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Merci à la BCE qui veille sur nous !

04 août 2012

Suite à la réunion très attendue de la BCE du 2 août à Francfort, revoilà le chœur des pleureuses réactivé, « déçues des non-décisions de la BCE ».

Haro sur la BCE dont tout le monde attendait, si je comprends bien, qu’elle supplée la frilosité ou l’attentisme des dirigeants européens (un comble !). Alors que la BCE, qui a pour mission principale la lutte contre l’inflation et la protection de l’euro (rappel élémentaire), a déjà démontré, depuis trois ans, qu’elle savait prendre des mesures « non conventionnelles », selon la formule officielle…

Bref, Mario Draghi « devait » faire à lui seul ce que le Conseil européen refuse : acheter tout de suite la dette des Etats malades, même si les dits Etats ne lui demandent rien, c’est le cas hypocrite de Mariano Rajoy qui continue à « naviguer » entre deux eaux. J’ai besoin d’aide mais j’ai été élu pour autre chose !! Surréaliste ! Officiellement, l’Espagne « demande » des précisions à la VCE sur les modalités de l’aide qu’elle pourrait lui accorder. En somme, le Gouvernement espagnol va voir s’il condescend à accepter une aide dont il a impérieusement besoin ! On croit rêver !

L’Allemagne, elle, se fait piéger par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe qui repousse… à l’automne sa décision sur l’Union bancaire (début du vrai fédéralisme) et le MES, ce qui affole les marchés qui vont se fâcher cet été ou à la rentrée… Gare à l’envol des taux d’intérêt… Bref, les Etats nationaux votent des dispositifs à Bruxelles fin juin et temporisent, voire détricotent ensuite ! Vive le nationalisme suicidaire !

Face à ces errances, Mario Draghi a lancé un message important le 2 août 2012.

Tout d’abord aux Etats : prenez vos responsabilités : faites l’Europe fédérale, et vite ! La BCE ne doit pas, ne peut pas, la faire à elle toute seule, quand même ! Mais deuxième message, tout aussi important aux marchés : « l’euro est irréversible ». La BCE veut dire qu’elle ne lâchera rien, ni personne ! La BCE n’a guère le choix, face à l’incurie des Etats toujours divisés, voire morcelés. La France a rejeté au Conseil européen des 28 et 29 juin l’idée d’une Union politique, réitérée par l’Allemagne et l’Italie…, comme elle le fait d’ailleurs depuis … 1954 (avec la CED) !! Pire, elle vient de prendre un plan fiscal contraire à la quasi-totalité de ses partenaires européens, sans aucune concertation avec eux. Ce qui permettra à ses voisins de faire de même ! De même, Mariano Rajoy tergiverse sur la politique à mener, compte tenu de ses promesses électorales ! Décidément, les élections « nationales » ne s’adaptent pas vraiment aux nécessités d’avancer sur l’Europe.

Le Président de la BCE a clairement dit que son institution se réservera le droit d’intervenir directement sur le marché obligataire des Etats, en leur rachetant donc leur dette souveraine. Encore faut-il que l’Etat en question fasse officiellement la demande d’aide à la BCE, et aux fonds de secours. En clair, aucun Etat ne fera défaut sur le remboursement de ses obligations. Voilà qui devrait rassurer les marchés, surtout pour les prêts à 10 ans. La BCE est là, elle veille, mais en recours ultime. Aux Etats de continuer à mieux gérer et de progresser eux-mêmes sur la voie fédérale. Aux Etats aussi de s’unir pour sortir de la crise par une économie mutualisée et solidaire. Cela la BCE ne peut pas le faire à leur place ! Aux Etats-Unis, la FED marche en permanence de concert avec le Trésor américain et le gouvernement fédéral. La réactivité et l’efficacité sont immédiates. Avec une croissance de 2,5% !!! Qui dit mieux ?

Dans cette Europe désunie, à la dérive, sans gouvernail, sans capitaine, sans projet on continue à parloter, à gagner du temps…

Imaginons que la Cour de Karlsruhe rejette la MES. La BCE, heureusement, est là. C’est donc bien la BCE qui sauvera la zone euro. « L’euro est irréversible » a rappelé Mario Draghi. Chaque mot d’un Président de la CBE compte, à la différence des mots des politiciens… Il n’a pas dit cela en l’air, pour faire joli. Les banquiers centraux, eux, ne parlent jamais pour ne rien dire… Donc, la BCE aidera tôt ou tard l’Espagne, et ne la lâchera pas. L’Espagne ne sortira pas de la zone euro, comme la Grèce d’ailleurs.

Le reste n’est que littérature : on glose, on parle, on écrit, on blablate, « c’est la fin de l’euro », etc. Et ce depuis 3 ans. Cela fait vendre, même si cela fait peur, aussi… Suicidaire ! Injuste et puéril, mais c’est comme cela.

La BCE ne laissera pas faire, elle seule a la capacité d’intervenir massivement, surtout quand les Etats perdent des mois à lancer le MES ( !). Mais il appartient encore aux politiciens nationalistes d’aller enfin plus loin et de lui changer ses statuts, afin qu’elle puisse intervenir directement sans montage baroque de tuyauteries complexes qui calment les marchés, mais ne les rassurent pas totalement, ni longtemps…

En attendant, Mario Draghi s’adapte et défend, lui, l’euro. Habilement, car en achetant aujourd’hui ou plus tard les dettes des Etats, la fameuse politique « non conventionnelle » il dépasse déjà son rôle. C’est courageux. D’ailleurs, il n’y a plus unanimité au Conseil des Gouverneurs sur ces aides. Je rappelle aussi les démissions, il y a plusieurs mois, d’Axel Weber (qui devait être le successeur de Jean-Claude Trichet) et de Jürgen Stark, les « orthodoxes » de la BCE… Mais Mario Draghi tient bon. Malgré les exhortations de donneurs de leçons qui le pressent d’agir, il ne brûlera pas ses dernières cartouches prématurément, ni en une seule fois. Surtout quand les taux d’intérêt se stabilisent voire se détendent, et que les marchés se (re)calment. C’est du pilotage fin et avisé, il faut tenir jusqu’aux emprunts massifs des Etats du Sud à l’automne (Espagne, Italie, France). Faisons lui donc confiance ! C’est du pilotage fin et stratégique. Pas à courte vue, dans l’émotion. Le moment venu, il rachètera tout ce qu’il pourra, et empêchera tout « défaut » d’Etats. Pas le choix. Sinon la zone euro éclaterait.

La seule structure qui est fédérale, et veille seul au bien commun qu’est l’euro, est la BCE. Et elle se trouve face à des Etats qui restent nationalistes et dont le « bien commun » est leur nation étriquée, en concurrence, voire en négation des autres. Chacun d’eux a promis « son » peuple qu’il s’en sortirait tout seul  !! Le drame est là. A les entendre, ils sont tous européens, mais quand il est l’heure d’avancer vers le fédéralisme, d’y aller, il n’y a plus personne. A part les Allemands et les Italiens. Mais la France, qui a toujours peur du fédéralisme, empêtrée dans ses réflexes jacobins et centralisateurs, a le pouvoir de bloquer, compte tenu de son poids actuel dans l’UE et même dans la zone euro, malgré ses échecs économiques. Ils pensent aussi rester longtemps au pouvoir, ce qui est une chimère. Car les Etats n’ont plus la capacité de protéger leurs citoyens, et leurs dirigeants sont rapidement sanctionnés.

Donc, merci à la BCE pour ce qu’elle fait, elle, et surtout fera, car la crise (économique) reste bien sûr devant nous, faute de politiques (fédérales) adoptées. La BCE saura sauver la zone euro et éteindre les futurs incendies, comme elle le fait depuis 2009. Mais elle ne sait pas relancer la croissance, rôle dévolu en principe aux Etats, défaillants là aussi.

L’euro vivra, avec aussi, au sein de la zone euro, une Europe prospère (les autres sont déjà hors jeu) et une Europe appauvrie, faute de convergence. Dommage. La crise n’est pas monétaire, et elle n’est pas qu’économique. Elle est surtout politique, compte tenu de la faiblesse des dirigeants européens.

Les politiciens sont partis en vacances sans faire l’Europe. Mario Draghi est resté au poste de vigie. Soyons donc rassurés.

Bel été à toutes et à tous.