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OUF ! Fin de campagne! Les jeux sont faits!

30 avril 2012

Dans quelques jours, après l’inéluctable victoire par défaut de François Hollande (je pronostique au moins 52-48), nous pourrons reprendre « une vie normale » et nous remettre de cette fin de campagne, de haine, d’intolérance, d’invectives, d’injures, de peur, de xénophobie, de clivage, de manichéisme Les politiciens (candidats ou leur entourage chauffés à blanc) donnent une belle image de la France (qu’ils aiment tant !…).

Vous me direz, c’est toujours comme cela, c’est cela la politique. Faute d’idées chaque camp veut terrasser l’autre par l’outrance verbale. Certes, mais il y a des limites à l’outrance, à la caricature, à la falsification des chiffres, des mécanismes (économiques), des faits, de l’histoire. Jamais, on n’aura été aussi loin dans les dérapages, dans le déni de tout, des sondages, de l’impopularité, de la dette, des avantages de l’Europe et même de la mondialisation. Heureusement que les mots ne tuent pas ! Il n’y aurait plus de candidats…. Indigne d’un pays comme la France.

Je ne veux pas accabler le président-candidat sortant, mais il est très mauvais perdant. On peut perdre avec dignité, aussi, avec honneur comme Valéry Giscard d’Estaing en 1981.

Après un médiocre quinquennat, Nicolas Sarkozy (et là c’est une surprise !) aura totalement raté sa campagne, sur le plan tactique et stratégique, et celle du second tour est pire encore. Il sera aussi le dixième chef d’Etat européen, en quelques mois, à être remercié par les électeurs pour n’avoir pas su trouver les réponses appropriées à une crise sévère, ayant fait exploser chômage et précarité.

Fin de partie donc, pour lui, le 6 mai au soir. Il aura même raté sa sortie en s’enferrant chaque jour davantage, dans l’exclusion (de tout) au moment même où il faudrait être consensuel et rassembleur. Jusqu’au bout, il aura donc orchestré son propre suicide politique en cultivant avec art son impopularité, en la fortifiant même, jour après jour.

Etrange campagne, nauséabonde, anxiogène, sans vision profonde à long terme, creuse. Jamais un tel niveau (bas) n’avait été atteint, de de Gaulle à Chirac. L’époque a changé, les impétrants aussi. Il est vrai que le niveau baisse, pas forcément en connaissance technique des sujets, mais en stature, en posture, en dignité, en hauteur de vue, en sérénité, en intégrité.

Les voilà désormais devenus des petits roquets assénant des équations ultra simplistes, souvent erronées, fondées plus souvent sur la méthode Coué que sur la rationalité.

L’époque a changé. Avant, les meetings, c’étaient 50 à 60% de militants maximum, le reste des citoyens « venaient pour voir et entendre », pas forcément partisans du tribun. Aujourd’hui, ces meetings sont quasi inutiles, sinon à impressionner par l’image (imposée par le candidat !!…), tellement ils sont un lieu de propagande éhontée, de conditionnement de type sectaire, de grand-messe où l’orateur devra être encore plus outrancier, encore plus caricatural, encore plus démagogue, encore plus brailleur, galvaniseur de salles surchauffées et de foules conquises et médusées. Conditionnement aussi par les images truquées, la claque, les vivats, les « houhou » contre l’adversaire méthodiquement orchestrés, la musique, la mise en scène, pour bien « assommer » les militants. Au total, un bruit assourdissant aussi, durant 2 heures, et on sait que le bruit obère la capacité de jugement et de raisonnement…

Vous avez dit démocratie ?

Mais s’il n’y a plus que les militants, convaincus, grisés, et parfois fanatiques, qui en « demandent » toujours plus, à quoi cela sert-il ? La finalité première de ces meetings est désormais totalement détournée. Qui oserait désormais « s’immiscer » dans un meeting, qui devrait  « communier » avec la masse, agiter frénétiquement les drapeaux (tricolores, surtout pas européens !!) au signal. Quelle place resterait-il pour le « visiteur » libre et… objectif ? Sauf s’il veut voir un théâtre de Guignol… Le coût de ces grandes réunions est par ailleurs de plus en plus exorbitant, et indécent (plusieurs millions d’euros chacun !!), surtout en période de crise ! Esbroufe pour les militants et pour impressionner aussi l’adversaire. Pour ces propagandes éhontées, c’est nous qui payons, avec nos impôts, rubrique « démocratie » !

On attendait une bataille des idées, de projets, de visions d’avenir. On aura eu une bataille de mots, et de mots souvent injurieux. Davantage de « maux » que de … mots ! On aura eu une campagne nationaliste, repliée sur des aspects mineurs, à des degrés certes divers selon les deux finalistes. Sur des sujets souvent secondaires pour ne pas dire dérisoires. Par incompétence, ou pour faire diversion… Car ils savent très bien que le Monde leur échappe, que les enjeux ne sont plus « nationaux ». Alors, il faut donner le change. « Paroles, paroles, paroles » chantait Dalida. Mais presque rien sur l’environnement, sur les dérèglements climatiques, la sécheresse, l’eau. Rien sur l’international, alors que notre monde occidental achève son cycle de puissance et de croissance au bénéfice de la sphère asiatique ! Un tel manquement est surréaliste ! Rien sur les problématiques de l’énergie. Rien sur l’Afrique. Et bien sûr, rien, ou presque sur l’Europe, sauf pour la dénigrer et la prendre en otage, éhontement, en la pointant comme « le » problème, alors qu’elle est la solution et notre avenir ! Pas cette Europe-là, (ex) merkozienne, bien sûr, mais une Europe unie, solidaire, plus sociale, fédérale. Tout le contraire de ce qu’ils ont prôné. A des degrés divers là aussi, il est vrai, Nicolas Sarkozy ayant été, franchement, le pire. Différence de degré entre Sarkozy et Hollande, certes.. mais pas de nature !

Nous, Européens convaincus, qui militons depuis des années pour une Europe fédérale nous jugerons donc, objectivement, François Hollande dans ses actes « européens », dès le 7 mai prochain. Mais à l’évidence, l’un et l’autre sont « traumatisés », tétanisés par l’échec du référendum du 29 mai 2005 sur le projet de Constitution européenne, par cette fameuse « France du Non ». Comme si, d’ailleurs, le rejet de ce texte devait « plomber » ad vitam aeternam tout débat futur sur une convergence budgétaire, fiscale, sociale, écologique, obligataire (euro-obligations), militaire, sécuritaire etc ! On a bien pu, en quelques mois, créer des mécanismes de solidarité financière pour les Etats fragiles, et ce sans « Constitution ». Idem pour l’assouplissement fonctionnel de la BCE et de son injection de 1.000 milliards d’euros dans le circuit bancaire, donc économique (prêts aux collectivités, entreprises et particuliers). Mais il faudra bien, tôt ou tard, proposer aux peuples une Convention pour des structures fédérales.

Je l’ai déjà dit dans mon euroblog précédent, la France est totalement à la traine sur ce point par rapport aux visions fédéralistes de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, etc. Ces pays pourraient donc constituer une « avant-garde ». Faudra-t-il en arriver un jour (avec des ministres lepénistes dans 5 ans ?) à faire sortir la France de l’UE ? Afin qu’elle comprenne enfin que cette solution est suicidaire, quand un Français sur cinq vit de l’international ? Le pire n’est jamais le seul probable, mais avec les dérives de cette campagne, et le basculement résolument extrémiste de l’actuel président et de son parti, encore, majoritaire, du moins jusqu’aux élections législatives de juin, je suis très inquiet, et écœuré, car cela, en tout état de cause, laissera des traces dans le pays, et dans la perception de la France par nos grands partenaires européens…

L’attitude sur tous ces sujets majeurs, et notamment l’Europe, n’est pas que scandaleuse, car on prive les Français d’information, de pédagogie sur les grands enjeux du monde. Elle est irresponsable, car on aura monté encore un peu plus les Français contre l’Europe (« passoire », « délocalisation ») avec des messages éhontés.

On a été privé de débats sérieux. Mais on a été assommé (le mot est faible…) de formules, de mots outranciers, inconvenants, injurieux. Davantage, il est vrai, dans le camp des perdants. C’est normal, c’est là que la tension est plus grande, lorsque l’on sait que l’on a perdu la partie depuis longtemps. En face ; il y a bien eu aussi quelques dérives de campagne lorsque Arnaud Montebourg s’est permis de comparer Mme Merkel à Bismarck ; lorsque Martine Aubry s’est permise de comparer Nicolas Sarkozy à Bernard Madoff (Sarkozy a peut-être suffisamment de « casseroles » actuelles et futures pour qu’on ne l’accable pas à ce point, tout de même !) ; lorsque le journal Libération a accusé ce pauvre Monsieur Sarkozy de proférer des « propos pétainistes ». N’exagérons rien, là encore. En outre, il ne faut jamais tirer sur une ambulance, ce n’est pas loyal.

Mais dans le camp du président sortant, mon blog ne suffirait pas à pointer toutes les dérives, les injures. D’autres s’en chargeront. Des livres sortiront vite, probablement. Je ne citerais que quelques exemples récents qui montrent que, même dans l’entre-deux-tours, au lieu de se calmer et de « rassembler » les Français, on continue à être injurieux ! « Hollande est nul », « il affole les marchés », « il ruinera la France avec ses dépenses » (Ndlr : depuis quand ? depuis 2 ans ? Alors que la dette publique de la France a augmenté de 500 milliards d’euros en 5 ans ? De qui se moque-t-on ?). Un député de la « droite populaire » de l’UMP (la droite de la droite !!), Lionel Lucas a été jusqu’à traiter la compagne de François Hollande de « rottweiler », allusion à son nom patronymique, Trierweiler. Le président-candidat l’a quand même désavoué. Mais là, on touche le fond, ce qui en dit long sur la « démocratie » de ces gens là, qui assument pleinement leur vision dure de l’UMP. Baroud d’honneur ? Ou de déshonneur ? Il est à craindre que cette « branche » rejoigne le Front national lors des législatives de juin. Il n’y a qu’à voir la réaction raffinée du député « UMP-droite populaire » Jacques Myard aux déclarations courageuses de Chantal Jouanno qui « voterait sans hésiter PS plutôt que FN aux législatives si l’occasion s’en présentait dans le cadre de triangulaire ayant éliminé l’UMP au second tour ». Tollé des « durs » et surtout de Myard, je cite, « mais on s’en fout, de cette nana (sic) en mal de déclaration et d’existence »,… Quand l’extrémisme le dispute à la misogynie… Voilà que même entre eux, ils s’injurient !! Et même François Fillon, qu’on connaissait plus mesuré, réservé, y est allé d’une qualification aimable sur Jouanno, je cite : « propos stupides ».

Ce camp là n’a cessé de massacrer Eva Joly. Je ne suis pas un « écologiste » forcené, et je n’ai pas voté pour elle au premier tour, mais j’ai le plus grand respect pour cette femme, très compétente, qui est une très grande juriste et une magistrate très courageuse, ne l’oublions pas, qui a juste eu le tort de commencer, enfin, dans ce pays, à mettre hors de nuire quelques politiciens véreux. Elle s’est peut-être fourvoyée dans cette galère des présidentielles, précisément parce qu’elle est trop honnête pour faire, nuit et jour, de la démagogie et de fausses promesses. Elle vaut mieux qu’eux, éthiquement et moralement, déjà… En outre, c’est une Européenne convaincue, la seule à parler de « fédéralisme ». Elle ne mérite pas de faire de la politique « politicienne ». Elle vaut beaucoup mieux que cela. Côté UMP, on la injuriée tout le temps. Même Fillon, surtout lorsqu’elle a dit une chose toute simple, et d’ailleurs évidente : le défilé militaire du 14 juillet coûte trop cher. On a osé trahir son propos, en disant qu’elle voulait supprimer la fête du 14 juillet ! Mensonge éhonté, et grotesque. Il suffit de relire le texte, de réécouter la bande son. Voilà comment on discrédite quelqu’un d’honnête et de courageux. La quasi-totalité des pays de l’UE a supprimé depuis longtemps ces défilés militaires coûteux et inutiles, surtout en temps de paix. Les Champs Elysées ne sont pas un champ d’exercice, l’armée française s’entraîne très bien, d’ailleurs. Puissance nucléaire, la France n’a pas besoin de « parader » ce jour-là, sa puissance militaire est connue et reconnue dans le monde entier, comme un des trois premiers grands exportateurs mondiaux d’armes de référence. Voilà comment on falsifie une déclaration : protester contre le principe du défilé militaire devient « supprimer le jour de la fête nationale » !!! Cela est proprement dégueulasse. D’autant que, sous la IIIème république, la fête du 14 juillet n’était absolument pas un défilé militaire, mais un défilé des écoles et des jeunes. Du coup, ils se sont déchaînés : raillant son origine norvégienne, sa « méconnaissance » je cite, des institutions et pratiques françaises, de l’Histoire de France. On est allé jusqu’à se moquer de sa prononciation, de son physique même ! Ces gens là n’ont plus de limites, ou bien la campagne (encore une formule militaire) électorale les rend fou. Heureusement qu’elle a la nationalité française, sinon elle se serait fait peut-être expulser (la Norvège n’appartient pas à l’UE !).

Ces dérives nationalistes sont dangereuses. Et critiquer les formules, dans notre superbe chant patriotique « la Marseillaise » telles « qu’un sang impur abreuve nos sillons » assez décalées et désuètes 200 ans après, cela deviendra un délit un jour, peut-être ?

Je sais bien que l’attaque est le meilleur moyen de la défense et que plus on est en difficulté plus on « mord », mais il y a quand même des limites. Enfin, il devrait…

Déliquescence de la pensée, manque de projets à moyen et long terme, à la différence des USA, où on élabore en ce moment la stratégie militaire jusqu’en… 2050, avec la programmation budgétaire qui va avec (on croit rêver !). Mais repli nationaliste et propositions de mesurettes niant la difficulté réelle et durable de la situation économique de la France. Un seul chiffre. Je sais, je vous en fournis beaucoup plus d’habitude, mais pardonnez cette « pub », mon ouvrage commun avec mon ami Alain Reguillon, que je vous ai annoncé le 13 avril dernier, expliquera beaucoup de choses, sans langue de bois, avec beaucoup d’analyses, de chiffres incontestables, quelques révélations et de nombreuses propositions pratiques et concrètes pour bâtir une Europe viable et plus forte, économique, sociale, budgétaire, institutionnelle… Nous attendons la fin de cette campagne présidentielle pour le sortir, et revenir à des choses sérieuses pour notre avenir. Son titre : l’euro : un succès inachevé ? Sincèrement, ce livre suscitera sûrement quelques débats, mais chacun y apprendra des choses.. Je referme là ma « minute de pub » !

Donc, le chiffre que je livre à votre réflexion aujourd’hui, c’est que la France qui était le dixième pays riche de l’UE (sur 27) vient de passer… onzième (et dix-huitième de l’OCDE). Mais de tout cela, pas un mot. Les candidats ont peur de leurs électeurs qui ont peur de la mondialisation, de l’Europe, etc. Tout cumulé, près de 12 millions de Français ont voté au premier tour contre l’Europe, contre la mondialisation, contre l’économie de marché, contre le « système », contre l’ « ultra »-libéralisme, contre la finance internationale. Et beaucoup, beaucoup d’autres n’en pensent pas moins. Evidemment qu’il faut en faire, des réformes, des régulations (rien ou presque n’a été fait en France depuis 10 ans, d’ailleurs), des avancée sociales et de façon concertées, convergentes. Mais combien veulent l’entendre ?

Il manque une génération de politiques courageux, et ouverts sur l’Europe. En attendant, va-t-on encore perdre du temps, ou bien François Hollande se « révèlera »-t-il réformateur et aussi fédéraliste que le SPD allemand, et même que Mme Merkel, lui qui n’a jamais prononcé ce mot tabou en France ?

Pourquoi une telle peur des Français, qui battent tous les records de pessimisme et de crainte dans le monde, derrière… les Afghans et les Irakiens. Il faut quand même le faire.

Car après les Trente Glorieuses, les Français se sont endormis, le chômage de masse a commencé en 1974. Depuis 38 ans, on n’en est jamais sorti. On a été de crise en crise, à la différence d’autres pays d’Europe ou d’Occident. On se réforme peu depuis 38 ans, et toujours « au pied du mur ». Ce qui pourrait nous arriver pour les 5 à 10 années à venir. Car nos créanciers s’impatientent depuis quelques années déjà…

Les crises à répétition nourrissent le repli identitaire, voire communautaire (infra-national). Du coup, les élus doivent à leur tour se radicaliser pour rester ou accéder au pouvoir. C’est pourquoi l’Europe est le bouc émissaire depuis au moins Maastricht (1992). Et cela s’est aggravé année après année. Le mal est fait. Il est dans les « têtes ». Aujourd’hui, les Français ne sont pas dupes : ils ont bien compris que, du fait de la mondialisation, bénéfique, globalement, pour l’ensemble de la planète, la France n’était plus acteur de ce bouleversement planétaire qui sort peu à peu deux milliards de gens de la misère, voire de la mort. Ils voient bien, malgré les propagandes, que la France est devenue marginale, que leurs « dirigeants » ne dirigent plus rien, ne maîtrisent plus rien. C’est cela qui les effraie, les tétanise. L’édredon est rassurant…

La mondialisation se fait, et se fera, qu’on le veuille ou non ! Donc, avec… ou sans nous. Autant accompagner le mouvement et se réformer tant qu’il est encore temps. Car la vielle Europe a encore quelques atouts industriels et technologiques.. Mais pas une Europe à 27, ou même 17 pays qui se concurrencent au sein d’un « marché intérieur », pour que nos roitelets gardent leur « statut » de Chef d’Etat !

Mais au lieu de faire l’Europe unie, la vraie, de mettre au point de bonnes propositions pour une Europe forte (j’ai bien dit une « Europe » forte !) que la Commission a proposé depuis des mois et des mois aux Chefs d’Etat et de gouvernement, qui les dédaignent, comme l’utilisation de 80 milliards d’euros (vous avez bien lu : 80 !!) de fonds structurels NON utilisés et qui pourraient être immédiatement utilisés pour des travaux d’infrastructures, et autres investissements d’avenir comme les énergies renouvelables et les technologies de pointe. La Commission préconise aussi d’utiliser davantage la BEI (banque européenne d’investissement) pour de la recherche/innovation, indispensable si l’Europe veut survivre économiquement, au lieu de se figer dans une « réserve » à touristes. Depuis un an, la Commission a proposé les euro-obligations (idée reprise par Hollande) pour relancer la croissance, sans renoncer aux politiques de rigueur, bien sûr. Ces politiques doivent être cumulatives et simultanées, pas alternatives.

Pas un mot dans la campagne ! Dormez bien les petits !

Il valait mieux distraire les Français avec la viande hallal et le permis de conduire !

François Hollande n’a certes pas « injurié » l’Europe, mais son programme est très pauvre : sur les 41 pages de son programme officiel distribué aux Français « mes 60 engagements pour la France », seulement une minuscule sous partie, pages 12 et 13, est consacrée à l’Europe, soit un feuillet et demi. Rien sur les bienfaits de l’Europe, tout ce qu’elle fait au quotidien : protections sanitaires, médicales, environnementales, maritimes, les réglementations du droit du travail alignant celui des pays riches aux pays de l’Est (temps de travail des chauffeurs routiers, des pilotes d’avions). Gaffe à ne rien dire. L’Europe n’est plus tendance !

Le titre de ce feuillet et demi (ne le loupez pas, c’est court !) est éloquent : « je veux réorienter la construction européenne ». Décidément, l’Europe ne fait rien de bien ! Même pas l’euro ? Même pas Erasmus ? Même pas des accords de défense ? Même pas les directives environnementales reprises par la France en 2007 ? Rien ?

Il a juste 5 propositions : les euro-obligations (il faudra donc convaincre Angela Merkel) ; un nouveau traité franco-allemand (y avait pas urgence) ; un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance. Belle formule, mais contenu vide. Et enfin « faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale » et une contribution climat-énergie aux frontières de l’Europe. Ce qui ne mange pas de pain…

Même lui, pro-européen affirmé et réaffirmé depuis des années, il présente l’Europe comme des menaces ou dérives à corriger. Les dizaines de millions d’emplois créés (jusqu’en 2009) dans toute l’UE grâce à l’euro et au Marché unique, ça ne compte pas. C’est uniquement du au génie d’Etats-nations, dont certains sont pourtant concurrents entre eux, dans le domaine fiscal ou salarial…

Vu les enjeux mondiaux, tous les défis (voir notre futur livre, si, si !) qui nous attendent, ce « programme » européen est quelque peu léger. Mais, attendons pour voir et juger, car plus la crise sera forte, plus les Chefs d’Etats devront agir… Mais hélas, dans la précipitation brouillonne.

En face, même si ce programme ne sera pas, par définition, appliqué, c’est un véritable déni européen, pour un Président qui fut si convaincant en 2008 lors de la Présidence française de l’UE. C’est confondant, et sidérant de démagogie. Je prends l’Europe un jour (2008), je jette tout ensuite.

J’en ai déjà parlé lors du précédent billet, depuis, les réactions européennes, et même en France, jusque dans son propre camp, se sont multipliées. En vain. Comportement perçu comme ridicule, vain, et suicidaire. L’Europe passoire, retour aux frontières, donc sortie de l’UE. Et l’annonce de la sortie de l’euro ? C’est pour le 3 mai ? Le 4 mai ?

Injurier l’avenir à ce point là, c’est dangereux. Car flatter une « droite pure et dure » à ce point décomplexée contre l’Europe, le Monde, le système, restera dans quelques esprits, même quand Nicolas Sarkozy aura quitté le pouvoir dans quelques semaines. Semez, semez, il en restera toujours quelque chose… Déni de la réalité du résultat du vote, ou politique de la terre brûlée. Comme avant le 1er tour, il continue de s’en prendre à tout le monde : les fonctionnaires, la justice, les syndicats, les travailleurs (enfin ceux qui défilent le 1er mai pour la Fête du Travail), les journalistes, les mouvements associatifs, les experts (même les siens ?), les conseillers, l’Europe, les immigrés (non européens). Je rappelle juste un chiffre : il y a en France 10-11% d’étrangers, contre 13% en Allemagne ou au Royaume-Uni. La France était le second pays d’immigration en Europe dans les années soixante, elle est devenue le cinquième ! No comment !

Mais où va-t-on, dans ce délire clivant, méprisant, anxiogène, ultra simpliste, xénophobe et reprenant un à un tous les thèmes du Front national ? Où va-t-on ? Vivement le 6 mai au soir pour que ces harangues incroyables s’arrêtent. L’Europe nous observe, et elle n’est pas tendre. Car en plus, de mauvais signaux sont envoyés aux « extrémismes » d’autres pays voisins.

Pas un seul mot depuis le début de la campagne pour reconnaître l’Europe, ses bienfaits, ses avantages. Un tissu de contrevérités ou d’outrances. Et quelle prétention ! Il a sauvé l’Europe, le monde, l’euro. Et l’Univers ?

Comme le disait dimanche 29 avril, sur France Culture, Thierry Pech : « je suis stupéfait de la campagne de Nicolas Sarkozy, dont je ne comprends pas la rationalité. Il se ridiculise. Dans cette course (ndlr : effrenée !) vers les voix de Le Pen, il va dans le mur, et il y va en klaxonnant ». Dans cette dernière boutade, Thierry Pech plagie André Santini et son célèbre humour. Difficile de se faire élire, car au lieu de rassembler, il tape sur tout le monde, y compris le « système » dans lequel il baigne depuis l’âge de 22 ans ! Fin de règne lugubre et violent.

Une chose de sûre, les films, livres, documentaires qui sortiront de cette peu glorieuse campagne 2012 seront édifiants. Les professeurs de Sciences politiques y verront, à n’en pas douter, un cas d’école, en matière de dérives et d’outrances pour leurs étudiants prestigieux, dont certains seront à leur tour, un jour, des « politiciens » de la France.

François Hollande endossera les habits du 24ème président de la République avant la fin mai 2012, après toutes les formalités, contrôles juridiques, contrôle des comptes de campagne (on s’interroge encore sur ceux de 1995 et 2007, c’est dire !..). La tâche qui l’attend, aux rênes d’un pays qui décroche depuis plus de trente ans, et surtout depuis dix ans, est vertigineuse… Il ne fera évidement pas tout ce qu’il a promis. Comme toujours.

Dans cet euroblog, je le supplie seulement de ne jamais massacrer l’Europe, sa construction future, ses avancées nécessaires et attendues. Sinon, notre déclin s’accentuera, et la décadence ne sera pas loin.

Puisqu’il n’a cessé de singer, dans sa campagne réussie, François Mitterrand (qui fit l’euro avec Kohl), je saurai lui rappeler souvent la phrase de ce président européen, à la tribune de l’ONU, dans un discours qui avait du sens (ce qui nous change !) : « la France est notre patrie. L’Europe est notre avenir ».

Vive l’Europe !