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NOUS SOMMES PARIS

18 novembre 2015

Vive la vie, vive la solidarité, vive l’amour entre peuples, contre la barbarie des fous de Dieu. Déjà, après le drame de janvier, Charlie Hebdo faisait parler le Prophète Mahomet, « c’est triste d’être aimé par des cons ».
Une fois de plus, la barbarie lâche et aveugle a frappé, et/ou assassiné des centaines d’innocents. Les mots ne sont plus assez forts pour qualifier l’inqualifiable : la haine de l’autre poussée jusqu’à son paroxysme : l’assassinat de l’autre, l’assassinat de masse. En janvier de cette année, à Paris déjà, les « cibles » étaient des intellectuels, de brillants caricaturistes, mais aussi des juifs ou encore des forces de l’ordre. Cette fois-ci, en ce triste 13 novembre 2015, ce fut tout le monde, n’importe qui, des jeunes, beaucoup de jeunes, des moins jeunes, qui voulaient simplement dîner, suivre un concert ou encore assister à un match de foot. Ou tout simplement se promener dans une rue. Au mauvais endroit, au mauvais moment.
Ç’aurait pu être vous, moi. Ce soir-là. Ou plus tard… Ce type d’attentat est toujours aveugle. Odieux et lâche. Et déstabilisant.
Mes pensées vont tout d’abord, naturellement, aux victimes, et j’adresse à tous leurs proches mes condoléances les plus attristées, ainsi que mon soutien moral à tous les blessés, à tous les traumatisés. Devant un tel carnage, une telle horreur, les mots nous manquent pour condamner l’indicible, l’inacceptable.

Ensuite, il faut continuer à vivre, se redresser, se relever, et faire face à la douleur d’abord, puis réagir contre ces fous de Dieu, ces illuminés, ces endoctrinés, formatés à la haine, qui n’aiment pas nos modes de vie, nos modes de pensée, de consommer, de s’instruire, de travailler, de prendre du plaisir. Ils n’aiment rien de notre civilisation et n’ayant aucune solution, veulent nous faire du mal, dans des actes suicidaires pour eux, mortifères pour nous. Et commettre « au nom de Dieu », un effroyable carnage. Je partage alors la célèbre formule de Woody Allen : « si Dieu existe, j’espère qu’il a une excuse valable ».
Continuer à vivre, à lutter, à se redresser.
Plus facile à dire qu’à faire… Et pourtant, il faut le faire. Notre démocratie, nos libertés, notre humanisme, notre liberté d’expression, notre liberté de penser, notre laïcité, sont en jeu. Notre humanisme doit s’opposer à ces êtres déshumanisés, endoctrinés à un point irréversible et qui sont programmés à s’auto-détruire une fois leur crime accompli. Afin qu’ils ne gagnent pas, il faut donc continuer à vivre, donc se relever pour tous les survivants, tous les autres donc, qui n’étaient pas « au mauvais moment au mauvais endroit ».
Pas facile pour nous, de comprendre de tels actes. Partout dans le monde, parmi d’innombrables pancartes rendant hommage aux victimes, il y a le mot « WHY ? », traduit dans toutes les langues.
Pourquoi ces barbares tuent notre jeunesse ? Parce que la France a bombardé un peu en Syrie ? Mais la France n’est pas aux avant-postes en Syrie ! Elle y intervient un peu, et depuis peu. Donc c’est pour d’autres raisons. Notre passif colonial ? Notre absence de politiques d’intégration ? Nos « délits de faciès » ayant causé la barbarie ? Ou bien leur rejet absolu de l’occident, de ses valeurs, de sa liberté absolue ? Ou bien tout cela à la fois ?
Paris a été frappé deux fois en 10 mois. Ce fut horrible les 7, 8 et 9 janvier, ce fut horrible le 13 novembre encore plus (si cela semble possible) par le nombre de victimes. Paris n’est pas le seul lieu emblématique qui fut touché. D’autres capitales du monde libre, démocratique, l’ont été comme Madrid à la gare Atocha en mars 2004, avec un carnage effroyable aussi, comme Londres également en juillet 2005. D’ailleurs, pour être honnête, c’est bien l’Espagne, avec cet horrible attentat d’Atocha qui a, à ce jour, subi la plus effroyable attaque, avec 191 morts et 2.500 blessés. N’oublions pas non plus, il y a quelques jours, les bombes au Liban, en Turquie, ou encore dans un Airbus A320 d’une compagnie russe…
Le groupe terroriste horrible et haineux du moment s’appelle Daesh. En 2001, contre les Twin Towers de New York, il s’appelait Al Quaeda, avec son sinistre Ben Laden. Peu importe les noms de ces monstres finalement, ils veulent tous la même chose : nous faire le plus de mal possible, nous déstabiliser, nous apeurer. Nous empêcher d’être libres, et heureux de l’être. La raison nous pousse à dire qu’ils n’y arriveront pas, mais comment le dire à celui qui a perdu un être cher, ou qui a été frappé dans sa chair ?

Submergé, comme vous, par l’émotion, je vais essayer de revenir à la raison, quelques minutes, pour une analyse politique de ces actes odieux.

1/ le terrorisme n’a jamais gagné. Ne gagnera jamais. Il peut enlever, certes, des tas de vie innocentes qui peuvent être, demain, vous ou moi, mais son « bilan » politique reste toujours marginal, voire nul. Même en remontant à travers un vingtième siècle, jusqu’aux anarchistes de 1900 qui s’en prenaient, certes, pas aux peuples, mais plutôt à leurs dirigeants.

2/ il ne faut pas céder à la panique et sombrer dans le tout sécuritaire, dans le « sécuritarisme », dans l’état de non-droit durable. C’est ce qu’ils cherchent, c’est ce qu’ils veulent. Ne tombons pas dans le panneau, comme les Américains de Georges Bush junior, en 2001, avec le « Patriot Act ». Dans nos démocraties, nos dirigeants gouvernent désormais au gré des sondages et de l’opinion publique. C’est nous, l’opinion publique : ayons la force de ne pas leur demander une surenchère, comme le renfermement sur soi, sur « ses » frontières, de pratiquer la politique du pire, de la haine de l’autre (surtout « basané »…), en multipliant des mesures liberticides que d’aucuns réclament. Bref, on arriverait à l’inverse du but recherché : on renierait notre chère et formidable démocratie pour les contrer ? Mais c’est justement cette démocratie qu’ils veulent éradiquer en nous massacrant. Ne leur donnons pas ce plaisir !
Il faudra être, bien sûr, impitoyable avec les terroristes, sur le plan prévention comme sur le plan répression. Sachons mobiliser toutes nos forces policières, militaires et bien sûr le renseignement sur un plan européen, bien sûr. Mais sans jouer avec nos libertés, notre mode de vie. Il y a là un juste et subtil compromis à adopter… Gardons-nous d’écouter tous les va-t-en-guerre les plus bornés, de la droite « dure » de l’UMP aux extrêmes droites, qui reprennent la terrible formule de Saint-Just : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».

3/ en janvier, la trêve politique avait duré 2 à 3 semaines. 11 millions de Français avaient défilé silencieusement partout en France (seul le FN n’avait pas participé, ce qui en dit long sur ces gens-là…). Aujourd’hui, j’ai l’impression que la trêve consensuelle aura duré … 24 heures ! Déjà, on a vu revenir Sarkozy, les Le Pen, les Wauquiez, qui n’ont même pas respecté les légitimes 3 jours de deuil national. Ceux-là sont pitoyables, en surfant aussitôt sur ce drame effroyable pour en rajouter sur le sécuritaire. Pitoyable et démagogique. Wauquiez a réclamé un « Guantanamo » ! Et cela pour des gens qui se moquent de la prison, de la justice, comme de mourir même !
Même le Président Hollande, plutôt bon lors des « coups durs » s’engouffre dans ce « toujours + » de sécurité. Il a annoncé des mesures au Parlement réuni en congrès le 16 novembre qui vont toutes dans ce sens. Et pour quel résultat ? Déchéance de la nationalité pour les terroristes bi-nationaux (la quasi-totalité de toute façon meurent au moment de l’action !!) ; les individus classés sous fiche « S » (Sécurité) pourraient être internés. Un internement, pourquoi pas, sauf que c’est le Conseil d’Etat qui jugera la légalité de ces mesures. Et le propre même du classement en fiche « S » est de surveiller un individu dont on n’a aucune certitude qu’il fera quoique ce soit. Alors comment l’interner « préventivement », dans un Etat de droit ?… Dernier point grave, le Président rompt ses engagements économiques à l’égard de l’UE, en renonçant au Pacte de stabilité qui engage les 19 pays de la zone euro sur la réduction des déficits budgétaires et de la dette. « Je choisis le Pacte de sécurité au Pacte de stabilité ». La formule est belle, mais idiote Les deux doivent rester complémentaires et non alternatifs ! On recrutera des policiers, des militaires et des magistrats. Donc la dépense publique explosera. Certes, dans le contexte dramatique ambiant, c’est difficilement contestable. Mais pour quelle efficacité face à des tueurs fous ? Le propre du terrorisme est de jouer sur un endroit, un moment où nous relâchons nos surveillances. Il n’y aura jamais un policier pour un citoyen.

4/ aucun pays, seul, ne peut éradiquer une force terroriste aussi déterminée que Daesh. Parce que ce groupe terroriste, qui se prétend « Etat », se moque de la vie, alors que nous nous aimons la vie. 11.000 fanatiques en France, recensés comme potentiellement dangereux et pouvant passer à l’acte, pourraient terroriser un pays de 65 millions d’habitants. Cela peut paraître irréel, et pourtant c’est possible. Ils peuvent faire des dégâts, tuer, massacrer (8 fous ont tué 129 personnes et en ont blessé 350), ce qui est tragique, naturellement pour ceux qui tombent. Même à 11.000 fanatiques, ils ne supprimeront pas 65 millions d’habitants, ils seraient tués eux mêmes bien avant. Heureusement. Bref, ils ne gagneront jamais, jamais. Puisque, à leur tour, ils meurent, par neutralisation du GIGN ou de la BRI ou par suicide.
Nécessité fait-elle loi ? En quelques jours, on s’allie à Poutine pour coordonner les frappes contre Daesh. Et on va indirectement aider Bachar El-Assad. Sur ces deux points, les terroristes de Daesh ont gagné, en nous forçant à nous allier avec le diable. On va peut-être (re) vendre les 2 mistrals à Poutine, à ce train là ?
Notre impuissance est par contre certaine sur un plan international, à la « source » du problème. Car là, les forces sont ridicules. La France peut actionner une dizaine de chasseurs bombardiers ! on a des forces militaires minuscules, et dispersées en Afrique et au Proche-Orient. Dérisoire. Même l’Amérique ou la Russie se sont cassées les dents, en Afghanistan, en Irak, partout. Alors que peut faire seule la France ? A part des frappes symboliques pour nous « rassurer ». Là aussi, il nous faut être lucide. Et si nous n’avons pas de défense européenne, de la taille des forces américaines, c’est quand même de notre faute.
Nous payons notre refus, dès 1954, de la CED (communauté européenne de défense) qui nous aurait donné une armée européenne. Dans l’Europe des 6 à l’époque, 5 pays l’avaient votée. Seul le Parlement français l’a rejetée. Une erreur historique qui ressort aujourd’hui. Nous payons également notre rejet, en 2005, du Traité constitutionnel qui prévoyait à nouveau une défense européenne. Et qui, avec les forces américaines aurait peut-être (sans doute ?), éradiqué 50.000 fous de dieu en Syrie et en Irak. 50.000 fanatiques, à l’échelle de la planète, c’est rien. Il est temps de nous unir pour les éliminer. Nos petites souverainetés sont ridicules face aux menaces éparses de ces fanatiques.
Là encore, comme pour l’économie ou l’environnement, la solution ne peut être qu’une union politique, fédérale de l’Europe. Que ce soit sur le plan militaire comme sur le plan du renseignement, des échanges de fichiers, des surveillances communes et croisées ; du développement des compétences d’Europol ; etc. Car on pointe déjà les faiblesses dues à des systèmes judicaires et de Renseignement trop « nationaux ». J’ai entendu Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, dire qu’il fallait faire une défense européenne. Lui seul l’a dit !! Combien faudra-t-il encore de morts pour sauter le pas ? D’autant que le Traité de Lisbonne (2009) fait obligation à chacun des 28 Etats membres de l’UE de porter aide et assistance, en termes de défense mutuelle, à tout Etat membre qui est attaqué. C’est une obligation, ce n’est pas une recommandation. Encore faut-il que les Etats aient une force militaire digne de ce nom. Et c’est là tout le problème. Il y a certes des premières réflexions pour développer, sur le plan militaire, un axe franco-allemand, même si nous sommes sur ce terrain plus unis au Royaume-Uni (Accords de San Malo). L’Allemagne, sur le plan constitutionnel, ne peut que très difficilement engager la force militaire (rapport à l’Histoire). Toutefois, elle contribue, de l’Afghanistan au Mali, aux efforts internationaux, même si elle privilégie le plus souvent une solution politique ou diplomatique des conflits. Elle nous aidera encore, du mieux qu’elle peut sur le plan constitutionnel Mais pour être honnête, Londres également rechigne à « aller en guerre », échaudée par son invasion en Irak en 2003, aux côtés des troupes américaines de Bush Junior. L’Italie également rechigne à la guerre, et soutient moralement, sans plus.
Développons une sécurité commune, sur le plan militaire, judiciaire et du renseignement. Il y a beaucoup à faire. Mais ne tombons pas dans le panneau du nationalisme, ne remettons surtout pas des frontières intérieures (aucune frontière n’a jamais été totalement étanche, du reste), mais protégeons les frontières extérieures, bien sûr. Ceci nous protègera (un peu) des allers-retours, mais n’oublions pas que désormais des Français (qui sont nés en France et restent sur le territoire) tirent sur des Français. La menace est aussi intérieure. Enfin, ne « profitons » pas de ce drame (qui ne sera peut-être pas malheureusement le dernier), pour renier nos engagements économiques et budgétaires.

Unis, nous serons plus forts pour lutter contre ces fous et sauver nos valeurs.
Depuis 2008, mon euroblog, billet après billet, thématique après thématique, conclut souvent à l’absolue nécessité de créer, voter, une Europe intégrée, forte, politique, militaire, diplomatique, en un mot fédérale. Je ne pensais pas devoir aboutir, encore une fois, à la même conclusion, immuable, en ces circonstances tragiques.
Vive l’Europe de la liberté et de la démocratie !
Et pour la conserver, poursuivons cette belle construction européenne afin de devenir plus forts, et moins vulnérables qu’aujourd’hui.