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Union ou Désunion?

19 juillet 2010

Crise économique, sociale, financière et morale. Par la faute de ses principaux dirigeants, la vieille Europe ne réagit pas assez face aux enjeux mondiaux, et prend du retard sur le monde. 500 millions d’Européens risquent de le payer très cher…

En principe, les crises sévères, comme celle que l’Europe (et pas le monde) traverse actuellement, ont le mérite de faire sortir les acteurs publics de leur immobilisme ou atermoiements et de prendre rapidement – nécessité oblige – des mesures fortes et durables.

En apparence, depuis plusieurs mois, l’Union européenne s’est beaucoup agitée, via les Conseils européens  (réunions au sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement). On a aussi toute la palette des « G » ; G7 – G8 – G20. Beaucoup  de  parlottes, de déclarations, de communication, d’esbroufe. Certes, face à l’urgence, quelques mesures concrètes quand même, début juin, (comme le Fonds européen de stabilité de 440 milliards d’€), mais les dirigeants actuels passent toujours à côté de l’essentiel : une vraie gouvernance européenne, un vrai « plan Marshall européen », une vraie vision commune et unie, pour cette crise née il y a 30 ans, et non l’été 2007 (crise des subprimes américaines), comme les discours officiels des principaux dirigeants européens, voudraient le faire croire.

Les dirigeants actuels sont-ils incompétents ou aveugles ? Pas du  tout. Ils sont trop intelligents, trop bien entourés, trop bien informés, des causes pour ne pas trouver les solutions : un vrai budget européen, un vrai plan de relance et de rigueur commun (j’ai bien dit « les deux »), une fiscalité commune, un budget de recherche et développement, décent et communautaire; croire en l’euro et lui donner enfin ce qui lui manque : une âme et un soutien publique. Mais pour cela il leur faudrait du courage. Du courage politique : le plus difficile, celui de transférer une part non négligeable de leur pouvoirs nationaux.

L’exemple des Etats-Unis devrait pourtant leur montrer le chemin : un budget fédéral, une politique économique fédérale et une monnaie d’Etats… unis ! Soit tous les ingrédients de la souveraineté partagée, et forte, qui séduit depuis 20 ans les Chinois, et les pays émergents qui refinancent la dette américaine, croyant à ce pays, à sa puissance, à sa monnaie.

L’Europe, grâce à l’euro, s’était pourtant engagée, à l’aube du troisième millénaire, sur la même voie. Je l’ai déjà écrit plusieurs fois, l’euro était un point de départ, « ils » en ont fait, par lâcheté et ambition personnelle (sauver leur fauteuil), un point d’arrivée. Pire : ils ont rogné le budget déjà indigent de l’Union européenne (130 milliards d’€, soit moins de la moitié du budget de la France !), ils ont convaincu les opinions publiques que l’élargissement de l’est européen était illégitime, ou prématuré (de quel droit, svp ?). Ils ont même, pire, sali et attaqué l’euro et la BCE que leurs prédécesseurs avaient créé et loué. Résumant l’euro à de « l’inflation », niant tous ses avantages macro-économiques et surtout politiques (qui leur a d’ailleurs permis, entre autres, de masquer leurs propres politiques de déficits budgétaires). Certains parlent de crise de l’euro. Il n’y a pas de crise de l’euro. Il est déjà remonté à 1,29 contre dollar. Ce sont les Etats, qui sont en crise ! Bref, ils ont sombré dans le populisme facile, pour se faire élire ou réélire, en convainquant « leurs » peuples que les solutions étaient nationales et que les problèmes étaient européens !

Les campagnes électorales actuelles et futures de cette génération médiocre et égoïste deviennent de plus en plus surréalistes et démagogiques : le volontarisme « politique », comme ils disent, devrait l’emporter sur les faits économiques, diriger les marchés, réguler toute l’économie mondiale et la finance internationale ! Rien que cela !

Ils sauront, bien sur, restaurer la croissance, recréer des emplois, réduire la dette publique abyssale. Que ne l’ont-ils pas fait depuis des années ? Par masochisme ? Par risque d’être battu aux élections ? Le pire, c’est qu’à chaque élection cela marche : le plus hâbleur et charismatique gagne, et est battu à la prochaine élection par un successeur encore plus menteur ou démagogique ! On ne fait plus de politiques économiques, sociales, environnementales, éducatives, culturelles. On fait … de la politique ! Un jour, cela finira très mal, car les peuples ne sont jamais dupes trop longtemps…

Les politiques nationales sont d’autant plus vaines que les échecs précédents ont endetté les Etats jusqu’à la quasi-faillite, ce qui leur ôte toute marge de manœuvre pour relancer la recherche et le développement, seuls capables de leur rendre de la compétitivité, face à la croissance du reste du monde (+ 4,5% en 2010 !). Tout espoir sur l’emploi et  le maintien de l’Etat-providence né en 1960 devient donc, hélas, vain. Car ils peuvent mettre en place des politiques de rigueur pour freiner l’hémorragie de l’endettement, mais n’ont pas les moyens de faire concomitamment, de la vraie relance.

Ils sont pris au piège des cycles économiques, au lieu de les avoir anticipé, devancé ; par exemple, en réduisant les dettes quand il y avait 3% de croissance.

Faire une politique de rigueur en pleine récession économique (ou faible croissance) est d’autant plus durement perçu et vécu par les peuples. Pour n’avoir rien fait, et avoir vécu au dessus de leurs moyens durant 10, 20 ou 30 ans, les maillons faibles de l’Europe (de la Grèce à la France, en passant par l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni et l’Italie) sont non seulement surendettés mais ont perdu le peu de pouvoir qu’ils avaient sur l’économie mondialisée : pertes de marchés, délocalisations, déclin industriel accéléré. Les pays « cigales », séparément, se verront de plus en plus, malgré les rodomontades, dominés par les marchés et les agences de notation. Là où le politique a failli, le marché a pris le relais. C’est lui qui prête aux Etats afin qu’ils puissent finir leur fin de mois, et ce sont les agences qui fixent les taux d’intérêt de ces prêts à répétition. Il faut quand même savoir que les marchés financiers représentent une puissance qui pèse plusieurs fois les PIB des Etats !! Et pourtant, il y a des démagogues (des politiques voire même des économistes !) pour proposer de casser le thermomètre en contrôlant ou supprimant ces agences ou marchés. Mais alors, qui prêtera aux Etats ?

La crise aidant, chaque Etat essaie de se rendre compétitif à l’intérieur même de la zone Europe, voire de la zone euro, alors qu’on est censé être un marché intérieur uni ! Chaque pays engage des politiques parfois contradictoires, et sermonne les « concurrents ». On se console d’être « mieux loti » que le voisin !  La crise ravive les nationalismes, cela est irresponsable, et dangereux ! Et on s’éloigne un peu plus de solutions communes qui réduiraient les écarts de performance entre pays. Résultat : l’Allemagne se détourne de l’Europe, écoeurée par tant de non-respect des textes et des traités européens, à commencer par le Traité de Maastricht et le fameux  Pacte de Stabilité et de Croissance. Pays-fourmi, elle en a marre de payer pour les autres, et lorgne vers l’Asie et le monde, même si elle a comme principaux clients la zone euro, et en premier lieu la France.

Beaucoup de pays sont sur-endettés, mais ont des profils économiques différents : le taux de chômage, par exemple, est de 4,5% en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis ; 7,5% en Allemagne, 10% en France et 20% en Espagne. Les prévisions de croissance économique de certains pays restent faibles : 1,4% pour la France en 2010 et 1,8%, au mieux, en 2011. Donc aucune amélioration de l’emploi, ou de la réduction des déficits, avant 2012 ou 2013…Il sera absolument impossible en l’état actuel, de pouvoir réduire notre déficit budgétaire de 8% en 2010 à 3% en 2013 !! Malgré le nécessaire (et encore insuffisant) plan de rigueur, la dette de la France augmentera encore l’an prochain, c’est dire l’ampleur des dégâts et du problème, malgré les auto-satisfecits officiels !

Incroyable, ce décalage croissant entre la réalité et les promesses, ou les bilans.

Et moins la réponse sera communautaire, voire fédérale, plus les politiques Etat par Etat seront vaines, car insuffisantes, désordonnées, voire contradictoires.

On l’a bien vu encore lors des sommets importants entre les dirigeants du monde : au sommet de Copenhague sur le climat fin 2009,  on a constaté l’échec cuisant de l’Europe qui était pourtant pionnière sur les actions à mener, et n’a pu convaincre les géants américains et chinois.

Au dernier G20 des 26 et 27 juin 2010, l’Europe s’est à nouveau présentée en ordre dispersée (malgré les embrassades hypocrites franco-allemandes). Résultat : les Etats-Unis ont encore gagné contre l’Europe, malgré les 23% du PIB mondial que celle-ci représente. C’est consternant. Et une fois de plus, les communiqués européens y sont allés de leur auto-satisfecit ! Alors que ce G20 s’est accordé sur le moins-disant sur un « chacun pour soi ». Les USA et la Chine voulaient accélérer la reprise mondiale, les Européens prônaient la rigueur. On ne fera donc rien qui freine la croissance et chaque Etat fera « ce qu’il peut » pour instaurer une taxe sur les banques… Aux dernières nouvelles, l’Union européenne préparerait une taxe bancaire européenne. C’est déjà mieux, mais l’idéal aurait été que ce soit adopté par le G20, qui pèse 87% du PIB mondial ! En 2011, le G20 sera présidé par l’Europe, en l’occurrence la France. Nous serons donc, d’entrée de jeu, affaiblis face aux continents en pleine croissance.

Il faudra quand même que les dirigeants actuels (ou leurs successeurs ?) s’interrogent sur leur impuissance, ainsi divisés, à faire valoir leurs vues, ou leurs droits, aux autres grands du Monde : USA, Chine, Inde, Canada, Australie, Brésil, Russie. Ils préfèrent « régner » sur leur espace national et donc ne peser sur rien dans les affaires du monde plutôt que de ne négocier d’une seule voix, comme ils le font, du reste, à l’OMC !

Tant que l’Europe sera une addition de micro-dirigeants face aux géants chinois, américains ou autres, elle n’imposera rien ni sur le climat, ni sur la régulation du secteur financier global (mondial), ni sur les futurs flux migratoires énormes.

L’Europe, j’appelle qui ? avait raillé Henry Kissinger. Obama et l’Asie le disent tout bas, tantôt consternés, tantôt ravis des dissensions entre Merkel, Sarkozy, sans compter du vide sidéral de la Commission (merci Barroso II !) et de Madame Ashton (au fait, qui s’en souvient, encore ?) ou de Monsieur Van Rompuy, pré-supposé président du Conseil européen.

Vraiment, le bilan de l’Europe est faible depuis 24 mois : on a certes progressé, face à la pression des marchés, sur la solidarité financière entre Etats faillis (ou à venir) : fonds européen de stabilité de 440 milliards d’€, auquel le FMI rajoutera 310 milliards d’€. En cas de pépin (Espagne, Irlande, autre ?) on pourra donc prêter massivement et immédiatement. Ce n’est pas rien. Depuis le 8 juillet, une directive européenne encadrant les bonus des  traders des banques est votée par le Parlement européen. Très bien. Car l’Autorité de supervision européenne aura le dernier mot sur les Autorités de surveillance nationales, qui ont montré leur relative inefficacité dans ces crises financières. L’Allemagne a décidé unilatéralement ( !) l’interdiction des ventes à découvert, et la France lui a emboîté le pas (comme depuis 40 ans, la France ne veut et ne peut se désolidariser de l’Allemagne, elle en avait trop besoin pour renflouer le franc, elle en a toujours besoin en tant que premier client !).

Mais tout cela est insuffisant, car le seul message à envoyer au monde, qui prospère 4 fois plus vite que nous, est une Europe unie, soudée, solidaire dans tous ses actes, sinon, l’accélération du déclin et l’appauvrissement des Européens seront inéluctables. Quelques chiffres ? Les écarts de richesses entre les revenus ont été multipliés par 2,8 dans la vielle Europe en 12 ans… La dette publique a explosé dans certains pays et a commencé à grimper dans d’autres, afin de préserver les acquis sociaux. La crise a aggravé le chômage dans les pays de l’OCDE : 17  millions de personnes de plus sont au chômage, soit 47 millions en tout, et 80 millions sont touchés par le sous-emploi !

La France, moins touchée, est tout de même passée de 7,7% de chômeurs à  10% (625.000 chômeurs de plus).  Et ce taux augmentera légèrement en 2011. Il pourrait reculer à partir de 2012, mais lentement (si on revenait à plus de 2% de croissance, ce qui est loin d’être acquis). Toute la zone OCDE sera à plus de 8% de chômage en moyenne fin 2011 (elle était à 5,7% depuis 1980 !).

J’espère donc, qu’au moins sur ce point,il y aura une sincérité, lors de la campagne présidentielle française, des candidats face à la réalité économique et sociale et à ce qui sera possible de faire… On peut toujours rêver !

La vieille Europe, moins compétitive, donc moins exportatrice (sauf l’Allemagne, championne des exportations grâce à la qualité de ses produits) est condamnée au déclin industriel et aux délocalisations si elle reste divisée et morcelée. Il est, à cet égard, regrettable que l’Allemagne ait refusé de créer un « secrétariat économique », proposé par la France, au sein de l’Europe. C’était un début. De même, lorsque la Commission a proposé  de superviser  les budgets des Etats membres par rapports à leurs déficits. Tollé aussitôt des principaux dirigeants ou élus. Atteinte à la souveraineté nationale ! Pourquoi alors, avoir fait la CECA, la PAC, le marché unique, la monnaie unique ?

Mieux vaut accélérer sa décadence en « souverain » que tenter de sauvegarder son niveau de vie en jouant collectif ? Absurde !

Et je pourrais multiplier les exemples suicidaires : les demandes d’asiles explosent dans l’Union européenne, elles sont passées à 229.500 en 2009. Et 166.900 ont été rejetées. Trois pays croulent sous les dossiers : Espagne, Italie et Malte. Ils demandent de l’aide auprès des autres Etats ; la plupart refusent ! Là encore, c’est du chacun pour soi. Irresponsable.

Quelques voix (des économistes, quelques parlementaires européens) plaident pour la création urgente d’une Agence européenne d’épargne, pour lever des fonds européens significatifs permettant de financer la recherche et le développement, que ne peuvent plus assurer nos Etats sur-endettés.

Cessons enfin une autre hypocrisie : l’Union européenne ne taxera pas trop les banques car elles financent l’essentiel des prêts à nos entreprises, tandis que les pays anglo-saxons ont davantage recours aux marchés financiers. En clair, il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or, ce qui raréfierait le crédit et plomberait la – faible – croissance.

Les politiques doivent bien comprendre toutes les finesses de l’économie de marché et du capitalisme mondialisé. Sinon, les banquiers européens iront faire des affaires ailleurs. Bien sur, cette évidence économique est politiquement incorrecte !

De même, il faut savoir que 69% de la dette de la France est détenue par des non-résidents (60% il y a dix ans ! ). Et on parle toujours « d’Etat-Nation » ? Mais chut, cela aussi on ne vous le dit pas souvent !

 

Tant que la génération actuelle de dirigeants européens, qui sont européens par raison et qui veulent une Europe « à leur seule convenance » sera aux affaires, l’Europe risque de piétiner, de naviguer en basses eaux, au coup par coup. C’est vraiment navrant, vu le potentiel économique de l’Union européenne.

La croissance mondiale sera forte dès cette année. Rien ne l’arrêtera. Américains et Chinois ont confiance entre eux, pas dans l’Europe. La Chine sera à 12% de croissance en 2010 ! Comme elle épargne beaucoup, elle a pu acheter cash 275 milliards de dollar (à peu près l’équivalent du budget de la France !) en bons du Trésor américain pour sauver le système… Ces deux là s’entendent toujours…

L’Europe, elle, ne se sauvera que par elle-même, faute d’unité… Puissent ses dirigeants le comprendre enfin ! Pour sauver leur peau, vont-ils sacrifier la nôtre ?

 

En attendant, pour ceux qui le peuvent encore, bonnes vacances à tous !

Et rendez-vous à la rentrée pour de nouvelles analyses.