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le grand défouloir des Européennes 2014

31 mai 2014

Les élections législatives européennes de 2014 feront date, et laisseront des traces dans quelques pays, à cause de la poussée très nette des partis d’extrême droite et europhobes, au Danemark, en Autriche, au Royaume-Uni, en Grèce, et bien sûr en France, où le FN est arrivé en tête, avec 25% des voix. Ces poussées sont certes spectaculaires et témoignent d’un vote de plus en plus protestataire et de colère à l’égard des partis de gouvernements défaillants, comme ceux de France depuis plusieurs années déjà.

Mais ces votes, ainsi que leur analyse médiatique et politique, sont encore une fois d’inspiration strictement nationale, ce qui est un comble pour des élections européennes. Une fois de plus, et je le dénonce depuis des années, la courte campagne des partis classiques aura été nationalisée et très peu pédagogique sur les enjeux européens, qui sont pourtant majeurs. En effet, la transition énergétique, les problèmes de migration, l’environnement, et bien sûr la relance économique, ne peuvent plus se traiter à l’échelle d’un pays de 60 ou 80 millions d’habitants. Ces élections européennes ont confisqué à nouveau ces débats, ces enjeux majeurs et planétaires, pour les ramener à de basses querelles franco-françaises. On n’en sort pas. Et les Français ont été encore privés de réflexions géostratégiques sur la mutation irréversible du monde, et ses conséquences sur nos économies, et notre niveau de vie, et peut-être à terme nos valeurs de liberté, d’humanisme et de solidarité. Ceci est d’autant plus problématique que, sitôt l’élection européenne passée, on ne parlera plus du tout d’Europe pendant 5 ans, sauf bien sûr chaque fois que les uns et les autres, politiques ou médiatiques, se saisiront de prétextes pour la railler, la stigmatiser, la dénoncer. Et comme toujours, il n’y a jamais de droit de réponse même quand des énormités ou contre-vérités évidentes sont proférées. Il ne faut pas s’étonner alors du désintérêt et de la désaffection croissante des citoyens à l’égard du projet européen. Nous autres, militants européens de longue date, ne cessons de dénoncer cela, mais la génération actuelle de politiciens de courte vue reste totalement autiste et imperméable à ce constat accablant. Résultat : les Français, et quelques autres, sont désormais persuadés que le chômage, c’est la faute de l’Europe ; la baisse du pouvoir d’achat, c’est la faute de l’Europe ; la fiscalité qui augmente, c’est la faute de l’Europe. Et bien non, tout cela est de compétence strictement nationale, jalousement conservée d‘ailleurs par les Etats nations. Il ne faut donc pas s’étonner après que, face à ce déni permanent, l’abstention progresse ainsi que les partis ou mouvements eurosceptiques, et même de moins en moins eurosceptiques et de plus en plus europhobes. Je mets d’ailleurs, à cet égard, solennellement en garde les partis encore démocratiques, qui restent béats, se contentant de commenter les poussées extrémistes, tout en avouant n’avoir strictement aucune solution pour les endiguer. Nous sommes en train d’enclencher un cercle vicieux, attention danger … !

Certes ces élections favorables à l’extrême droite europhobe sont plus dangereuses au plan national, pour leur pays respectifs, que pour le fonctionnement démocratique de l’Europe. Le Parlement européen aura, certes, plus de 130 europhobes, qui vont vociférer dans l’hémicycle, enfin pour ceux qui seront présents et assidus… Mais ces 130 députés, sur 751 députés, ne pourront rien détricoter, ni démanteler. Ils pourront juste freiner les procédures, par des amendements. Et faire de la com’, en multipliant les déclarations intempestives et arrogantes. Encore faut-il qu’ils s’entendent pour former un groupe parlementaire, qui leur procurerait du coup un budget de 2,5 millions d’euros. Mais ils sont très divisés, au nom, justement, de leur nationalisme aveugle et étriqué, qui les fait se détester entre eux… Là, on ne s’en plaindra pas !…  Le FN n’ose quand même pas s’allier à Aube Dorée, ce parti néo-nazi grec. Tandis que le parti europhobe UKIP du Royaume-Uni ne veut pas, lui, s’allier au FN français, qu’il juge raciste et xénophobe. Bref, tout ce beau monde aura du mal à travailler ensemble. Tant mieux pour le Parlement, qui continuera à voter ses directives de progrès, avec plus de 600 députés pro-européens, de droite, du centre et de gauche.

D’ailleurs, j’y vois même une opportunité : le Parti Populaire Européen, les Sociaux-démocrates, les Centristes et les Verts seront enclins à se rapprocher davantage, à créer des majorités de consensus, précisément pour contrer les extrêmes et voter les lois.

Autre bonne nouvelle, ces partis extrêmes ne progressent pas partout. Aux Pays-Bas, ils reculent, passant de 5 à 3 eurodéputés, ainsi qu’en Belgique, ou en Finlande.

Non, c’est bien dans les Etats fragiles, et notamment en France, qui bat tous les records, que l’extrême-droite prospère. Nos eurodéputés FN, forts de leur 25%, passent de 3 à … 25 sièges. Nous verrons bien s’ils occupent à nouveau des emplois fictifs, comme les 3 de la cuvée de 2009.

Le problème sera donc plus un problème d’image de la France, auprès de grands pays européens où il n’y a pas de vote d’extrême-droite, comme c’est le cas, par exemple, en Allemagne, en Italie, en Espagne, et au Portugal.

La France était déjà fragilisée sur la scène européenne, depuis le rejet du Traité constitutionnel en 2005, mais aussi par ses difficultés chroniques à se réformer sur le plan économique, et à sortir d’une situation qui reste durablement difficile, à la différence des autres Etats. La montée du FN incitera aussi les autres partis à droitiser leur discours et peut être même leur actions. Alors qu’il faudrait, au contraire, plus d’Europe fédérale afin de donner, enfin, un Etat à l’euro, afin de mutualiser nos dettes et nos ressources, et de pouvoir financer, grâce à un budget fédéral conséquent et aux ressources propres, des politiques massives de relance, créatrices de croissance et d’emploi. L’Europe est au milieu du gué, enlisée, soit on réussit enfin le saut fédéral, soit on recule et c’est la fin du rêve européen, car les Etats isolés ne pèseront plus rien face aux géants du monde.

Le vote FN en France reflète l’incapacité du pays à se réformer, à s’adapter aux mutations du monde et à ce XXI ième siècle en plein essor, partout. On préfère s’isoler, s’enfermer. Finalement, force est de constater, de plus en plus, que les deux pays qui posent problème à l’Europe, pour des raisons différentes, sont le Royaume-Uni et … la France. Mais les institutions de l’Union européenne continueront de fonctionner, Parlement compris. Avec ou sans eux ! Ils vont retarder l’intégration politique de l’Europe, alors que c’est la seule alternative pour s’en sortir. Dans un monde en pleine croissance, et qui devient multipolaire, l’enjeu est bien que l’Europe soit un de ces pôles. Et pour l’instant on n’en prend pas le chemin, alors même qu’il y va de notre survie économique, politique et même démocratique.