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BILAN DES ELECTIONS EUROPEENNES : REGRETS ET ESPOIRS

18 juin 2009

Les urnes – pas trop pleines ! – ont rendu leur verdict, avec quelques surprises. 375 millions d’électeurs étaient appelés à renouveler le Parlement européen. Ce seul chiffre en fait la plus grande élection démocratique et transnationale au monde.

Comme on pouvait s’y attendre, vu « la campagne » en demi-teinte, aussi fade et insipide que brève, l’abstention a été massive. Elle représente, sur le plan global (27 Etats) 57%, soit près de 3% de plus qu’en 2004… Depuis 1979, elle ne cesse de progresser. Pas étonnant. J’avais déjà eu l’occasion dans mon euroblog d’expliquer pourquoi.

En France, on a fait encore mieux… si je puis dire ! 59,5% d’abstention ! Encore un record… Sera-t-il battu en 2014 (le 1er dimanche de juin 2014), ou bien va-t-on se réveiller et réagir ? C’est-à-dire informer régulièrement les peuples de tout ce que fait déjà l’Europe, et de tout ce qu’elle pourrait faire encore. Sans prosélytisme ou démagogie, mais en toute sincérité. Et pas 15 jours tous les cinq ans ! Est-ce vraiment trop demander ? A moins que cela, finalement, n’arrange tout le monde ?…

En tout cas, la comparaison de deux chiffres est effarante. Elections présidentielles françaises de 2007 : 83% de votants ! Record battu depuis l’élection présidentielle de … 1965 ! Européennes de 2009 : 40,5% de votants. Record battu aussi… hélas.

L’électeur n’a toujours pas mesuré l’importance – croissante – du Parlement européen, sur des domaines de plus en plus étendus (surtout si le Traité de Lisbonne est appliqué).

 

Dès 2005, après le non au référendum sur le Traité constitutionnel, le Premier Ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, avait commandé un rapport à Michel Herbillon, député UMP du Val de Marne. Excellent rapport de 400 pages. Toutes les solutions sont analysées : former, informer, partout, tout le temps. Tout est dit. Jusqu’aux symboles (drapeau, hymne…). Qu’a-t-on fait de ce rapport ? Presque rien ! Y compris sur les symboles.

Dès le début janvier 2009, au lendemain de la fin de la Présidence française pourtant fort réussie, on s’est empressé de … retirer tous les drapeaux européens !! Pourquoi ? Ils étaient sales, au bout de six mois ?

 

Cela a déjà été commenté un peu partout, la campagne a été très brève, et souvent « nationalisée ». J’y reviendrai. Il y a eu fort peu de réunions ou d’émissions qui ont pu, finalement, vraiment comparer des programmes, des projets européens, confronter des idées, opposer des visions de l’Europe, susciter des débats ! Là, on aurait intéressé l’électeur ! Mais non, quand il y a eu enfin un « débat » entre tous les protagonistes, sur France 2, le jeudi 4 juin, cela a été pour s’invectiver et s’injurier (surtout entre Bayrou et Cohn-Bendit !). Un tel débat, indigne, a du encore en convaincre quelques uns… de ne pas aller voter !!

Pourquoi aller voter, quand nombre de décideurs politiques (de tous bords) ont répété que cette élection était une élection, je cite, « atypique » ou « intermédiaire » et même « n’engageant pas l’avenir du pays ». Fermez le ban ! L’Europe n’engage donc pas l’avenir du pays ? Bravo, pour un pays qui est le principal pays fondateur de toute la construction européenne depuis 1950 !

Dans le rapport de force (qui ne devrait pas avoir lieu) entre Etats nations souverains et Europe intégrée, les premiers gagnent du terrain, en ce moment. Soit. Mais l’électeur devrait quand même finir par comprendre, malgré les clichés et les idées simplistes, que des questions majeures comme l’environnement, l’énergie, les flux migratoires, la sécurité, la défense, la diplomatie, la monnaie, et même la croissance ou la fiscalité, sont des enjeux transnationaux, plutôt qu’une addition plus ou moins convergente ou disparate d’intérêts régionaux…

 

Face à la mondialisation économique et financière qui accélère, chaque Etat va forcément peser de moins en moins lourd. Il est vain de le nier. Plus que jamais, l’Union sera utile… voire indispensable si l’on veut « garder son rang ». Les abstentionnistes ne sont pas forcément contre le fait européen, ils doivent simplement penser que les solutions sont encore très largement nationales… Le réveil sera douloureux…

 

Après les regrets, quelques notes d’espoir.

 

D’abord, même si je déplore une telle abstention, que l’Europe ne mérite vraiment pas, ceux qui ont été civiques ou intéressés, les « 40% », sont néanmoins parfaitement représentatifs du corps social. Qui pourrait prétendre que ceux qui se sont déplacés sont de tel ou tel bord ?

Il y a donc des enseignements intéressants à tirer.

Presque partout en Europe, les souverainismes ou nationalismes ont été contenus, ou ont reculé (même si la Ligue du Nord en Italie a fait 9,5% des voix). Au-delà, les partis eurosceptiques ou anti-européens déclarés ont perdu.

Tous ceux qui ont, sciemment, dénaturé l’élection européenne en « nationalisant » le débat ou en restant obnubilé sur d’autres scrutins à venir, ont été sèchement sanctionnés. Tant mieux ! C’est déjà ça ! Preuve que l’électeur n’est pas dupe et n’accepte pas qu’on détourne une élection. C’est flagrant en France, comme dans les autres pays.

Les électeurs qui ont bien voulu se déplacer ont voté pour les partis qui avaient parlé le plus (ou le moins mal) d’Europe. D’où le succès incontestable, pour la France, de la liste UMP-Majorité présidentielle (28%) et de la liste Europe Ecologie (16%). Pour l’UMP, les Français ont montré qu’ils avaient de la mémoire, et n’avaient pas oublié le bilan flamboyant de la Présidence française de l’Union, reconnu par tout le monde (dans l’Union). Sauf par un certain - ironie de l’histoire - par Cohn-Bendit !

C’est clairement Nicolas Sarkozy, et ses actions au second semestre 2008, qui ont fait l’élection. Le paquet énergie-climat adopté par les 27 Etats, cela a marqué. On a voté pour la clarté, aussi. L’UMP a été clair sur la Turquie, tandis que d’autres étaient beaucoup plus flous sur ce sujet sensible… On a voté pour la « sécurité » aussi. Normal, en temps de crise économique mondiale. A l’exception de la Grande-Bretagne (usure du pouvoir travailliste), les trois pays les plus importants, Allemagne, France, Italie, ont massivement voté pour le parti au pouvoir. Pour ceux qui sont aux manettes, qui ne bla-blatent pas dans le vide. Peu de pays ont connu un « vote-sanction » (Grande-Bretagne, Grèce). On a voté pour ceux qui agissaient pour l’Europe. On a voté pour ceux qui pensaient à la planète, aussi. D’où le succès historique d’Europe-Ecologie qui parlait des deux ! Historique, mais relatif quand même. Ils devraient avoir un groupe de 60 députés au Parlement. Sur 736. Le PPE lui, restera bien sûr le parti majoritaire, avec 263 députés (36% des sièges). Une véritable vague bleue, même si, au Parlement européen, les grands partis responsables travaillent ensemble, sur des majorités d’idées.

Et les autres listes ? Le bide ! La claque ! Ils se sont trompés d’élection, et ont essayé de tromper l’électeur, en le ramenant sans cesse à des contingences nationales. Encore une fois, l’électeur est moins sot qu’ils ne croient. Il ne  mélange pas les scrutins. Les partis socialistes ou socio-démocrates ont voulu surfer sur la crise. Arroseur arrosé ! En France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Espagne, les résultats sont sans appel. En France, tous les partis qui ont fait de « l’anti-sarkozysme » primaire en sont d’ailleurs pour leurs frais. Il y a d’autres scrutins, pour cela. Là, on était censé parler de l’Europe, de ses problèmes, de ses enjeux, de ses défis. Le PS, le Modem ont montré leur incapacité à parler d’Europe, et à ne pas sortir de leur obsession présidentielle. Ils n’avaient ni idées, ni projets, ni même la moindre capacité à rebondir dans la mouvance de l’Histoire : l’écologie, Obama. Rien. La sanction est immédiate. Les Français veulent être rassurés, ils veulent un pilote dans l’avion. Pas des gens autistes ou aveugles sur tout ce qui bouge dans le monde, ne pensant qu’à leur petit destin personnel. Pas un mot sur le discours du Caire d’Obama par exemple ; ou sur le nucléaire iranien ! Rien. Autistes et repliés sur eux ! Exit, les roquets ! Cela leur apprendra à vouloir coûte que coûte détourner à leur profit un scrutin de sa finalité. Ils ont joué, ils ont perdu ! L’électeur a eu le dernier mot !

 

Au total, donc, un vote raisonnable, et raisonné.

Les Européens ont envoyé un signal : ils attendent des députés européens qu’ils travaillent, donc qu’ils soient présents (on surveillera ça !…), une Europe qui agisse, qui protège, et pourquoi pas, qui nous étonne, qui nous fasse rêver. Qui ait une vision sur les affaires du monde, pas sur le petit avenir de quelques frustrés. Ils veulent aussi que les députés européens soient enfin visibles, et rendent des comptes, dans leurs circonscriptions, à l’instar des députés nationaux. C’est bien normal, en Démocratie. On surveillera cela, aussi… Et rendez-vous en juin 2014, pour la nouvelle élection.

D’ici là, l’Europe aura dû affronter de multiples défis : la réélection truquée d’Ahmadinejad,  la lutte contre le réchauffement climatique (qui ignore les frontières…), la réforme de la PAC, l’énergie, la défense européenne et l’approfondissement de la politique de la recherche et développement. Cela est essentiel, si l’Europe veut garder toute chance face à la concurrence américaine, et de plus en plus chinoise et indienne.

L’Europe devra être unie, et ne pas rater le sommet – vital – sur l’environnement de Copenhague, en décembre prochain. Voilà bien un rendez-vous capital pour l’Europe, et pour la planète. Idem pour les prochains G20, où toute addition de plans nationaux disparates serait vaine. Si l’Europe n’est pas unie et forte, la partie se jouera entre Américains et Chinois. Et que dire de l’immense dette publique des Etats membres, de la réforme nécessaire du système monétaire international, et de la régulation financière ; le paquet Telecom ; l’euro… de tout cela non plus, on n’a pas trop parlé.

On   n’allait quand même pas embêter les gens, avec toutes ces « broutilles ». Dormez tranquille ! On s’occupe de tout. Et promis, juré : on va enfin vous parler d’Europe. En …. Juin 2014….