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La “romophobie” a de beaux jours devant elle…

28 septembre 2013

Une nouvelle fois, en France, dans ce beau pays de liberté et de droits de l’Homme, la situation des Roms revient dans l’actualité sociale et politique. En fait, elle ne la quitte pas, depuis au moins deux ans. Les gouvernements ont beau changer au gré de l’alternance démocratique (il nous reste cela !), les politiques, les comportements, les postures demeurent.

Mois après mois, année après année, les ROM, ces Européens (comme vous et moi) originaires de Roumanie et de Bulgarie, restent des boucs émissaires idéaux pour ceux qui nous « gouvernent », en panne d’idées et de résultats dans une crise de mutations économiques mondiale qui les dépassent totalement.

Il vaut donc mieux « occuper » l’opinion sur les Roms plutôt que sur les vrais sujets du chômage, de la dette, du déclassement et de la précarité qui ne peuvent plus trouver de solution à l’échelle d’une « puissance » régionale.

L’équipe précédente, à commencer par Nicolas Sarkozy et ses affidés, avait déjà utilisé, depuis 2010, le « filon » rom pour faire diversion. L’équipe actuelle reprend le flambeau – si je puis dire – avec encore plus d’ardeur. Il est vrai qu’on rentre à nouveau en période électorale, cela peut toujours servir… Depuis cette époque, nos 17.000 Roms (sur 65 millions d’habitants) errent donc de campements en campements, de bidonvilles en bidonvilles (400 seraient recensés, le plus souvent sur des lieux publics et sans eau…). L’ONG Amnesty International a recensé 10.000 roms évacués de leur campement depuis le début de cette année. Ces évacuations forcées, parfois sans ménagement, sont d’ailleurs totalement démagogiques car illusoires. Les Roms s’installent quelques kilomètres plus loin, et on recommence. Avec fort peu de solutions d’hébergement, ou avec très peu de nuitées proposées… mais entretemps, leur départ a plu au maire local et aux riverains. C’est toujours ça…

Ces méthodes envers des citoyens européens, membres de l’Union européenne depuis 2007, sont indignes d’un « grand » pays qui donne souvent des leçons de droit de l’Homme à la terre entière.

Contestable sur la forme, ces actions le sont encore plus sur le fond, car comme pour beaucoup de sujets, un pays ne saurait régler le problème à lui seul, à coup d’expulsions / évacuations. Cette question ne peut se régler qu’au niveau européen, en mobilisant ses structures démocratiques : Parlement européen, Commission européenne. Les ministres de l’Intérieur doivent vraiment régler humanitairement cela avec leurs collègues roumains et bulgares, et proposer des solutions pérennes à un Conseil européen spécial dont ce serait le seul ordre du jour. Afin de ne pas laisser se développer, en France, ce climat délétère de Romophobie qui débouche sur tant de fantasmes. Comment les Roms, 17.000 seulement je le rappelle, peuvent-ils susciter autant de haine, de rejet, face à leur mode de vie spécifique ? Et faire peur à ce point ? Je ne suis pas naïf ou béat : sur 17.000, il y a bien sûr des voleurs de poule ou de câbles en cuivre, des chapardeurs dans le métro, évidemment. Mais ce ne sont quand même pas les Roms qui peuplent toutes les prisons françaises (68.000 détenus). D’autant que, grâce aux efforts admirables d’associations, un tiers des enfants Roms parviennent désormais à être scolarisés. On imagine alors les conséquences d’une évacuation : il faut tout recommencer …

Sur le fond, l’attitude de la France fait fausse route, avec, en outre, des propos inqualifiables. Et la Commission européenne, qui a déjà rappelé à l’ordre la France (et elle est totalement dans son droit et son rôle par rapport au droit communautaire) n’a pas manqué de poser la question qui fâche, par la voix de son Commissaire en charge de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté, Madame Viviane Reding (qui s’était déjà coltiné Sarkozy en 2010, et qui va devoir à présent ferrailler avec Manuel Valls !… C’est le changement dans la continuité !) : elle s’est en effet étonnée que l’on n’utilise pas les 50 milliards d’euros de fonds disponibles ( somme quand même coquette !), à savoir le Fonds Social Européen (FSE), les fonds de la politique de cohésion et les fonds pour le développement rural. Voilà le scandale ! Le porte-parole de la Commission européenne, Olivier BAILLY, complète : « si l’argent reste en effet sous-utilisé, c’est parce qu’il manque les … projets nationaux ! » C’est bien la preuve que l’on ne veut pas les intégrer !

La France n’est bien sûr pas la seule en cause. Tous les pays sont concernés. Au nom de la libre-circulation absolue de tout citoyen européen, sur n’importe quelle partie du territoire de l’UE, ils doivent développer des structures d’accueil et des programmes d’intégration à ces ressortissants européens, y compris, bien sûr, la Roumanie et la Bulgarie.

Car au-delà de Valls, les propos qu’on entend de certains politiques – ou journalistes ! – sont révoltants : « renvoyons les chez eux ! » Que diraient ces gens si un jour un Etat membre disait de Français pauvres, SDF « renvoyons les chez eux » ! J’entends d’ici les cris d’orfraie !

D’aucuns diront encore qu’ils ne travaillent pas, n’ont pas de ressources, donc qu’ils ne peuvent rester sur le territoire…

La directive européenne 2004/38/ CE prévoit bien que tout citoyen a le droit de circuler librement pendant trois mois. Après ces trois mois, un juge – et un juge seul, pas la police, ni quiconque - peut apprécier la situation du citoyen européen (précarité, pas de salaire, non étudiant, etc) et l’expulser. Pour un Rom de Roumanie comme pour un Allemand de Bavière ou un Espagnol de Tolède…

Sur ce point aussi, j’entends des énormités depuis quelques jours, de la part de certains. Il ne faut pas transformer un problème économique et social (un citoyen sans ressources) en une stigmatisation d’une population européenne ciblée qui s’apparente à de la ségrégation ethnique.

Certains politiciens français ont également confondu l’assouplissement, au 1er janvier 2014, des restrictions d’embauche sur nombre de métiers qui avaient été prévues dans le Traité d’adhésion à l’UE (2007) de la Roumanie et de la Bulgarie, avec l’ouverture des frontières et l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Espace Schengen. Confusion peut-être volontaire d’ailleurs, peut-être pour faire peur… Alors qu’on sait bien que l’Espace Schengen est encore loin d’être ouvert à ces deux pays, pour des problèmes de mafia à mieux réguler, entre autres…

Qu’à cela ne tienne, Christian ESTROSI, maire de Nice, a aussitôt déclaré : « il est urgent de remettre en cause les Accords de Schengen ». Ben voyons !

Il reste que l’assouplissement sur les restrictions d’embauche ira, à son tour, dans le bon sens d’une intégration des Roms. Et oui, beaucoup pourront se mettre à chercher (et trouver !) du travail…

Il me reste, chacun l’aura bien compris, à dire mon indignation totale à l’égard des propos inqualifiables proférés par l’actuel Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, à l’égard des Roms : compte tenu de « leur mode de vie qui rend impossible leur intégration », ces populations sont « non assimilables en France » et « doivent retourner dans leur pays ».

Ces propos sont intolérables sur un plan moral comme juridique, contraires aux règles de droit européen sur la libre-circulation, et que la France, membre de l’Union européenne jusqu’à nouvel ordre, doit appliquer. J’ajoute qu’exploiter en ces temps pré-électoraux les « problèmes » des Roms, leur souffrance, est indigne.

Tout cela parce que les ¾ des Français sont – forcément ! – contre les Roms. 17.000 Roms qui empoisonneraient la vie de 65 millions de Français. Qui peut croire cela ? Ce qui ne veut pas dire, encore une fois, qu’il ne faut rien faire, et ne pas utiliser ces 50 milliards qui sont réservés au « problème ».

Mais aller dans le sens du poil des populistes et des extrémistes, auto-entretenir régulièrement (la France vote chaque année, jusqu’en 2017, ça promet !!!) un tel climat délétère d’exclusion, de rejet, de haine, est nauséabond, et très dangereux. Car on alimente et nourrit encore un peu plus nos extrêmes, auxquels on prédit de bons scores (on verra d’ailleurs…). Croire qu’on va récupérer certains électeurs en leur caressant le poil de leurs idées xénophobes est une chimère, soit dit en passant.

Ayons plutôt le courage de faire l’Europe, intégrée, fédérale, qui règlera également, collectivement ce « problème » entre tous les Européens de bonne volonté. Si chaque pays reste seul, isolé, avec ses peurs, immobile face au monde qui va prospérer, on sombrera dans l’obsession sécuritaire et dans des dérives fascisantes sur fond de nationalisme ethnique… Ce que le grand philosophe Jürgen HABERMAS nous prédit depuis quelques temps déjà, si l’Europe venait à se déliter. Il parle de société post-démocratique. Méditons ceci… La démocratie n’est jamais un bien irréversible. On a eu les années 30, la crise, et Hitler… En cette période précisément, on parlait déjà de la … « question juive », et nos démocraties n’ont pas réagi. On connaît la suite.

Entendre parler, depuis des mois, de « la question Rom » devrait nous alerter, il me semble…

Comme l’écrit brillamment Bernard Attali dans un excellent papier dans les Echos du 23 septembre, je cite : « l’obsession sécuritaire rend chaque jour plus sournoise ce qu’il faut bien appeler par son nom : la tentation fasciste. Albert CAMUS [ Ndlr : un grand fédéraliste ] nous a rappelé naguère qu’il suffit d’un rat, un seul, pour infecter la Cité entière ».