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Le retour en force de l’Europe intergouvernementale: un déni de démocratie, un déni juridique, et une lâcheté politique!

15 décembre 2011

Juste avant le Conseil européen des 8 et 9 décembre à Bruxelles, je vous avais fais part de mes inquiétudes sur la gestion « franco-allemande » de l’Europe à 27 et sur la frilosité de nos gouvernements à agir vraiment, ou de ne vouloir qu’une gouvernance intergouvernementale, adepte du trop peu et trop tard, et non communautaire.

Le Conseil européen des 8 et 9 décembre a, hélas, confirmé mes sombres pronostics. En deux jours, 26 Etats, puisque le Royaume-Uni s’est, de lui-même, exclu de cet accord, ont mis fin à soixante ans d’Europe communautaire, et ont torpillé l’esprit de Maastricht qui avait fait de l’euro le point de départ de la convergence fédérale ! Pour la première fois, on privilégie une Europe à, au moins, deux vitesses : le noyau dur de la zone euro à 17, avec 6 autres pays, dont la Pologne, qui veulent adhérer à l’euro (c’est déjà ça !). Mais pour l’heure, on laisse dix autres pays en dehors de l’euro qui ne feront pas partie de la gouvernance économique. En clair, on détricote de fait un traité signé à … 27 membres. Sur le plan juridique, politique, voire moral, y a un problème !

Ensuite, de la bouche même du Président-candidat Sarkozy, on déclare que la « responsabilité de la gouvernance revient désormais aux Chefs d’Etat et de Gouvernement ». D’un trait de plume, on nie l’existence même du Président du Conseil européen, Monsieur Van Rompuy, du Président de la Commission européenne, Monsieur Barroso, et surtout du Président du Parlement européen, pourtant la voix… des peuples.

Je passe sur la dramatisation à outrance du condominium à 2, le couple infernal « Merkozy ». A chaque veille de sommet européen (on en était au 8ème depuis le début de l’année), il nous fait le (même) coup. On est au bord du gouffre, de la fin de l’Euro, de l’Europe. Et pourquoi pas de l’univers, tant qu’on y est. On déclare même « la crise de confiance et de crédibilité de l’euro faisait donc peser un risque sur la pérennité de l’Union européenne» (le Monde du 13/12/2011). Faux ! Archifaux ! Et démagogique ! L’euro va bien, merci, il est même stable et fort. C’est l’inverse qui se passe : c’est l’absence d’Europe intégrée, unie et solidaire (donc communautaire et fédérale) qui pourrait menacer à terme l’existence de l’euro ! Nuance ! L’euro, au pire, serait la victime ! Pas la cause ! Là, on flatte l’opinion eurosceptique. C’est indigne.

Et les médias relaient ce discours anxiogène en permanence. Toujours l’attrait du sensationnalisme pour accrocher le lecteur ou l’auditeur. Assez de cinéma.

Tout cela pour que le condominium puisse, après le Conseil, se gargariser : « on a sauvé l’euro, l’Europe. Youpi. On est les champions ». Applaudissements. Mais le couple Merkozy, décidément, ne veut pas de l’Europe fédérale : pas d’euro-obligations, qui nécessiteraient une fiscalité commune ; pas de possibilité pour la BCE de prêter en dernier ressort. Pas de mutualisation de la dette. Alors on a bricolé un système pour contourner l’obstacle : les banques centrales vont abonder le FMI qui lui prêtera aux Etats ! Certes la BCE pilotera le FESF (le fonds européen de stabilité financière), puis le MES (le mécanisme européen de stabilité), installé dès juillet 2012. Car le FESF ne parvient pas à lever les fonds nécessaires. Ce qui est inquiétant, quand on sait que la France devra trouver 150 milliards en 2012, l’Italie 220 milliards, etc. Ces pays ne sont même plus sûrs de trouver autant d’argent !

Mais c’est toujours pareil : trop peu ou trop tard.

Font-ils exprès ou est-ce le hasard ? Que nenni ! C’est qu’ils dosent subtilement entre le fédéralisme et le nationalisme. Ne pas trop en faire surtout pour ne pas irriter l’orgueil national des électeurs. Et tant pis si les dernières mesures sont, alors, aussitôt, sanctionnées par les marchés, ce qui les pousse à… aller un peu plus loin, et ainsi de suite !

Respecter la « règle d’or » et pas de déficit supérieur à 0,5% du PIB sera très rigoureux pour les Etats, générera 5 à 10 ans d’austérité pour tous. Cela serait peut être supportable s’il y avait un projet, une vision pour la relance avec des plans d’urgence et massifs. La France aura besoin de 150 milliards d’euro en plus en 2012 : elle ne sait pas où les trouver.

Il faudra un 9ème sommet, qui ira un peu plus loin, puis un 10ème qui ira un peu plus loin, etc… jusqu’à plus soif.

En attendant, les peuples trinquent, sans croissance, sans emploi. Les marchés utiliseront leur seule arme favorite : la sanction de ces politiques insuffisantes et inconséquentes : par la dégradation de leur notation. D’ici quelques jours pour la France (Standard and Poor’s), ou quelques semaines (Moody’s), selon les Agences de notation ! Mais aux dernières nouvelles, il paraît que l’on « fera avec ». Le Politique, sans cesse rattrapé par la dette, et même submergé par elle, trouve toujours la parade pour trouver « sa » solution, fut-elle stupide ! Car la vérité est que dès qu’on va être dégradée, le taux d’intérêt de nos emprunts va s’envoler. C’est mécanique. C’est donc absolument certain, quelque soient les beaux discours ou les moulinets de menton ! Ce sera d’ailleurs pire si la France est plus dégradée que ses voisins de la zone euro.

Et je l’ai déjà dit dans des billets précédents, 1% de taux d’intérêt en plus génère autour de 15 milliards d’euro en plus, juste pour rembourser l’intérêt de la dette.

Et c’est là où on peut craindre le pire. Sans croissance, on est condamné à se saigner pour rembourser l’intérêt de la dette qui, par ailleurs, continuera d’augmenter et donc qui… deviendra de plus en plus coûteuse à en rembourser … les seuls intérêts. Car la dette augmentant et n’étant toujours pas (ou si peu) remboursée, cela affolera un peu plus nos prêteurs. Le vrai cycle infernal. Les gouvernants savent qu’ils n’ont pas de solution pays par pays, mais leur jeu est de gagner du temps, et de se faire réélire (Sarko et Merkel) sur une illusion nationale. Sauf que les faits risquent de les rattraper encore plus vite et de les forcer à agir. La France pourra-t-elle attendre le 7 mai pour son 3ème plan de rigueur ? Rien n’est moins sûr.

Quand je vous dis que la boussole est devenue folle !

Je voudrais enfin, également, m’indiquer contre ceux qui aspirent à prendre la place des sortants, si d’aventure, à l’instar de 9 de leurs homologues européens, ils sont sortis à leur tour par les urnes, en mai 2012 pour les Français, et en septembre 2013 pour l’Allemand.

Prenons celui qui est en tête de tous les sondages, François Hollande : tout aussi stupide, et dangereux, est sa posture de s’opposer, frontalement, à 26 pays signataires en jouant les matamores : « si je suis élu, je renégocie le Traité ». Prétentieux et ridicule. Non pas qu’on ne puisse modifier, amender un Traité européen. Si, bien sûr, et heureusement. Mais il faut respecter, quand même, la méthode communautaire, pour le coup : ratifié par les 26, donc modifié par les 26, pas par… un, tout seul ! Les coups de force, cela suffit ! Quelle arrogance ! La France fera plier 26 Etats qui auront donné leur accord ? Et pourquoi donc ? Et sur quoi ? Sur les politiques de rigueur pour baisser le niveau de la dette ? Sur la règle d’or ? Sur les sanctions automatiques en cas de violation de la règle ? Mais monsieur Hollande, le SPD allemand, est pour tout cela !!

Négocier oui, mais de façon concertée et solidaire, pas unilatérale. Sinon, il ne faut pas reprocher l’attitude égoïste et arrogante du couple Merkozy qui réfléchit pour les autres et leur impose leur vue, ignorant superbement Commission et Parlement européen !! C’est un véritable hold-up sur la démocratie européenne ! C’est choquant, et dangereux

Autre aspirant au pouvoir « suprême », même s’il a nettement moins de chance que le premier nommé, c’est François Bayrou. Alors celui-là, qui se proclamait européen, encore, en 2007, c’est le pompon. Ses premières déclarations ont prôné, « pour nos achats en France, achetez français ». Voilà qu’il nous rejoue le modèle du communiste Georges Marchais qui demandait déjà aux Français de consommer « français ». On en rigolait, à l’époque, tant l’homme avait de la gouaille !

Mais aujourd’hui, en pleine mondialisation, flatter l’orgueil gaulois à ce point est totalement ubuesque et démagogique. Question, monsieur Bayrou, c’est quoi un produit « français » à l’heure de la mondialisation ? Ne vaut-il pas mieux, alors, acheter une Toyota Yaris fabriqué en France (Nord Pas de Calais) de A à Z, et faisant donc vivre quelques milliers de travailleurs français (ouf) qu’une Renault assemblée en Tunisie ou en Turquie ?

Attention au pseudo repli identitaire, en ces temps de crise, car les extrêmes surenchériront d’autant… Au motif que l’opinion serait plutôt eurosceptique, ne reprenez pas les thèmes de ces extrêmes, s’il vous plaît ! Cela vous déshonore au moment où les seules solutions ne seront, tôt ou tard, qu’européennes et fédérales !

En outre, une telle cacophonie anxiogène risque d’affoler un peu plus nos prêteurs mondiaux qui peuvent voir dans la France un pays usé, vieilli, replié sur lui, bref un pays acculé par ses dettes, qui n’inspire plus confiance ;

Sarkozy parle de « défaut de construction de l’euro » et de « quelques pays qui ne devaient pas rentrer dans la zone euro » (toujours l’arrogance). Là où il faudrait plutôt dénoncer l’irresponsabilité des gouvernants qui n’ont pas respecté les règles de Maastricht, et se sont, au contraire, abrité derrière l’euro pendant 13 ans pour dépenser sans compter. Cela s’appelle injurier le passé.

J’épingle également un « ex »-candidat, Borloo, qui s’est permis de dire Mercredi 14 décembre sur France Inter : « avec un euro peu convenable, si les retraites ou les assurances-vie baissent, Le Pen fera un bon score ». « Euro peu convenable »… ? Tiens donc, vous aussi, vous hurlez avec les loups ? Un euro à 1,30 (né à 1,18 contre dollar) en quoi est-il « peu » convenable ? Lui qui est en 13 ans, un modèle de stabilité et de force (entre 1,20 et 1,60 durant 12 ans !) Pourquoi donc alors, les retraites et assurances-vie devraient baisser ? Des millions d’auditeurs vous ont entendus, ce matin-là.

Mesurez vos propos, Messieurs les politiques ! Consultez les experts, les vrais économistes, avant de parler ! A moins que vous ne le fassiez exprès pour vous faire remarquer. Si tel est le cas, vous en porterez la responsabilité quand ça ira plus mal…