LES AMERICAINS… ET LES AUTRES ? EUROPEENS,REVEILLEZ-VOUS !
01 mars 2009L’Europe, de réunion en réunion (à 2, à 6, à plus), patine un peu en ce moment. Chacun y va de ses plans, et re-plans, pas toujours coordonnés, parfois protectionnistes. Certes, les plans vont – quand même – dans le bon sens, car restaurer le crédit demeure la priorité absolue. Sinon, l’économie s’effondrera, via les entreprises, faute de carburant.
Même les plus idéologues devraient quand même comprendre ça, pour une fois. A qui servirait-il de tout relancer par la consommation si les entreprises ont mis la clé sous la porte ? (soit dépôt de bilan, soit liquidation judiciaire). En fait, il faut un « mix » intelligent et coordonné entre les deux : relance par l’investissement massif qui exige, au préalable, que le crédit refonctionne à « plein régime », puis relance par la consommation. Evidemment, le cumul des deux va faire exploser un peu plus nos déficits…
Les Etats-Unis aussi, après tout, ont déjà des déficits qui atteignent ….+ 10% de leur PIB ! A comparer avec nos critères de Maastricht qui ne tolèrent – je devrais dire « toléraient » - pas plus de 3 % maxi du PIB !
En tout cas, les Etats-Unis nous montrent qu’ils ont repris le flambeau. Ils restent LA première puissance mondiale : ils ont les Chinois pour se refinancer en permanence, eux. Nous autres, « pôvres » Européens, on n’a pas de Chinois, on n’a personne. On a 27 Etats nations « souverains » qui coordonnent tant bien que mal leurs politiques nationales de relance et masquent du bout des lèvres leurs égoïsmes nationaux. La présidence française de l’UE, pendant 6 mois, avait donné un nouveau souffle, un vrai élan européen, une présence sur la scène mondiale. L’Europe, en octobre 2008, avait réussi à prendre le leadership politique face à la crise économique, imposant même à G. W. Bush un G20 ! Comme je le craignais, le soufflet retombe très vite : inexistence quasi-totale de l’actuelle Présidence tchèque, qui n’a convoqué un Conseil informel extraordinaire des chefs d’Etats et de gouvernement, ce week-end, que parce que l’Allemagne et la France la pressaient de le faire !!
Pourtant, des risques de dérives protectionnistes menacent, en dépit de l’obligation de coordination et de solidarité des Européens entre eux. Je crains qu’il nous manque cruellement une présidence de l’UE active et efficace (reconnue !…) pour recoller en permanence les morceaux, colmater les brèches dans la solidarité communautaire et éviter les risques de dérives du « chacun pour soi ». Encore un exemple : je viens d’apprendre que l’Allemagne, via Siemens, va sortir du capital d’AREVA pour nouer un partenariat avec la …. Russie sur le nucléaire ! Fermez le ban !
Je me répète, mais c’est toujours le talon d’Achille de l’Europe : unis (même dans la diversité ! ), on gagnera ; divisés (dans l’adversité..) on perdra tout. Surtout face à une crise d’une telle ampleur. Et les Etats-Unis retarderont leur propre déclin de quelques décennies.
Un peu d’histoire pour étayer mon propos : les Etats-Unis ont toujours eu des alliés de poids (Chine, Inde) pour se refinancer, soutenir leur monnaie universelle, acheter leurs produits technologiques. Bref, pour s’en sortir, et rebondir. Cela leur a permis, depuis la fin des accords de Bretton-woods, en août 1971, de jouer au yo-yo avec le dollar, de laisser filer leurs déficits publics au seul profit de la croissance et de l’emploi, d’être totalement laxistes sur les taux d’intérêt (très bas !), le contrôle prudentiel des banques et institutions financières (merci Alan Greenspan !!), contrairement à l’Europe et sa Banque Centrale Européenne, injustement décriée. On connaît la suite : bulles immobilières, financières qui explosent, surendettement, etc. Bref, les USA sont à l’origine presque exclusivement (presque, car l’Europe - banques, citoyens - s’est rendue aussi complice des dérives spéculatives et financières, et des produits à risque si alléchants sur le plan rémunérateur…) de cette crise mondiale, comme toujours d’ailleurs (1929, 2000, Enron, etc).
C’est le privilège du fort, du leader géopolitique mondial. Je rappellerai la phrase cruelle d’un Secrétaire d’Etat au Trésor dans les années 1980 : « le dollar, c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ».
Là au moins, l’Europe a réagi (il a fallu 30 ans quand même !!) : en 1999 naissait l’euro, la plus grande réussite de toute la construction européenne qui donne, surtout en temps de crise, un peu d’air, et un peu de souveraineté !
Le reste : gouvernance économique (une vraie !) ; budget européen (un budget décent, pas 1% du PIB !) ; fiscalité commune (au moins convergente) n’a pu ou voulu être fait. Tant pis pour nous ! L’Europe est aussi puissante que les Etats-Unis sur le plan économique, et reste un nain sur le plan politique (sauf au second semestre 2008 !).
Donc, les Etats-Unis imposent – et exportent – leur crise, et en ressortiront avant nous, ce qui redonnera le « LA » à la croissance mondiale ! Schéma connu…
La clé de leur réussite ? Les Chinois. Nous, on n’a pas de Chinois, on n’a personne. Dommage. Ce sont les Européens qui financeront par l’impôt leurs déficits abyssaux.
La Chine est le premier détenteur du monde de bons de Trésor américains, devant le Japon ! Fin 2008, elle en détenait pour 700 milliards de dollars, l’équivalent du plan de relance d’Obama !
La Chine, elle détient en outre d’énormes réserves de change, de l’ordre de 2000 milliards de dollar (et un peu en euros, quand même). Elle est ainsi le premier détenteur mondial de billets verts, devant les …Etats-Unis !! Elle-même touchée très sérieusement par la crise, elle injectera bien sûr une partie de ses réserves sur ses territoires, en faisant des investissements massifs nécessaires pour relancer son économie. Mais le reste sera pour l’Amérique, pas pour nous, ou pratiquement pas (un peu d’Airbus, des centrales nucléaires).
Rêvons quelques secondes. Imaginez que l’Europe soit encore le leader mondial avec sa monnaie mondiale (comme au XIXème siècle, avec la Livre Sterling). Et bien, les Chinois renfloueraient l’Europe, tout simplement ! Avec NOS bons du Trésor….
Privilège du fort, je disais… Et tant pis pour le faible. Il n’avait qu’à pas se rendre faible !
Madame Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, est revenue victorieuse de son récent voyage à Pékin : avec l’annonce que les Chinois, une fois encore, même si cela ne les arrange guère, vu leurs besoins, joueront le jeu et garderont leurs relations économiques et politiques exceptionnelles avec l’Amérique. L’Europe compte encore trop peu dans leur jeu, malheureusement. Il faut dire aussi que ce géant asiatique (et un jour, leader mondial) a intérêt à sauver son premier client mondial, quand on sait que les exportations de la Chine représentent 38% de son PIB !
J’espère vraiment qu’au G20 du 2 avril, à Londres, qui réunira les 20 premières puissances du Monde, soit 80% du PIB mondial, l’UE sera soudée, solidaire et fera bloc. Les Etats-Unis risquent de privilégier (exclusivement) le sauvetage des banques – essentiel -, et les plans de relance de l’économie sur la moralisation du capitalisme spéculatif fou et en pleine dérive dans le grand « casino » mondial. Or, cette crise est trop grave (et longue ?) pour qu’on ne s’attaque pas enfin aux causes du mal : la fin des paradis fiscaux (attention toutefois aux amalgames démagogiques en la matière : le Luxembourg, par exemple, n’est pas un « paradis fiscal » !..), un encadrement plus strict des banques et du crédit aux offres « alléchantes » de 8% à 12% d’intérêts… ; des règles comptables plus strictes ; une réforme profonde des agences de notation ; l’éradication progressive des fonds spéculatifs (hedge funds). C’est maintenant, ou jamais.
A la réunion à Berlin du 22 février avec les principaux pays européens, des progrès ont été fait vers la convergence des positions, mais on n’est jamais à l’abri de – mauvaises – surprises. L’Allemagne a toutefois permis un engagement européen fort : tout Etat de la zone euro qui serait menacé de faillite sera soutenu par les autres. En cas de risque systémique, la solidarité s’imposera. C’est déjà pas mal. Mais quid des autres ? De grands risques menacent certaines économies, très fragilisées, des pays d’Europe centrale et orientale. Ils ne sont pas encore dans l’euro. Mais ils sont dans l’UE. La solidarité doit jouer, aussi. Non ?
Je terminerai sur la déclaration de Bruno Le Maire, Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes : « il reste du travail pour faire naître un intérêt européen ».
Absolument d’accord. Il faut aller plus loin, et plus vite. Par raison, au moins, sinon par passion… On n’a pas le choix. La Commission devrait de nouveau « impulser ». Et pas attendre sa recomposition, après les élections européennes ! Le budget de l’Union ne dépasse pas 1% du PIB européen (133,8 milliards d’euros pour 2009). Quant à la présidence actuelle de l’UE… j’ai déjà dit ce que j’en pensais !
On ne peut pas lutter à armes égales avec les Etats-Unis, et son complice Chinois, qui injectent beaucoup plus que nous, « pôvres » Européens.
Il va quand même falloir que chaque « Etat-Nation souverain » le comprenne, au moins par raison, pour relancer, unis, la machine européenne..
Pour que je n’écrive plus « l’Amérique… et les autres ? ». Pour que l’Europe-puissance émerge, et ne soit pas sous influence.
Européens, réveillez-vous !
Notre salut, c’est l’addition. Pas la division.