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L’euro est notre avenir

01 février 2012

En ce début d’année, la quasi-totalité des télés, radios et journaux ont parlé de l’Europe, une fois n’est pas coutume, en saluant l’anniversaire de la plus importante création européenne : je veux parler bien sûr de l’EURO, qui fut créé en 1999, mais dont la monnaie fiduciaire (les pièces et billets) ne furent introduits que le 1er janvier 2002, il y a dix ans. Et, comme il se doit pour l’anniversaire d’un événement, chacun y est allé de son bilan. Alors, les commentaires sont allés bon train, sur les plus et les moins de l’euro, ses apports et ses faiblesses, sa capacité à nous protéger.

Ce premier bilan de l’euro est, je le dis objectivement, très largement positif, si l’on veut bien analyser toutes ses conséquences, et les objectifs atteints.

Car la création de la monnaie unique européenne avait, prioritairement, deux objectifs : un objectif économique et un objectif politique.

Objectif économique : l’euro était l’aboutissement logique du marché unique et de la libre circulation des hommes, des marchandises, des services et des capitaux. Une fois les barrières douanières et commerciales abolies et l’émergence d’un vaste marché intérieur européen, pourquoi, en effet, se faire la guerre entre monnaies nationales, au prix de dévaluations sauvages, dites « compétitives » ? Pourquoi ne pas partager une même et seule monnaie lorsque l’on dispose de la première économie du monde, et que cette monnaie sera alors assurée d’une certaine force, stabilité et crédibilité.

Objectif politique : il s’agissait de prolonger, et d’approfondir le poids géopolitique de l’Europe. L’UE est un géant économique, qui devait se doter d’une monnaie également mondiale, forte et stable, afin de mettre unterme à l’hégémonie absolue du dollar. Il faut en effet se souvenir que la seule monnaie européenne qui fut mondiale, avant l’euro, fut la livre sterling, jusqu’en 1917, où le dollar prit définitivement sa place.

Dans nos débats actuels sur l’intérêt de l’euro, ces deux aspects fondamentaux sont peu abordés, et j’en suis profondément navré. La puissance d’une économie ET d’une monnaie, cela compte pour peser dans les affaires du monde, au même titre que la puissance diplomatique et militaire.

Et, en une décennie, l’euro s’est très vite imposé sur la scène mondiale, comme 2ème monnaie du monde, certes loin derrière le dollar, mais loin devant toutes les autres monnaies, y compris le Yen japonais. Aujourd’hui l’euro détient 27% des réserves mondiales de change et 35% des transactions commerciales internationales. Pas mal, non ? Sur tous les continents du monde, l’euro fait confiance, il est acheté ; on emprunte en euros ; les gouvernements de pays aussi importants que variés comme la Russie, le Brésil, la Chine ou l’Inde en achètent pour les mettre dans leurs réserves de banques centrales nationales.

Résultat, malgré une croissance très faible voire bientôt en récession dans les pays faibles de l’Europe, ceux du Sud, parmi lesquels la France, l’euro côte toujours largement au-dessus de sa cotation initiale : 1,231 euro contre dollar (1,17 lors de sa création). Pas mal, pour une monnaie si jeune.

Or, malgré la qualité de cette monnaie, beaucoup d’Européens, et particulièrement les Français et les Allemands, ont des sentiments mitigés sur l’euro. On peut comprendre les Allemands, qui ont perdu le Mark, très fort et solide, et première monnaie de l’Europe jusqu’en 1999. Les Français, eux, ont un sentiment tout autant mitigé sur l’euro, bien qu’ayant connu un franc faible, avec beaucoup de dévaluations entre 1949 et 1999. Mais si 2/3 souhaitent garder l’euro et si tous reconnaissent que l’euro est bien pratique quand on voyage à travers l’Europe, et même ailleurs, car l’euro est accepté dans d’autres pays, pour autant la critique majeure qui revient tout le temps est la responsabilité de l’euro dans la hausse des prix. C’est là LE grand malentendu entre les Français et cette monnaie, malentendu qui persiste depuis dix ans. Certes, certains produits de base, dans l’alimentation, comme le café ou le pain, ont beaucoup augmenté. Certains commerçants ont eu « l’arrondi un peu lourd » dans les prix, profitant de la perte des repères dans le taux de conversion, il est vrai, un peu compliqué. Souvenez-vous : 1 euro = 6,55957 francs. C’est sûr, ce fut plus facile pour les Allemands, où 1 € valait 2 deutsche Mark seulement, privilège de leur monnaie forte.

Bref, de fil en aiguille, de débats en débats plus ou moins démagogiques d’ailleurs, l’euro a été rendu responsable de toutes les hausses de prix. Cela est très excessif, et même faux. D’autant que l’on a la mémoire courte. Dans les années 70 et 80, l’inflation était à deux chiffres, jusqu’à 15% par an ! Depuis l’euro, l’inflation varie de 1% à 2,5% maximum par an. Alors, où est le problème ? Car l’euro est né début 2000, à un moment où la croissance mondiale s’accélère, avec les pays émergents, faisant s’envoler les cours des matières premières et pas seulement énergétiques. Comme toujours, il fallait, pour les politiciens, qui ne contrôlent plus les emballements du monde, un bouc émissaire. Ce fut l’euro. Peut-être parce qu’il était déjà le « fleuron » de la construction européenne. Ce malentendu à cause des prix est lourd de conséquence, et, par la faute de beaucoup « d’euro-profiteurs » parmi les commerçants ou la grande distribution, l’euro est devenu peu à peu un « problème » alors qu’il a pleinement rempli ses objectifs politiques et économiques, y compris la création nette de millions d’emplois en dix ans, dans toute la zone euro. Pire, beaucoup de médias et de politiciens (surtout aux extrêmes) ont pilonné durant des années l’euro comme responsable de tous les problèmes : les prix, le chômage (un comble), les délocalisations… J’en passe. Et pourquoi pas le réchauffement climatique, tant qu’on y est ?..

Je persiste et j’assume : l’euro est la plus belle réussite de l’Europe pour l’instant.

Car, aujourd’hui, l’euro a bien d’autres vertus : il nous protège avec des taux d’intérêt très bas pour nos crédits (4,5%). Il nous protège dans toutes nos importations de matières premières (pétrole, etc) qui seraient beaucoup plus chères avec une monnaie faible, ou dévaluée.

Il nous protège surtout, dans cette crise aigüe de la dette publique énorme et du manque de compétitivité de nos économies : il ne dévalue pas, et oblige les Etats de la zone euro à une réelle solidarité financière entre eux, aidés par la BCE et le FMI. On l’a vu pour la Grèce, l’Irlande, le Portugal, et d’autres viendront sans doute…

Ce qui manque à l’euro, c’est un Etat, une âme. Précisément, parce que les dirigeants européens, depuis dix ans, ne l’ont jamais défendu, et trop souvent critiqué. L’euro n’est pas responsable des dettes accumulées, des politiques inconséquentes depuis des années sur la recherche et l’innovation insuffisantes, la désindustrialisation, donc sur une compétitivité et une croissance trop faibles pour créer des emplois et protéger notre niveau de vie.

Pas plus que l’euro n’est responsable d’une balance commerciale extrêmement déficitaire depuis quelques années en France (75 milliards d’euros de déficit en 2011 !), mais… excédentaire en Allemagne (160 milliards d’euros d’excédent !) et dans d’autres pays de la zone euro. Preuve que l’euro n’est pas la cause de nos faibles exportations, mais plutôt la qualité des produits, et la capacité à exporter…

Depuis des années, je m’insurge devant ces partis-pris démagogiques contre l’Europe. Pour l’euro, c’est encore pire, car on porte atteinte, sournoisement, à un symbole très fort de l’identité européenne, à savoir « sa » monnaie. Résultat, les Européens ne sont pas « fiers » de leur monnaie, comme le sont, par exemple, les Américains avec leur dollar quasi vénéré…

De cela, je suis profondément navré. Mais ce que je reproche le plus à nos dirigeants frileux et « euro-tièdes », c’est d’avoir stoppé net l’approfondissement de l’Europe aussitôt l’euro né. Car l’euro exige la convergence budgétaire, fiscale, salariale, entre Etats de la zone euro. Les dirigeants n’ont rien fait de tout cela, et ont même profité de l’euro pour dépenser sans compter, sans souci de compétitivité face à un monde en mutation. Ils n’ont pas voulu voir à quel point, et à quelle vitesse, on changeait de monde, de l’Occident vers l’Asie.

L’euro est une réussite exemplaire, solide. Il n’implosera pas, ne s’écroulera pas. Aucun Etat ne l’abandonnera. Ce serait une folie pour son pouvoir d’achat, son niveau de vie, avec une monnaie dévaluée et des taux d’intérêt qui exploseraient…

L’Union monétaire a réussi, mais pas l’Union Economique et monétaire. Alors, il faut maintenant s’y atteler très vite, et réaliser la conséquence logique de l’euro : une Europe fédérale.

Malheureusement, la France est en campagne électorale, période peu propice au courage politique et à l’audace. Les différents candidats vont plutôt flatter l’électeur en nationalisant le débat : produire français, consommer français, le volontarisme politique, les forces vives de la Nation, le génie du peuple, etc, etc. Archi-classique, mais ça marche encore ! il s’agit même, si l’on écoute le candidat-président, de (re)gagner des parts de marché sur nos voisins européens, Allemands surtout ! Ou bien, si l’on écoute son principal challenger social-démocrate, on va aller renégocier un Traité adopté avec Mme Merkel.

On est en train de monter les pays les uns contre les autres, alors qu’on soixante ans, on avait réussi à créer le marché « unique », le marché intérieur, l’euro. On revient en arrière, dans ce repli identitaire aux relents nauséabonds du nationalisme. Alors que si l’on veut sauver notre continent européen, il ne s’agit pas de se battre entre nous, mais de nous intégrer de plus en plus (mutualiser nos dettes et nos ressources) et de gagner des parts de marché à l’extérieur des frontières de l’Union, précisément, sur la Chine, les Usa, etc.

Par de faux discours et de fausses solutions, non seulement on n’explique pas les enjeux géoéconomiques et géopolitiques aux Français, et les solutions communes et globales, donc fédérales, qui s’imposent pour être fort et crédible, mais on continue à détricoter toute la mécanique de l’Union européenne, en passant insidieusement du communautaire vers une posture intergouvernementale (à 2 ou 3 Etats, au plus !). Cette méthode est inutile, dangereuse, et presque suicidaire. On continue à perdre du temps. Vivement la fin de ce type de « campagne » souverainiste !