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La Grèce, la baisse de l’euro, la France sous surveillance, etc…

11 avril 2015

Une fois n’est pas coutume, l’actualité économique du trimestre prendra la forme de plusieurs séquences, tant les sujets sont riches et divers. Avec, évidemment, quelques sujets incontournables : Quid de la baisse de l’euro : bienfaits à venir, ou fausses illusions ? Où en sommes-nous sur la Grèce ? La France sous surveillance ? Comment se porte la zone euro ? Avec un petit focus sur l’Espagne, et sa reprise économique en demi teintes. Sans oublier, le traité transatlantique, pour lequel il faut éclaircir quelques a-priori et comparer les réactions de part et d’autre de l’Atlantique. Bref, l’Europe bouge, l’économie aussi. Enfin j’aborderai brièvement cette nouvelle banque asiatique d’investissement pour les infrastructures

· La parité euro / dollar

Ah ! La parité euro / dollar ! Encore un serpent de mer, depuis la naissance de l’euro, il y a plus de 15 ans. En France, on adore les débats de fond, les débats où il y a toujours du pour et du contre ! Beaucoup en rêvaient, de cette fameuse parité. Elle est presque là. La monnaie unique, en effet, baisse continuellement depuis plusieurs mois. En quelques semaines, elle a perdu 4,5% de sa valeur par rapport au dollar. Elle se rapproche de la parité 1 euro = 1 dollar, lentement, mais sûrement.

Certains s’en réjouiront, et jurent leurs grands dieux, qu’enfin, les entreprises françaises vont pouvoir exporter, grâce à un euro plus faible. Que de politiciens de droite ou de gauche, nous ont bassinés avec ce couplet ! Couplet car en grande partie erroné. Mais les politiciens et aussi quelques économistes n’ont pas leur pareil pour la méthode Coué, et pour nous faire croire qu’un seul élément pourrait tout changer ! A les entendre, en effet, un euro faible, relancerait les exportations, donc la croissance, ce qui ferait baisser le chômage, etc, etc Diable ! Mais pourquoi donc n’y a-t-on pas pensé plus tôt !?.. Sauf qu’on se paie de mots et de concept. L’économie, c’est un peu plus complexe à piloter, que par le seul effet d’un taux de change. C’est, pratiquement toujours, une multitude de facteurs ou de mesures, qui sont nécessaires. Et pas une seule, ce serait trop beau ! De plus, en économie, il y a toujours des effets secondaires, voire pervers.. Bref, un revers de médaille…

Certes, le prix, pour faciliter l’exportation, est un élément important. Mais plus important encore, c’est la qualité du produit exporté qui compte le plus ; la capacité des entreprises à chercher les marchés à l’étranger ; et aussi la volonté des clients d’acheter français, dans un monde de plus en plus concurrencé, et concurrentiel !

En outre, les produits fabriqués en France, le sont aussi avec des matières premières importées. Rares sont les produits qui sont 100% made in France, ou made in Allemagne etc. Et ces matières premières, achetées en dollar, augmentent le prix du produit. Ainsi, les composants importés compenseront le gain à l’export. Dans tout produit exporté, il y a au moins 20% de produits importés. Même dans l’alimentaire. Car, par exemple, l’engrais ou l’emballage peuvent venir d’ailleurs !

Sans oublier le fait que l’Europe a un déficit énergétique, te que nous achetons notre pétrole et notre gaz en dollar. Dès que le pétrole cessera de baisser, la relative faiblesse de l’euro se fera sentir dans nos porte-monnaies. Vous avez même, j’en suis sûr, remarqué que le litre de SP ou de diesel ne baisse déjà plus car l’euro baisse désormais plus vite que lui, donc le prix du litre ne va pas tarder à ré-augmenter.

En outre, une baisse prolongée de l’euro diminuera la valeur de notre épargne, générant donc une baisse de notre niveau de vie et de notre pouvoir d’achat. Et je ne parle même pas des 25% de Français qui voyagent régulièrement à l’étranger (= hors zone euro) pour leur travail ou pour leurs vacances.

Plus la devise est faible, plus les prix à l’étranger sont chers ! En sens inverse, on enregistrera, dès cette année, un afflux de touristes américains (du Nord comme du Sud) qui viendront profiter de l’aubaine, pour eux, d’un euro faible.

Pour résumer, le verre est toujours à moitié plein, donc aussi à moitié vide !

Certes l’euro dopera, dans un premier temps (6 mois) les exportations de certaines entreprises. Mais l’effet ne peut s’éterniser, car « en face », on s’adaptera, répliquera par un effort sur les marges, ou par une qualité identique voire meilleure.

Et je n’ose pas imaginer lorsque les cours de pétrole et du gaz vont se remettre à augmenter, ce qui arrivera dès que la croissance augmentera, tant les besoins de consommation énergétiques en Asie sont énormes. Il faudra payer plus, avec un euro faible !…

Vous verrez que tous les grands esprits qui réclamaient un euro faible pour résoudre tous nos problèmes seront les premiers à hurler que l’euro est trop faible. Comme ce fut le cas entre 199 et 2001.

Sans parler du remboursement de notre dette abyssale, qui continue allègrement de croître, ayant déjà dépassé 2.000 milliards. Il faudra donc désormais la rembourser avec plus d’euros.

Enfin le problème, lorsqu’une monnaie dévisse, c’est qu’on ne sait jamais quand, et à quel niveau, cela s’arrête. Même si le président de la Banque Centrale Européenne s‘appelle Mario Draghi.

· La Grèce

Le feuilleton grec n’en finit pas, depuis l’élection d’Alexis Tsipras à la tête du gouvernement, le 25 janvier dernier. Les grecs sont très habiles et font jouer, en permanence, le chaud et le froid.

Une conférence a déjà eu lieu à la Maison de l‘Europe, où a pu être analysée la situation de la Grèce vis-à-vis de l’Europe, en compagnie de mon ami Jacques Fayette. Je ferai juste, aujourd’hui, un bref rappel des dernières avancées (si l’on peut dire).

1er élément, l’état des relations entre la Grèce et l’Allemagne. Depuis le début de la crise, les relations entre les Grecs et les Allemands sont tendues ; c’est le moins que l’on puisse dire. On se souvient des remarques acerbes sur les « pays du Club med », pays cigales, dépensiers : les Allemands ont, il est vrai, des difficultés avec la culture sudiste. Ils étaient sceptiques, déjà en 1981, pour l’entrée dans l’UE, et bien davantage encore pour son adhésion à l’euro ! C’et la France de Chirac qui a poussé pour que la Grèce rentre ! Côté grec, les caricatures qui assimilent Angela Merkel à un chef nazi, et qui rouvrent les plaies non cicatrisées de la seconde guerre mondiale, sont proprement inacceptables et inqualifiables.

Certes, les Grecs ont dépensé plus qu’il ne faut ; ont mal géré leur pays ; ont trop dépensé, par exemple, pour l’organisation des jeux olympiques à Athènes. Ils ont aussi fait des achats militaires d’armes ou de sous-marins disproportionnés par rapport à leur PIB. Ils paient aujourd’hui le prix fort de la gabegie accumulée pendant des décennies, des impôts qui ne rentrent pas ou mal, des armateurs et de l’Eglise orthodoxe longtemps non-imposables. Grand pays, grande civilisation, grande culture, mais Etat déstructuré et corrompu.

Certes, ils ont, comme de nombreux autres peuples européens, été victimes de la barbarie nazie : 600.000 victimes ; des exactions ; des arrestations et assassinats en masse ; des villages martyrs. Et puis, surtout, ce qui fait l’objet de tous les chantages, il y a la question de l’emprunt forcé de l’occupant nazi en 1942, dont les Grecs redemandent, aujourd’hui, le remboursement.

L’histoire joue souvent des mauvais tours. Cet emprunt, qui représente, au cours d’aujourd’hui environ 6 milliards, avait été sinon oublié, du moins mis, comme la poussière, sous le tapis : parce que les autres puissances vainqueurs (américaine et britannique en premier lieu) ne voulaient pas que l’Allemagne soit asphyxiée, comme elle l’avait été en 1918 avec le stupide Traité de Versailles. Tsipras et son gouvernement ont bien tort de raviver ces plaies de l’Histoire, et d’oublier que la Grèce, en contrepartie avait bénéficié du plan Marshall et d’une aide financière au moment de la guerre civile qu’elle connut en de 1945-48.

Mais pour bien comprendre les choses, et les ressentiments profonds, revenons, justement, à l’Histoire.

Au moment de son indépendance, en 1829, les puissances européennes (Royaume-Uni, France, Autriche-Hongrie, Russie et principautés allemandes) se sont mises d’accord pour offrir au tout nouveau royaume de Grèce, un prince bavarois, c’est-à-dire allemand. Et ce prince a amené dans son nouveau pays, sa cour, ses conseillers et ses ministres, mais aussi ses mercenaires et ses officiers. Au point que l’on a parlé d’une bavarocratie s’installant à Athènes. Et pendant 2 décennies, jusque dans les années 1850, les Grecs, bien qu’indépendants, ont été gouvernés par un roi et des ministres, ne parlant pas le grec, mais parlant allemand. Ah la douloureuse mémoire des Etats.

Pour autant, la Grèce ne semble pas se souvenir qu’elle a été occupée, auparavant, pendant pratiquement 4 siècles, par l’empire ottoman ; qu’au XIXème siècle, le Royaume-Uni a vandalisé le Parthénon, et volé nombre de ses richesses patrimoniales, comme toutes les puissances de l’époque, et partout dans le monde, d’ailleurs.

Mais il est vrai, qu’aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui donne le LA à l’Europe… C’est l’Allemagne qui est alors contestée, jalousé, voire honnie. Nous devons aider, bien évidemment, les Grecs et les garder au sein de la famille européenne et de l’euro. Mais ce n’est pas parce qu’ils souffrent que leurs dirigeants actuels peuvent laisser dire et faire n’importe quoi ; et mordre la main qui les aident.

Depuis quelques jours, cependant, il semblerait que chacun ait mis un peu d’eau dans son vin. Angela Merkel clame que la Grèce doit rester dans l’euro. Alexis Tsipras concède qu’il y a pu avoir quelques dérapages. Bref, on ne s’aime pas encore d’amour fou, mais on ne s’invective plus. C’est essentiel, pour régler le sort de la Grèce. Le risque de Grexit semble momentanément avacué.

Néanmoins, rien n’est encore réglé pour la Grèce. La preuve, l’agence de notation Fitch vient encore de baisser sa note à « CCC ». La raison essentielle en est l’incertitude totale dans laquelle se trouvent les marchés financiers quant à la volonté du gouvernement grec de rembourser sa dette. Avec une telle note, plus aucun créancier privé ne viendra prêter à la Grèce. Seuls les créanciers publics (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI, soit la fameuse Troïka, qui ne s’appelle plus ainsi, à la demande des Grecs) peuvent encore soutenir le pays, et prendre un risque aisé. La Grèce est au bord du gouffre. Son seul salut viendra de la reprise de l’aide européenne ; laquelle est conditionnée par l’annonce, puis la réalisation de véritables réformes. Parmi la liste des réformes envisagées, on salue la mise en place de la lutte contre la fraude fiscale et contre la corruption, par exemple, lutte contre le trafic de carburant ou de cigarettes pourrait rapporter 250 millions d’euros. Les fraudeurs repentis bénéficieront d’une « remise de peine » s’ils consentent à payer une partie de leur dette envers l’Etat. De même la chasse à la TVA va être lancée, de façon à inciter les entreprises à déclarer la TVA et à la payer, qui, dans certaines zones touristiques, s’évaporent au soleil, bien loin des caisses de l’Etat. On verra sur le long terme si cette lutte est efficace. Mais l’intention est déjà là. Idem pour la mise en place d’un programme de lutte contre le travail clandestin, un sport hautement pratiqué. Enfin, pourrait être envisagé une réforme de retraites, avec un allongement de la cotisation, et donc de l’âge du départ à la retraite, plutôt qu’une baisse des versements aux retraités, encore que le parti Syriza vient de déclarer que ce gouvernement avait été élu, en grande partie, sur les promesses de ne pas toucher aux retraites et d’augmenter les salaires ! …

Pour l’eurogroupe présidé par Jeroen Dijsselbloem, comme pour la Commission européenne, il ne s’agit pas d’avoir un inventaire de réformes à la Prévert, mais plutôt d’enclencher une prise de conscience et de commencer à penser les finances publiques, et donc le budge, de façon réaliste : chaque dépense doit être justifiée ; on ne dépense que ce que l’on a ; on ne table pas sur une croissance inatteignable ou sur des rentrées de recettes utopiques. Bref, on rentre dans l‘âge de la réalité économique.

La Grèce est un peu coincée, car les échéances de remboursement de prêts se rapprochent à grand pas, et pays membres de la zone euro sont totalement sur la même longueur d’onde quant à l’attitude et la prudence à adopter vis-à-vis de la Grèce. Il faut savoir que la Grèce demande un déblocage anticipé d’une partie des 7 milliards d’euros encore disponibles, dans le cadre de l’accord de prêt prolongé le 20 février dernier. Le 9 avril, les Grecs doivent rembourser plus de 450 millions d’euros au FMI. Le 14 avril, ils doivent rembourser pour 1,4 milliards d’euros de bons du trésor, puis encore 1 milliard le 17 avril. Autant dire que la situation est tendue, et que la Grèce n’est toujours pas sortie d’affaires. Elle ne propose, en contrepartie, qu’un plan de 3 milliards d‘euros de recettes nouvelles pour 2015, et des prévisions optimistes : une croissance de 1,4% et un excédent primaire fixé à 1,5% du PIB.

· La France sous surveillance

Depuis 2010, à cette même période de l’année, les évaluations des politiques économiques de chacun des Etats membres reviennent sur le devant de la scène. Ce que l’on entend, en langage européen, par le « semestre européen », décidé par les Chefs d’Etat et de gouvernement, et adopté en Conseil européen !

Ce semestre européen dure d’octobre à mars. Les Etats membres commencent par présenter leurs plans budgétaires en octobre. Qui suscitent des avis de la Commission européenne, en novembre ; en janvier-février, les Etats font à leur tour des propositions de réformes ou réajustement pour réduire leur déficit budgétaire et/ ou baisser leurs dettes ; ils peuvent aussi expliquer pourquoi ils ne peuvent pas tout faire. Et surtout, ils peuvent demander un délai supplémentaire pour atteindre leurs objectifs. La France excelle dans cette phase. Enfin, en mars-avril, un accord général est prévu. Voici la chronologie et le schéma général.

Pour être concret, regardons du côté de la France.

Le déficit de la France est, finalement, ramené à 4% de son PIB en 2014 (il était prévu à 4,4%). Cette amélioration inespérée est tout simplement due à des taux d’intérêts de ses emprunts historiquement bas. Sa dette abyssale est de 2.000 milliards d’euros, ce qui équivaut à pratiquement 100% de son PIB ; c’est comme si, l’ensemble de la richesse produite en France devait servir à rembourser la dette ! Insupportable et inadmissible pour toute économie. Rappelons au passage que les seuils à atteindre, définis par le très célèbre pacte de stabilité et de croissance, ont été signés par la France en son temps, sous cohabitation Chirac-Jospin, et voilà qu’aujourd’hui nous serions prêts à nier notre signature !

Bonne négociatrice, la France a encore obtenu un nouveau délai de 2 ans pour réduire son déficit, ce qui donne désormais comme date d’échéance… 2017. Date, qui est loin d’être neutre, puisqu’elle sera aussi l’année de l’élection présidentielle. La Commission européenne est vraiment sympa avec la France, ce qui fait quelques jaloux, parmi d’autres Etats membres !

En parallèle, la France voudrait retirer du calcul de sa dette : tout d’abord les dépenses faites par les interventions militaires extérieures, arguant, que l’armée française en Afrique, ne défend pas que les intérêts français, mais ceux de tous les Européens, assurant la sécurité européenne. En l’absence d’une armée européenne, cela pourrait se comprendre. Dans le même ordre d’idées, la France voudrait voir retirer de l’ardoise, les 8 milliards d’euros qu’elle va injecter dans le plan Juncker, en co-financement.

Et puis, il y a ses propositions : la loi Macron de modernisation économique est une des réponses de la France. C’est un chantier colossal qui a été ouvert, espérons qu’il ira jusqu’au bout : professions réglementées qui seraient ouvertes à la concurrence ; réforme territoriale, censée réduire le mille-feuille administratif, et avec lui le coût de ce mille-feuille. Emmanuel Macron prévoit, en outre, pour l’automne, de nouvelles mesures pour l’investissement dans les PME, et le développement de l’industrie numérique. Il faut savoir que les investissements des entreprises françaises sont encore en-dessous du montant des investissements de 2007.

Cette réformite ne touche pas que la France : elle touche tous les pays endettés. La Grèce doit les faire aussi : elle propose une réforme de son administration fiscale ; un rééchelonnement des dettes fiscales pour les citoyens et entreprises, censée inciter les fraudeurs à rentrer dans le rang ; une taxation des jeux en ligne ; voir la mise en place de « patrouilles de citoyens » pour démasquer les mauvais commerçants qui oublierait d’encaisser la tva dans les zones touristiques.

Et puis, surtout, il y a le modèle italien de Matteo Renzi qui réforme le marché du travail, proposant même un salaire minimum, une libération de certains secteurs comme celui de la poste et, lui aussi, une réforme territoriale (ce ne sera que la 4ème proposée dans ce pays, et non suivie d’effets).

Les Etats, finalement, s’auto-surveillent les uns les autres. Quoi de plus normal, lorsque l’on veut s’unir, partager une même monnaie, et affronter la concurrence internationale d’Asie. Nos économies européennes deviennent de plus en plus interdépendantes. Si un gros pays plongeait, il entrainerait les autres. Il faut donc vraiment que chaque pays soit responsable, vis-à-vis de sa population, mais aussi de tous les Etats membres qui partagent un destin commun autour de l’euro.

· La zone euro

L’économie de la zone euro est toujours en convalescence, même s’il y a des mieux dans quelques pays, mais pas en France. Le taux de chômage, en février, s’élevait à 11,3% dans la zone euro, soit 1% de moins qu’en 2013. De ce fait, on compte 50.000 chômeurs de moins au mois de février, mais il y a encore 5,8 millions de demandeurs d’emplois de plus qu’en février 2008.

Je voudrais saluer tout particulièrement les efforts et les résultats de l’Espagne. L’Espagne a beaucoup pâti de la crise financière, et de la bulle immobilière qui a, complètement, déstructuré son marché de construction, et pire, déstructuré certains plans d’aménagement du territoire, en laissant des immeubles, à moitié finis ou à moitié habités au milieu de nulle part. Le taux de chômage qui a suivi, a été un des plus élevés d’Europe. Rien d’étonnant qu’un mouvement politique comme les Indignés, et aujourd’hui Podemos, puisse émerger sur ce désarroi social.

Et pourtant, l’Espagne a su faire les réformes nécessaires, a remboursé les prêts consentis, a respecté sa parole face aux créanciers. Et aujourd’hui, son économie repart. La croissance du PIB espagnol a atteint 1,4% en 2014 (rappelons que nous frôlons les 0,3% en France), et que les prévisions pour 2015 envisagent une croissance de 2,4%. Les investissements étrangers se sont multipliés dans ce pays, signe de la confiance à son égard, et ses exportations ont très fortement augmenté. Je suis admiratif, tout particulièrement, pour ces résultats enregistrés en faveur de l’emploi : le nombre de chômeurs a baissé de 800.000 personnes depuis le début 2013. Et ce pays a même créé 100.000 emplois nets en 2014. Même si son taux de chômage reste encore élevé.

A tel point que l’on parle, à nouveau, de « miracle espagnol ».

D’un point de vue de la croissance, du recul du chômage, ce miracle est bien réel. Mais il occulte des points de faiblesse. L’exportation a été facilitée par une réduction des coûts. Le marché du travail a été réformé, mais le nombre d’emplois créés restent relativement faibles. Beaucoup dans le secteur du tourisme, donc emplois saisonniers, peu dans l’industrie ou la recherche. Les salaires sont encore bloqués etc.

En conclusion, l’Espagne frémit, renoue avec de la croissance doucement, mais sûrement. Elle revient de très loin, mais elle récolte les fruits de réformes courageuses. La France pourrait en prendre de la graine, il n’y a pas de fatalité. D’autres pays, comme l’Irlande ou le Portugal, ont également fait des réformes qui portent leurs fruits. Le chômage a baissé de 200.000 personnes au Portugal et de 100.000 personnes en Irlande, et, même en Grèce, le nombre de chômeurs a été réduit de 130.000 depuis décembre 2014. A comparer avec la France et l’Italie, où au mieux, on assiste à une stabilité du chômage.

· Le traité transatlantique

Un des sujets majeurs qui concerne toute l’économie de l’Union européenne, et donc sa croissance et l’emploi est bien sûr le projet de Traité de libre-échange transatlantique entre l’UE et les Etats-Unis.

Au préalable rappelons un élément essentiel : l’ouverture de ces négociations ont été rendues nécessaires par l’échec des négociations, dans le cadre de l’OMC, parce qu’elles impliquaient de nombreux Etats, en même temps. Devant ce blocage, un certain nombre de pays ont décidé de revenir à une formule plus traditionnelle, le bilatéral, plutôt que le multilatéral. En même temps que se déroulent des négociations avec les Etats-Unis, l’UE négocie aussi avec le Canada et le Japon. On en entend moins parler. Car, là, la confidentialité est encore de mise. Ensuite, contrairement à ce que l’on entend trop souvent, la Commission négocie, avec un mandat qui lui a été donné par les Etats membres. Et elle rend compte (et elle rend des comptes) aux dits Etats. Que ces Etats n’informent pas leurs citoyens, restent, indéniablement un problème crucial de démocratie. Tout citoyen européen peut donc aller sur le site de la Commission européenne, qui, elle, est plus transparente. Le problème est de le faire savoir aux citoyens. Au final, lorsque les différents rounds de négociations auront abouti, ce Traité sera validé par le Conseil européen (nos chefs d’Etat et de Gouvernement), et le Parlement européen et les Parlements nationaux, et de toute façon par le Sénat américain.

Dans ce contexte général, les négociations bilatérales ont repris, en début d’année, après 4 mois de suspension.

Et première grande innovation, la Commission européenne a décidé de réagir à une critique forte, celle de la confidentialité des négociations : elle a donc décidé de rendre publique ses propositions sur la coopération réglementaire (bonnes pratiques, impact et participation, etc) qui fait l’objet du présent round de négociations. Cette transparence permet aussi aux députés européens d’avoir accès à tous les éléments de la négociation. Enfin, certains ministères d’Etats membres, dont le Ministère du commerce en France, ont décidé aussi de jouer ce jeu de la transparence et ont mis en ligne les états d’avancement. Le citoyen va donc tout savoir…

Deuxième avancée, celle d’une plus grande démocratie. En effet, la Commission européen a ouvert, sur internet, une large consultation, à laquelle ont déjà répondu plus de 150.000 citoyens, ainsi que des organisations professionnelles, cabinets d’avocats, etc

Enfin, le Comité des régions, organe représentatif des collectivités territoriales en Europe, a demandé à être associé au groupe consultatif. Son ambition est triple : tout d’abord, s’assurer que les services publics perdurent dans les domaines de l’eau, de l’électricité, des déchets, des transports en commun, du logement et de la santé.

Pour les citoyens et les organisations, un des points d’achoppement est sans conteste les fameux tribunaux d’arbitrage. Sur leur existence même, rien de nouveau sous le soleil. Plus de 1.450 tribunaux d’arbitrage existent en Europe, et cela depuis 1950. On a beaucoup fantasmé là-dessus, mais ces tribunaux d’arbitrage n’ont pas pour objet ou conséquence de contredire les lois des Etats ou d’éditer de nouvelles normes. Le tribunal d’arbitrage envisagé dans le cadre du TAFTA relèverait d cet ordre. Et à travers ces tribunaux d’arbitrage, ce qui est craint, c’est la baisse éventuelle des niveaux de standards, et / ou une dérégulation au profit des standards américains. Peu probable que l’Union européenne perde toutes ses normes (plus protectrices que dans nombre de pays, dont les USA). L’UE gardera aussi toutes ses lois. Donc, a priori, pas de poulet au chlore ou de bœuf aux hormones. On n’est tout de même pas maso.

Gardons nous donc de tout a priori définitif.

La commission a ouvert des pages sur son site consacré à ce traité, à l’avancée des négociations. On y trouve le contenu des textes, des propositions et des échanges entre les deux parties. Cela devrait calmer les réactions émotionnelles et irrationnelles. Chacun pourra ainsi se faire sa propre opinion.

Transparence et vigilance nous aideront à savoir et comprendre ce projet bilatéral.

D’autant plus que la façon de percevoir le TAFTA n’est pas uniforme, loin s’en faut. En Europe, ce sont les Allemands, Autrichiens, Luxembourgeois et Français qui en débattent le plus. Au Portugal, par exemple, le TAFTA ne fait l’objet d’aucun débat dans la société, et de très peu d’articles de presse. On voit bien, que ces négociations sont aussi révélatrices d’autre chose : une crainte vis-à-vis de la mondialisation, une difficulté pérenne dans nos relations avec les Etats-Unis, et en arrière-plan, une incompréhension, voire une méfiance à l’égard des institutions européennes elles-mêmes.

A cet égard, j’ai assisté lundi 30 mars à un excellent débat organisé par la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie (CCIR), qui proposait de confronter les regards français et américains sur ce traité, en présence d’entrepreneurs rhônalpins, et de la représentante de la Mission américaine auprès de l’UE à Bruxelles, madame Elena Bryan et Wojcieh Sopinski, représentant de la DG Growth à la Commission. La soirée fut fort instructive. On a pu y apprendre que les Américains avaient, eux aussi, des craintes vis-à-vis de ce traité. Car, s’ils veulent pouvoir mieux accéder à un marché unique de 508 millions d’habitants, il va falloir, qu’en contrepartie, ils s’ouvrent, eux aussi, aux entreprises européennes. L’Union européenne exporte déjà 3 fois plus aux USA qu’en Chine et au Japon. Les Américains exportent plus en Europe qu’en Chine et en Inde. Nous sommes donc interdépendants, et nous avons intérêt à nous soutenir. Certes, mais pas à n’importe quel prix ! Du côté américain, par exemple, les secteurs, qui sont à l’heure actuelle sont trop hermétiques à l’accès des investisseurs européens sont la santé et la chimie. Le traité favorisera donc nos exportations et nos investissements. Dans le secteur automobile, toute exportation de véhicules européens vers les Etats-Unis doit se soumettre au changement de rétroviseur (ils sont plus gros aux USA) et du système de dégivrage. Le traité harmonisera ces points de détail.

Pour chacun de ces secteurs, il y a des procédures complexes, des process de conformité et des normes de sécurité différents. Il y a aussi la lenteur administrative : on peut créer une entreprise en une demi-journée aux Etats-Unis, mais on doit attendre 3 mois pour ouvrir un compte bancaire. Les processus d’homologation sont complexes, et encore plus pour un produit étranger : avec des doubles tests, coûteux financièrement (aux Etats-Unis, le moindre conseil est facturé 400 $ de l’heure), et coûteux en terme de perte de temps. Enfin, les USA ont mis en place des lourdeurs douanières (et donc des lenteurs), forme de protectionnisme déguisé. Il y a aussi leur politique en matière de recueil de données d’information, tant personnelles qu’industrielles ou commerciales qui sont intrusives.

Bref, du côté américain, on se fait aussi beaucoup de souci et l’on craint, une dérégulation et la perte des niveaux de standards. Comme quoi ! « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », disait Montaigne. Au total, ce traité, pour aboutir, exigera des concessions absolument réciproques et des garanties réelles sur des sujets essentiels, comme la protection des données à caractère personnel, sujets auxquels les deux parties tiennent évidemment. Les intérêts commerciaux sont évidents pour les deux camps, mais au-delà des aspects strictement commerciaux, il faut bien comprendre que l’enjeu est davantage encore l’importance stratégique du TTIP. C’est d’ailleurs ce que vient de confirmer, mardi 31 mars, la commission des affaires étrangères, présidée par l’eurodéputé, Elmar Brok (PPE, allemand).

· La banque asiatique pour les investissements d’infrastructures.

Le traité transatlantique est un élément important pour renforcer la défense des intérêts de l’Occident face à une Asie de plus en plus présente et puissante. La création toute récente, sur laquelle je reviendrais sûrement ultérieurement, de le banque asiatique pour les investissements d‘infrastructures, démontre que la Chine ne souhaite absolument pas en rester à ces prodigieux succès en ce qui concerne la production, la consommation et même la conception matérielle. Promise à être à terme la première puissance économique mondiale, elle veut, d’ores et déjà, s’affirmer également dans le domaine de la finance mondiale, antichambre évidente d’une volonté géopolitique de faire un jour du yuan une monnaie internationale de premier plan. Les Américains ont compris ce message, eux qui, pour l’instant, font la sourde oreille à son appel pressant auprès de tous les pays riches, de rentrer dans le capital de cette grosse banque d’investissement. Le premier occidental à avoir répondu à l’appel, en y investissant quelques milliards, est le Royaume-Uni. Du coup, dès ce lundi 30 mars, Berlin et Paris ont décidé, de concert, de rallier, à leur tour, cette banque.

« à condition qu’elle fonctionne de manière efficace, éthique et juste ». Si les Etats-Unis font peur, que dire de la Chine ? La création de cette banque a plusieurs objectifs : tout d’abord attirer vers l’Asie de façon générale, et la Chine plus particulièrement, tout cet argent, dont certains investisseurs, qatari ou autres, ne savent plus quoi faire. Du point de vue chinois, il s’agit de rééquilibrer les relations, et de revenir vers « l’ancienne route de la soie », d’investir en Asie centrale, et d’attirer les Européens. Comme un balancier qui reviendrait à l’équilibre après avoir privilégié (trop ?) le marché américain. Il s’agit aussi, pour les Chinois, de se positionner sur l’ensemble des futurs marchés d’infrastructures en Chine même, et au-delà dans toute l’Asie. Pour les Européens, il s’agit plutôt, de ne pas négliger un partenaire puissant, et d’anticiper la montée du yuan comme grande monnaie internationale, en faisant jouer, là aussi, la concurrence entre le roi dollar et le dauphin yuan, dans l’intérêt de l’euro.

Mais tout n’est pas encore fait. Il faudra suivre de près cette affaire, où l’économie, le monétaire, le développement se mêlent inextricablement à la politique et surtout à la géopolitique. Car la puissance économique n’est rien si elle n’est amplifiée par une puissance géopolitique. Les Européens, divisés, l’oublient trop souvent. Et à ce petit jeu, une place vide ne le reste jamais très longtemps. Si nous ne savons pas être puissants politiquement et géopolitiquement, d‘autres le sauront, et le savent déjà. Dans cette affaire, les trois premières économies de l’UE jouent ensemble pour peser efficacement dans le directoire de cette future méga-banque, manière habile, finalement, de contrôler un peu les Chinois. Là encore, l’union fait la force, et le paradoxe fait que ce sont les Anglais, certes détenteurs de la première place financière du monde, qui ont tiré les premiers. Je ne doute pas un instant que les Etats-Unis seront obligés de monter dans ce train, je vous en reparlerai plus tard.