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L’Europe s’invite dans le débat présidentiel …

15 avril 2017

J’ai analysé les programmes européens des candidats à la Présidentielle française 2017 sous l’angle européen: peut mieux faire

Par ce billet, je rends hommage à la mémoire de Jean-Luc PREVEL, qui vient de nous quitter. Jean-Luc PREVEL était un ami de longue date, un Européen fédéraliste convaincu, comme moi.  Nous partagions beaucoup de connivences.

Pour éviter aussi toute déception ultérieure, je rappellerai que les programmes, ce sont comme les promesses : ils n’engagent que ceux qui y croient ! On n’a jamais vu un programme appliqué à 100%, ni même 50%, ne serait-ce que parce que le contexte change : économique (une crise majeure), social, politique, géopolitique, environnemental. Cette édition 2017 n’échappe pas à la règle : les programmes sont, soit creux, soit ils réinventent l’eau chaude, soit ils se copient entre eux au fur et à mesure des sondages ou des réactions des citoyens. Bref, ils sont en permanence « adaptables », ce qui en dit long sur les convictions des candidats. Ils sont également, le plus souvent, démesurément optimistes et dépensiers. Le programme, c’est Noël tous les jours, ou on rase gratis tous les jours. Bref, on « enfume » les gens, on promet la lune en pratiquant cyniquement la manipulation, le mensonge grossier, la démagogie, le populisme et même, à présent, le complotisme !

Ce que l’on constate cette année, c’est la progression encore, hélas, du souverainisme et, de plus en plus, du nationalisme, avec des propos de plus en plus radicaux, extrémistes, voire hystériques, des solutions de plus en plus simplistes, des propositions mortifères : par exemple, la sortie de l’UE, la sortie de l’euro qui ruinerait les Français dans un chaos économique et monétaire ; le moratoire de notre dette publique ( c’est-à-dire faire défaut sur nos remboursements) ; ou encore le repli sur soi généralisé, avec un protectionnisme économique qui, naturellement, entrainerait immédiatement des mesures de rétorsion de nos voisins. Car évidemment, un changement radical de la politique de la France n’impactera pas que la France, vu son poids. J’y reviendrai.

Cette élection présidentielle nous réserve bien des surprises ; et je ne fais pas référence uniquement aux candidats qui briguent la plus haute fonction, et qui sont mis en examen (deux, quand même, du jamais vu dans un grand pays démocratique !). Du coup, la campagne a été polluée par des feuilletons politico-judiciaires, au gré de révélations incroyables, (même si on savait déjà, depuis 2012, qu’il y avait des magouilles au FN). Pour le cas FILLON, cela a été une onde de choc pour les Français, surtout venant de quelqu’un qui ne cessait de se déclarer le chantre de la probité, de la rigueur !

Une autre surprise a été une campagne encore plus pauvre de propositions, avec des programmes sans aucune vision ni hauteur, désuets, simplistes. François MITTERRAND avait dit en quittant l’Elysée en 1995 : « Après moi il n’y aura plus que des comptables ». C’est prétentieux, mais quand on voit les mesures proposées, ça fait quand même souvent boutiquier, petit, étriqué, et calculateur, changeant souvent d’un meeting à l’autre…Où sont les convictions, les visions ?

Sur la « fameuse » (et débile) sortie de l’euro, il y a trois ou quatre versions différentes du FN, parfois contradictoires, selon les jours, les sondages ou les cadres de ce parti !

Une des surprises porte aussi sur la place de l’Europe dans les débats et les programmes. Car désormais, la ligne de fracture ne passe plus entre droite et gauche, mais entre pro-Europe et souveraino-populistes, entre ceux qui veulent encore, voire beaucoup, d’Europe, et ceux qui n’en veulent plus du tout, ou très peu.

On sait, malheureusement, qu’une fracture profonde s’est installée entre les citoyens français et les femmes et hommes politiques, et s’aggrave depuis le Traité de Maastricht de1992, avec de moins en moins de connivence entre les citoyens et la construction européenne. Le point de non-retour, dont on ne se remet pas, fut le référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution européenne, référendum perdu à plus d‘un titre : parce que les Français ont voté à la majorité NON ; parce que les euro-compatibles et Européens convaincus n’ont jamais pu ou su démontrer le bénéfice de l’UE et faire entendre leurs voix ; parce que les femmes et hommes politiques ont eu, et ont toujours trop peur d’aller à l’encontre de ce qu’ils croient être l’opinion dominante de leurs futurs électeurs, et n’osent pas expliquer l’Europe ; parce qu’ils préfèrent la dénigrer dans un discours simpliste, mais porteur électoralement ; parce que le Traité de Lisbonne, approuvé par voie parlementaire (ce qui est tout autant démocratique que le référendum) apparaît comme un faux-frère déguisé du projet constitutionnel européen. Parce qu’il y a trop peu de débats équitables permettant d’expliquer objectivement ce que fait l’Europe.

En mars dernier, un sondage Le Figaro / IFOP a démontré toute l’ambiguïté de la place de l’Europe dans le cœur et la raison des Français. Ce qui laisserait entendre que les Français ne sont pas aussi dupes que cela des discours de « renversement de table » ; et que tout espoir de faire ressurgir la foi européenne n’est pas définitivement perdue, à condition que l’on s’en donne la peine.

Pour 46% de nos concitoyens, la construction européenne a eu des effets positifs pour la France, et seuls 29% estiment qu’elle a eu des effets négatifs. Mais le French bashing étant passé par là aussi, c’est assez naturellement que les Français, foncièrement pessimistes sur la place de la France, estiment que la construction européenne a plus profité aux autres Etats de l’Union. Il faudrait alors se poser la question suivante : si l’Europe a des effets plus positifs sur certains pays, c’est peut-être parce que nos élites dirigeantes n’ont pas su mettre à profit, pour leur propre pays, les apports de la construction européenne. Mais le questionnement ne va jamais jusque là, c’est-à-dire au-delà du constat ou du ressenti. L’approche vis-à-vis de l’Europe varie, en fonction des positionnements idéologiques : 15% des électeurs du Front national pensent que l‘Europe a eu des effets bénéfiques (en étant ironique, on pourrait s’écrier, quand même 15% !); les électeurs de MACRON sont 71 % à estimer que l’Europe a eu des effets positifs. Et puis, surprise, il y a aussi 44% des électeurs de MELENCHON, alors que lui-même est dans une posture de plan A hypocrite, débouchant sur un plan B de sortie de l’UE et de l’euro.

Intéressant à plus d’un titre, c’est le rapport des Français à l’euro : les trois quarts des Français veulent conserver l’euro comme monnaie unique. Seuls 28% veulent revenir au franc (et ils sont 67% parmi les électeurs du Front national, autre paradoxe, puisque 33% des électeurs frontistes veulent garder l’euro, car c’est un élément clé de son programme). Et on se réjouira, car en 2010, au plus fort de la crise des dettes souveraines et du feuilleton grec, 38% des Français souhaitaient l’abandon de l’euro et le retour du franc. On en en a récupéré 10%.

Enfin les Français veulent, de fait, plus d’Europe, car ils estiment, à plus de 60%, qu’un certain nombre de questions ne peuvent se résoudre qu’à l’échelon européen, au vu de leur complexité et de leurs enjeux. C’est le cas de la défense et de la politique étrangère, mais aussi de l’immigration, et de la sécurité face au terrorisme. C’est encore le cas de la croissance, de l’emploi, du budget, de la fiscalité. Le bon sens démontre ainsi qu’un pays, même la France, ne peut faire face, seul, à des problématiques géopolitiques et mondialisées. Et pourtant, sur 11 candidats à la présidentielle française, un seul (MACRON) ose répéter dans tous ses meetings que l’Europe est la solution, et pas le problème !

Tous les autres sont ambigus, oscillent entre euro-tiédeur, euro-scepticisme et europhobie. En plus, toutes leurs propositions relèvent souvent de la méthode coué et du tropisme national : « Moi je, moi je, moi je ! » On a la solution franco-française, forcément, et on va l’imposer aux autres Européens, qui vont forcément l’accepter, même ceux qui vivent mieux que nous ! Quelle arrogance, quelle suffisance ! Quelle naïveté, aussi !

C’est donc un débat très franco-français, déconnecté de l’opinion publique des autres peuples européens, même si l’on assiste partout, malheureusement, à la montée d’un euro-tiédisme ou d’un euro-scepticisme. Mais surtout c’est un débat interne déconnecté de ce qui se pense et se prépare, de façon démocratique, en Europe. Juste quelques exemples de propositions qui émergent, dans le cadre très symbolique du 60ème anniversaire du Traité de Rome

Il ya d’abord eu, le 6 mars dernier, le mini-sommet de Versailles qui a réuni les chefs d’Etat et de gouvernement de 4 pays européens, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la France, avec une volonté forte : exprimer l’unité des Européens, avec les 4 pays les plus importants de la zone euro, au moment où la procédure du Brexit est enfin déclenchée. Pas d’annonce fulgurante, mais l’affichage de l’unité d’une part, de la foi dans le projet européen, et d’autre part de l’acceptation d’une Europe à plusieurs vitesses. Désormais « l’unité ne vaut pas uniformité ». Accepter finalement, pour pouvoir aller de l’avant, que certains soient au ralenti, et d’autres en pleine vitesse de croisière. Les coopérations renforcées apparaissent comme la clé de l’avenir européen, dans des domaines primordiaux comme la défense, l’harmonisation sociale et fiscale, ou l’approfondissement de l’Union économique et monétaire. Ce mini-sommet du « club des quatre » s’est tenu 3 jours après un autre mini-sommet, cette fois du Groupe de Visegrad (qui réunit des pays de l’Europe centrale, Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie), dont les gouvernements ne sont pas réputés pour être euro-enthousiastes. Et pourtant ce mini-sommet a abouti aux mêmes conclusions : démontrer l’unité des pays européens dans la conjoncture particulière du Brexit, et demander une Europe à plusieurs vitesses. Sauf que, avec le groupe de Visegrad on a plutôt les pays qui feront du sur-place, et qui auront une position minimaliste pour l’intégration européenne ; et qu’avec le club des 4, on a plutôt des pays volontaristes, à l’image du premier ministre espagnol, Mariano RAJOY qui a déclaré « l’Espagne est disposée à aller plus loin dans l’intégration avec tous ceux qui voudront la poursuivre »

Ces mini-sommets préparaient le sommet européen du 9 mars à Bruxelles, puis le Conseil européen du 25 mars à Rome.

Le sommet de Bruxelles a acté la réalité de l’Europe telle qu’elle est déjà : une Europe à plusieurs vitesses. Mais cette fois, ces différences deviennent, en soi, un élément du projet européen « unie dans la diversité ». Pour cacher les problèmes qui fâchent, et pour ne pas laisser aux Britanniques une faille dans laquelle il pourraient enfoncer un coin, on affirme haut et fort quelques accords : un état-major européen, embryon d’une Europe de la défense ; un parquet européen, pour renforcer la coopération policière et judiciaire face au terrorisme et à l’argent sale, entre autre ; et la mise en place d’une coopération renforcée dès que 9 membres sur 27 sont d’accord (on commence à exclure le Royaume-Uni de ces processus). En fait, on est sur des sujets qui peuvent se mettre en place dans le cadre des dispositions existantes, et qui, surtout, ne nécessitent pas de nouveaux traités, boîte de pandore s’il en ait, car un traité demande à être adopté à l’unanimité…

Quant au sommet de Rome du 25 mars, il a été surtout l’occasion de produire une déclaration commune : « l’Europe est notre avenir commun ».

La Commission européenne a préparé un livre blanc sur l’avenir de l‘Union, suite à une large procédure de recueil d’avis de citoyens, d’ONG, de mouvements divers. Ce livra blanc prend acte des différents niveaux d’ambition des Etats membres, et ce afin de mieux répondre aux attentes des citoyens. Ce livre blanc rappelle aussi que « l’Union européenne est beaucoup plus qu’un marché unique ; (qu’) elle est fondée sur des valeurs communes, comme la solidarité et l’état de droit ». Et qu’à ce titre, l’Europe doit trouver des réponses aux défis nouveaux qui lui sont posés : la coopération pour traiter la question des migrations et de la crise des réfugiés ; la convergence des économies européennes ; la sécurité des Européens face aux menaces internes et externes ; l’achèvement de l’Union économique et monétaire.

Et ce dernier point fait l’objet du rapport adopté par le Parlement européen, rapport co-rédigé par les députés Pervenche BERES et Reimer BOGE.

Les réflexions et les débats avancent. Dommage que nos concitoyens n’en sachent rien.

Malgré ces avancées, les risques de divorce persistent entre les Français et la construction européenne

La preuve en est que, sur l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle, un seul se montre favorable au projet européen. C’est Emmanuel MACRON. Les autres allant de « un peu compatible » à totalement et farouchement contre. L’Europe est certes au cœur du débat présidentiel, mais pas vraiment à son avantage. Avant, elle, certes, totalement absente des autres débats présidentiels.

Que proposent donc nos différents candidats ?

Pas vraiment d’engouement à l’égard de l’Europe. Tous appellent, plus ou moins directement, à une démocratisation et une refonte du projet européen.

Le 1er groupe des candidats est constitué par ceux qui acceptent le projet européen, et proposent de le réformer, plus ou moins en profondeur.

Pour Emmanuel MACRON, le projet européen est clairement, courageusement, au cœur de son programme. Je rappelle sa phrase, prononcée à chaque réunion publique : « l’Europe est la solution, pas le problème ». Et son projet se conçoit, comme l’intégralité de son programme d’ailleurs, dans une démarche de Bottom-up, c’est-à-dire une démarche ascendante, basée sur des propositions venant des citoyens. On organise, dans chacun des Etats membres, de grandes conventions démocratiques, de parole et d’expression libre, afin de ressourcer le débat européen au plus près des préoccupations et des convictions des Européens : que veulent-ils comme projet européen ? Quelles actions doit mener l’UE ? Et de toutes ces conventions, qui se dérouleront sur 6 à 10 mois, sortira un nouveau projet européen, qui aura pour lui, le meilleur des slogans « made in démocratie ». Toutefois, ce projet sera adopté par les pays qui le veulent, mettant en place, de facto, une Europe à plusieurs vitesses. Les plus intégrés opteront pour un modèle social européen commun, avec des standards minimum, début de l’harmonisation sociale ; un budget et un ministre de la zone euro, étape supplémentaire dans le fédéralisme. Et le couple franco-allemand sera renforcé, puisque c’est autour de lui que se construira l’Europe de la défense. En cela, il veut restaurer une souveraineté européenne, autour des grandes questions : l’afflux des migrants, la menace terroriste, le changement climatique, le numérique.

François FILLON veut relancer le projet européen, mais en le structurant autour d’une Europe des nations, c’est-à-dire d’une Europe qui se recentre sur un certain nombre de politiques, essentielles, comme la sécurité et la défense, la monnaie unique, l’énergie, l’agriculture et le numérique. Il veut renforcer le couple franco-allemand, et propose des coopérations renforcées pour aller plus loin avec ceux qui le veulent. Il veut une politique d’harmonisation fiscale pour mettre fin au dumping fiscal entre Européens. Enfin, il veut respecter le pacte de stabilité européen, en conformité avec son discours sur la réduction du déficit public et de la dette. Il veut interdire aux administrations françaises de durcir les normes et règlementations européennes (directives, FSE). Il veut donner à l’euro une « dimension internationale », ignorant que l’euro est déjà la deuxième monnaie du monde, avec 20% des réserves mondiales de change et 25% des transactions commerciales ! Mais un candidat ne peut pas tout savoir !

Benoît HAMON concentre son discours européen autour de deux grandes idées : tout d’abord le renforcement des critères de convergence et de coopération. Par exemple, en mettant fin au dumping social et fiscal par un impôt sur les sociétés ; en renégociant les dettes, ce qui peut passer par un rééchelonnement ou une annulation d’une partie d’entre elles (ce que l’on appelle pudiquement ou hypocritement « restructuration », donc faire défaut à un prêteur, avec le risque que cela peut générer…) ; une mutualisation des dettes publiques supplémentaires dues à la crise de 2008. Et, parallèlement par la mise en place d’un contrat politique entre la France et l’Allemagne, qui serait étendu à tous les autres Etats membres. L’objectif est de sortir de la logique nationale, et de remplacer le Conseil européen et le conseil des ministres des finances par une assemblée de la zone euro, c’est-à-dire un mécanisme de prise de décision démocratique, pour « ré-enchanter l’Europe ». Les députés de cette assemblée (issus des parlements nationaux) voteraient un budget commun et un impôt commun. Comme un début de souveraineté européenne. En faisant le choix de solutions communes, négociées, et choisies par la voie démocratique.

Le 2ème groupe est constitué des candidats qui se revendiquent de l’internationalisme, et veulent changer l’Europe sans pour autant la remettre en cause.

Nathalie ARTHAUD ne s’exprime pas vraiment sur l’Europe, car son ennemi est le capitalisme mondialisé. Toutefois, elle a eu une jolie formule, qui permet de la classer parmi les non-opposants à l’Europe, quand elle a appelé à la mise en place des « Etats-Unis socialistes d’Europe ». Du fédéralisme proudhonien, en quelque sorte. Et dans le débat du 4 avril, elle n’a jamais critiqué l’Europe, rappelant à chaque fois, que ce ne sont pas les règles qui sont mauvaises, mais le détournement de ces règles qui en est fait.

Philippe POUTOU n’est pas forcément non plus contre l’Europe : il ne veut pas de cette Europe-là, « ultra libérale », bien sûr, mais d’une Europe des travailleurs. Il est enfermé dans son discours réthorique anti-capitaliste Il préconise surtout une Europe sociale, avec une harmonisation « par le haut » des droits sociaux. Mais aussi, il est favorable à la libre circulation des travailleurs, et à l’abolition des frontières. Je suis d’accord sur ses deux dernières propositions !

Le 3ème groupe des candidats est constitué par ceux qui rejouent « retour vers le futur », et rêvent d’une Europe d’avant.

Jean LASSALLE veut une Europe des nations, à la de Gaulle. Cette Europe-là étant à 6, sans les Britanniques, avec la PAC et le FSE, mais sans Eramus + ( mais pourquoi donc ? ça fonctionne très bien !!) , sans les fonds structurels (mais il veut « piquer » 3 milliards à l’Europe !), sans euro et sans parlement élu démocratiquement. Difficile dans ces conditions, d’y voir clair sur sa vision de l’Europe. Programme totalement flou, pour rester poli…

Nicolas DUPONT-AIGNAN veut revenir à une communauté d’Etats européens, avec un transfert de souveraineté vers une autorité supranationale limitée à quelques cas, comme la défense et la politique étrangère. Il veut aussi un marché commun, avec néanmoins une convergence fiscale, sociale et environnementale (que d’aucuns appellent de l’harmonisation). Il veut aussi une convergence des politiques commerciales. Et la préférence communautaire vis-à-vis de l’extérieur. En somme, un projet assez proche du projet que les Britanniques voulaient imposer dans les années 50 : on fait un marché, mais on exclut toute dimension d’intégration politique.

En fin le 4ème groupe est constitué par les candidats qui sont franchement contre, et qui envisagent ou proposent la sortie de l’UE.

Jean-Luc MELENCHON propose, quant à lui, un plan A et un plan B. Mais dans tous les cas, avec une sortie des traités européens. Plan A, on impose à tous les Etats membres de renégocier tous les traités, on propose la sortie concertée, et certains pays décident de rester dans l’Union européenne telle qu’elle est, les autres choisissent de négocier de nouvelles règles, proposant une seconde Europe. Et le pays qui est particulièrement visé est l’Allemagne, cible privilégiée de ce candidat, qui désire faire plier ce pays. MELANCHON n’a jamais été avare de critiques, ni même d’injures, à l’égard de la chancelière Angela MERKEL. Et puis, si l’Allemagne ne veut pas se mettre à genoux devant la France, et si les autres pays européens ne veulent rien savoir de la proposition de la France, alors ce sera le plan B, c’est à dire une sortie unilatérale de la France de l’Union européenne. Il n’est jamais question de Frexit, ni d’article 50, mais cela revient quand même beaucoup au même. Tout cela, naturellement, devant être démocratique, et passer par un référendum, dont la question posée n’est pas précisée, mais est sans doute : oui ou non à la sortie de la France de l’UE ? Oui ou non pour humilier l’Allemagne ? Oui ou non pour renégocier un nouveau traité ? (sur quelles bases ? cela reste encore assez flou). Dans tous les cas, et en premier lieu, il faut déjà s’exonérer du pacte de stabilité et des règles européennes concernant le déficit et l’endettement public. Il veut enfin du protectionnisme, mais « solidaire » (?)

Jacques CHEMINADE veut clairement sortir de l’Union européenne, « parce qu’elle bloque toute nouvelle règle du jeu au nom de l’argent-roi ». Mais on ne sait pas ce qu’il propose à la place. Encore un farfelu..

Marine LE PEN elle aussi veut sortir de l’UE et de l’euro (avec des modalités contradictoires !) par une renégociation des traités. Elle aussi s’exonère complètement du pacte de stabilité, même s’il faudrait réduire le déficit et la dette, mais avec des règles nationales. Elle propose de transformer la PAC en politique agricole française : on garde le principe des subventions aux agriculteurs, mais selon des critères fixés uniquement par Paris. On met en place un « protectionnisme intelligent ». Et si les autres Etats membres n’acceptent pas la renationalisation de l’Europe, la France sortira de l’Union européenne, dans le cadre d’un référendum. Dans tous les cas, elle fera un référendum sur l’abandon de l’euro. Comme les Français sont très majoritairement favorables à l’euro (ils ne sont pas fous !), madame Le Pen, si ( hypothèse d’école) elle était élue, ne resterait donc pas longtemps au pouvoir, car elle a dit et répété qu’elle démissionnerait en cas de vote favorable au maintien de l’euro. Bonne nouvelle, mais peut-on vraiment croire une promesse de Politique ? Fillon avait bien affirmé devant tous les français que s’il était mis en examen, il ne serait plus candidat…on a vu la suite !!

Enfin François ASSELINEAU est clairement le candidat du Frexit. Son programme politique étant tout entier contenu dans ce mot Frexit : sortir unilatéralement et juridiquement de l’Union européenne par la mise en œuvre de l’article 50 du Traité de Lisbonne. Ce même article sera aussi, selon lui, utilisé pour sortir unilatéralement et juridiquement de l’euro (sortie difficile, et du coup, non expliquée dans le programme : on ne peut pas tout anticiper et expliquer aux électeurs, quand même !!). Dans la même lancée, la France sort de l’OTAN. Bref, « la France fait la reconquête politique de son indépendance ». Parmi tous les « programmes » radicaux, c’est sans doute le pire. Pire que Le Pen, c’est dire ! Je pense que cela va faire peur, très peur, à Trump, à Poutine et à Xi Jinping !

Le 2ème sujet européen qui provoque des divergences importantes porte sur la question de la libre circulation et ses deux corollaires, la problématique des frontières et le fantasme du plombier polonais devenu, depuis, travailleur détaché

Le contexte international est brûlant, les crises s’enchaînent. Même si, heureusement, ni la crise migratoire, ni les attentats terroristes n’ont réussi à faire vaciller l’Europe. Malgré cela, la sécurité est devenue une préoccupation centrale pour les citoyens : sécurité sur nos frontières ; sécurité dans nos emplois. Tout relève, au final, du même imaginaire.

A minima, pour des candidats, il faut renforcer nos frontières. Avec une augmentation du nombre de garde-côtes (et non pas la création d’un corps de garde-côtes, qui existe déjà ; mais on ne peut pas demander aux candidats à la Présidentielle de tout savoir !). Il faut aussi renforcer les moyens de l’agence Frontex, jusqu’ici ridicules ; coordonner et accéder au fichier PNR. A maxima, pour d’autres candidats, il faut tout simplement sortir de l’espace Schengen et revenir aux frontières nationales. Entre les deux, il y a Emmanuel MACRON qui n’hésite pas, courageux au vu du climat actuel, à redire que les accords de Schengen ont été bénéfiques à nos échanges, qu’ils doivent être préservés, qu’ils ont permis aussi à la France de refuser l’entrée de 73.000 migrants l’an passé. François FILLON ajoute une dimension sécuritaire en proposant l’interdiction d’accès ou l’expulsion de l’espace Schengen de tout étranger reconnu coupable d’un crime ou d’un délit. Jean-Luc MELENCHON veut refonder la politique européenne de contrôle des frontières extérieures, tout en sortant de Schengen : difficile à faire coïncider. Mais il n’est plus à une contradiction près !

La directive des travailleurs détachés, qui n’est, somme toute, qu’une autre façon de poser la question des frontières, a fait beaucoup causer pendant cette campagne. Avec deux types de position.

Ceux qui ne s’opposent pas à cette directive, mais aux abus et aux malversations des employeurs. (MACRON, POUTOU, ARTHAUD et LASALLE), et qui demandent une juste application du droit du travail et un accroissement des contrôles. Pour MACRON, « ce n’est pas la directive sur les travailleurs détachés qui est le problème, c’est le travail illégal ». Et il y a ceux qui n’en veulent plus, sauf si on réussissait à les renégocier : c’est la position de HAMON qui veut mettre fin au dumping social. Mais comment et avec qui va-t-il négocier, on ne sait pas. C’est aussi la position de FILLON, beaucoup plus ferme, car s’il n’y a pas de négociation avant la fin 2017 (ce qui laissera, au bas mot, 6 mois à peine pour une négociation de cette ampleur ; c’est du grand optimisme), alors la France suspendra son application. Et puis, il y a ceux, les plus nombreux, et tous les autres, qui veulent la supprimer, l’abroger, cesser de l’appliquer. Avec des arguments, au final convergents, malgré les différences de couleurs politiques : mettre fin au dumping social, dénoncer la concurrence, nécessairement déloyale ; faire du patriotisme social et économique ; lutter contre les étrangers qui prennent le travail des Français. En oubliant que ces « étrangers » sont des Européens ; et que s’il y a 260.000 travailleurs détachés en France, il y a aussi 158.000 travailleurs français détachés dans un autre Etat membre. Naturellement la question de la rétorsion ou des représailles est balayée d’un revers de main. La suppression de la directive des travailleurs détachés devient, ainsi, en un simple clic, un élément d’une politique de l’emploi, alors que le volume est marginal, avec 1% seulement du nombre total de la population active française !

L’ignorance et l’arrogance de certains politiciens sont vraiment consternants…Leur obsession d’accéder au pouvoir suprême font franchir à certains, gaillardement, les limites de la sincérité, de la démocratie (en stigmatisant les juges et les journalistes pour masquer leurs délits !), de la modestie, de la méthode coué. Leur programme, la plupart s’en moquent eux-mêmes, du moment qu’ils seront élus !

Le 23 avril prochain, les Français, plus que jamais, devront, en toute connaissance de cause, faire un choix, un choix historique.

Cette élection présidentielle reste aussi très-trop-sacralisée, de mon point de vue, beaucoup plus que chez tous nos voisins européens. Cela tient au fait que le président, depuis 1958 (Cinquième République) est un monarque républicain, détenant un pouvoir exorbitant : le président est la clé de voute des institutions, il est le chef des armées, le garant des institutions, décide des interventions militaires, ne rend aucun compte au Parlement (à la différence de Madame MERKEL, et des autres pays de l’UE), nomme le Premier ministre, peut avoir constitutionnellement les pleins pouvoirs en cas de crise (à bien réfléchir, avec les candidats extrémistes que l’on a !!). Du coup, cette fonction (trop) sacralisée

donne l’idée qu’un seul homme (ou femme) pourrait tout régler, d’un coup de baguette magique. Alors qu’un seul pays (pas même les Etats-Unis) ne peut plus rien régler seul ! Le président de la république française a plus de pouvoirs (en France !) que le président américain ! D’ailleurs, TRUMP commence à s’en apercevoir : le Congrès, y compris les Républicains, peut le bloquer, cela a déjà commencé, et je pense que cela s’intensifiera…En France, personne ne peut « virer » le président, aux Etats-Unis, oui !

Mais la conséquence de tels pouvoirs rend notre président très vite responsable de tout, donc des échecs, devenant ainsi un bouc émissaire idéal. On attend de lui qu’il règle tout, tout de suite ! Le malentendu s’installe de plus en plus rapidement après l’élection, d’ailleurs !

Une autre préoccupation est l’abstention, qui favorise souvent les extrêmes en termes de score électoral…). Et on a cette fois un motif supplémentaire avec une situation inédite : deux candidats présumés corrompus et mis en examen. Et ces deux là (FILLON et LE PEN) utilisent les mêmes techniques hallucinantes que tous les politiciens français pris la main dans le sac (cf mon précédent billet dans l’euroblog sur ces affaires) : ils sont dans le déni total, se posent en victime, crient au complot, dénoncent le pouvoir, leurs adversaires, les media, les juges (et ça, c’est très grave, quand on brigue l’Elysée !), la terre entière. Mais eux sont blancs comme neige, ça va de soi ! Et ces deux là ont des chances, peut-être, d’accéder au second tour ! Lorsqu’on lit la presse européenne et américaine, on peut voir à quel point on est choqué de voir ces candidats se maintenir coûte que coûte ! On ne comprend pas cela, venant d’un pays comme la France !! Ailleurs, il y a longtemps que les candidats auraient démissionné ! On n’imagine pas à quel point l’image de la France a pali sur cette affaire (sur la forme et sur le fond). Si FILLON arrivait par miracle au second tour, vous imaginez l’image de la France dans le monde ? Son poids au Conseil européen ?

Et même chez nous, quelle serait sa légitimité à gouverner durant cinq ans, à demander des efforts aux Français, à prendre des mesures drastiques pour redresser la France ? Alors qu’il y a 5 mises en examen dans ces tristes affaires, et que pour lui il faudrait attendre cinq ans pour que le cours normal de la justice redémarre ?

Cette élection vraiment inédite est encore un risque majeur avec deux prétendants (sur quatre) susceptibles d’accéder au second tour, extrémistes de droite ou de gauche (LE PEN et MELENCHON) qui veulent anéantir 60 ans de construction européenne et ses nombreux acquis, pour la France, eux qui osent se proclamer patriotes (!) mais avec des impacts sur les autres Etats membres !

La sortie de l’euro, et de l’UE affolerait les marchés financiers qui nous prêtent à longueur d’année et assurent ainsi notre train de vie mais aussi les investisseurs économiques, les autres pays, car la France est la cinquième puissance économique mondiale, est engagée militairement dans plusieurs endroits du monde dans la lutte contre le terrorisme, dispose de la force nucléaire. Donc, si la France s’écroule, en se repliant sur elle, en fermant ses frontières, en devenant protectionniste, en sortant de l’euro, de l’UE, elle contamine tous les autres, par son poids économique, militaire, diplomatique. Les conséquences ne peuvent pas être que franco-françaises.

Démonstration : la sortie de l’euro entrainerait de facto un défaut de la France quant à sa dette de 2.200 milliards €, soit une crise financière mondiale. Pourquoi mondiale ? Parce qu’on a déjà vu les conséquences planétaires de la faillite en 2007 de la banque Lehman Brothers, alors même qu’elle n’avait occasionné le défaut de paiement « que » de 600 milliards de dollars de dettes. Résultat : 8 années de crise.

Dix ans après, on est encore un peu en fragilité dans la zone euro sur le seul cas de la Grèce, et son risque de défaut de paiement de sa dette publique qui n’est « que » de 320 milliards €.

Alors, imaginez l’onde de choc mondiale (et pas uniquement européenne) d’un défaut de la France, avec ses 2.200 milliards € de dettes détenues aux deux-tiers par l’étranger ! Après le Brexit et l’élection du fantasque et dangereux Trump, le monde entier (et pas uniquement le monde des Marchés) craint qu’avec la France, le 23 avril prochain, un troisième domino ne tombe dans un chaos certain avec des conséquences pour le reste de la planète.

Sans oublier, que si l’un de ces deux extrémistes arrivait par malheur au pouvoir, il aurait justement tous les pouvoirs immenses d’un Président de la République française : par exemple, l’article 16 de la Constitution française qui donne, en cas de crise, les pleins pouvoirs au Président ; usage massif du référendum sur des sujets sociétaux tels que l’avortement, la peine de mort, l’exclusion des étrangers ou encore le durcissement des peines d’emprisonnement. Comme déjà indiqué supra, ces pouvoirs démesurés seraient parfaitement constitutionnels, et sans aucun garde-fou du Parlement…

Une semaine avant ce 1er tour décisif, nous commémorons le centenaire tristement célèbre de la Bataille du Chemin des Dames, qui aura fait tant de morts, et reste une des grandes boucheries de la Grande Guerre.

Ce petit détour historique pour rappeler à quel point notre priorité absolue est de continuer à vivre en paix, si possible en fraternité, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Sachons préserver l’Europe pour préserver la paix, la liberté et la démocratie. Souvenons-nous en bien, avant de voter bientôt. Gardons nous de sauts hasardeux dans l’inconnu, et dont l’Histoire du XXème siècle nous a prouvé les tragiques conséquences.

Franchement, si nous voulons garder nos valeurs, notre liberté, notre pouvoir d’achat, notre retraite, notre souveraineté et notre place dans l’Europe et dans le monde, il nous faut faire le choix de la raison, et voter pour le seul candidat qui nous voit un avenir dans la poursuite raisonnable de la construction européenne : Emmanuel MACRON.

Ce sera, résolument, mon choix.