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L’industrie européenne : quelle occasion manquée !

22 novembre 2012

On ne parle dans les gazettes et dans les discours des ministres que du mot magique : réindustrialisation. A lui seul, ce mot devrait faire baisser le chômage, lutter contre les délocalisations… arrêter la crise. Oui, certes, il faut que la France se réindustrialise. Elle, dont l’industrie est passée de 28% du PIB en 1982 à 13% en 2012 pendant que l’Allemagne est à 30%. Mais l’économie française ne vit pas hors sol, elle est aussi en Europe. Et justement, on vient de mettre à mal, par des décisions politico-économiques, un superbe projet industriel, et du coup, une chance inouïe pour que l’Europe puisse développer une industrie porteuse d’emplois, d’innovation, de parts de marché et de puissance, aussi. Et, pour le coup, la France n’est pas la seule responsable du fiasco, l’Allemagne l’est davantage.

Cette chance, c’était la fusion du groupe européen EADS, largement franco-allemand, et du groupe britannique BAE Systems, très lié à l’Amérique. D’un côté, déjà, un groupe intégré, leader sur le marché de l’aéronautique, et de l’aérospatiale. De l’autre, un groupe britannique implanté aux USA, et à vendre.

Qu’aurait pu rapporter cette fusion ?

Tout d’abord la création d’un géant européen, imbattable au plan mondial. Car c’est bien à ce niveau et à cette taille, que les entreprises, dans un secteur comme l’aéronautique, peuvent continuer à se développer et à garder leur compétitivité, vis-à-vis des Américains et, bientôt, des Chinois. Le risque à ce niveau est double : tout d’abord que la société anglaise soit rachetée par Boeing, ce qui renforcerait d’autant la marque américaine et ferait rentrer le loup… dans la bergerie du marché unique européen. Ensuite, que le ralentissement du développement aéronautique européen, et les querelles américano-européennes ne profitent à un troisième larron, en l’occurrence le concurrent chinois qui attend patiemment de vendre ses avions hors de son marché intérieur. Car la Chine a déjà créé son propre avion, le fameux Comac, avion, qui vole déjà en Chine, et qui sera commercialisé partout, d’ici quelques années. L’avenir se jouera donc entre Boeing, le Comac et Airbus, si EADS veut bien se donner les moyens de rester dans le jeu. Et avec cette fusion avec BAE systems, se serait donné un atout sans doute décisif dans ce combat de géants, aux enjeux tant économiques que géopolitiques.

Deuxième atout qu’aurait eu cette fusion, la création d’une industrie de la défense européenne. Certes, l’armée européenne est encore embryonnaire, et elle ne sera concrète que lorsqu’il y aura une intégration plus poussée, et une diplomatie vraiment européenne. Mais au-delà de l’aspect défense, il y a l’aspect économie. Car le rapprochement des industries européennes pourrait avoir, aussi, des conséquences bénéfiques, sur les choix industriels : on sait que les Européens (Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne) dépensent la moitié du budget américain de la défense (200 milliards d’euros), pour une capacité militaire, réelle, de 10% seulement. La raison est simple : nos armements, nos formations, nos entrainements sont encore beaucoup trop hétérogènes (avec des balles et fusils différents !!!). La dispersion est donc aussi coûteuse qu’inefficace. Surtout à l’heure où il faut resserrer les budgets publics. Si l’UE veut perdre toute puissance et crédibilité e matière militaire, alors qu’elle se contente au moins de ne pas dépasser que 10% du budget américain ! N’oublions pas aussi que la défense est une source permanente de recherche et d’innovation, et donc d’emplois : je rappellerai ici qu’internet et le GPS étaient à l’origine des réalisations militaires, passées depuis, dans le civil.

Si l’on cherche des explications à cet échec, on retrouve, comme, hélas, toujours en Europe, les préoccupations nationales. Les Allemands, bien qu’ils s’en offusquent, étaient réticents et voyaient, dans la fusion avec l’entreprise anglaise, un risque pour les intérêts allemands, qui n’auraient plus été majoritaires au sein d’EADS. Pour une fois, c’étaient les Anglais qui étaient les plus favorables. Quant aux Français, ils ont été, sur ce dossier aussi, trop timorés, trop prudents ou frileux. Et puis, ils restent obnubilés par le Rafale, joujou national construit en concurrence de l’avion européen Eurofighter, mais joujou invendable car trop coûteux à l’chat comme à l’entretien. C’est lamentable. Car n’en déplaise aux propagandes de droite ou de gauche, une industrie nationale civile ou militaire, n’a plus d’avenir, tant les investissements humains et financiers sont colossaux pour se maintenir à niveau. Là, les trois principales économies de l’UE viennent de louper le coche, et de fracasser leur potentiel de recherche et de développement industriel contre des intérêts nationaux. C’est pire qu’une erreur, c’est une faute ! Cette fusion aurait été l’événement mondial de l’année, voire de la décennie. Et les Etats ont refermé le dossier en quelques jours, sans qu’il y ait eu le moindre débat public, d’ailleurs. Incroyable !

Et cela prouve une fois de plus que cette génération de « dirigeants » européens manque cruellement de vision et de courage, et n’arrive pas à dépasser des intérêts locaux et court-termistes au profit de grands projets communautaires et de long terme. Ils continuent à penser beaucoup plus à leurs petites élections (proches ou plus lointaines !…) qu’aux intérêts vitaux des prochaines générations, et d’une Europe unie et solidaire. Cela est navrant. Bon sang ! Leurs lointains et illustres prédécesseurs (Adenauer, Schuman, Monnet), quelques années après la barbarie nazie de 39-45, ont été capables de dépasser les haines, de créer, dès 1951, la CEA, autorité supranationale, et de produire et commercialiser ensemble, entre les deux anciens ennemis français et allemands, du charbon et de l’acier, de leurs pays ravagés ! En 1954, ils ont préparé le projet CED (Communauté Européenne de Défense), qui a failli réussir, et a été rejeté par les … parlementaires français ! Et aujourd’hui, après soixante ans de paix, de démocratie, de prospérité, leurs successeurs nous font régresser !

Lorsque les politiciens européens, et français, auront compris que la construction de grands groupes, non nationaux, mais européens, ainsi que la priorisation de l’intérêt général sur l’intérêt particulier sont les seuls moyens pour que l’Europe continue à être la première puissance économique, à créer des emplois et à sauver son niveau de vie, alors, une vraie révolution copernicienne aura eu lieu.

A l’échelle des Etats-continents actuels et futurs, en plein développement, cette prise de conscience est urgente, et cruciale. Sinon l’Europe régressera, faute de compétitivité, et les peuples qui la composent, appauvris, continueront de chasser, les uns après les autres, cette génération de dirigeants inertes, mais aussi, peut-être, à ne plus croire du tout au projet européen.

Leur responsabilité est donc immense ;

Alors, réveillons-nous, et continuons de nous battre, pour la survie de notre niveau de vie et de nos idéaux démocratiques.