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L’EUROPE MERITE LE FMI !

09 juin 2011

Sauf énorme surprise de dernière minute, le Fonds monétaire international (FMI) restera européen. Je n’ai jamais caché mes convictions européennes, mais franchement, objectivement, j’estime que ce choix est non seulement formidable, mais … légitime !

Ne voyez aucune provocation dans mon propos. Malgré le contexte que l’on sait, et qui a conduit à la démission du directeur général du FMI. Je sais bien que l’Europe en général, et la France en particulier, ne sont pas sorties grandies de cette terrible affaire. Mais au-delà du symbole, fâcheux, fallait-il pourtant exclure une candidature de l’Europe, unie et crédible, alors même que le mandat de DSK n’était pas achevé ? Pourquoi exclure l’Europe, et nier son poids économique et même géopolitique ? Et qu’est-ce que cela aurait changé, par rapport à l’affaire DSK ?

Au-delà du symbole, et de l’onde de choc internationale de l’affaire DSK, les dirigeants de la planète ont fait preuve de réalisme et de pragmatisme.

Le FMI, créé en 1944 par les Alliés, est une instance mondiale de régulation et de coopération sur le plan monétaire, commercial et économique. Son principal objectif est de favoriser partout la croissance économique en aidant les pays en difficulté ou en faillite, en leur octroyant des prêts à taux bonifiés. En contrepartie, les pays aidés doivent appliquer un plan – souvent drastique – de restauration de leurs finances et des plans de rigueur dans leurs politiques économiques. Et quoiqu’en disent certains, malgré les potions amères, dans la plupart des cas, cela marche. Sans ces milliards de dollars prêtés, ces pays n’existeraient plus, car aucune banque « classique » n’aurait osé leur prêter. C’est aussi simple que cela ;

J’observe d’ailleurs que l’Union européenne agit de même, pour ses pays en difficulté (Grèce, Irlande, Portugal), et peut-être, demain, l’Espagne, l’Italie, ou la France, lorsque plus personne d’autre ne veut prêter ;

Et grâce à une direction européenne du FMI, l’Europe a pu se faire appuyer par ce dernier en cumulant ses propres prêts avec ceux du FMI. Et cela marchera, à terme.

Aujourd’hui encore, même si la croissance est en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud, (entre 4 et 10%), ce sont bien les Etats-Unis et l’Europe qui dominent l’économie mondiale, à plus de 50% du PIB mondial. C’est pourquoi, d’ailleurs, ils détiennent plus de 50% des quote-part du FMI. L’UE et la zone euro (respectivement 32% et 24%) en ont même plus que les Etats-Unis (18%=. Les fameux « BRICs » (Brésil, Russie, inde et Chine) ne pèsent que 15% dans l’économie mondiale. Cela progressera évidemment vite, mais voilà, encore aujourd’hui, la réalité du poids des uns et des autres dans le PIB mondial. Les plus riches abondent donc le plus les réserves monétaires du FMI. C’est normal, et c’est le même principe dans l’UE : les riches paient pour les pauvres.

Objectivement, le Fmi est donc pleinement légitime pour être dirigé, quelques années encore, et quelle que soit la gravité du scandale DSK, par un Européen. D’autant que la Banque mondiale reste, elle, dans les mains d’un américain, Mr Robert Zoellick, selon le deal conclu en 1944 par les Usa et l’Europe.

La deuxième raison qui légitime une telle orientation est que, pour une fois, l’Europe, dès le départ, a été pleinement unie et volontaire pour désigner une seule candidate, madame Christine Lagarde, notre ministre de l’économie, des finances et de l’industrie. Et on ne peut suspecter Mme Merkel ou Mr Cameron de faire ce choix par simple sympathie pour la France ! Toute l’Europe a considéré que Mme Lagarde était tout à fait apte à occuper un tel poste, pour ses qualités et compétences. Le contexte international a joué en notre faveur, aussi, car les BRIC ont été divisés en multipliant plusieurs candidatures isolées (même si elles étaient également très compétentes).

Tant mieux pour l’UE, et la zone euro, qui a été solidaire et pragmatique. Pour le FMI, l’histoire ne se renouvellera pas, et le temps viendra où un pays émergent prendra le poste.

La troisième raison est que quelques pays de la zone euro sont encore en difficulté budgétaire aigüe, compte tenu de leurs énormes dettes. La Grèce va d’ailleurs avoir une rallonge du FMI. D’autres pays du sud (Espagne, Italie, France) ont aussi des dettes qu’ils devront supporter encore une dizaine d’années au moins… Nul ne sait si leurs notations (qui fixe les taux d’intérêt des prêts) ne seront pas, un jour, dégradées à leur tour…

Il fallait donc un Européen, qui est le mieux placé pour « comprendre » le fonctionnement subtil de l’Europe et prendre les bonnes décisions, comme l’avait fait DSK.

Le temps viendra, bien sûr, où les grands pays émergents dirigeront le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. Le temps viendra où ils possèderont plus de la moitié du PIB mondial. EN ce temps-là, l’Europe, et les Etats-Unis, auront achevé leur déclin lent, mais (hélas) sûr. Mais pour l’heure, ne boudons pas notre plaisir et ne gâchons pas cette opportunité historique. Les quatre grandes instances mondiales de régulation que sont le FMI, la Banque mondiale, la BCE et l’OMC, seront dirigées, pour quelques années, par 3 Européens et un Américain. 3 Européens au FMI, à la BCE, et à l’organisation mondiale du commerce. Quelle chance nous avons ! Dans quelques années, nous n’aurons plus que la BCE (l’italien Mario DRAGHI remplacera Jean-Claude Trichet fin 2011).

Au-delà du poids économique et monétaire de l’Europe et des Etats-Unis (plus de 50% du PIB mondial et 89% des réserves mondiales de change avec 62% en dollar, et 27% en euro), j’y vois aussi une certaine morale. Car au-delà de l’économie brute, je préfère que ces institutions majeures pour la régulation du monde soient dirigées par des démocraties. Car, de ce point de vue là, les grands émergeants ont encore quelques progrès à faire… Et c’est un euphémisme !

J’y vois enfin un dernier « clin d’œil » avec la désignation d’une femme compétente sur ces questions. Pour la première fois, l’une de ces quatre institutions mondiales sera dirigée par une femme. Ironie de l’histoire, dans le contexte actuel qui a frappé le FMI, que ce légitime hommage aux femmes. Pour une fois…