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VIVE LA CHUTE DU MUR DE BERLIN, ET … VIVE L’EUROPE ELARGIE !

11 novembre 2009

L’Europe, et même le monde, viennent de célébrer avec faste le vingtième anniversaire de la Chute du Mur de Berlin, qui a déclenché la fin (enfin presque) d’un système collectiviste et totalitaire barbare et cynique. Presque, car il reste des pays, et non des moindres, pour s’en prévaloir encore, au premier rang desquels la Chine qui devient la manufacture du monde, avant de s’imposer comme première puissance mondiale. Il y a quelques autres pays communistes, insignifiants, sur le plan mondial, comme Cuba, le Vietnam ou la Corée du Nord (sauf s’ils détenaient l’arme nucléaire, auquel cas là ils ne nous feraient plus rire…).

Ce 9 novembre 1989 restera donc, pour longtemps, une date historique, majeure pour l’Humanité. Même si le communisme, disparu au niveau des gouvernements et des urnes, n’a pas complètement disparu au niveau … des consciences. Il y a, ici ou là, des tentatives de réminiscences (Russie ?), quelques hoquets nostalgiques, y compris dans quelques pays occidentaux.. La quête de l’égalitarisme forcené n’a pas totalement disparu non plus (ne pas confondre égalité et égalitarisme !).

Mais quand même, ne boudons pas un tel événement, qui a libéré la vie quotidienne, sur le plan physique et mental, de millions de gens, qui a aboli les goulags, qui a permis à des dizaines de pays de goûter au banquet des fruits du capitalisme, fut-il féroce et inégalitaire.

Evénement heureux pour le Monde, et pour l’Europe. D’abord pour l’Europe, bien sûr, puisque c’est quand même l’Europe qui avait conçu et mis en pratique, aux XIX° et XX° siècles, les deux idéologies totalitaires aux conséquences dramatiques que l’on sait : le fascisme, et son « dérivé », le nazisme, et le communisme. Hitler et Staline restant les pires monstres de l’Histoire, responsables chacun de plusieurs dizaines de millions de morts, souvent martyrisés de façon effroyable.

L’Europe aura donc été capable du pire. Mais aussi du meilleur. Le siècle des Lumières, les Droits de l’Homme, la solidarité. Le pire et le meilleur. Le second ne saurait faire oublier le premier.

1989 symbolise un passage au monde libre, et la fin de la division de l’Europe, pensée, acceptée en 1944 à Yalta. C’est en 1944 que tout s’est joué, avec le partage de l’Europe en deux mondes, l’un libre, l’autre totalitaire. La construction en 1961 du « mur de la honte » n’est qu’un avatar logique de Yalta. A Yalta, les deux héros à qui l’on doit tout (Roosevelt et Churchill) furent passifs et pragmatiques. Comment auraient-ils pu faire autrement ? L’essentiel était d’abord d’arrêter le plus grand conflit de l’histoire. En 1961,  J.F. Kennedy aussi fut passif, ou patient : « il vaut mieux un mur qu’une guerre ». Malgré sa formule, plus tard : « Ich bin ein Berliner ».

1989 a redonné espoir aux Allemands de l’Est, et à tous les pays dits de l’Est (NDLR : soyez gentils, ne les appelez plus « pays de l’Est », car cela leur rappelle de trop mauvais souvenirs. Parlez plutôt de « pays d’Europe centrale ou orientale ». Merci pour eux).

1989 est beaucoup plus qu’un symbole. La Chute du Mur et l’effondrement du communisme de 1989 à 1992 a progressivement réunifié la famille européenne. L’Allemagne bien sûr, mais aussi tous les autres pays : Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, sans oublier les pays Baltes, Estonie, Lettonie et  Lituanie.

Et après quinze ans de préparatifs intensifs (le communisme, cela laisse des traces), ces pays ont (enfin) réintégré légitimement le reste de la famille européenne dite « occidentale » ( ou « vieille Europe »).

L’Europe de « l’Ouest », bien que compassionnelle, ne les avait pas attendu pour créer des institutions européennes modernes et performantes, reconstruire l’Europe libre (CECA, CEE, marché unique, Euro, Schengen, Charte des Droits fondamentaux) et faire prospérer dans la démocratie 375 millions d’Européens.

Le 1er mai 2004, avec l’entrée de dix nouveaux pays (les 8 précités plus Chypre et Malte) est donc une date historique également, car elle consacre institutionnellement et politiquement la réunification du continent. L’Europe enfin unie est passée, avec l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie le 1er janvier 2007, à 498 millions d’Européens. Le territoire de l’Union européenne s’est ainsi agrandi de 20%, sa population de 23%, et (même !) son PIB de près de 10%. L’Europe  s’est aussi affirmée comme la première puissance économique du monde (31% du PIB mondial), la deuxième puissance agricole du monde, la deuxième monnaie du monde. Elle occupe aussi la troisième place en terme démographique (derrière la Chine et l’Inde). Au-delà des chiffres et des palmarès, « l’élargissement » de l’Europe, pour reprendre ce terme technocratique, là où  il aurait fallu parler de « réunification » du continent, est avant tout un devoir moral.

Tous ces peuples « de l’Est » sont AUTANT européens que nous, ni plus, ni moins. Liszt, Chopin, Dvorak, Marie Curie sont européens. Seule l’histoire et la barbarie ont divisé en deux, de 1945 à 1989, la famille européenne.

Pendant ce temps-là, l’Europe libre prospérait, passant de 6 à 9, puis 10,12, et enfin 15 pays. Dès 1989, le reste de la famille s’est préparé, aidé par les « cousins » riches, à nous rejoindre. Cela n’a pas été expliqué par les politiques et les médias, français notamment.

Le 1er mai 2004, l’arrivée des dix n’a donc pas été vraiment saluée, célébrée, à la hauteur d’un tel événement. Cela est injuste, et indigne. Ces peuples rejoignaient la communauté après 15 ans de préparatifs intensifs (comme avant eux l’Espagne et le Portugal, 11  ans après la chute des dictatures franquiste et salazariste).

Pourquoi leur reprocher ? Etaient-ils moins européens que nous ? Ils avaient souffert depuis 1945 tandis que « l’Occident » se relevait.

On n’a pas su expliquer tout cela,par lâcheté, alors même que le passage à 25 pays puis à 27 nous donnait entre 0,5 et 1% de croissance supplémentaire, par augmentation mécanique des échanges et des exportations. Certains parlaient (à tort) des délocalisations, du « coût » de l’absorption (15 € par habitant et par an !), d’invasion (sic !) de travailleurs (le syndrome du plombier polonais ou de l’infirmière slovaque). Mais on avait déjà connu cela au début du  XX° siècle à l’égard des Italiens et des  (encore eux !) Polonais… Ou des Espagnols et Portugais dans le Sud-Ouest de la France dans les années 70. Indigne et injuste. Il n’y a eu aucune « invasion ». La France manque toujours cruellement de… plombiers ! les délocalisations se font en Asie et en Afrique du Nord (là où la main d’œuvre est moins chère), plus à l’Est. Et les implantations de marques automobiles ou d’enseignes de la grande distribution en Pologne, en Hongrie ou ailleurs, ont créé aussi des emplois pour des Français !

Non seulement la réunification institutionnelle de l’Europe était un devoir moral, mais elle s’est avéré également être un gain économique, dans un jeu gagnant-gagnant. Car ce sont de formidables clients, aussi ! Certes, la crise de 2008-2009 a freiné le mouvement, mais cela a touché le monde entier.

Et ces pays repartiront de plus belle, en 2010 et 2011, car ils ont soif de rattraper notre niveau de vie. Dans dix ans, tous ces pays (y compris les Länder de l’Est) auront rattrapé le PIB moyen européen.

Cette réunification – inachevée - du Continent est enfin une opportunité géopolitique, en ce sens que l’Europe prend plus de poids politique, diplomatique par les territoires qu’elle recouvre, limitrophes de géants comme la Russie, l’Ukraine ou demain l’Asie mineure avec la Turquie aux frontières de l’Iran, de l’Irak…

Pour une « vieille » Europe qui va accélérer son vieillissement et son déficit démographique (sauf la France et l’Irlande) et manquer de plus en plus de main d’oeuvre dans les 10 à 20 ans, l’élargissement est un atout, pas un risque. Cela ne suffira de toute façon même pas, du reste, à pallier nos besoins énormes en immigration de travail.

On s’est pourtant employé à faire peur aux Européens riches, et aux Français en particulier, sur l’agrandissement de l’Europe. On a trop longtemps jugé le monde immobile, cultivé le « rêve » d’une Europe « à six », avec le culte (toujours vivant) d’une Europe franco-allemande, qui a certes, à ce jour, écrit toutes les pages de cette superbe construction européenne : les institutions, la Pac, le marché unique, l’euro, et même le Traité de Lisbonne, avatar (mais c’est mieux que rien !) de feu la Constitution européenne. (J’y reviendrai prochainement)

Sans voir que l’Europe allait de plus en plus basculer vers l’Est, que le monde serait de plus en plus multipolaire, et que l’Europe avait intérêt à être ouverte, multiple, plus forte, plus intégrée que jamais (merci l’euro !) si elle ne voulait pas sombrer face aux géants de demain (et d’aujourd’hui ?). Je rappelle que plus de 50% de la richesse du monde est désormais produite en Asie…

J’espère que les Européens « dits de l’Est » nous pardonneront nos peurs, nos frilosités, notre manque de solidarité, notre condescendance voire notre arrogance à leur égard. Ils ont besoin (encore) de nous, comme nous avons besoin d’eux. En se respectant mutuellement et en travaillant ensemble.. Pour défendre le même idéal européen face aux défis climatiques, énergétiques ou terroristes du monde.

Il faut savoir les commentaires que j’entends parfois, lors de mes interventions publiques, sur les Roumains, ou les Bulgares !

Indigne de citoyens « démocratiques ». D’autant que la famille européenne n’est pas encore complètement rassemblée : la Croatie, la Macédoine, et bien sûr les Balkans vont nous rejoindre. Eux aussi, ils sont Européens. Comme nous. Et eux aussi ils sont pauvres. Comme nous… en 1945 ! Et eux aussi, ils sauront rattraper leur retard imposé par Yalta. Comme nous avons su rattraper le notre, imposé par Hitler ! Pourquoi dénier aux autres ce que les Français, les Allemands, les Italiens ont réussi de 1945 à 1973 ? Ou plus tard les Irlandais, les Espagnols, les Grecs ?

Au-delà du « vrai » cercle européen, l’élargissement continuera de faire débat. Au-delà des questions géographiques, j’espère que les dirigeants européens auront au moins la sagesse de préserver l’acquis essentiel de toute cette belle construction européenne, à savoir la liberté, la démocratie et les droits de l’Homme, et de ne pas les sacrifier sur l’autel de la « raison » stratégique et géopolitique…

 Car j’ai la certitude que « les grandes manœuvres » ont commencé pour « préparer » et convaincre les opinions publiques de la « nécessaire » ou inéluctable adhésion de la Turquie dans l’UE. Je vous en reparlerai aussi très prochainement…

En attendant, vive la fin de la division de l’Europe (la vraie) en deux !