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PAUVRE EUROPE… AU SENS PROPRE COMME AU SENS FIGURE

15 avril 2010

Alors que l’Union européenne aurait besoin, elle qui sort lentement de la crise économique, de solidarité active et durable, voilà que les dirigeants des Etats qui la composent, les uns après les autres, sans projets ni vision, préfèrent jouer la carte du repli identitaire et du protectionnisme européen. Posture aussi irresponsable que vaine, face au reste du Monde, notamment les géants émergents d’Asie, qui, eux, sont de nouveau en pleine croissance et n’ont que faire de pays morcelés et divisés.

            J’ai déjà eu l’occasion de dénoncer de tels comportements de la génération actuelle des dirigeants européens qui préfère s’enferrer dans des politiques solitaires et bricolées d’ « Etats-nations » plutôt que de mutualiser au niveau européen, de façon réfléchie et visionnaire, leurs ressources humaines, économiques, budgétaires, diplomatiques et sécuritaires, ce qui leur donnerait force et crédibilité face à la féroce compétition mondiale, quitte à perdre un peu de « leur » pouvoir personnel.

Tant que l’UE ne répondra pas, solidairement, à ses immenses défis démographiques, donc migratoires, énergétiques, environnementaux, et bien sûr économiques, elle s’enfoncera dans un lent déclin, à l’insu de ses peuples.

Les dirigeants actuels, faute de politique commune sérieuse, font de la  … communication interne, en s’appuyant méthodiquement et consciencieusement sur le prétexte de la « crise économique et financière mondiale ». Certes, la crise a existé, de 2007 (USA) à 2009 (Europe), mais la moitié du monde en est déjà sortie ! Il ne faudrait donc pas utiliser trop longtemps encore cette « ficelle » un peu grosse… La moitié de la planète (l’Asie et même quelques pays de l’OCDE) est déjà repartie dans une forte croissance économique (5 à 10%). La crise n’aura fait que ralentir leur croissance de quelques points (Chine, Inde, Brésil, etc). La Chine, dès cette année 2010, fera à nouveau 9,7% de croissance ! Nous autres, pauvres Européens, resteront scotchés sur une croissance atone (entre 0,7 et 1,5% au mieux). Et pas qu’en 2010… Ce qui veut dire, concrètement, que le chômage, seule et légitime préoccupation des populations, perdurera à ses taux actuels (à quelques décimales près), et ce jusqu’en 2012 ou 2013, selon le cas, c’est-à-dire que s’en sortiront mieux, ou plus vite, les rares pays européens (l’Allemagne au premier chef) qui auront au préalable fait avec courage et détermination des réformes structurelles pour leur compétitivité (réforme des retraites, efforts réels sur la recherche/développement, développement des PME ayant une taille permettant l’exportation etc). Autant dire que la France, entre autres, est malheureusement très loin du compte…L’auto satisfecit permanent (« on est mieux que les autres pays ») frise l’indécence. Outre un chômage proche de 10% (9,7%), elle ne pourra ni exporter, ni augmenter le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes.

La plupart des pays d’Europe (la vieille Europe, surtout) ne sont pas en crise à cause de « la » crise 2008-2009. Au-delà de cette conjoncture, ils sont structurellement en crise, économiquement, socialement, politiquement, psychologiquement, et ce depuis fort longtemps. La crise de 2007 née aux Etats-Unis et qui a traversé l’Europe en 2008-2009, n’a fait qu’aggraver, ou révéler, leur crise latente ou larvée, ou du moins leur croissance trop faible pour créer de l’emploi et maintenir leur niveau de vie. Et parmi les causes profondes de cette crise financière aux multiples causes et facettes, il y a, bien sûr, l’endettement massif et généralisé qui affecte ces pays depuis dix, vingt, trente ans parfois (cas de la France) et concerne l’endettement de l’Etat, mais aussi de la sécurité sociale et des collectivités locales.

Cette question, non réglée pendant trente ans, nous prive aujourd’hui de toute marge de manœuvre pour la relance (sauf à s’endetter davantage par l’emprunt), et de toute politique de fond, crédible et visionnaire. Surtout à un moment crucial de sortie de crise où des pays comme la Grèce bien sûr, mais aussi l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et même la France, endettés jusqu’au cou, n’ont plus les moyens d’investir dans ce qu’il reste de leur industrie « nationale » ni surtout d’investir dans la recherche et le développement seuls capable d’être innovant et créatif, et de pouvoir « tenir leur rang » dans le tourbillon frénétique de la croissance et de la compétitivité exponentielle des pays émergents.

Dès lors, le cercle vicieux est enclenché : non seulement les pays sont endettés ; mais ne pouvant investir pour les générations futures, ils se condamnent, au mieux, à une croissance molle, insuffisante pour créer des emplois et générer des recettes, deux fonctions majeures qui   viendraient mécaniquement (recettes fiscales et hausse de la consommation) atténuer sinon résorber le poids de leur dette abyssale. Je rappelle en passant qu’au-delà du coût économique, une dette énorme rend un pays de plus en plus dépendant de ses bailleurs de fonds que sont les marchés. Cela aussi « on » ne l’explique pas aux peuples !

Mais il y a pire. Pas ou peu de croissance continue d’alourdir encore le déficit budgétaire des Etats « cigales » qui, pour sauver (ou tenter de…) la paix sociale essaieront de maintenir artificiellement l’essentiel d’un train de vie acquis durant les périodes fastes antérieures. On rajoute ainsi de la dette à la dette, en vivant au-dessus de  ses moyens. Et cette dette est, de surcroît, improductive, car plus tournée sur la consommation (ce qui favorise les importations) que sur l’investissement. Engrenage fatal qui sera de plus en plus difficilement masqué par des dirigeants qui savent très bien tout cela, mais qui font comme si de rien n’était, persistant dans leurs promesses chimériques et leurs « réformes » dérisoires. Il s’agit de gagner du temps. Toujours gagner du temps. Avec des artifices et des discours. Et, si possible, accéder – ou se maintenir – au pouvoir. Pour faire quoi ? Les peuples seront-ils longtemps dupes ?

Le maillon le plus faible est déjà touché : c’est la Grèce. Première de cordée. Au bord du gouffre, il a bien fallu, cette fois, agir, pour éviter la glissade générale. Avec des vraies mesures de redressement, pour le coup (et le … coût). A quelque chose, malheur est bon. Comme elle sera –évidemment – renflouée, son sauvetage sera conditionné à un plan drastique et durable de redressement de son économie et d’assainissement de ses comptes publics. Normal. Que ses sauveteurs s’appellent marchés privés, Union européenne, FMI (en fait les trois conjugués, vu l’ampleur du désastre).

A ce stade de mon analyse, je vous dois, cher lecteur, une explication détaillée et la plus précise possible des mécanismes de l’endettement d’un pays, et de ses conséquences. 

Je sais bien qu’en France ou ailleurs, l’économie, perçue comme compliquée, austère, n’est pas « la tasse de thé » des populations, mais il faudrait quand même se forcer un peu, car un citoyen informé est un citoyen avisé, donc plus libre. Et la classe médiatique ne rentre jamais dans le détail des causes et effets des phénomènes économiques, tandis que la classe politique les interprète souvent à son profit… C’est vraiment dommage, car dans nos démocraties, les citoyens peuvent faire entendre leur voix (et pas que dans les urnes !). Car les conséquences d’un endettement prolongé, sans être la cause de tous nos malheurs présents ou futurs (déclin) sont tout de même gravissimes, et certains politiques, raisonnant à courte vue et selon « leur » calendrier électoral, ne peuvent les ignorer à ce point… Leur responsabilité sur les charges qu’ils laisseront aux générations futures est immense. Car faute de croissance soutenue (3 à 4%), la dette ne sera pas remboursée par les recettes fiscales que produisent la croissance et la prospérité économique, mais bien par l’impôt ou toute « innovation » habile en terme de prélèvements de toute sorte…

J’ai peu entendu de vérités et de propos sincères sur la dette. Soit on la nie, et on laisse le pays vivre au-dessus de ses moyens, soit on la dramatise pour justifier telle ou telle politique, soit on propose des remèdes pires que le mal (« faire » de l’inflation, « faire » baisser l’euro).

La Grèce, depuis son adhésion à l’UE en1981, a souvent triché sur ses comptes publics. Mais elle n’est pas la seule ! Elle a encore triché au moment de sa qualification à l’euro (et je ne parle pas de football !!). Tout le monde a … fermé les yeux car on voulait que la Grèce, symbole de l’Europe, fonctionne en euro. Les pays latins ou grecs, en général, s’affranchissent souvent des règles qu’ils s’étaient engagés à respecter. Pour les critères de Maastricht, la plupart des pays ne les respectent plus, même avant la crise, et profitent gratuitement des vertus de l’euro. Jusqu’à quand ?

 Il y a des pays cigales, et des pays fourmis. Dans l’UE, dans les pays de l’OCDE, et sur les cinq continents du globe.

Le résultat de cette fuite en avant pour avoir la paix sociale est que, dans la vieille Europe, on veut garder son standing, et on vit clairement au-dessus de ses moyens. La question est de savoir jusqu’à quand. Alors, en dépit des douces sirènes des politiques, ils ne disent rien, ne font rien, ou presque rien pour traiter cette dette et endiguer, au moins limiter,  les déficits annuels. Car des mesures drastiques les rendraient impopulaires voire – quelle horreur ! – chômeurs politiques. Courage, fuyons ! Mes successeurs régleront cela… le plus tard possible…

Ce que vous allez lire va sûrement vous inquiéter, et je m’en excuse par avance, mais au moins vous saurez ce qui vous attend !

En fait, le mécanisme de la dette, et de l’accélération de son accumulation, est très simple. Je vais essayer d’être clair.

En principe, tout Etat qui se respecte (et respecte sa population) doit tourner avec un budget équilibré entre dépenses et recettes. C’est-à-dire…  ne pas dépenser plus qu’il ne gagne, sinon il est en déficit budgétaire, car il y a déséquilibre entre les recettes et les dépenses. La Grèce aujourd’hui a un déficit de 11,7% de son PIB (c’est-à-dire l’essentiel des richesses produites en un an). D’où nécessité pour l’Etat d’emprunter beaucoup pour pouvoir continuer à tourner (payer ses fonctionnaires, construire des routes, des hôpitaux. etc), et à rembourser ses dettes. Et, plus le déficit se creuse, plus la dette augmente (en cumulé, la dette publique grecque atteint 113% du PIB, soit 300 milliards d’euros). Pour mémoire, la dette de la France atteint 78% de son PIB, soit 1.489 milliards d’euros…. Du coup, la crédibilité de l’Etat vacille sur les marchés financiers. Or, pour financer son déficit et sa dette, le pays a absolument besoin de ces marchés financiers. Car le pays emprunte de l’argent en émettant des obligations : ces titres sont achetés par des banques publiques ou privées, des fonds de pension ou encore des compagnies d’assurance. Et en contrepartie, le pays leur verse des intérêts. Mais ces taux, justement, varient selon la confiance que lui font les agences de notation. Plus la situation du pays est dégradée, plus les agences pensent que l’Etat aura du mal à rembourser, plus la note est mauvaise et plus les taux d’intérêt augmentent. C’est le prix du risque. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les taux d’intérêt augmentent aussi sous l’effet des attaques spéculatives. C’est très exactement ce qui se produit pour la Grèce.  Et le mécanisme sera le même pour d’autres pays faibles… A qui le tour ? La situation peut alors dégénérer jusqu’au défaut de paiement, en clair, la faillite de l’Etat en question, et c’est là que la crise risque de se propager au reste des économies (fragiles) de la zone euro : l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, l’Italie, voire la France, si elle continue à ne rien faire pour limiter ses déficits  (au-delà de belles paroles). Je ne voudrais pas défendre les agences de notation, mais leur tirer dessus à boulets rouges et les accuser d’enfoncer les pays est exagéré. Cela revient à casser le thermomètre pour ne pas connaître la fièvre qu’a le pays malade…

L’Europe, après moult discussions, prêtera donc à la Grèce pour stopper tout risque de propagation mais avec, en contrepartie, un plan d’austérité sans précédent pour ce pays, pour assainir ses finances publiques : augmentation des taxes, gel des salaires des fonctionnaires et report de l’âge de la retraite. Son corollaire : la crise sociale, et un sentiment d’injustice du peuple, partagé entre combativité et résignation.

Comme je l’avais annoncé, l’Europe, malgré ses atermoiements, ne pouvait pas lâcher la Grèce. Le patron économique et monétaire de l’Europe, c’est l’Allemagne, avec la BCE. L’Allemagne ne voulait  pas trop payer pour un pays  irresponsable depuis très longtemps, mais madame Merkel a fini par céder à son Ministre des finances (comme quoi, il y a des contre-pouvoirs démocratiques dans ce pays !) pour renflouer la « cigale » n°1. Pas pour des raisons morales, mais pragmatiques. L’Allemagne, championne des exportations, a besoin de l’euro et de la zone euro pour rester leader.

Selon l’accord du 12 avril, l’Union européenne prêtera donc (« si nécessaire) à la Grèce 30 milliards d’euros à un taux d’intérêt sympa de 5%. Pour un pays mal noté, c’est inespéré (l’Allemagne et la France empruntent à 3%), car sinon la Grèce devrait emprunter sur les marchés entre 6 et …8% ! Il s’agira de prêts de la part de tous les Etats membres, puisqu’on n’est pas encore fichu de créer une vraie caisse commune. L’Allemagne, toujours elle, leader de la Patrouille, ne voulait pas en entendre parler, mais infléchirait sa position par la création d’un FME (Fonds monétaire européen). Là, l’Europe s’affirmerait en puissance financière face au FMI. Ce serait un signal fort (et si rare, en ce moment !) de l’Europe aussi bien à l’égard de ses propres populations qu’à l’égard du reste du monde : Etats-Unis et surtout le géant que devient la Chine…

Mais cela prendra du temps pour trouver les financements de ce FME (impôt européen ?) et surtout, il faudrait un Traité européen, donc une ratification à l’unanimité des Etats membres. Mon petit doigt me dit qu’on éviterait la procédure du référendum… Outre ces 30 milliards euro….péens, la Grèce pourra aussi emprunter 15 autres milliards auprès du FMI, à un taux inférieur à celui du marché (donc autour de 5%).

L’honneur est sauf ! C’est l’Europe qui sauvera le plus « son » Etat-membre. Jean-Claude  Trichet, le patron de la BCE, avait jugé humiliant que les chefs d’Etat et de Gouvernement se défaussent sur le FMI pour renflouer la Grèce…  D’ailleurs, on a avancé officiellement 30 milliards, mais en fait, il se murmure que les Européens seraient disposés à prêter jusqu’à … 90 milliards d’euros à la Grèce. C’est dire combien ce pays est malade. Mais, chut ! Ne le répétez pas !

Depuis le début des textes fondateurs européens, il y a, explicitement ou implicitement, la notion d’assistance à pays fragilisé ou en danger. C’est d’ailleurs l’esprit des fonds européens (rééquilibrage), de la PAC, de l’euro et même de la sécurité en terme d’attaque terroriste ou militaire : les Etats membres se doivent assistance mutuelle. Sinon, à quoi servirait l’Europe ?

Ces hésitations, même à l’égard d’un pays largement fautif, en disent long sur l’état d’esprit de cette génération actuelle d’hommes politiques, souvent prompts à se « tirer dans les pattes ». J’ai entendu des observateurs en France déplorer les réserves de l’Allemagne pour le sauvetage de la Grèce. Mais… que proposait la France pour la sauver, concrètement ? … Et avec quel argent ? Pourtant la France était bien contente, jadis, que la Bundesbank soutienne, à plusieurs reprises notre Franc malade, et l’évite de dévaluer…

L’exemple de la Grèce devrait faire réfléchir la prochaine génération de dirigeants européens sur ce qu’il ne faudra plus faire, ou laisser faire…

Et l’Europe, là encore, dans ses institutions, donne l’exemple. Son budget est toujours équilibré : 130 milliards d’euros de recettes en 2009. Donc 130 milliards de dépenses. Et pas un euro de plus !

Quelques pays  vertueux (pas les latins-grecs !) ont inscrit ce principe de bon sens dans leur constitution : déficit budgétaire interdit. Il faudrait, et vite, le généraliser. Non seulement pour les dépenses de l’Etat, mais aussi des collectivités locales et de la Sécurité sociale. Sinon le coût de la dette publique (1.500 milliards pour la France) coûtera de plus en plus cher, et obèrera toute (vraie) politique de relance par l’investissement et la recherche / développement, seule capable de retarder notre déclin.

D’où ces faibles croissances, qui ne résorberont pas le chômage, du moins pas avant plusieurs années… (grâce au retournement démographique qui exigera de rechercher des travailleurs dans tous les secteurs !). Ce discours de vérité, je ne l’entends pas souvent, et c’est un euphémisme !

Le monde produit désormais en Asie (à plus de 50%), et cela continuera. L’Asie connaît ses « trente glorieuses » comme nous jadis dans les années 60 et 70. Idem pour le Brésil, demain la Russie, et d’autres géants émergents.

Le discours des dirigeants européens (ou de ceux qui aspirent à l’être) est consternant, totalement frileux, à courte vue, décalé de la réalité d’un monde qui redistribue les cartes à toute vitesse. La croissance est mondiale, dès maintenant ou très bientôt, sauf dans la vieille Europe, à bout de souffle. Pourquoi le masquer à ce point ?

Pourquoi ne pas avouer les vrais défis ?

- comment assainir les finances publiques sans croissance ?

- comment baisser le chômage revenu à deux chiffres, sans une croissance forte (au moins 3% pour un pays rigide comme la France) ?

- comment retrouver de la compétitivité dans un monde multipolaire et agressif sans réel budget pour la recherche et l’innovation ?

Alors, on ruse, ou biaise, on bricole, on blablate. On compte sur les derniers fleurons européens : Airbus, Galiléo, Iter, quelques produits de luxe. L’Europe fut la première puissance grâce à la révolution industrielle du XIXème siècle. Puis l’Amérique (du Nord) prit le relais. Le relais change à nouveau de main, de gré ou de force. L’Europe et l’Amérique ne sont déjà plus l’usine du monde. Reste à savoir si elles garderont l’intelligence (économique), la haute technologie, la culture, les « services après-vente ». Ou si les géants (l’ogre ?) chinois et indien rafleront tout. A-t-on jamais vu un pays s’arrêter en chemin ? Se freiner ? Se saborder pour faire plaisir aux « autres » ?

Et l’Europe ? Les acquis séculaires ne s’effacent pas en quelques années, certes, et il restera quelques (beaux) restes pour faire des pays de rentiers, de services (à la personne), de tourisme (si on sait parler anglais)… Mais sans la production, sauf peut-être quelques niches (non fiscales !). Ceux qui prédisent le contraire nous mentent. Effrontément. Après eux le déluge ?

Certes,  si nos pays n’étaient pas si endettés, nous aurions pu freiner le processus, le retarder, mais sans doute pas l’inverser. Personne n’empêchera deux milliards de personnes de plus en plus formées, instruites, performantes, d’atteindre nos niveaux de vie, voire de les dépasser.

Il reste à espérer que dans cette nouvelle inversion des cartes, la planète suffise  à nourrir 9 milliards de gens… Malheur aux perdants !

L’Europe peut vivre de ses rentes (pas pour tous), car il lui reste une monnaie solide qui la protège, mais l’idéal de l’Etat providence s’éloigne à grand pas, où les enfants étaient forcément plus riches, plus diplômés que leurs parents. Il restera, bien sûr, des richesses (la rente, le patrimoine), mais les catégories entre populations risquent de se cliver de plus en plus, selon les formations acquises, avec des nouveaux emplois adaptés selon la mobilité, la flexibilité. Prenons le cas de la France aujourd’hui. Notre pays a été un des pays les moins affectés par la crise. Pourquoi ? Parce que nous étions déjà moins présents à l’export ! Nous étions déjà en crise larvée ! Les Etats-Unis, l’Allemagne ont plus subi la crise de 2008-2009. Mais ils en sortent aussi plus vite, plus fort… Car eux, ils exportent encore. La France aussi, en terme statistique, est sortie de la récession. Mais elle va traîner (comme pour la crise de 1929 où elle en subit les séquelles de 1932 à 1938 !) une croissance faible, atone, autour de 1,5%. C’est déjà pas mal, mais ça ne crée pas d’emploi, ni ne permet de hausser les salaires. Encore moins, de sortir de l’endettement abyssal. Donc cela interdit durablement toute politique économique volontariste et massive. La précarité continuera de progresser (la France ne sera évidemment pas seule dans ce cas), avec les conséquences humaines et sociales que l’on imagine. Et les récents travaux du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) ont établi deux scénarios :

- le plus optimiste prévoit un retour au plein-emploi en 2024, avec un taux de chômage à 4,5%. Et ce grâce à la pénurie démographique !

- le plus pessimiste prévoit un aux de chômage stabilisé à 7% à partir de 2022 !

Pas vraiment de quoi pavoiser …

Aujourd’hui la France est en « croissance ». Très bien. Mais avec deux millions e travailleurs pauvres ; 1,4 millions de chômeurs longue durée, dont la majorité vont arriver en fin de droit fin 2010 ; 6 millions de salariés qui gagnent moins de 1.000 euros par mois (contrats précaires et/ou temps partiel) ; 14 millions gagnant entre 1.000 et 1.400 euros net par mois. Le chômage des jeunes est dramatique : 40% dans certaines zones urbaines sensibles. Les femmes sont également plus pénalisées que les hommes. La période moyenne de travail commence à 25 ans, pour se terminer à 56 ans ! Et l’on s’étonne du problème de financement des retraites ?! On s’étonne que ce vieux pays s’appauvrisse ? De qui se moque-t-on ?

La crise économique n’a pas créé tous les problèmes, elle n’a fait que les révéler, et les amplifier.

Alors, un peu de courage, et de vérité ! Osons expliquer les vrais enjeux aux populations, sans déformer la réalité économique, et soyons plus solidaires au sein de l’Europe, au lieu de faire des politiques contraires, de donner des leçons (surtout à l’Allemagne !). Le nationalisme économique, c’est presque aussi dangereux que le nationalisme tout court ! L’Europe n’a pas besoin de nous. Par contre les maillons faibles eux, ont vraiment besoin de l’Europe, et de sa protection solidaire, à commencer par celle de l’euro. Gare aux déficits ! Gare aux réformettes inutiles. Sinon, il y aura beaucoup de « Grèce »…

A bon entendeur…