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L’éternel combat pour la Liberté

08 décembre 2013

Hasard de l’actualité, deux événements majeurs se télescopent, qui nous rappellent, si besoin était, à quel point la liberté est un bien essentiel, durement acquis, et donc à protéger.

Une icône, Nelson MANDELA, vient de mourir à Johannesburg ; une révolution est peut-être en marche à Kiev, en Ukraine. D’un côté, le combat acharné d’un homme pour la liberté et l’égalité face à l’intolérance barbare et raciste, de l’autre une lutte de dizaines de milliers d’Ukrainiens pour la liberté et la démocratie.

Entre ces deux événements, des milliers de kilomètres de distance, des cultures et un contexte différent, mais une même volonté.

Ce n’est pas la même histoire. Et pourtant l’enjeu reste le même.

1/ Nelson Mandela est né dans un pays, l’Afrique du Sud, où 3 millions d’individus ont mis sous silence 30 millions d’autres individus. Un pays dont l’histoire a été marquée par la violence : la guerre des Boers à la fin du XIXème siècle a « inauguré » la sinistre pratique des camps. L’Apartheid, mis en place en 1948, fut l’institutionnalisation d’un système de racisme, de déshumanisation, de violences et de cynisme. Ségrégation entre blancs, et les autres, humiliations.

En 1962, Nelson Mandela est condamné à la prison à vie. Il y restera 27 ans, dans des conditions très dures, sans jamais renoncer à sa vision, son combat, ses convictions. Libéré en 1990, grâce à la pression internationale croissante, il reçoit le prix Nobel de la Paix en 1993, puis fut élu président de la République de son pays. Le premier président noir d’Afrique du Sud. En 1996 s’ouvrent les travaux de la Commission Vérité et Réconciliation, présidée par l’archevêque Desmond Tutu, pour que le beau symbole de la réconciliation et du vivre ensemble entre personnes de couleur différente puisse enfin émerger.

C’est encore en Afrique du Sud qu’un certain Mahatma Gandhi, avocat indien, mais formé aux codes britanniques, va découvrir ce que le mot haine peut signifier. C’est là qu’il va forger sa conscience politique et sa politique de non-violence.

Nelson Mandela n’est plus, et nous devons saluer la mémoire d’un géant de l’histoire et de l’Humanisme.

Paradoxe, aujourd’hui, l’unisson est réel dans les hommages à Nelson Mandela. Et pourtant, dans notre pays des droits de l’Homme, le racisme, sournois ou ouvertement affiché, est là, partout. Une Ministre de la justice se fait traiter de gueunon : cela émeut un peu la classe politique, un peu les citoyens… Et puis cela passe. Depuis, le maire UMP d’une ville aurait aimé que « les pompiers arrivent un peu moins vite dans un incendie de camps de Roms ». Ce triste individu, exclu de son parti, s’est fait piéger par l’enregistrement de ses propos. Effroyable banalité des petites phrases : on crie au politiquement incorrect ; on s’insurge contre le dérapage verbal… et on passe à autre chose.

Et le racisme perdure, tous les jours, tout le temps, dans des actes « ordinaires » de la vie courante : réflexions racistes à l’école, au collège, au lycée, dans un bus, dans une file d’attente ; discriminations à l’embauche, refoulement à l’entrée de certaines boîtes de nuit. Tout cela fait au mieux un fait divers, deux lignes dans un journal, et puis on passe à autre chose. Et rien ne change, malgré tout un arsenal de codes, de textes pénaux qui sont censés réprimander et condamner tous ces actes ou propos inacceptables, surtout dans un pays qui se targue tous les jours d’être une des Patries des Droits de l’Homme.

Même dans cette Europe que nous avons construite depuis la fin de la barbarie nazie, il demeure du racisme. Même si nous avons réussi, non sans mal, à éradiquer la haine entre Allemands et Français depuis, après trois guerres effroyables, et à nous réconcilier dans une Europe libre et pacifiée.

Le racisme perdure encore dans la plus grande démocratie du monde, aux Etats-Unis (malgré les lois de 1963), en Inde, en Russie, partout. On peut avoir les meilleurs textes protecteurs, le racisme est ici ou là dans les gênes de l’homme. C’est un état d’esprit, une posture parfois, un réflexe ailleurs. Une lâcheté des « autres » aussi qui ne réagissent pas toujours face à des cas, des situations avérées de racisme, acté ou rampant. Combien de fois on préfère ne pas réagir, ne pas répliquer, ne pas dénoncer.

Le message de Nelson Mandela, celui d’une incommensurable nécessité d’une Humanité unie, libre, égale et fraternelle, n’a visiblement pas été entendu par tous… Pas plus que le message de Gandhi, d’ailleurs.

Nous devons tous porter le deuil d’un homme, Mandela, qui restera une conscience de l’Humanité. Avant de retourner à nos « petits » problèmes quotidiens et parfois à nos lâchetés, saluons le courage et la force de ce géant. Il y en a (ou eut) si peu sur cette planète. Dire non, résister, combattre, souffrir, jusqu’à la mort parfois pour une cause énormément juste, pour le service des autres. Qui d’autre est à respecter ? Sans doute Gorbatchev (déjà oublié !). Jean Moulin aussi, et d’autres grands résistants moins médiatisés.

Quand je « balaye » les hommes politiques contemporains, je n’en vois aucun de cette même « dimension », pour un tel combat planétaire.

Le courage, la volonté, la force d’esprit, la force physique, l’humanisme durant tant d’années, cela touche très peu d’hommes. C’est pour cela qu’on leur met un « H » majuscule, et qu’ils rentrent dans l’Histoire. Eux.

2/ Autre lutte pour la liberté qui force le respect, celui des Ukrainiens qui combattent pour la liberté, la démocratie et l’adhésion à l’Union européenne. Et ce depuis quelques semaines.

Des dizaines de milliers de manifestants sur la place de l’Indépendance de Kiev. Au total ,des centaines de milliers d’Ukrainiens regardent vers l’Ouest, vers l’Union européenne. Et oui, chers Européens, incroyable ! Alors que, à l’intérieur de l’UE, on oublie tout le bonheur de la liberté et de la démocratie, on oublie notre extraordinaire liberté de mouvement, de conscience, y compris pour critiquer l’Europe ; ailleurs, on aspire à partager tous nos petits bonheurs, à être libre comme nous, à atteindre nos niveaux de vie. Et nous nous étonnons !

Les Ukrainiens ont un voisin puissant, la Russie de Poutine. Qui ne veut pas qu’un pays lui échappe. L’Ukraine a réussi à devenir indépendante en 1991. Mais elle ne l’est pas réellement. En 2004 la Révolution orange avait déjà été une première tentative d’indépendance, d’européanisation. Stoppée net par l’encombrant voisin. Avec des rumeurs de tentative d’empoisonnement contre le Premier ministre de l’époque.

La Russie se rêve encore en grande puissance impériale, en « URSS », le stalinisme et les camps en moins (enfin presque).

La vraie question est de savoir comment faire sortir l’Ukraine de l’orbite russe ? La Russie tient l’Ukraine par le gaz et par les accords économiques et commerciaux. Et par tout le reste. La balance commerciale de l’Ukraine avec la Russie est ainsi déficitaire. Un flux d’exportation existe en direction de l’UE, mais avec des droits de douanes importants. Le niveau de corruption dans le monde des affaires est effrayant : l’Ukraine se classe 144ème sur 196 pays.

Que propose l’UE aux Ukrainiens ? Un traité de libre-échange, qui permettrait de raccrocher, un peu, économiquement l’Ukraine à l’Ouest et la désengagerait, un peu, de l’Est. Mais cela ne règlera pas le problème de la dépendance énergétique. L’UE propose aussi une accélération du partenariat oriental, avec la facilitation de la mobilité des citoyens, un effort conséquent d’investissements dans les infrastructures ukrainiennes (600 millions d’euros), un soutien politique et financier à la restructuration démocratique du pays. L’UE propose aussi sa « zone d’influence », garante d’un peu de sécurité.

L’Union européenne négocie, propose, accepte des compromis. Et tergiverse. Et Poutine tape sur la table, menace, et engage les premières représailles. Deux poids, deux mesures. L’Etat de droit et la démocratie contre l’autocratie. Il faut dire que les Européens ne sont pas très chauds pour en faire trop avec un pays qui, à l’instar du grand « frère » russe, reste dictatorial, violent et corrompu jusqu’à l’os.

L’UE, on ne le rappellera jamais assez, car certains en doutent, ce sont, avant tout, des valeurs de liberté, de démocratie et d’échanges multiples qui tendent à rapprocher les peuples. Donc l’UE ne veut franchement pas, en l’état, une adhésion de l’Ukraine à l’UE (comme pour d’autres pays, style la Turquie). Mais avec l’Ukraine, la porte est encore plus verrouillée. Car l’Ukraine, malgré ces manifestations très importantes et qui durent, est divisée en deux parties à peu près égales : une partie orientale, orthodoxe, qui regarde vers la Russie ; et une autre partie pro-occidentale qui regarde vers l’Ouest et donc l’UE. Il y a une double attraction, contradictoire.

Le problème est que l’actuel président de la République, Ianoukovitch, avait bel et bien promis, avant l’élection, le rapprochement de son pays à l’UE… Encore un qui ne tient pas ses promesses (Ndlr : comme tous, d’ailleurs !).

Il faut dire aussi que le dictateur Poutine met le paquet en pression et menaces. Car l’UE fait peur à Poutine, le gêne dans sa mégalomanie de grande Russie. Si l’Ukraine basculait à l’Ouest, il pourrait y avoir appel d’air et effet de contagion pour la Russie elle-même.

Poutine, en réaction, propose juste à l’Ukraine une union douanière, comme il l’a fait avec le Kazakhstan ou la Biélorussie. Mais ce qu’il cherche surtout, c’est une main mise politique, et un rejet de l’UE. Il serait un peu plus ouvert à un accord de libre-échange avec l’UE. Dans ce cas, on arriverait à un compromis : un peu d’ouest et un peu (plus) d’est…

Malgré l’ampleur de ces manifestations, cette opposition ukrainienne manque de leader véritable. Même un célèbre boxeur, champion très connu et charismatique, ne fait pas le poids (si je puis dire..).

Cette révolution en marche (ou pas),où nul ne peut deviner comment cela va tourner, surtout avec un voisin qui peut être très brutal, m’inspire deux réflexions.

- Elle révèle tout d’abord la faiblesse de l’UE, de par la faute de ses piètres dirigeants. Là encore, ils n’ont pas de vision à long terme : quelle stratégie de l’UE pour les nouveaux entrants ? Qui ? Combien ? Quand ? Pourquoi ? Sachant que l’UE n’a pas d’énergie, et bientôt pas assez de démographie…

- Ma deuxième réflexion est que l’UE est très critiquée de l’intérieur, mais attire de plus en plus de pays, et même de très grands pays. L’UE fait rêver, justement pour sa démocratie, sa stabilité, sa liberté et même sa prospérité. Ce n’est pas comme le « rêve américain » des années 20 puis 50. Mais quand même l’Europe attire. C’est réconfortant. Car j’ai l’impression qu’ici beaucoup l’oublent….

Les Ukrainiens attendent beaucoup de nous. Certainement plus que nous ne pouvons leur offrir. Car nous sommes « un géant économique mais un nain politique ». Que pesons-nous, 28 Etats morcelés contre la Russie ? Alors que nous pèserions tellement plus si nous étions, plus intégrés et forts, en Etat fédéral, pour peser sur la Russie, et d’autres géants.

Si la révolution ukrainienne réussit, ce sera certainement sans nous.

Si la révolution ukrainienne échoue, ce sera à cause de notre propre faiblesse.

Les Ukrainiens regardent vers l’Europe. Leurs espoirs sont immenses à l’égard de l’Europe. Ils croient en nous. Et nous, où regardons-nous ?