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PAUVRE EUROPE ! TU NE MERITAIS PAS CELA….

31 mai 2009

Une fois de plus, la campagne des « Européennes » aura été morne, triste, aseptisée, franco-française (idem pour beaucoup d’autre pays, d’ailleurs) et déroutante pour l’électeur.

Et chacun s’étonnera, bien sûr, le 7 juin au soir, la larme (de crocodile) à l’œil, du taux massif d’abstention, entre 50 et 60% pour notre pays. Et la désaffection, voire le désamour perdurera voire grandira entre l’opinion publique et les acteurs de cette immense construction européenne aux enjeux de plus en plus majeurs pour la vie quotidienne de 498 millions d’Européens.

Vu les nouveaux pouvoirs que va avoir le Parlement européen, ce serait risible, si le sujet n’était pas si grave. Car on ne continuera pas impunément à faire l’Europe sans l’expliquer au citoyen.

Depuis quinze ans de militantisme européen, je constate, en augmentation croissante, les ravages d’une telle irresponsabilité – ou cynique stratégie – dans les établissements scolaires, les associations, les MJC, et ce quelque que soit l’âge, ou la catégorie sociale ou professionnelle.

A part une petite élite qui s’informe par elle-même, le décalage entre ce qui est connu par nos concitoyens et ce qui se fait à l’échelle européenne est abyssal.

 

Et malgré cette évidence, on continue ! 3 semaines de campagne en « demi-teinte », tous les 5 ans ! Et vivement le 8 juin, qu’on repasse aux « vraies » valeurs ! On n’a pas que cela à faire, n’est-ce pas ? Et puis, on a des élections chaque année, faut y penser, quand même.

L’Europe, c’est loin… Pour certains, ces élections, c’est juste un mauvais moment à passer. Allez courage ! Plus que 8 jours, et puis on « bâche » ! C’est cynique, irresponsable et dangereux, car les peuples finiront par se rebiffer… On ferait exprès qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

 

L’opinion publique ne peut qu’être indifférente, pour plusieurs raisons, à ce scrutin du 7 juin, qui est pourtant parmi les plus importants !…

1)    Les thèmes abordés 

Toutes les enquêtes d’opinion, depuis l’année de la crise économique en Europe, montrent que les trois priorités des Européens, y compris les Français, bien sûr, sont, dans l’ordre :

         - la lutte contre le chômage

         - la lutte contre la crise

         - la lutte pour le pouvoir d’achat

Cela n’étonnera personne, du reste, et c’était même prévisible depuis plusieurs mois ! Et bien, même si les partis politiques sérieux ont fait des propositions sur ces sujets de préoccupations majeurs, ils n’en parlent pas, ou très peu à la radio, à la télé, dans les meetings ! Cherchez l’erreur !

2)    La déconnexion entre les partis nationaux, et les partis européens

Il est très difficile (et c’est du vécu, là encore !) de faire comprendre que les candidats UMP vont, après, se retrouver dans un grand ensemble  (majoritaire actuellement) qu’est le « PPE » (Parti populaire européen) ou le PS dans le « PSE » (Parti socialiste européen) ou le Modem dans « l’ADLE » (Alliance des démocrates libéraux européens) etc..

On peut comprendre que l’électeur soit dérouté, et craigne que « son » candidat ne lui échappe…

3)    Différence de culture politique

Cela conforte le décalage évoqué au point 2 : le Parlement européen fonctionne selon la culture du consensus, les parlements nationaux sont culturellement plus clivés, plus conflictuels. Rien de tel au Parlement européen, l’assemblée est très démocratique : on ne s’invective pas, on respecte le temps de parole, et le compromis est au cœur de la prise de décision politique.

Un exemple parmi d’autres : la fameuse directive ex-Bolkestein (dont je parlais dans un précédent blog) a été complètement réécrite par deux députés : le Français Jacques Toubon pour le PPE, l’Allemande Evelyne Gebhardt pour le PSE. La plupart des textes sont votés, modifiés ensemble (hors partis extrémistes). Ce qui rend d’ailleurs le Parlement européen plus efficace, plus « productif » ! Plus de 900 directives ou règlements en 5 ans…

4)    Méconnaissance des députés

A part quelques « vedettes » connues nationalement, les députés européens sont moins connus que les députés nationaux en raison du découpage en circonscription immense, de  plusieurs millions d’habitants ! En plus, ils sont (pour l’instant) moins invités par les médias que lesdéputés b« locaux ».

Cherchez l’erreur…

J’avais déjà suggéré que les nouveaux députés élus travaillent avec les députés locaux (inauguration, commémoration, etc) ou comme eux (permanences parlementaires accueillant les électeurs), etc..

5)    Désinvolture de certains acteurs

Hauts responsables, seconds couteaux, et candidats eux-mêmes, ont multiplié les approximations, erreurs ou contrevérités sur des questions pourtant simples : nombre de députés français au Parlement ; durée du mandant (si, si !!!) ; nombre de partis politiques ; salaire du député ; partage des rôles entre la Commission et le Parlement ; étendue du vote en co-décision ; critères d’adhésion des nouveaux pays candidats. J’ai tout noté : le nom, le jour, le lieu.

C’est lamentable, et indigne de cette noble fonction.

Je n’ai jamais vu de telles erreurs pour une élection nationale ou locale. Cela est révélateur de l’intérêt qu’eux-mêmes portent à leur fonction !

6)    Déni de démocratie ?

The winner is…. Quel est le futur Président de la Commission ? On le connaît déjà ! Il ne fait aucun doute que le PPE aura la majorité au Parlement, et largement… On ne change pas une équipe qui gagne. Surtout en période de crise, où on a encore plus besoin d’Europe.

Donc le Président de la Commission, monsieur José-Manuel Barroso, sera reconduit en novembre 2009. D’ailleurs, il fait consensus bien au-delà du PPE ! Les socialistes allemands, espagnols, anglais, portugais l’ont choisi aussi ! Et le Président du Parlement européen sera bien sûr, un « PPE ». Sans doute, monsieur Hans Gert Pöttering, s’il le souhaite. Je sais, cela tue le « suspens »…

 

Bref, il y a trop de choses déroutantes, éloignées de la « culture » politique nationale.

L’électeur n’est pas sot. Il « sent » bien que cette élection lui échappe, qu’on ne lui explique pas tout, que les jeux sont faits pour la désignation des Présidents, que les listes sont parfois étranges…

Comment, alors, s’étonner que l’abstention soit forte ?  D’autant qu’elle est à la fois conséquence de ce qui précède et… instrumentalisation !

On ne fait rien pour que les Français (et tant d’autres pays)  « incarnent » l’Europe, se l’approprient.

Il y a bien des meetings, mais ils sont remplis par… les militants des partis politiques respectifs. Bien peu de « grand public ». Surtout, les débats restent désespérément (ou y reviennent vite) sur des thématiques franco-françaises. Là encore, c’est prendre l’électeur pour un imbécile, comme s’il ne savait pas distinguer les 2 niveaux, voire les 3 niveaux : local, national et européen ! C’est vraiment dommage, car on continue, sciemment, à refuser la pédagogie, au profit de l’incantatoire et de la méthode Coué. C’est même dangereux, car si un jour, il faut faire le moindre référendum sur un sujet européen, important, alors il ne faudra pas s’étonner de la réponse…

Certes, les médias (surtout les radios et les journaux), cette fois-ci, ont essayé de prendre le relais en multipliant, depuis trois semaines, les émissions. Mais où sont les débats contradictoires entre M. Barroso et M. Rasmussen, par exemple ? Entre Graham Watson (chef du groupe parlementaire ADLE) et Martin Schultz (chef du groupe parlementaire PSE), par exemple ?

Car, si on n’invite que les différentes listes françaises, on retombe vite dans le débat national. Certains même se « rodent » déjà pour la … présidentielle, c’est dire !

Cela est également vain, car c’est sous-entendre  que l’électeur est assez dupe pour croire que, désormais, tout peut se régler au plan national, ce qui est faux depuis longtemps. Les gens sentent bien que le monde évolue, que l’Europe est à 27, que les grosses multinationales ont bien plus de pouvoir (et d’argent !) que les budgets nationaux de la moitié des Etats membres, que des organisations comme le FMI, l’OMC, la BERD, et la BCE à présent ont un rôle éminent à jouer, qu’enfin la mondialisation redistribue toutes les cartes sur cette planète quand on sait que, désormais 50% de la richesse mondiale est produite en Asie.

Mais cela ne fait rien.

 

Dors tranquille, électeur ! On s’occupe de tout. On ne va pas t’ennuyer avec des problématiques complexes, qui te dépassent. Laisse faire les « élites ».

On ne va quand même pas t’embêter avec les enjeux majeurs du Sommet de Copenhague sur l’environnement, fin 2009 ! Absent du débat !

Ni des défis de l’Europe en matière énergétique, budgétaire, agricole (la PAC), fiscale (harmonisation ?), sociale, culturelle, militaire, diplomatique, géopolitique, pour les 5, 10,15, 20 ans à venir. Absent du débat !

Aucune vision de l’Europe à moyen et long terme, de ses enjeux, de ses défis, de ses ressources, de ses faiblesses, de sa bureaucratie, de son manque inquiétant de budget sur la recherche-développement (ce qui nous condamne à terme face à l’émergence certaine de la Chine, de l’Inde, du Brésil, du Mexique, de la Russie). Absent du débat !

 Et pourquoi ne veut-on pas demander à l’électeur si le budget de l’Europe (1% du PIB européen !) lui paraît suffisant ou non ? Absent du débat !

Malgré les efforts des médias, je ne suis pas certain non plus que l’électeur votera en connaissant bien le fonctionnement institutionnel de l’Europe, le « qui fait quoi » entre la Commission, le Conseil européen et le Parlement. Ni comment est adoptée une directive, de sa genèse à son vote, et comment elle « passe » après dans le droit national (obligatoirement). Et pourquoi on ne dit pas tout ce qu’a voté le Parlement, déjà : la directive Reach, le Paquet énergie-climat, le congé maternité à 18 semaines minimum, la baisse des prix d’avion ou de la téléphonie mobile (SMS) et tant d’autres choses encore.

Circulez.

Puisqu’on vous dit que cela ne vous intéresse pas !

N’insistez pas, voyons !

Résultat : abstention record, incompréhension croissante des processus décisionnels européens, ce qui permet aux uns et aux autres de perpétuer de beaux clichés. Ça peut toujours servir. Exemple : Europe libérale, voire ultra-libérale, alors qu’elle garantit un modèle social le plus élaboré au monde, puisqu’il reste la chasse gardée (avec la fiscalité et le budget) des Etats-membres souverains ! On omet bien sûr de parler des fonds structurels européens : Fonds social européen ; Feader ; Feoga. Ni du Fonds d’ajustement à la mondialisation (1 milliard d’€). On ressort les vieilles lunes : la directive service (ex-Bollkestein), la Constitution européenne ( !) via le Traité de Lisbonne, forcément « libéral ». Provocation, ou ils ne l’ont même pas lu ? Seul l’euro a été épargné du discours démagogique. Car là, les peuples ont bien compris qu’il nous protégeait face à la crise, sinon les vieilles monnaies nationales auraient du dévaluer, avec une envolée des taux d’intérêt pour les crédits, et une inflation majeure.

Bref, on a fait comme d’habitude : on impute à « Bruxelles » tous les échecs et les maux de la terre, et on s’approprie ses succès. Ça marche à tous les coups : « Bruxelles » n’est pas invité à un droit de réponse !

 

Pauvre Europe. Tu ne méritais pas tant de critiques, de démagogie, de mesquineries partisanes.

Tu verras encore peu d’électeurs, cette fois-ci, venir t’honorer dans les urnes. Tu n’auras pas forcément des députés européens compétents, motivés, assidus et fidèles. Certains te quitteront d’ailleurs très vite, d’autres attendront un peu. D’autres enfin viendront peu te rendre visite.

Triste sort, à l’heure où tu nous es de plus en plus utile, même à 27, à l’heure où ton Parlement démocratique va voir (merci, Traité de Lisbonne !) ses pouvoirs considérablement renforcés.

Ne t’inquiètes pas, chère Europe. L’électeur n’est pas aussi bête qu’ « ils » croient. Il finira par s’apercevoir de tes vertus, de ton utilité.

En 2014, tu prendras ta revanche, peut-être, avec un vote massif.

Mais d’ici là, sois courageuse. Ils ne t’auront fait aucun cadeau !