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la zone euro, la guerre des monnaies et le G20

17 décembre 2010

Face à une telle crise, économique, financière, budgétaire, donc sociale, mais aussi psychologique, l’Europe doute, dirigée par des gouvernements hésitant entre l’intérêt général communautaire et leurs intérêts personnels. Pour 500 millions d’Européens (et sans doute au-delà des Européens) cela est anxiogène, et extrêmement dangereux face aux risques de tentations protectionnistes ou de dérives populistes générées par les égoïsmes nationaux.

Chacun le sent bien, l’Union européenne, une nouvelle fois dans sa jeune histoire, est peut-être à un tournant historique : la dislocation ou au contraire une intégration communautaire plus poussée, ne serait-ce que par raison, à défaut de véritable passion.

Et là aussi mes analyses risquent d’être ambivalentes, face aux espoirs mais aussi aux reculs ou aux résistances. Car depuis plusieurs semaines, il a bien fallu, tout de même, que les gouvernants de l’UE et des « Etats-Nations » prennent quelques décisions majeures, certes de court terme, pour sauver ce qui devait l’être.

On n’a jamais autant parlé d’Europe, dans les médias, depuis quelques mois, du jamais vu depuis l’introduction de l’euro ou les débats sur le projet de Constitution européenne. Même si les clichés et commentaires rapides ont la vie dure… aussi bien dans la classe politique que médiatique. Il est tellement tentant de poser des questions racoleuses, du genre : « est-ce la fin de l’euro » ? De l’Europe ? Et pourquoi pas du monde ?!…

Face à une telle tourmente économique et budgétaire, et un tel tumulte, où l’on entend à peu près tout et son contraire selon les économistes, les politiques, les journalistes, essayons d’y voir un peu plus clair…

I – la zone euro dans la tourmente

Un bref rappel historique tout d’abord.

A cause de la crise des subprimes et autres faillites immobilières aux Etats-Unis en 2007, l’Europe a été frappée à son tour à partir de septembre 2008, car les marchés (économiques ou financiers) sont globaux et mondiaux, et la propagation est inéluctable.

Mais cette crise est venue affaiblir des économies européennes dont certaines étaient déjà fragilisées par un modèle de croissance économique faible, fondé sur la consommation et sur la dette publique. L’idéologie, surtout aux USA, selon laquelle les marchés réguleraient tout s’est effondrée.

Depuis 1945, l’Etat-providence s’est considérablement développé, aux Etats-Unis comme en Europe. De plus en plus, les sociétés occidentales ont vécu à crédit et au crochet du dollar (fabriqué en masse) ou, en Europe, au crochet du Mark puis de l’euro, grâce à sa réussite exemplaire sur les cours et sur les marchés.

La situation en Europe est à la fois une injustice et un paradoxe.

- une injustice, car nous sommes beaucoup moins responsables de cette crise que d’autres parties du monde ! En Europe, les ménages épargnent et sont peu endettés (les Etats, eux, sont très endettés), le marché est mieux régulé, le système financier a des bases plus saines, les banques un peu mieux contrôlées qu’aux Etats-Unis.

- Et, paradoxe, l’Europe risque, par contagions successives, d’être, au final, la principale victime de la crise !

Et ce par notre faute, ou plutôt celles de nos dirigeants nationaux. Ils ont fait l’Union monétaire, ils refusent l’union politique. Afin de garder leurs pouvoirs étatiques, en l’occurrence dérisoire. L’Union européenne, inachevée, n’est donc pas un acteur global capable de gérer une telle crise, à l’instar des Etats-Unis où le dollar, l’Etat fédéral et le Trésor ne font qu’un ! Je le dis depuis douze ans, date de l’introduction de l’euro : l’euro était un point de départ pour aller vers une union fédérale, économique, budgétaire, fiscale, sociale, en un mot politique. Les gouvernements ont tout stoppé, et ont fait de l’Euro un point … d’arrivée. Cela a très bien fonctionné dans des conditions relativement normales, mais, en situation de crise aigüe, l’Europe se fracture car les égoïsmes nationaux (le « chacun pour soi ») s’exacerbent, chacun voulant préserver l’acquis au détriment de l’autre.

Face à l’urgence, on fait du replâtrage et du bricolage (assistance financière aux Etats faillis), action de courte vue, sans réflexion sur les réponses à apporter dans le long terme, dans l’unité et la solidarité.

C’est pourquoi l‘Europe est bel et bien à la croisée des chemins : soit elle continue à gérer le court terme dans l’urgence et l’improvisation, soit elle change de braquet et de dimension pour rebondir. L’Europe a d’ailleurs souvent progressé lorsqu’elle était au pied du mur, mais avec des gouvernants, à l’évidence, plus européens et visionnaires que l’actuelle génération…

Aujourd’hui, il est permis de se demander si nos dirigeants ont bien pris la mesure des enjeux, et des risques, pour leurs Etats, à ne pas aller plus vite et plus loin dans la convergence économique, sociale, fiscale, budgétaire de l’UE, afin de peser davantage aussi bien face aux grandes puissances du monde (émergentes et émergées) mais aussi face aux marchés et autres spéculateurs qui continueront à tester la résistance des Etats et de l’euro . Il est vrai que jusqu’ici les Etats ont profité à fond de l’euro, comme bouclier mais aussi comme un « anesthésiant » car cette monnaie forte et stable leur permettait de vivre au-dessus de leurs moyens sans avoir la sanction de la dévaluation !

Il y a certes, on va le voir, des réponses positives à cette question, mais rien, toutefois, sur le long terme.

Il faut reconnaître, en effet, que cette crise a conduit à changer quelque peu la gouvernance européenne prévue par les textes (Traité de Maastricht) ou défendue par l’Allemagne, première puissance économique de l’Europe. Plusieurs dogmes ont volé en éclat (même si cela ne suffit pas) :

- fin de la règle du « no bail out », de non-assistance financière aux Etats « cigales », c’est-à-dire ne respectant pas les critères de Maastricht au niveau de leur déficit budgétaire et de leur dette souveraine. Il est même surprenant de constater que pour la Grèce, les discussions pour accorder les prêts de 110 milliards d’euros ont duré quelques mois, alors que pour l’Irlande (85 milliards d’€) il n’a fallu que quelques semaines. Pour le Portugal, quelques jours suffiront, alors ?

A noter que tous les pays aident, y compris, ironie de l’histoire, la Grande-Bretagne qui, bien que n’appartenant pas à la zone euro, prête 11 milliards à son voisin irlandais, car elle a beaucoup d’intérêts commerciaux avec l’Irlande.

- mieux encore, la solidarité financière sera désormais pérennisée (à partir de 2013) et non plus temporaire (à 2 ou 3 ans), avec deux mécanismes (« Fonds européen de stabilité financière » et «  Mécanisme européen de stabilité financière »). L’Allemagne, qui ne voulait pas « encourager » les pays cigales en leur portant trop d’assistance, a infléchi sa position, tout en exigeant des plans de rigueur drastiques

- encore mieux, grâce à ces deux fonds, l’UE, comme le FMI et la BCE, sont d’ores et déjà prêts, si nécessaire, et si la contagion des pays surendettés continuait de se propager (Portugal, Espagne, France, Italie, Belgique ?) à accroître autant que nécessaire les montants à prêter. L’UE en a la capacité, avec la BCE, l’euro étant la deuxième monnaie du monde avec 27% des réserves de changes. Je rappelle ici qu’il s’agit toujours de prêts, à des taux inférieurs à ceux des marchés, et non de « dons » comme l’opinion publique le croît souvent

Autres concessions majeures de l’Allemagne et de la BCE : possibilité pour les Etats de rééchelonner et/ou restructurer leurs dettes : c’est-à-dire revoir la période de remboursement de ces prêts, baisser les taux d’intérêt voire même réduire la valeur des titres de la dette. Avec une nouveauté majeure : le secteur privé pourra être impliqué, « au cas par cas ». il appartient donc aux banques qui ont prêté aux Etats à des taux d’intérêt élevés d’assumer leurs risques, aussi ! Mais pour ce faire, M. Van Rompuy, le Président du Conseil européen, devra déposer avant la fin de cette année une légère modification du Traité de Lisbonne.

Et bien sûr, comme elle le fait depuis 2008, la BCE est exemplaire par sa réactivité au jour le jour, pour racheter ici ou là des créances douteuses, des titres  « pourris » et autres « hedge funds », et continuer à prêter aux établissements financiers tout l’euro qu’ils désirent à un taux d’intérêt très bas (1%). Grâce à ce coût du crédit historiquement bas, pour les entreprises comme pour les particuliers (2,5%), l’économie européenne peut sauvegarder une croissance molle de 1,5% en 2010, voire 2% en 2011. C’est déjà ça…

- sur un plan plus institutionnel, un accord entre la Commission européenne, le Parlement et les Etats membres a permis de créer, en septembre 2010, le Comité européen du risque systémique (CERS). Ce comité, présidé par le Président de la BCE, alertera les responsables européens sur l’apparition de déséquilibres économiques ou de bulles financières. Il travaillera avec trois autorités européennes de surveillance (AES) en charge du secteur bancaire, des assurances et des marchés financiers. Ces nouvelles autorités pourraient, dès janvier 2011, interdire des produits jugés dangereux, ou certaines pratiques à risque comme les ventes à découvert (ventes réalisées par un acteur du marché avant qu’il soit en possession du titre mis en vente…).

Les banques devront également disposer de plus de fonds propres. La protection des épargnants a été renforcée : en cas de défaillance de sa banque, tout client pourra retirer ses fonds dans les sept jours jusqu’à concurrence de 100.000 euros. Avec ces nouvelles structures, la régulation bancaire et la supervision financière progressent sensiblement. Souhaitons qu’ils redonnent confiance aux particuliers, afin de relancer la consommation.

II – quel avenir pour la zone euro et l’UE ?

Alors ces progrès dans la gouvernance européenne à court terme pour sauver les Etats faillis, sont-ils suffisants pour donner enfin à l’UE en général, et à la zone euro en particulier, le poids géopolitique qu’elle mérite au regard de son importance économique : première puissance commerciale du monde, et deuxième monnaie du monde ?

A l’évidence, la réponse reste malheureusement négative, et les attaques contre la Grèce puis l’Irlande démontrent la vulnérabilité de l‘Europe, malgré les 750 milliards d’euros qu’elle peut désormais mobiliser pour contrecarrer les spéculateurs et rassurer les marchés. Les spéculateurs attaquent toujours les maillons faibles, et les monnaies faibles. C’est arrivé aussi aux Etats-Unis jadis, et au dollar encore, parfois.

Mais la zone euro n’a que douze ans, c’est trop tentant ! Et le laxisme des Etats-cigales a donné une superbe opportunité aux spéculateurs de tout poil qui « testent » en permanence, les Etats, leur capacité à rembourser leurs dettes, et leurs monnaies !

C’est injuste, car le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont plus endettés encore que la zone euro. Mais ce sont deux Etats forts avec deux monnaies prestigieuses (la livre est plus forte que l’euro, et la dette américaine est refinancée par les Chinois !). L’euro n’a pas le prestige du dollar, et l’Europe n’est pas un Etat. On le paie très cher.

Donc l’Europe est la proie des financiers pour une décennie, sans doute. Il faudra donc que les gouvernants comprennent enfin qu’il faut aller plus loin dans l’Union ; et vite. N’en déplaise aux égos nationaux. Ceux-ci doivent également redevenir plus vertueux en matière de dépenses publiques, s’ils ne veulent pas se couler eux-mêmes. Car face à des dettes abyssales, il faut se refinancer en permanence sur les marchés, en lançant des emprunts sous forme de bons du trésor. Mais comme les marchés, ou les investisseurs, s’inquiètent de ces dérives, et jugent le risque de souscrire à ces emprunts, les taux d’intérêt de ces emprunts sont de plus en plus élevés, et la spirale infernale est enclenchée, jusqu’à l’arrivée des sauveurs : les Etats solidaires, le FMI, la BCE qui rachètent les créances, et/ou prêtent à l’Etat ruiné.

Mais le doute alimente le doute. Comme l’Europe est divisée, morcelée et a « plusieurs numéros de téléphone », il y a toujours des spéculateurs pour continuer « le jeu » (et gagner beaucoup d’argent !) pour passer à un autre maillon. Pour s’assurer que l’Europe va bien continuer à être « solidaire ». Et quand le doute s’installe, la devise des pays cigales, qui est l’euro, commence à fléchir (très peu, d’ailleurs, passant de 1,40 contre dollar, à 1,31 !). Cela montre que la deuxième monnaie du monde est bien solide et installée partout dans le monde, détenant déjà 27% des réserves mondiales de change. Pas mal, pour une monnaie qui n’a que douze ans !

L’Euro est plus solide que les Etats qui ont laissé filer, sciemment, leurs déficits budgétaires…

N’en déplaise à tous ceux (politiques, économistes, médias) qui voyaient déjà la fin de l‘euro ! Inepties qui reviennent régulièrement, depuis la naissance de l‘euro ! Quand l’euro est fort, il « pénalise les exportations » (or 70% des échanges se font à l’intérieur de la zone euro, donc sont réglés en euro !). Quand il perd quelques dixièmes de cents – de 1,40 à 1,31 – il « dégringole », il « dévisse ». Vraiment, les mots ne veulent plus rien dire…

L’euro est une grande réussite pour l’Europe qu’on le veuille ou non.

62% des réserves des banques centrales dans le monde sont en dollars ; 27% en euros ; 4% en livres britanniques et 3% en yens. L’euro a pris sa place, et quelle place ! 16 pays ont déjà l’euro (320 millions d’Européens). D’autres y viennent : l’Estonie rejoint la zone euro dès le 1er janvier 2011. Les autres pays de la région suivront.

Quel pays, quelle banque centrale (Chine, Inde, Japon, Russie) oserait se débarrasser d’une monnaie qui détient presque le tiers (on y sera en 2015) des avoirs mondiaux ? Personne, absolument personne dans le monde ne vend de l’euro, mais tout le monde continue au contraire à en acheter !

En zone euro, l’euro a démontré combien il nous protégeait (trop, même pour les Allemands !) : il nous a évité plusieurs crises financières, type dévaluations (le franc français a dévalué 15 fois de 1949 à 1999 !) ; il a contenu l’inflation ; il a baissé le coût des matières premières ; il nous a donc rendu du pouvoir d’achat.

Certes, sa force impressionnante (actuellement 1,34 contre le dollar) pénalise ceux qui exportent hors zone euro, encore qu’un taux de change ne saurait être la seule variable d’ajustement de la compétitivité des produits à l’export. D’ailleurs, l’exemple vient d’en haut : l’Allemagne, avec ce même euro fort, engrange, année après année, des excédents de sa balance commerciale inouïs (+ 200 milliards d’euro d’excédent, chaque année).

Et le mark, auparavant, plus fort que toutes les anciennes devises nationales, n’avait jamais empêché les Allemands de vendre dans le monde entier. Même raisonnement pour la livre sterling… Lorsque le produit est bon, de qualité, innovant, avec un service après vente et un réseau performant à l’international, il se vend, malgré le surcoût de la devise…

Donc l’euro ne flanchera pas. Il est né avec une cotation de 1,17 € contre dollar, et douze ans après, il est encore au dessus ! La zone euro ne se disloquera pas non plus, car aucun Etat ne sera assez fou pour quitter l’euro et revenir à une monnaie nationale qui souffrirait fort dans sa cotation contre l’euro… Car la dévaluation peut donner, au début, un coup de pouce pour exporter, mais comme il faut importer tout autant, et de surcroît des matières premières qui sont facturées en dollar… En outre, la dette des Etats deviendrait plus lourde encore, s’il fallait la rembourser avec une monnaie plus faible… Et les coûts d’intérêt, pour le coup, grimperaient en flèche…

S’il n’y a aucune crise de l’euro, il y a en re to vanche une crise de la dette publique, avec des Etats de plus en plus endettés pour préserver leurs acquis sociaux et maintenir leur niveau de vie malgré une croissance molle, ou atone (entre 0,2 et 2%). L’ère des Trente Glorieuses est terminée depuis longtemps, et pour longtemps ! Et les marchés, comme les fameuses agences de notation (Fitch, Moody’s, Standard and Poors) ont un doute sur la capacité des Etats à rembourser leurs dettes abyssales, lorsqu’ils ont une faible croissance, un niveau d‘impôt très élevé en Europe, un système économique compliqué, un chômage structurel élevé.

Alors, selon les notes attribuées (triple A ou moins), les taux d’intérêt varient (de 3% à … 11,5%). Et les marchés n’ont pas fini de tester tous les pays, un à un. Au-delà du jeu spéculatif, il y a une vraie enquête, approfondie, avec nombre d‘indicateurs objectifs et pertinent, pour apprécier la capacité de l’Etat, ausculté et audité. Du coup, les gouvernants ne peuvent plus tricher, comme jadis la Grèce (et d’autres) pour se qualifier à l’euro…

Mais si l’euro est un puissant protecteur, il est aussi un révélateur des différences de performance ou de compétitivité entre les pays. Il révèle nos forces ou nos faiblesses. Certains pays vont très bien avec l’euro fort : l’Allemagne bien sûr, l’Autriche, les Pays-Bas, le Luxembourg. Nombre d’autres pays (latins ?) ont plus de mal, car l’euro est une monnaie exigeante, elle implique d’être performants et rigoureux sur les critères de convergence qui ont fait son succès. Les Allemands, en 1999, avaient eu une formule cruelle : les « pays du Club Med » ne méritaient pas l’euro.

On en revient au problème de fond : ce n’est pas l’euro qui est en crise, c’est une partie de l’Europe qui, avec l’euro, devrait aller vers l’Union économique et politique, en un mot le fédéralisme (mot tabou en France !). Donner à l’euro une vraie union économique avec un budget décent (pas 1% du PIB !), une coordination des politiques budgétaires avant que les lois de finances ne soient soumises aux Parlements nationaux, une convergence des réglementations fiscales, sociales, bancaires, des coûts salariaux, un impôt européen, etc. Sans oublier un marché unique pour les bons du Trésor, qui donnerait plus de force aux « dialogues » avec les spéculateurs.

Sans prétendre à une parfaite « zone monétaire optimale », l’Union économique et monétaire passe par une lutte sans merci des déséquilibres structurels au sein de la zone, ce qui implique aussi le respect des critères, et donc des sanctions lorsque l’on dépasse les taux d’endettement et de déficits budgétaires.

Sans une vraie UEM et une gouvernance politique, la zone euro et l’UE toute entière auront un avenir très incertain, qui, en tout état de cause, ne fera pas le poids face aux puissances qui émergent. Au-delà des débats actuels, c’est la compétitivité actuelle de nombreux pays de l‘UE, largement insuffisante face à la poussée du reste du monde, qui reste LE défi majeur pour l’Europe. Les euro-sceptiques de tout bord n’ont toujours pas compris ce défi…

III – la guerre des monnaies ?

La guerre des monnaies est plutôt une guerre commerciale que se livrent les grands blocs, en utilisant entre autres, des différentiels de taux de change afin de se donner des avantages de compétitivité – prix pour leurs exportations. Cela s’appelle une « dévaluation compétitive ».

Parmi les gagnants (actuels) : le dollar, le yuan surtout.

Parmi les perdants : le Yen, la livre sterling, le franc suisse, et bien sûr l’euro.

Les Etats-Unis viennent de faire marcher la planche à billets en émettant des bons du Trésor pour 600 milliards de dollars. Les Chinois ne font rien pour renflouer le yuan, ce qui pénalise surtout l’Amérique qui commerce beaucoup avec la Chine (plus que les Européens).

Mais ces avantages sont provisoires et partiels, car tout pays qui dévalue artificiellement sa monnaie en paie le prix lorsqu’il importe, et lorsque les cours des matières premières s’envolent. Et surtout, sa dette devient plus chère à rembourser, lorsque l’on paie avec une monnaie dévaluée. Dévaluer signifie toujours perte de richesse. On a oublié les dévaluations du franc ! Enfin, émettre du papier-monnaie dévalorisé est dangereux car le surcoût de consommation va créer de l’inflation… Il y a toujours des effets secondaires…

Il existe d’autres instruments pour mener une « guerre » commerciale, tout aussi risquée qu’une guerre des monnaies : c’est le protectionnisme et le dumping fiscal. Le repli sur les frontières consiste à mettre des droits et taxes sur les produits importés. Redoutable, mais cela entraine tôt ou tard des représailles plus ou moins graduées, au nom de la « réciprocité ». Tel ou tel pays d’Europe n’aurait pas intérêt à le faire (en France, un Français sur 4 travaille pour l’exportation !). Par contre l’Europe, là encore, ne doit pas être « naïve » et se battre, unie, pour des conditions de concurrence loyale. L’Europe doit absolument s’organiser pour mettre en place une politique commerciale de réciprocité. L’Europe va d’ailleurs, enfin, se doter d’un « brevet européen ». C’est un début…

De même, l’Europe ne saurait tolérer à terme, toute forme de dumping fiscal sur les entreprises. Dublin est passé maître en la matière, et malgré l’aide européenne, elle a pu conserver, paradoxe, son statut privilégié d’une imposition de 12,5% seulement pour les sociétés. Soit presque la moitié de la moyenne européenne ! Certes, les gouvernants lui ont laissé ce taux très compétitif afin que l’Irlande puisse continuer à exporter pour dégager des recettes qui permettront… de nous rembourser !! Soit, mais alors, je hasarde une hypothèse : pourquoi ne pas appliquer (pour chaque pays) deux taux différents : un taux bas pour les exportations hors zone euro; et un taux moyen unique pour les échanges à l’intérieur de la zone euro ?

Les négociations sur les disparités entre les trois ou quatre monnaies mondiales (dollar, euro, yen, yuan) ne peuvent se tenir qu’au sein de l‘instance internationale qui réunit désormais les Etats concernés : le G20

IV – le G20 est-il vain ?

Je serai bref sur cette instance qui a… le mérite d’exister, et qui prend à peine son envol. Créé en 1999, il s’est réuni pour la première fois en 2008, sous l’impulsion de la France. Il associe les pays du G8 et rajoute la plupart des pays émergents, pour représenter 85% du PIB mondial, et les 2/3 des habitants de la planète, ce qui est déjà pas mal.

Le G20 c’est un forum, qui réunit la quasi-totalité des dirigeants de la planète pour discuter des sujets majeurs : régulation du SMI, taux de change, régulation des prix des matières premières, supervision des banques, etc.

C’est la deuxième fois qu’il s’est réuni : les 11 et 12 novembre 2010, à Séoul.

Comme à Copenhague, à Doha en 2009, sur d’autres thématiques, l’Europe n’a pas pesé très lourd, à Séoul, face aux Chinois et Américains, ce qui est un peu normal : ces deux géants commercent surtout entre eux. Sur les 500 milliards de dollars de déficit américain, 250 milliards de dollars, soit la moitié, est dû à l’échange avec la Chine. Tout son modèle économique est tourné vers l’exportation. La Chine veut peser de plus en plus. Forte de ses 550 milliards de dollars de réserves, elle veut qu’on organise un panier de monnaies. Elle a un excédent commercial de … 27 milliards de dollars! Pour l’américain Robert Zellick, président de la banque mondiale, les grandes puissances devraient renouer avec une forme d’étalon-or pour guider l’évolution des taux de change (40 ans après la fin des accords de Bretton Woods !)

Il est vrai qu’en temps de crise, la référence absolue, avant le dollar, est l’or. L’once d’or (31 grammes) côte à 1.400 $ ! Du jamais vu.

Donc, lorsque l’on parle de régulation du SMI, les interlocuteurs sont avant tout les Américains et les Chinois. Et eux mêmes ont des discours différents, bien que très liés économiquement. L’Europe est assez discrète dans cette instance, pour l’instant. Même Barak Obama a appelé de ses voeux « une Europe forte et unie ». C’est tout dire !

Pourtant, ce forum deviendra de plus en plus incontournable les prochaines années. Là encore, l’Europe n’aurait pas intérêt à rater le coche. Lors de ce G20 de novembre, une feuille de route a quand même été arrêtée, qui prévoit un « mécanisme de surveillance des déséquilibres persistants », qui réaffirme un « refus des dévaluations compétitives ». Ce sommet a entériné, également, la réforme du FMI.

Nous jugerons à l’usage, mais il semble que ce sommet n’ait pas débouché sur des orientations et décisions majeures.

La présidence française aura fort à faire pour faire prendre des décisions concrètes, au-delà des palabres.

Espérons que la voix de l’Europe sera entendue, et ne sera pas réduite à entériner des accords sino-américains…

Conclusion

Sur toutes ces problématiques, l‘Europe n’a plus le choix. Elle doit réussir, coûte que coûte, une profonde intégration sur laquelle je ne reviens pas.

Ses défis sont nombreux, si elle veut peser sur la scène mondiale au XXI° siècle : défi démographique (son vieillissement doit être compensé par une politique d’immigration volontaire) ; défi climatique ; défi énergétique ; défi environnemental ; défi économique. Et seuls des investissements massifs sur l’innovation et la recherche lui donneront cette compétitivité dont elle a tant besoin pour assurer la croissance de demain, restaurer l’emploi et la confiance, en un mot stopper ou limiter son inexorable déclin industriel, et déclin tout court.

Ces défis passent naturellement par une Europe fédérale, avec une vraie gouvernance économique, et de réelles convergences budgétaires, fiscales, sociales, salariales.

Cela avait bien commencé, il y a douze ans avec l’euro. Le travail doit absolument être poursuivi et consolidé, si l’Europe veut encore peser au XXI° siècle, et rompre avec un lent déclin débouchant sur un chômage endémique, une pauvreté accrue, des inégalités sociales croissantes, avec, comme aux Etats-Unis, 20% de la population qui capterait 80% de la richesse produite et inversement, 80% de la population qui se partagerait …20 % de la richesse.

Une approche nationale des problèmes et des solutions, avec des politiques disparates et des budgets étriqués, ne donnera pas aux Européens la place qu’ils méritent, et ne sauvera pas les acquis de leur Etat-providence.

Il est urgent que les dirigeants le comprennent enfin, ne serait-ce que par raison, à défaut de passion…

L’euro est un solide pilier monétaire, il y a obligation qu’on lui ajoute un pilier économique et politique, afin d’être enfin à armes égales. Puisse les dirigeants actuels, ou futurs, entendre cette évidence, et rogner sur leurs « pouvoirs » nationaux… et de plus en plus dérisoires.

Je leur adresse ces deux très belles formules de Jean MONNET, à qui l’Europe doit tout :

« Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, je suis déterminé ».

« L’Europe se fera dans les crises, et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises » (Mémoires 1976)

à consulter aussi sur le site d’Europe direct Lyon Rhône-Alpes, l’analyse faite par Alain Reguillon : wwww.europe-rhonealpes.eu