Vers un nouveau Traité européen ? Vers un échec de plus ? L’orchestre continue à jouer
08 décembre 2011L’accord franco-allemand du 5 décembre est un accord technique, et obtenu à la Pyrrhus. Chaque membre du « couple » ayant renoncé à ses souhaits, surtout le Français. C’est un accord provisoire, puisque le condominium va le proposer au Conseil européen des 8 et 9 décembre aux 27 Etats membres. A moins que ce ne soit aux 17 membres de la zone euro, si les autres rechignent… Dans ce fonctionnement surréaliste de l’Union européenne, à 2 pays seulement, qui ignorent les autres, y compris la Commission européenne et le Parlement européen (un comble !), on ne sait plus. 27, 17, et pourquoi pas à 2, finalement ?! C’est sûr, c’est plus facile pour négocier, à 2 ! Mais c’est illégal, autant qu’illégitime. Je trouve quand même nos voisins européens bien polis, ou bien inertes… Pauvres pères fondateurs ! Là, on n’est même plus dans l’Europe des Six ! Et on voudrait faire adhérer les peuples européens, à ces bricolages éphémères ? Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, a calculé que, depuis un an, 70% des propositions du couple infernal n’ont pas abouti !.. C’est dire la pertinence de la méthode.
Bref, ce jour, je ne puis encore que vous commenter un accord… provisoire. Et un accord, c’est le moins qu’on puisse dire, a minima. Un de plus ! Donc assez éphémère, lui aussi. Ils continuent de jouer avec nos nerfs ! Et notamment de ceux de nos prêteurs du monde entier, les fameux « marchés » : c’est-à-dire, vous, nous, les entreprises, les autres Etats, les institutions financières, les caisses d’assurance et de retraite, et même quelques spéculateurs embusqués qui font encore plus monter les prix (les taux d’intérêt des prêts).
Les conséquences de cet « accord » provisoire (jusqu’au 9 décembre) ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Standard and Poors a aussitôt décidé de placer tous les pays de la zone euro, et notamment les 6 pays qui détiennent le triple A dans la zone euro, sous surveillance négative ! Ce qui veut dire qu’on va vers une dégradation certaine sous 90 jours. Pire, la France, qui est le maillon le plus faible des 6 triples A de la zone euro (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande, Luxembourg et France), serait, elle, dégradée de DEUX crans, les autres d’UN cran… Concrètement, cela représentera plusieurs centaines de millions d’euros de plus de taux d’intérêt… Ce n’est pas neutre pour notre faillite budgétaire actuelle. Cela l’aggravera encore plus.
Pourquoi ce « traitement de faveur » pour la France ? Tout simplement pour trois raisons : la France a mis en place des plans de redressement ridicules par rapport à ses voisins, essayant de gagner du temps jusqu’au … 6 mai, c’est-à-dire après la présidentielle (au hasard !). Mais les marchés ne sont pas dupes, et sont vraiment inquiets Ah ! Toujours cette Economie qui domine la Politique ! Le monde est cruel, non ?!
La seconde raison est aussi grave, et cela non plus, on ne nous en parle pas. C’est la fragilité de nos banques, qui ont trop de titres pourris partout (et pas qu’en Grèce), dont beaucoup ne seront jamais remboursés. Elles devront être tôt ou tard recapitalisées. Avec quel argent ? Et là, la Politique est inerte, une fois de plus. On avait consolidé Dexia, il y a quelques mois. Insuffisant. Dexia est loin d’être sortie d’affaire malgré les beaux discours il y a quelques semaines… Or, si les banques s’écroulent, c’est l’économie tout entière qui s’écroule. C’est quand même simple à comprendre, non ? Sauf pour un Politique adepte de la méthode Coué, visiblement. La troisième raison est que les marchés ont peu confiance dans la France et sa toute nouvelle « vertu ». Les chiffres, encore eux, sont implacables : en 2012, seules la Grèce et l’Irlande auront un déficit public supérieur au nôtre, qui approchera les 100% du PIB ! Comment alors croire la France…
Tenir jusqu’au 6 mai… Tenir jusqu’au 6 mai… Tenir jusqu’au 6 mai… L’obsession de l’élection présidentielle, encore et toujours ! Et la maison brûle toujours !! Puisqu’on vous le dit que la situation de la France, des banques, de tout, est saine, sous contrôle !! Ah, heureusement qu’on a les marchés pour nous ramener à la réalité des faits, et nous dire la vérité ! Il n’y a plus qu’eux. Mais ça va nous coûter cher.
L’accord éphémère du condominium « Merkozy » prévoit donc, via un aménagement du traité de l’UE, des sanctions automatiques (financières) pour tout dépassement du taux de déficit budgétaire au-delà de 3% du PIB et du taux d’endettement public au-delà de 60% du même PIB. On réinvente la roue, car dès la création de l’euro, les Traités de Maastricht, et surtout d’Amsterdam de 1997 prévoyaient, AUSSI, des sanctions financières en cas de dépassement. Qui n’ont jamais été appliquées par les Etats (il s’agit d’un petit arrangement entre amis), face à une Commission européenne impuissante pour faire appliquer le Droit communautaire. En outre, la France a refusé, cette fois-ci encore, au nom de la « souveraineté nationale » que la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) condamne les pays défaillants.
Depuis le début des années 2000, l’intergouvernemental triomphe de l’intérêt général. Et aujourd’hui, on paie la note ! Et « Merkozy » aggrave encore cet intergouvernementalisme, en niant les institutions communautaire (Commission et Parlement) et leur fonctionnement.
Comment un pays encore plus en difficulté qu’en 2000 paiera-t-il des amendes ? En pleine période électorale ? A-t-on déjà vu des Politiques se faire hara-kiri (à part quelques courageux comme Schröder, Zapatero ou Socrates). Donc cette « discipline budgétaire » administrative et technique sera bien difficile à appliquer dans les faits. L’auto-surveillance est vaine, c’était à la Commission et au Parlement de contrôler, et de sanctionner. Pas aux Etats, juges et parties !
Certes, une règle d’or inscrite dans chaque Constitution (document solennel), faute de Constitution européenne ( !…) serait plus efficace. Mais une vraie règle, comme en Allemagne, pas le mécanisme alambiqué proposé par la France, qui n’est pas assez contraignant, finalement. On examinera attentivement le texte de cette nouvelle règle d’or… qui sera sans doute adoptée au Sommet européen des 8 et 9 décembre.
La seule avancée de ce texte serait de mettre (enfin) fin à l’unanimité du vote de 27 Etats, désormais ramené à 85% des voix, applicable pour le « MES », le nouveau mécanisme européen de stabilité, qui entrera en vigueur dès 2012, car le FESF (fonds européen de stabilité financière) ne fonctionne pas, les riches étrangers boudant cette Europe sans gouvernance, sans projet, sans leader crédible… Alors que ce MES aura, lui (s’il est adopté à Bruxelles le 8 ou le 9) le statut d’établissement de crédit, et pourra ainsi se refinancer auprès de la BCE. C’est un début, très timide, mais c’est un début. Le FESF est mort, vive le MES ! Voyez que quand ils veulent, ils peuvent. Surtout au pied du mur.
Et puis on réunira tous les mois les dirigeants de la zone euro pour mieux la piloter. Mais cela rassurera-t-il vraiment les marchés ?
L’Allemagne, elle, qui mène le bal (c’est normal, quand on est le leader incontesté de l’Europe) a refusé de créer les euro-obligations, et interdit toujours que la BCE prête directement aux Etats, en dernier ressort. Sur ces deux points, la France, qui était contre au départ, avait évolué à bon droit. Mais elle cède, encore une fois, à l’Allemagne. L’Allemagne reste ferme : on n’aide pas trop les Etats fautifs, ou laxistes. Qu’ils se débrouillent. Je pense que c’est une erreur tragique, contraire à l’essence même de la construction européenne, basée sur l’amitié entre les peuples et la solidarité entre les Etats.
Le fond du problème est que nos deux larrons (en foire.. d’empoigne) continuent d’être profondément à côté de la plaque. Ils s’activent à jouer avec le feu en en faisant trop peu et trop tard. Tous deux en campagne (l’obsession…), il ne faut surtout pas faire peur aux électeurs, par quelques abandons de souveraineté. Il ne restera donc que les Marchés pour continuer les pressions et pousser à une vraie gouvernance européenne, avec un vrai fédéralisme budgétaire, fiscal, social, sinon, tout implosera. Et je ne vois toujours pas de vrais Européens, sincères convaincus, déterminés, comme Jean Monnet ou Robert Schuman.
François Hollande se dit profondément européen. Soit. Mais lui-même a-t-il, une seule fois, prononcé le mot « fédéralisme » ? Et François Bayrou ? Ces gens là aussi tournent autour du mot : « coopération renforcée », « solidarité entre Etats » voire « fédéralisme intergouvernemental ». Bref du n’importe quoi !. Allons Messieurs, du courage, expliquez la réalité aux peuples européens, et convainquez-les sur LA seule solution viable. Sinon vous coulerez, avec les sortants, dans l’effondrement généralisé.
En attendant, on continue à bricoler des demi-solutions intergouvernementales, entre Etats, en refusant le pouvoir de contrôle et de sanction à la Commission, et en niant le Parlement européen. On ne touche toutefois pas à l’indépendance de la BCE ! Ils sont sortis de l’esprit communautaire car ils sont en campagne électorale, et ont la trouille de leur opinion publique supposée totalement réfractaire à l’Europe. Le syndrome de l’échec du référendum de 2005 en France reste vivace. Ils sont (à droite comme à gauche) tétanisés, bloqués par ce vote de 2005, sur le projet de Constitution européenne, qui a stoppé net l’Europe. Ils bricolent donc des mesurettes (qui seront mortes dans quelques jours ou quelques semaines) pour ne pas associer les peuples, pour ne pas ouvrir le débat, expliquer objectivement les choses. C’est lâche, et dangereux, et ne les assure même pas de leur réélection. Car on ne tiendra pas comme cela 6 mois. Pourquoi ne pas avoir le courage de dire que le concept de souveraineté est très relatif, et que ce n’est pas un drame ? Sur le plan diplomatique, militaire, monétaire, un pays seul n’a plus de souveraineté depuis longtemps. Dans une Europe fédérale, ils la partageraient, certes, mais ils en auraient un gros bout !
Aujourd’hui, et on peut stigmatiser à tort les agences de notations, ça ne changera rien. Ce sont les prêteurs du monde entier qui nous auscultent, qui nous jugent. Car ils nous prêtent leur fonds ! Si on ne fait pas une Europe unie, soudée, avec de vraies mesures fédérales, ils sanctionneront. Et pas dans 6 mois ! Mais plus on attend, plus les réformes seront lourdes et coûteuses ! En plus, tant qu’on refusera de mutualiser les dettes (eurobonds) et de lancer une politique fédérale de croissance (harmonisation fiscale, budgétaire, salariale), l’Europe continuera … à s’affaiblir, avec un chômage et une précarité qui vont exploser. La pauvreté devient de plus en plus visible en France et dans quelques pays de l’UE. Ce sera difficile de la cacher.
Il vaudrait mieux affronter ces réalités, les dire, c’est-à-dire 5 à 10 ans d’années très difficiles, qui remettront en cause, au moins partiellement, nos « Etats providence ». Si, en plus, pour la réélection des deux principaux dirigeants de l’UE, par choix tactique et mesquin, on reste dans le souverainisme-populisme en prétendant affronter seul ce défi immense de la croissance économique, on n’y arrivera pas. François Fillon vient d’avouer à demi-mot que, pour un 3ème plan de rigueur, on « verra » au 1er et 2ème semestres 2012, s’il convient d’adapter les choses. Donc cela nous amène après l‘élection présidentielle. Bien joué. Donc, le vrai plan de rigueur (à l’Italienne !) avec baisse des salaires des fonctionnaires, hausse des impôts, c’est pour après, chez nous. Quelque soit le vainqueur.
L’Amérique fédérale elle, s’en sortira encore une fois. Avec l’appui des pays émergents, dont beaucoup d’ailleurs ont déjà émergés. Les institutions fédérales américaines fonctionnent à merveille, en symbiose : le Trésor américain avec la Banque centrale et le Président des Etats-Unis. L’argent est illimité : qu’il soit interne, qu’il soit chinois, et s’il le faut, la planche à billets. Même si ce dernier moyen est dangereux, par ses dérives inflationnistes. Paradoxe qui veut que les USA, ou le Japon, beaucoup plus endettés que nous, maîtrisent mieux leur dette, car plusieurs millions de gens leur font confiance, et la machine ne grippe pas. Personne n’oserait critiquer le dollar ou le yen comme on dénigre, ici, l’euro. A tort !
Il faut dire aussi que la BCE a un taux directeur…6 fois plus élevé que la FED US : 1,25% contre… 0,25% ; 15 fois plus ( !) que celui du Japon et même 3 fois plus que celui de la banque d’Angleterre. La notoriété et la confiance, cela ne se décrète pas, cela se mérite.
En outre, et c’est sûrement le plus grave pour l’UE, les autres pays, USA en tête, pensent à résorber les dettes tout en étant obsédés par la croissance et l’emploi. Cela rassure les prêteurs du monde entier. Alors que les 27 ou 17 roitelets divergents de l’Europe les rassurent de moins en moins, à la veille d’un risque réel de récession généralisée en Europe. Et cela, faute de gouvernance économique et de plan massif et convergent de relance économique. L’Europe, cette première puissance économique du monde, est en panne, avec ces dirigeants à bout de souffle.
Décidément, ces deux élections de 2012 (France) et 2013 (Allemagne), dérisoires à l’échelle de la Planète, risquent de coûter très très cher à 500 millions d’Européens. Et à nous en particulier !
L’orchestre du Titanic continue de jouer. Mais de plus en plus faux…