Recherche
Calendrier
  • Octobre 2018
    LunMarMerJeuVenSamDim
      
    1 2 3 4 5 6 7
    8 9 10 11 12 13 14
    15 16 17 18 19 20 21
    22 23 24 25 26 27 28
    29 30 31  

  • Évènements à venir :
    • Des événements sont à venir, restez en ligne!

LE G20 : PAS MAL DU TOUT, EN TOUT CAS MIEUX QUE PREVU !

05 avril 2009

Le deuxième G20 de l’histoire vient de se terminer à Londres. Sa paternité – comme le premier – en revient à Nicolas Sarkozy qui lança l’idée lors de sa présidence de l’UE et réussit à convaincre ses partenaires occidentaux de le réunir régulièrement.

C’est important que les dirigeants de la planète – émergents et « riches » - se retrouvent, se parlent, échangent et – si possible – décident.

Ces sommets ont, au moins, le mérite… d’exister. Mais, souvent les actes ne suivent pas les belles déclarations, les beaux communiqués finaux, forcément consensuels pour que la photo finale ne soit pas gâchée. C’est normal, car on joue quand même là l’avenir du monde, et à 20 pays les intérêts divergent forcément plus qu’à un G7 ou G8. On me rétorquera qu’une belle déclaration « choc » peut tout de même rassurer les gens, les convaincre, leur redonner le moral et confiance.  C’est important, en effet, en temps de crise.

Ce G20 aura commencé à faire avancer les choses, avec des principes, et quelques engagements. Alors, regardons de plus près ce qu’a décidé le G20.

La grande nouveauté en matière de relance économique passera par le FMI : son budget va tripler, passant de 250 à 750 milliards de dollars, mais pour aider essentiellement les pays émergents ou en développement qui ne peuvent, eux, mettre en place des plans de relance nationaux. Le FMI vendra également 403 tonnes d’or qui rapporteront 6 milliards de dollars.

En outre, 250 milliards de dollars seront ajoutés pour soutenir le commerce mondial et rejeter le protectionnisme.

L’Amérique voulait plus de relance, les Européens ont tenu bon : assainir et réguler le capitalisme financier d’abord, afin que les relances servent vraiment à quelque chose. La ligne du couple franco-allemand, exemplaire à ce sommet, l’a emporté. Beaucoup de choses ont été décidées pour assainir la finance mondiale. Création d’un « Conseil de stabilité financière » (Financial stability board) qui rassemblera toutes les autorités nationales chargées de réguler, surveiller, normaliser. En France, c’est la Banque de France, la Commission bancaire, et l’Autorité des Marchés Financiers. Il s’occupera des fameux « hedge funds » (fonds spéculatifs), des places off shore non coopératives et des paradis fiscaux, avec établissement d’une liste « noire » (Costa Rica, Malaisie, Philippines, Uruguay) et d’une liste « grise » (40 Etats dont la Suisse, la Belgique et le Luxembourg). L’OCDE et le FMI seront sur le pont, et des sanctions concrètes sont prévues : fiscales et financières. C’est une première !

Une formule a circulé lors de ce G20 : « l’ère du secret bancaire est révolue ». Cela aussi, c’est historique. Quelques économistes ont toutefois mis un bémol : les sanctions tomberont en cas de preuve de fraude ou d’évasion fiscale, et pas de simple suspicion….

Paris et Berlin ont encore gagné en obtenant l’encadrement des bonus des traders, la surveillance des organes de notation et d’une manière générale la surveillance étroite des institutions, des instruments et des marchés financiers. Le capitalisme spéculatif va commencer à avoir du souci à se faire : haro sur les taux d’intérêts délirants proposés aux clients, haro sur les rémunérations immorales. Au profit du capitalisme de production, et de l’économie réelle.

 

Et même le plan de relance, certes modeste (1.000 milliards en tout et non « 5.000 » comme annoncé par Gordon Brown qui… reprenait les anciens plans !) est désormais décidé, coordonné par 20 pays qui « gèrent » la planète, et plus par 7 ou 8. Ça  change tout. Le monde change : il n’y aura plus les riches contre les pauvres. Mais les riches avec les pauvres. C’est nouveau.

Ce sommet marque donc un tournant dans la gouvernance mondiale. Les trois principales institutions financières ou commerciales qui gouvernent le monde (parfois en concurrence avec les Etats) sont le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. Elles sont dirigées depuis 1945 par les Américains, puis les Européens Aujourd’hui 2 de ces 3 prestigieuses organisations (FMI et OMC) sont même dirigées par un Français. C’est historique. C’est Nicolas Sarkozy qui avait réussi le tour de force de faire accepter Dominique Strauss-Kahn par les Américains. C’est historique, mais c’est la dernière fois ! Dorénavant, ces postes iront au reste du monde émergent, donc d’abord la Chine, qui sera un jour la première puissance économique du monde. Une telle puissance va évidemment leur conférer la puissance politique et  géopolitique. Et plus vite qu’on ne le pense. Les Européens ont mangé leur pain blanc. Les Chinois ne vont pas tarder à réclame (et obtenir) ces postes stratégiques. Puis les Indiens, les Brésiliens…

 

Au total, le bilan de ce G20 est positif : la finance mondiale devrait enfin être régulée, mieux contrôlée par les Etats, et les institutions mondiales : FMI, OCDE.

Succès certes, avec de belles images sur l’Obamania réussie en Europe.  Succès d’annonce d’abord. Succès d’estime ensuite : les 20 pays les plus puissants de la planète (soit les ¾ du PIB mondial !) se parlent,et même convergent sur les objectifs économiques et financiers. Ce n’est pas rien. Il faudra maintenant faire pareil avec les problématiques de l’environnement et du développement durable.

Pour la première fois, on va commencer à contrôler les paradis fiscaux, réguler les taux d’intérêt délirants et/ou les rémunérations, immorales. C’est déjà ça.

Le monde entier a réfléchi ensemble. Sans aucune leadership ou arrogance américaine. La réforme du capitalisme mondial a été actée, et même mise en route. Mais la route sera longue.

 

Au chapitre des regrets, je mettrais l’absence de discussion sur les déséquilibres monétaires, et budgétaires. On n’a pas parlé des déficits publics énormes des pays riches (les Allemands surtout le regrettent), ni du problème aigu des déséquilibres des taux de change entre les 3 ou 4 monnaies mondiales : la baisse du dollar ou du yuan, les « yo-yo » incessants… Il faudra en parler un jour, car cela perturbe aussi le système international. A un prochain G20 ? Pourquoi pas lors du prochain G20, prévu en septembre, à New York.

En tout cas, les G7, G8 sont dépassés. Vive les G20 ! Le monde accélère, les sommets aussi.

Et le monde sera de moins en moins binaire, mais multipolaire.

Tant mieux.