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La France et l’Europe : je t’aime, moi non plus !

03 juillet 2013

Décidément, la France, un des principaux pays fondateurs de toute la construction européenne, patrie de Jean Monnet et de Robert Schuman, n’arrive plus, depuis au moins deux décennies, à prendre le train de la mutation économique et politique du monde, et décroche. Après avoir du renoncer, il y a bien longtemps, au monde, voilà que son vieux rêve d’Europe « à la française » lui échappe définitivement.

Alors, année après année, c’est le repli sur elle, repli identitaire, arrogance nationale alors même qu’on ne parvient plus à convaincre les autres, les « cousins » européens. Avec, au gré des difficultés – de plus en plus insurmontables  - et des reculs – de compétitivité, de performance, de niveau de vie – des discours ou des postures européennes en dent de scie, sur le mode « un pas en avant, un pas en arrière », quand ce n’est pas … deux pas en arrière.

Année après année, nous assistons donc, après Chirac, Sarkozy, et à présent Hollande, à un double langage permanent, plein de volte face, à l’égard du fait européen. Une telle schizophrénie, pas encore totalement europhobe, mais de moins en moins europhile à l’évidence, je dirais plutôt … euro-tiède, sort la France, un peu plus, du jeu européen, et donc de l’histoire du monde. Cela est consternant, irresponsable, et suicidaire.

En deux mois, mai et juin, Hollande et son gouvernement nous ont hélas donné encore quelques preuves supplémentaires de cette schizophrénie française à l’égard de l’Europe, maniant avec constance et méthode le chaud et le froid, l’europhilie et le nationalisme, comme si le culte national pouvait remplacer, auprès du peuple, le plein emploi et la compétitivité dans une mondialisation irréversible…

Le mois de mai avait bien commencé, avec une visite réussie devant la Commission européenne, suivie d’une conférence de presse avec le thème « Europe » au programme (une première !). La suite s’est nettement gâtée, pour finir par un mois de juin dominé par une europhobie déclarée et de nombreux propos, dans sa majorité, aussi irresponsables que scandaleux. Chassez le naturel, il finit toujours par revenir..au galop.

Au mois de mai, je disais « chiche, Monsieur le Président », à l’instar d’un édito de Christophe Barbier saluant les propos très pro-européens du Président de la République à Bruxelles et lors de la conférence de presse. Mais je ne partage pas la trop faible ambition de cet édito (Fédération d’Etats-Nations…) à l’heure où nos Etats-Nations, trop petits, sont précisément impuissants et hors jeu… tant sur le plan économique que sur le plan géo-politique, submergés par les pays émergents, les marchés financiers, et même les réseaux sociaux planétaires. Evidemment, j’étais extrêmement prudent et même circonspect devant ces annonces présidentielles, tant sur le fond que sur la forme. On verrait bien les actes, après les propos ! Actes à adopter démocratiquement par les Etats membres, les structures communautaires et bien sûr les représentants des peuples, à savoir les Parlementaires européens, sans consultation desquels il n’y aurait pas d’adhésion populaire.

Mais, d’abord, examinons de près ce qu’a proposé le Président français, lors de sa visite en mai à la Commission européenne réunie au grand complet (ce qui n’était pas arrivé, du moins pour un président français, depuis … juillet 1997 !) et ce qu’il a répété le lendemain lors de sa conférence de presse devant 400 journalistes médusés de cette audace, qualifiée par le président lui-même « d’initiative européenne ».

- la première proposition est d’instaurer dans les 17 pays de la zone euro, un gouvernement économique qui se réunirait tous les mois et serait présidé par une personnalité qui exercerait sa fonction à plein temps et pour une durée longue. Ce gouvernement économique débattrait des principales décisions de politique économique convergente telles l’harmonisation fiscale, la convergence sociale (par le haut) et la lutte contre la fraude fiscale.

- deuxième proposition : un plan européen pour l’insertion des jeunes, en mobilisant tout de suite une partie des six milliards d’euros prévu par le budget européen pour l’emploi et la formation des jeunes. L’Union européenne devrait définir également une stratégie d’investissements, notamment pour les nouvelles industries et les nouveaux systèmes de communication

- troisième mesure : création d’une communauté européenne de l’énergie afin de coordonner les politiques énergétiques et réussir ensemble la nécessaire transition vers les énergies renouvelables.

- quatrième initiative : pousser l’intégration avec une capacité budgétaire accrue pour la zone euro et la possibilité, progressivement, de lever l’emprunt.

Et enfin, cerise sur le gâteau, couronnement de la partie européenne de son discours en conférence de presse, je cite : « l’idée européenne exige le mouvement. Si l’Europe n’avance pas, elle tombe, ou plutôt elle s’efface ; elle s’efface de la carte du monde, elle s’efface même de l’imaginaire des peuples. Il est donc plus que temps de porter cette nouvelle ambition. L’Allemagne, plusieurs fois, a dit qu’elle était prête à une Union politique. La France est également disposée à donner un contenu à cette Union politique. Deux ans pour y parvenir. Deux ans, quels que soient les gouvernements qui seront en place. Ce n’est plus une affaire de sensibilité politique, c’est une affaire d’urgence européenne ».

Je ferme les guillemets de cette citation présidentielle, et je … ferme le ban ! Bravo ! Super ! Enfin un propos pro-européen avec quelques (vieilles) idées concrètes pour la rendre crédible. Il y avait longtemps que la France n’avait pas montré un tel volontarisme européen. Chiche ! Y a plus qu’à… ! Effets de tribune ou volonté sincère d’aller de l’avant ? Je dirais que ces propos ont au moins … le mérite d’exister !

Mais regardons donc de plus près ces propositions, et analysons les en détail.

- sur le gouvernement économique européen.

Nos voisins allemands, italiens, nous le réclament depuis longtemps ! C’est la France qui bloque toujours. Même si (comble de l’hypocrisie) certains Français en avaient déjà parlé : Pierre Bérégovoy, déjà, lorsqu’il était Premier Ministre et … Nicolas Sarkozy (si, si !!!) en 2010, au plus fort de la crise financière, mais qu’il avait totalement escamoté ensuite, la campagne présidentielle approchant, avec son repositionnement nationaliste…

Ce gouvernement économique européen est prévu depuis… 1992, dans les germes mêmes du Traité de Maastricht, pour donner à la monnaie unique, née en 1999, un environnement sain, réglementé, homogène, harmonisé, qui aurait évité à certains Etats la situation actuelle, faute de s’être structuré et réformé. La France, comme les autres Etats, a stoppé toute avancée, aussitôt l’euro créé. En profitant, en outre, de la stabilité et de la force de l’euro pour continuer à vivre grand train, et faire exploser son déficit et son endettement…

Aujourd’hui un tel gouvernement économique s’impose encore plus car le monde émergent croît et prospère encore plus vite, et l’UE se retrouve larguée..

Le problème est que le Président Hollande n’a pas beaucoup détaillé son « projet ». S’agit-il de créer une nouvelle structure, alors qu’il existe déjà l’ECOFIN et l’Eurogroupe, ce qui rendrait encore plus complexe la gouvernance ? Ou s’agit-il de renforcer encore le « gouvernement des Etats » et l’intergouvernementalisme (Ecofin) au détriment de la Commission (qui défend l’intérêt général) et surtout du Parlement européen, qui est la seule voix des peuples, donc la démocratie.

Bref, ce gouvernement économique ne doit en aucune façon rendre encore plus complexe, aux yeux des Etats continents (Chine, USA…), nos structures de gouvernance. Il ne réglerait pas les problèmes d’égoïsmes des Etats, divergents dans leurs performances, et divisés sur quelques sujets majeurs (budget, fiscalité).

Les solutions doivent passer par la Commission et le Parlement.

Outre l’extension de la gouvernance au Parlement et à la Commission, il faudrait aussi supprimer un peu partout le droit de veto des Etats , qui bloque tant d’avancées ou des décisions ! A commencer par l’Eurogroupe. Mais reprendre le droit de veto aux Etats afin qu’ils votent à la majorité prendra du temps, car cela exigera de modifier le traité européen.

Mais il faudrait quand même y penser, et agir. Sur ce point précis (et capital), François Hollande n’a rien dit non plus, se contentant de souhaiter un Président « à temps plein ».

- sur la deuxième mesure, le plan européen d’insertion de jeunes, et cette initiative franco-allemande pour l’emploi des jeunes, on a du concret, avec d’ores et déjà un montant réservé de 6 milliards d’euros. La BEI (banque européenne d’investissement) pourrait également être sollicitée.

Concret, mais insuffisant face au drame du chômage des jeunes (25% en France, 42% au Portugal, 55% en Espagne… mais 8% en Allemagne ou 5% en Autriche !). Michel Sapin et Ursula von der Leyen, les deux ministres du travail allemand et français, souhaitent, grande première européenne (à deux…) établir un partenariat public-privé contre le chômage des jeunes, articulé sur trois points : permettre aux entreprises un accès à des crédits à taux bas / renforcer l’apprentissage en entreprise dans toute l’UE, via un système d’échanges pour les apprentis, comparable à Erasmus pour les étudiants / aider les jeunes à créer leur propre entreprise. Cette initiative pourra évidemment s’appliquer à tout pays de l’UE, la dotation de 6 milliards d’euros étant prélevée sur des fonds européens non utilisés… en clair, c’est du (bon) recyclage.

Ce plan n’a pas empêché l’Allemagne, qui dispose d’un volant de … un million d’emplois ouverts (et non pourvus ! on croit rêver !…) de signer des accords bilatéraux avec l’Espagne, le Portugal, la Grèce, pour accueillir des jeunes qualifiés dont elle manque cruellement. Avis aux amateurs !…

Depuis cette excellente initiative franco-allemande, le Conseil européen des 27 et 28 juin a concrétisé la mesure par un accord à l’unanimité (c’est déjà ça, car il y a plus de dix ans, un autre Conseil européen avait déjà prévu un tel plan, jamais appliqué) face à l’ampleur du problème (5,6 millions de jeunes européens de moins de 25 ans sont au chômage).

Ce plan Jeunes sera doté finalement, d’un budget de 6 à 8 milliards d’euros, prélevé sur du FSE (fonds social européen) recyclé, principalement réservé aux pays les plus touchés par le chômage des jeunes ( et le chômage tout court, d’ailleurs), soit les pays du Sud : Grèce, Espagne, Portugal, Italie et … France. Ainsi, la France recevra 600 millions d’euros sur ce plan, qui concernera directement 300.000 jeunes. Ces 300.000 jeunes devront donc, rapidement, suivre un apprentissage, une formation professionnelle, ou obtenir un stage ou un emploi courant.

Certes, ce montant est très insuffisant face à l’enjeu (près de 6 millions de jeunes européens au chômage), et le président du Parlement européen, Martin Schultz (pressenti pour briguer le poste de Président de la Commission européenne en cas de victoire du PSE aux élections européennes du 25 mai 2014), a estimé qu’il fallait au moins un plan de 25 milliards d’euros…

Toutefois le Conseil européen des 27 et 28 juin, outre l’adoption définitive du budget pluriannuel de l’UE ( sur 7 ans) de 974 milliards d’euros, a décidé que la BEI accorderait 60 milliards de prêts supplémentaires, à taux attractifs, dont une partie ira vers les PME pour aider ou renforcer leurs investissements. Un autre point positif, mais à terme cette fois, pour l’emploi.

Sur la troisième initiative, la création d’une « communauté européenne de l’énergie », on ne peut qu’être d’accord avec une telle idée ! Et vite !!

D’abord, la construction européenne a démarré, avec succès, par cela : en réunifiant, grâce à la CECA, la production allemande et française de charbon et d’acier ! Succès économique et politique, très au-delà du symbole… Il faut à l’UE, voire la seule zone euro, une politique énergétique à grande échelle, face à l’émergence du monde. L’énergie est un des sept immenses défis que nous avions identifié, Alain Reguillon et moi, dans notre livre « l’euro, un succès inachevé » paru en 2012 aux éditions Presses Fédéralistes.

Ce qui pose aussi, d’ailleurs, la redoutable question de l’exploitation (propre) du gaz de schiste. La plupart des pays européens sont pour, la France tergiverse encore. Il faudra choisir.

Sur la quatrième initiative, une capacité budgétaire accrue pour la zone euro, et la possibilité de lever l’impôt, l’idée, là encore, n’est pas nouvelle (ni française !). Que ne l’a-t-on pas fait plus tôt … Il faut des ressources propres au budget européen, afin de ne pas dépendre du chantage des Etats et des égoïsmes nationaux d’une part, et de rendre ce budget beaucoup plus gros et crédible d’autre part (actuellement 1% du PIB européen, contre 25% pour l’Etat fédéral américain !)

Là encore, la France et l’Allemagne doivent pousser, accélérer sur la mise en place de la taxe sur les transactions financières (0,1% sur chaque opération achat/vente, d’une action, d’obligations etc ; et 0,01% sur chaque opération sur un produit dérivé) que 11 pays ont déjà adopté. Mais je crains qu’il faille attendre la réélection de Madame Merkel, donc septembre 2013…

Et ce n’est qu’une fois que ce budget européen sera plus conséquent et plus autonome qu’un emprunt européen pourra être levé, à un taux attractif, sinon il devrait être garanti (couvert) par les pays riches au prorata de leur richesse et de leur PIB. Comme pour les mécanismes du FESF et du MES. Car l’Allemagne accepterait-elle, avec un budget européen actuel si faible, de couvrir aussi un emprunt européen ? Elle qui couvre déjà, en premier et en plus grosse quantité, les prêts aux Grecs et aux autres pays en difficulté ?

Dernière annonce de François Hollande à la Commission et lors de la conférence de presse : l’Union politique.

Grandiose ! Enfin ! Et en « deux ans », s’il vous plaît ! Il l’a lui-même qualifié « d’urgence européenne ». Formidable. On ne demande (tous les militants européens fédéralistes, dont je suis) qu’à y croire…

Sur cette « bombe », le Président est hélas resté dans le flou, il n’a pas du tout détaillé sa vision, son projet, comme le font les Allemands depuis des années, de Joskha Fischer à Wolfgang Schaüble. C’est quand même en Allemagne qu’un groupe de travail et de réflexion sur l’avenir politique de l‘UE (intégration) a été créé par Guido Vesterwelle, le ministre des affaires étrangères allemand ; groupe qui réunit les ministres des affaires étrangères des principaux pays européens. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans mon blog depuis des mois déjà, comme j’ai déjà rappelé la main tendue des Allemands aux Français pour faire l’union politique de l’Europe, depuis… 1994 (déjà avec Wolfgang Schaüble d’ailleurs, et le néerlandais Karl Lammers). Depuis 1994 (Mitterrand, à l’époque) la France a tergiversé, botté en touche. On peut mesurer ici, je crois, la différence psychologique entre un Etat fédéral (car l’Italie de Monti avait d’ailleurs aussi proposé l’Union politique de l’UE à F.Hollande…), et un Etat hyper centralisé, jacobin, en mode décisionnel ultra-vertical, et non transversal. C’est une première raison du blocage.

La seconde raison doit tenir à ce vieux rêve français d’Europe puissance… à domination française. Or, même à six Etats, la France ne dominait pas tout, sur tout… Loin de là. On a bien vu, ensuite, l’euro-tiédeur de nos dirigeants augmenter au fil des élargissements successifs… Toujours la peur de « perdre sa souveraineté », d’être dilué dans un espace plus grand, de partager le pouvoir à parts égales… Comme si un Etat seul, aujourd’hui, avait vraiment une souveraineté sur le reste de la planète ! 65 millions de Gaulois face à 7 milliards, et 9 milliards dans 30 ans !!

Même les Etats-Unis d’Amérique, malgré leur écrasante suprématie militaire, et même leur privilège relatif de la première monnaie du monde, qui détient le pouvoir de la planche à billets, et donc détermine les taux d’intérêts du monde, ont de plus en plus de mal à s’affirmer, contrôler, réguler, diriger, face au géant chinois (alors, qu’est-ce que ce sera dans 30 ans, avec le poids qu’aura la Chine !!), voire même à la « modeste » Russie d’un Poutine !… Sur le drame syrien, par exemple !

Mais la France continue à rêver de sa (ses) grandeur(s) déchue(s).

Donc, on reste sur sa faim (immense !…) sur ce nouveau concept présidentiel d’Union politique. Mais les mots, ou les formules, ont souvent des sens différents… F. Hollande, dans ses propos, ne parle que des Etats, donc du Conseil européen, jamais du Parlement européen (la voix des peuples, pourtant par laquelle un processus d’intégration politique, de type fédéral ou « Etats-Unis d’Europe », devra obligatoirement passer).

Il semble bien qu’on reste bien plus sur des coopérations renforcées, des avancées, certes, sur l’Union bancaire, budgétaire, des convergences fiscales, salariales ( SMIC européen ?), sociales, en matières de dépenses.

Toutes choses utiles, certes, qui auraient du être faites depuis Maastricht (1992 !), mais qui restent à des années lumière d’un véritable idéal européen consistant à faire de l’Europe un Etat-continent capable de peser face aux géants d’aujourd’hui et de demain. L’enjeu est là, nulle part ailleurs. Question de survie.

Même le « compromis » d’une confédération d’Etats serait insuffisante face au poids de l’enjeu… Et une « Fédération d’Etats-nation », une aimable plaisanterie, tant la formulation même est un contresens sémantique : les mots de Fédération et d’Etat-nations sont, par définition, parfaitement antinomiques.

L’euro est le premier étage d’une structure de type fédéral (partage de souveraineté monétaire pour être fort) mais cela ne suffit pas sans les autres souverainetés partagées : défense commune, budget commun et fort ; diplomatie commune et unie, et sans des institutions véritablement communautaires et intégrées.

Le reste risque de rester au stade de … belles paroles. D’ailleurs on n’a plus rien entendu depuis, allant dans le sens des propos de mai, et les médias n’ont aucunement enclenché un débat qui aurait mérité d’exister face à de tels propos en apparence importants pour l’avenir et le destin des Européens. Débat qui existe dans d’autres pays…

Rien. Aucun débat sur l’Europe. Comme d’habitude.

On commence à parler dans les médias des élections de 2014. Les quelles ? Quand vous poserzune telle question, on vous répond : « ben… les municipales !». Certes… C’est important. Mais les « autres » le sont bien plus : les européennes. 25 mai 2014. Un tournant pour le destin européen ? Mais dans quel sens ?

D’autant qu’après ces propos alléchants de François Hollande en mai, il y a eu le mois de juin. Et oui, juin succède toujours au mois de mai… Juin restera dans les annales pour la palme du rétropédalage absolu, sur le fait européen, dont les politiciens français sont champions depuis des années…

Un pas en avant… deux pas en arrière ? Deux pas ? Ou… vingt pas ?

Jugez plutôt.

C’est parti d’une sortie d’un ministre connu pour son sens de la nuance et de la mesure, j’ai nommé Arnaud Montebourg, l’homme qui doit redresser l’industrie de la France…

Dimanche 23 juin, il a traité José Manuel Barroso, le Président de la Commission européenne (jusqu’aux élections européennes de 2014) de « carburant du Front national ». En réponse à une autre formule, certes maladroite, du même Barroso, sur l’anti-mondialisation et le protectionnisme français qui seraient « réactionnaires » et non, d’ailleurs, l’exception culturelle française, d’autant qu’elle est inscrite dans les Traités et dans la Convention pour la diversité culturelle de l’Unesco. De là, donc, à traiter ainsi Barroso, alors que les dirigeants français, comme les autres Etats, ont reconduit pour un second (et dernier) mandat, parce qu’il leur ferait moins d’ombre qu’un autre pour régler leurs petites affaires entre eux, et fonctionner à fond sur l’intergouvernementalisme. Au détriment de la Commission, qui, elle, défend l’intérêt général

Donc le dérapage verbal de ce ministre, souverainiste de gauche assumé, est un comble, comme si Barroso avait un tel pouvoir de nuisance ou d’influence sur les politiques menées et la vie politique des Etats ! De plus, la montée du Front national, c’est d’abord du à la situation économique et donc sociale de la France, moins compétitive, moins exportatrice, hyper endettée, qui connaît un chômage de masse depuis des décennies, et surtout depuis 2002. Beaucoup de Français, excédés par des partis de gouvernement de droite ou de gauche impuissants, fluctuants ou tâtonnant dans leurs politiques, parfois corrompus, ou malhonnêtes, se tournent vers les extrêmes en se disant : « on a essayé les autres, ceux-là pas encore ». C’est risqué, naturellement, car « ceux-là » non seulement ne feront pas mieux que les autres, mais bien pire qu’eux, y compris sur le plan des libertés publiques et privées. Et en plus, ils attaqueront encore plus les acquis de l’Europe, dont on oublie un peu vite, aujourd’hui, l’immense héritage de paix, de prospérité et de liberté.

Mais comment convaincre les électeurs de ces risques, tant qu’ils n’ont pas « essayé » par dépit ?

Pour revenir aux attaques contre la Commission et son Président, cela est d’autant plus grotesque et ridicule que les politiques qui ont échoué sont toutes… nationales et non communautaires : politiques de l’emploi (explosion du chômage) ; budgétaire (dette et déficit énormes) ; fiscale (inégalités, niches) ; innovation, recherche… Et politiques soumises de surcroît au droit de veto des Etats, ce qui accroît les blocages et l’inertie…

C’est comme si on imputait à la Commission ou à Barroso la fonte du Groenland ou la chute du prochain astéroïde… Et le Front national au second tour de l’élection présidentielle en 2002, c’est la faute à Barroso ? Il n’était pas encore le Président de la Commission…

Depuis longtemps, l’Europe en général est le bouc émissaire idéal des politiciens souvent complaisamment relayés par certains médias. Mais là, ras le bol. Ça suffit ! C’est d’ailleurs le « coup de gueule » qu’a fort opportunément poussé, sur France2, Michel Barnier, un commissaire européen de qualité, qui sera peut-être candidat du PPE, si ce parti gagne les élections de 2014, pour la présidence de la Commission.. Je le cite : « C’est insupportable de se défausser sur l’Europe ». Même s’il reste malheureusement adepte de la « Fédération d’Etats-Nations », Michel Barnier a en outre rappelé que Barroso était très attaché à la diversité culturelle, « principe d’ailleurs inscrit dans le traité ». Alors, où est le problème ?

On savait que le gouvernement de Hollande avait en son sein plusieurs euro-tièdes ou franchement d’euro-sceptiques. Mais c’est le président qui a donné le « feu vert » à des Montebourg et autres.

Lorsque la Commission, en ce triste mois de juin, a adressé ses recommandations à la France pour 2014. Pour se réformer et résorber ses … déficits, comme aux 26 autres Etats, d’ailleurs, le Président français a répliqué « la Commission donne des recommandations. Elle ne dit pas à la place des Etats ce qu’ils ont à faire ». et il dit cela 15 jours après avoir accepté la même chose devant la Commission, qui est parfaitement dans son rôle, puisque ce sont les chefs d’Etat et les traités qui lui ont donné ce pouvoir de « recommandation ». Alors, où est le problème ? Pourquoi cette sortie, si ce n’est à usage politique interne ? Mais ce faisant, cela donne un très mauvais signal à l’Europe, de la part d’un pays inconstant, qui manie le chaud et le froid, selon ce qui l’arrange, au mépris des traités. Comme il le fit jadis en ne respectant pas les critères de Maastricht. Si la France ne joue pas le jeu, qui le jouera ?

C’est d’autant plus risqué et arrogant que la France, en proie à de graves et durables difficultés sur le plan économique, est affaiblie depuis longtemps au sein de l’UE, même si elle essaie de donner le change. C’est bien Madame Merkel qui reçoit Obama à Berlin, est adoubée en Chine durant un voyage de plusieurs jours ; c’est bien elle qui pilote la stratégie de l‘UE en ce moment. Soyons lucides !

Et puis la France attaque la Commission peu après qu’elle lui ait accordé un délai de 2 ans (2015) pour assainir ses déficits budgétaires. Cela s’appelle mordre la main qui vous nourrit !

Ces volte-face présidentiels face à l’Europe, à un moment crucial de son avenir et à moins d’un an d’élections européennes où l’extrémisme pourrait percer, tombe de plus en plus mal… Car même (je veux rester optimiste…) si ces rodomontades et mouvements de collier se veulent à usage strictement interne (on caresse l’électeur qui est – ou que l’on voit – de plus en plus eurosceptique), ces propos nourrissent et encouragent à leur tour cet euroscepticisme, voire ce nationalisme. Donc, le mal continue d’être fait. Et en plus, on donne un blanc seing à certains ministres qui n’attendaient que ce « feu vert »…

Non seulement le ministre du redressement productif n’a pas été rappelé à l’ordre, mais il a été conforté dans ses outrances par le Premier ministre (pourtant pro-européen, paraît-il…). Je cite : « nous croyons en l’Europe ; mais nous ne sommes pas des béni oui-oui de l’Europe ». (France 3, 25 juin 2013). Même la porte-parole du gouvernement ,Najat Vallaud-Belkacem a déclaré que le gouvernement français partage « sur le fond » les propos de M. Arnaud Montebourg. Le Président de l’Assemblée nationale y est allé également de sa petite musique anti-Barroso ; de même Nicole Bricq (ministre du commerce extérieur) et j’en oublie sans doute.

J’ai peu entendu de ministres défendant la Commission, qui ne fait que son devoir de surveillance, de contrôle, de recommandations, qui, par définition, n’ont aucune force juridique contraignante. C’est en dénigrant les institutions européennes que ces gens là vont mobiliser les Français aux élections de mai 2014 ?

Le Président en a encore rajouté une petite couche le 25 juin : « si l’Europe est dédiée à ce qui punit, ce qui empêche, à ce qui entrave, alors il y aura cette rupture que l’on constate aujourd’hui entre les citoyens et l’Europe ». Là, c’est le comble, encore une fois ! je sais bien que l’attaque est le meilleur moyen de la défense, dit-on, mais il y a des limites sur le plan … moral, et de l’honnêteté intellectuelle, quand même. Encore une fois, qui entrave, qui empêche la Commission et le Parlement européen de faire leur boulot, si ce n’est, précisément, les chefs d’Etat et de gouvernement, et leur bras armé, les Conseils européens ?

On revient toujours à ce leitmotiv lancinant d’une Europe – Commission en tête – qui ferait du mal, qui ne protégerait pas, qui agresserait presque, etc. Refrains entendus durant la campagne présidentielle de 2012… Cela est profondément injuste, et ravageur, car l’immense majorité des Français n’est pas en capacité de se rendre compte par elle-même, faute de communication appropriée, de tout ce que fait l’Europe, pour la vie quotidienne des gens, par exemple sur le plan de la protection sanitaire, alimentaire, environnemental etc.

Hollande et son gouvernement n’ont rien inventé : en 2010, Sarkozy a attaqué la Commission et la commissaire Viviane Reding sur les Roms. Si on remonte à 2003, Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, avait réagi à un « avertissement préventif » de la Commission pour non-respect (déjà !) des 3% de déficit. En 2005, c’est Chirac qui s’était permis de reprocher à la Commission de ne pas avoir empêché Hewlett Packard de licencier 1240 emplois sur le site français ! On croit rêver ! Alors que les chefs d’Etats ont toujours empêché la Commission d’avoir une politique de l’emploi commune, chasse gardée des Etats nations.

On s’étonnera après que 42% des Français apprécient l’UE en 2013, contre 61% en 2012.

Montebourg n’en est pas à ses premières outrances : on se souvient de ses attaques germanophobes contre Mme Merkel et la puissance allemande, qui continuent de choquer profondément M. Martin Schultz, le Président du Parlement européen, pourtant adversaire de madame Merkel aux élections législatives de septembre 2013.

Il avait attaqué aussi les dirigeants de PSA. Et il… est toujours au gouvernement !!! Le chantre de la démondialisation s’est d’ailleurs fait tancer par son propre camp en la personne de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, pour quelques mois encore, et qui laissera la place à un sud-américain, symbole d’ailleurs du déclin de l‘Europe « des Etats ».. De même qu’après le départ de madame Lagarde du FMI, on ne sera pas prêt de revoir un Européen nommé à la tête de cette institution. Et cela, ce sera la faute de la Commission aussi, ou des chefs d’Etats impuissants qui auront affaibli l’Europe ?

Monsieur Pascal Lamy a toujours lutté contre ceux qui se repliaient sur eux, dans des frontières étriquées, allant jusqu’à déclarer que « la démondialisation était un concept… réactionnaire » (je cite !). Pascal Lamy est-il ultra-libéral comme Barroso, aussi ?

Décidément, la France et surtout ses dirigeants ont du mal à s’adapter, se réformer, respecter les règles, les traités européens qu’ils ont pourtant inspirés.

Le problème de l’Europe, ce n’est pas la Commission, ce sont les Etats-nations, et notamment ceux qui sont les plus râleurs, égocentriques, pour ne pas dire égoïstes, qui ont du mal à travailler et à penser collectif qui bloquent presque tout. Qui veulent jouer leur petite musique. Même s’ils n’en ont plus les moyens. Alors, haro sur la mondialisation, sur l’Europe, sur tout.

La France est aussi un des problèmes de l’Europe, sinon LE problème, avec le Royaume-Uni, tant ces deux économies sont importantes, après celle de l’Allemagne. Donc si ces deux Etats, importants sur la scène européenne, mais minuscules et sans pouvoir sur la scène mondiale ne se réforment pas vite, ils seront un problème pour toute l’UE, par contagion.

Mais plus le populisme et le nationalisme augmente, plus les perspectives de réaliser une Europe forte et fédérale s’éloignent, et condamnent les Européens, à l’appauvrissement et au déclin géo-politique… Tout le monde le sait, à commencer par les dirigeants eux-mêmes. Donc s’ils continuent à s’arc-bouter sur leur petit tabouret national, ils se suicident eux-mêmes, entrainant par là-même « leurs » peuples. A ces derniers de réagir et de s’unir !

Je veux ici lancer un appel solennel :

Fédéralistes de tous les pays, unissez-vous tant qu’il est encore temps. Et commencez par utiliser l’article 11 du Traité de Lisbonne, qui donne aux peuples européens ce que leur Etat national leur refuse : un vrai droit d’initiative législative, sur le sujet de leur choix. Cela s’appelle l’ICE, l’initiative citoyenne européenne.

Unissons toutes nos forces pro-européennes et présentons des ICE, dans tous les domaines.

Soyons des forces de proposition crédibles pour changer les choses.

Expliquons aux peuples, sans démagogie, tout ce que l’Europe fait et apporte aux citoyens. Exigeons plus de pouvoirs aux Parlement européen.

Soyons acteurs des élections européennes de 2014, si stratégiques