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Vous consultez les archives de L’Euro-blog d’Alain Malégarie pour le mois mars, 2011.

Le pacte de compétitivité : vers plus d’Europe, enfin ?

02 mars 2011

Nous vivons une époque pleine de paradoxe : la crise ravive les souverainismes et même les nationalismes, le « chacun pour soi », les replis identitaires, les peurs de l’étranger, la chasse aux Roms et autres dérives xénophobes et sécuritaires, et pourtant, l’Europe a recommencé depuis quelques mois, à progresser, précisément parce que la crise l’exige. Depuis presque un an, la faillite de certains pays surendettés et la pression des marchés, nous ont obligés à passer à une assistance financière et budgétaire automatique en cas de pépin. Qui l’eût cru, il y a seulement 2 ans ? De même, on voit émerger un début, certes timide, de diplomatie européenne. Finalement, 2010 aura beaucoup fait progresser l’intégration et la solidarité européenne, et c’est encourageant. La zone euro commence ainsi à rattraper une décennie d’intégration perdue.

Voilà que la locomotive de l’Europe, le fameux « couple » franco-allemand, vient de récidiver, avec ses propositions qui fleurent bon le fédéralisme économique, et qui s’appellent le « pacte de compétitivité ».

Fédéralisme… Le mot même était tabou en France, depuis des décennies. Et dans les faits, il fut interrompu dès la naissance de l’euro en 1999. Tragique erreur, ou plutôt lâcheté. Car tous les fondateurs de l’euro avaient bien prévenu : l’euro était un point de départ, pas d’arrivée ! Le fédéralisme monétaire DEVAIT être suivi rapidement d’une convergence et d’une intégration poussée des économies de la zone euro. C’est-à-dire, il fallait AUSSI arriver au fédéralisme budgétaire, fiscal, social. Bref, réaliser l’Union Economique et Monétaire, et ne pas s’arrêter à l’Union monétaire. Il fallait créer une zone monétaire optimale. Cela impliquait de mettre fin à des politiques nationales divergentes, voire antagonistes. Pourquoi partager une même monnaie, réussie, si un pays augmente la TVA quand un autre pratique le dumping fiscal ou social, comme l’Irlande ? Absurde, et dangereux .

Douze ans après la naissance de l’euro, la plus belle création de l’Europe à ce jour, la crise a forcé la génération d’eurosceptiques qui nous gouvernent à aller plus loin, pour que le système tourne : c’est le cas du plan franco-allemand qu’il convient de saluer, même s’il y a erreur sur la méthode : les avancées se décident à 27, en principe, voire avec les 17 pays de la zone euro. Pas à 2 ! Cela agace les autres, et freinent les négociations, d’autant plus ardues qu’il s’agit de rogner de plus en plus sur les souverainetés nationales…

Ensuite, les choses progressent, mais toujours en catimini, c’est-à-dire à l’insu des peuples, même si c’est pour leur bien, et dans une indifférence quasi générale des médias. Etrange, compte tenu de l’enjeu !

Mais ne boudons pas notre plaisir ! Ce plan, de compétitivité, même très assoupli par Monsieur Van Rompuy, le Président du Conseil européen, et la Commission, va dans le bon sens de l’intégration de la zone euro, en revenant au respect du pacte de stabilité et de croissance et en obligeant les pays à définir une série d’indicateurs sur la compétitivité, la discipline budgétaire, l’emploi et la retraite, et à fixer également des objectifs à atteindre et des modalités de mesures.

En contrepartie, une sorte de FMI à l’européenne commence à émerger avec un Fonds dont la capacité de prêt est portée à 500 milliards d’€.

Ces mesures seront discutées – et j’espère adoptées – le 11 mars lors d’un sommet de la zone euro ou au Conseil européen des 24 et 25 mars prochain. L’Union européenne foisonne encore d’autres projets, idées… C’est un signe. Par exemple, l’idée de créer des eurobounds, c’est-à-dire des emprunts européens afin de mutualiser la dette européenne. Ou encore l’idée de lancer des « projects bounds », qui financeraient des grands projets d’infrastructures.

Enfin, sur le plan budgétaire, la Commission a lancé le « semestre européen ». Là encore, le projet est révolutionnaire, car il s’agit d’examiner en commun les projets des budgets nationaux AVANT qu’ils ne soient soumis aux Parlements nationaux Paris veut même aller plus loin vers les harmonisations fiscales et sociales. Mais là, on touche un sujet très sensible : faudra-t-il tous ensemble retarder l’âge de la retraite ?

Souhaitons que l’Europe progresse sensiblement en ce mois de mars 2011, sous la nécessité. Pour être plus forte, plus visible, plus influente et plus performante sur le plan économique et social.

Je le répète, avec beaucoup d‘économistes de tous bords, depuis des années : grâce à la crise, l’Europe doit s’unir, encore et toujours. Elle joue sa survie, tout simplement. Elle a d’ailleurs toujours progressé dans des crises. L’essentiel est qu’elle parvienne encore à avancer plus qu’elle ne recule ! Avec courage, et pragmatisme.