut peser géopolitiquement dans les années futures.

Le Traité de Lisbonne, s’il est adopté par les Irlandais à l’automne, ira un peu plus loin dans cette Europe de la défense, et ainsi de suite.

La France sait très bien que sa place dans le monde est au sein de l’Europe, et donc aussi dans l’Europe de la défense. Sa place dans l’OTAN ne lui enlève rien, et lui ajoute de l’influence au sein de l’Organisation atlantique : quelques postes prestigieux d’officiers supérieurs, dont deux commandements (on parle de Norfolk et Lisbonne), avec l’accès à toutes les données stratégiques et de renseignement. Ce n’est pas rien, tout de même.

Mais le destin de la France reste l’Europe. Que personne ne s’y trompe, et ne se détourne des enjeux. La France, c’est la 5ème puissance économique mondiale. Avec 63 millions d’habitants seulement. Pas si mal. Elle doit aussi cette place à l’Europe. Car l’Union fait la force. Si elle veut garder un tel rang, alors que tant de pays vont émerger d’ici quelques années, sur le plan économique comme sur le plan géopolitique, elle doit être dans l’OTAN, bien intégrée et actrice, dans l’ONU, dans l’OMC, et évidemment, pleinement dans l’Europe. C’est une question de survie.  Partout dans le monde, il y a des regroupements, ou des velléités de s’unir. Sur le plan commercial (l’Aléna, le Mercosur), puis sur le plan militaire, monétaire voire institutionnel. On n’a pas le choix. Alors, pitié ! Cessons ces polémiques stériles, ou bassement politiciennes.

Le contexte bien particulier dans lequel le Général de Gaulle prit sa décision historique en 1966, est totalement révolu. L’Europe a changé, totalement. Le mur de Berlin est tombé. Le monde a changé. La France aussi.

Aujourd’hui, la politique du « cavalier seul » serait audacieuse, voire arrogante, mais suicidaire. Elle pourrait flatter l’orgueil « national ». Mais, ce serait sans doute bien cher payé… A tout le moins illusoire.