Des mots, des maux, …. démons ?
15 mars 2009Enfers fiscaux, enfers bancaires.
La formule ne vient pas de moi, mais des Allemands. Les Allemands, à bon droit, préfèrent appeler « enfer » les …. « paradis » fiscaux, ou bancaires. C’est, en effet, plus juste, plus moral. Car ce qui est paradis pour les uns est… enfer pour les autres. En tout cas, en économie ou en finance.
On connaît bien d’ailleurs, pour l’employer souvent, la formule voisine, voire connexe : « le malheur des uns fait le bonheur des autres ».
Pour continuer la sémantique morale, on qualifie d’ailleurs de capitalisme immoral –ou amoral – le capitalisme spéculatif, donc improductif. Le « mauvais » capitalisme, celui qui n’est pas productif, ou entrepreneurial. Je pourrais multiplier les exemples. On parle de « cercles vicieux » de l’économie, opposé à un cercle « vertueux ». On stigmatise encore les titres « pourris », l’argent « sale », ou encore le « capitalisme fou ». Pour que le mal rédempte… le mal, on invente même les « bad banks » ces banques qui vont récupérer – et traiter – les créances douteuses, pourries, à risque.
Derrière autant de qualificatifs si négatifs, se cachent les auteurs du mal, les fauteurs (de mal) devrais-je dire. J’ai nommé les spéculateurs, les cupides, les avides, les profiteurs (ou euro-profiteurs), les aigrefins, les arnaqueurs, les voleurs, les manipulateurs, les menteurs, les marchands d’illusion, ou de soupe, les fraudeurs. Je dois en oublier.
Tout cela existe, bien sûr, tout cela est vrai, pour un certain capitalisme financier. Et il convient urgemment, si possible dès le G20 du 2 avril prochain à Londres, que l’Europe unie (espérons…) convainque nos amis américains de la nécessité absolue de sanctionner tous les fraudeurs afin de réguler ce mauvais capitalisme. Le retour de la confiance sera à ce prix-là. Cette action en profondeur (et durable) n’entravera d’ailleurs, aucun nouveau plan de relance. Il n’y a aucune incompatibilité à traiter les deux concomitamment, comme semblent le prétendre les Etats-Unis. C’est même un devoir absolu.
Les plans de relance seront encore plus efficaces dans un début de commencement de régulation sur toute la planète, traquant les spéculateurs immoraux et assainissant les mécanismes et produits financiers « à risque ».
Donc, le G20 qui va réunir le 2 avril 80% de la production et de la richesse de la planète ne doit pas rater le coche, et combiner relance et régulation. Pas de relance sans régulation ! Et on ne fera pas de G20 tous les 15 jours.
Car, stigmatisé à longueur de journée par des médias en quête de sensationnalisme mercantile, ce capitalisme pourri finit par contaminer « l’autre » capitalisme, vertueux, lui, normal, sain, productif, celui qui fait tourner et vivre la planète, celui qui n’arrête pas de faire émerger les (anciens) pays pauvres, par son dynamisme, sa rénovation permanente, son pragmatisme, son adaptation à tout, et même (surtout ?) aux crises, sa régénérescence permanente, spontanée ou régulée.
A notre époque trop manichéenne où le « lynchage » l’emporte trop souvent sur la mesure, l’analyse ou le débat, on a vite fait de confondre, en toute innocence ou par posture idéologique, les « deux » capitalismes, le bon… et le « bad ».
Le résultat est le même : on jette l’anathème sur le « système » tout entier : le capitalisme (NDLR : lequel ?) est pourri, mort, il faut le changer. De fil en aiguille, l’économie de marché est honnie (36% des Français seulement l’apprécient !!), le profit est suspect, le patron est (forcément) un salaud, et la Bourse est un véritable lieu de perdition.
Très bien. Et après le déferlement collectif et schizophrène, on fait quoi ? On remplace quoi… par quoi ?… Quelle alternative crédible ?
En attendant, le mal est fait : le pays est en dépression collective, tout devient critiquable et condamnable, au-delà du raisonnable, la peur (de tout) l’emporte sur l’espoir, l’individualisme sur la solidarité, l’irrationnel sur le réel.
On jette tout avec l’eau du bain. Tout ce qui est excessif est dérisoire, selon le dicton. Oui, sauf que là, on joue avec le feu, et on peut prêter attention à toutes les sirènes de la démagogie, du « Yaquafauqu’on » (NDLR : il y en a même des vrais !…), des « remèdes » pires que le mal.
Attention aux fausses bonnes « solutions ». Régulation, oui, et vite. Le « grand soir » non. Le reste de la planète, en Asie et ailleurs, veut continuer à « émerger » : travailler, produire, s’enrichir, prospérer. Et rebondir après la crise, situation, par définition, temporaire. La reprise succède toujours à la crise, comme l’a toujours permis le capitalisme (le « bon »), depuis deux siècles, avec ses imperfections, ses inégalités, ses exubérances, parfois.
Donc attention aux termes, aux qualificatifs, aux clichés faciles, surtout en temps de crise, qui sont ravageurs, et peuvent saper le moral, miner la confiance, et partant la croissance ou la reprise.
Le « poids des mots » … disait un magazine…
Des mots ? Ou des maux ?
Gare aux démons !