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L’Europe, à la croisée des chemins, a rendez-vous avec son destin: stop ou encore ?

31 mai 2018

VOLTAIRE disait « Mon Dieu,gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge ! ». L’UE et les USA sont des alliés historiques, mais Dingo Trump veut casser l’Europe ! Vigilance de rigueur, SVP !

L’Union européenne est une réelle puissance économique et commerciale, elle est même largement la première du monde, devant les Etats-Unis, la Chine, etc.

Mais paradoxe, elle reste très vulnérable face aux turbulences du monde, aux aléas géopolitiques et aux manipulations tactiques et cyniques de dirigeants nationalistes puissants comme Trump, Xi Jiping ou, accessoirement, Poutine. L’Economie mondiale, c’est évidement aussi de la politique, tant les enjeux sont géostratégiques. Contrainte supplémentaire pour nous autres Européens, 80% des transactions commerciales se font en dollar. L’euro est une monnaie mondiale, la deuxième du monde (en moins de vingt ans !), mais elle reste loin derrière le  « roi dollar » qui conserve sa force politique par son pouvoir manipulateur planétaire. Et là c’est notre faute, ou plutôt celle de nos dirigeants européens successifs depuis 1999, qui n’ont pas eu le courage de donner un Etat (fédéral) à l’euro, avec un Trésor public commun, un budget commun, etc. L’euro est resté inachevé, alors que son intégration politique était archi prévue par ses fondateurs ! Quelle aubaine, pour les Américains, et demain les Chinois ! Avec nos succès économiques et commerciaux, une UE forte politiquement, ou au moins une zone euro intégrée (avec aussi une puissance militaire commune) nous auraient mis « ex aequo » avec nos « amis » américains. Vingt ans de perdus ! Y aura-t-il un jour un tribunal de l’Histoire, pour dirigeants incompétents ?

Autre handicap sérieux pour notre Europe malheureusement inachevée, l’absence de ressources énergétiques, comme le gaz ou le pétrole. Là encore, la suprématie américaine est sensible avec le pétrole, surtout avec leur production incroyable de pétrole de schiste, qui les rend désormais quasi-autonome ! Donc l’emballement fort des prix ne les affecte pas. Pour les autres, oui, à commencer par les Européens…Et le baril du pétrole est monté très vite à 80 $ le baril. On commence à le sentir vraiment, à la pompe. On était à 30 $ en janvier 2017, il y a à peine an et demi !! Ce coût plus bas avait permis, d’ailleurs, à la croissance mondiale de repartir partout. Avec une telle hausse, on a un risque élevé d’inflation ; et en corollaire une baisse du pouvoir d’achat. Cela va affecter aussi la croissance, un peu. Vraiment dommage, au moment où toute l’UE était en croissance, avec en prime une création significative d’emplois.
Le prix de l’énergie qui explose, ça va aspirer 4.000 milliards de $ dans le monde ! Et ces 4.000 milliards (soit l’équivalent de deux ans de PIB en France !) vont forcément manquer aux investissements, et donc nuire à la croissance mondiale. La Chine réagit déjà et veut réorienter ses échanges de pétrole et pétro-yuan.

Ainsi, des décisions géostratégiques gênent plus les Européens que d’autres, et le pétrole particulièrement est une épée de Damoclès depuis…1974.

Cerise sur le gâteau, si je puis dire, l’Europe (et le monde) reste vassalisée par le bon vouloir des Etats-unis, absolu gendarme du monde pour le pire et le meilleur…Par exemple, actuellement, les sanctions édictées par Trump aux entreprises qui commercent en dollar avec l’Iran. Je sais bien que l’Iran est une dictature qui veut dicter sa loi dans la région, mais un accord potable ( c’est à dire imparfait, car provisoire) sur le contrôle du développement du nucléaire civil en Iran avait quand même été élaboré et signé avec les Américains (Obama) et les Européens, et patatrac, Dingo Trump, qui fait de l’Iran « l’ennemi public N° 1 » comme jadis Bush junior avec l’Irak (et on a vu les conséquences !!) récuse cet accord laborieux, menace et injurie les Iraniens, et refuse de commercer avec eux. Mais, bien pire, il interdit à quiconque dans le monde de commercer avec l’Iran en dollar, et avec tout autre pays mis sur une liste noire (Cuba, Vénézuéla, Corée du nord, etc..). Cette fatwa américaine unilatérale concerne donc le monde entier, alliés européens compris. C’est la fameuse « clause d’extra territorialité » américaine, où toute décision s’impose à tous ! Trump ne l’a pas inventée, elle existe depuis 1994, et le « gentil » Clinton l’appliquait déjà, puis Obama. Mais Trump, archi nationaliste, pourrait en abuser…Les sanctions sont judiciaires, donc rendues par des tribunaux, en pleine indépendance du président des USA. C’est d’ailleurs ce que Barak Obama avait rétorqué à François Hollande qui lui avait parlé de la très lourde sanction (10 milliards $) contre la banque BNP-Paribas qui avait travaillé (en dollar) avec des Etats rejetés par les Etats-Unis. Avec Trump, on peut craindre le pire, car l’Europe est un rival économique et commercial largement gagnant face aux USA. Donc il faut la « casser » politiquement, la diviser, et la sanctionner économiquement. La première cible est bien sûr la première de la classe, c’est-à-dire l’Allemagne, 1ère puissance commerciale en UE. La France est le 3ème client des USA. Mais surtout l’Allemagne en est le 1er client. C’est donc surtout l’Allemagne qui est dans le collimateur des USA. Malgré les roucoulades de Macron lors de sa visite officielle aux USA, l’actuel locataire de la Maison Blanche, obsédé par son « América First » s’emploiera à nuire au maximum aux intérêts européens. Autre agression commerciale, une énorme  taxation sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%). Mais là l’UE pourrait rétorquer et taxer plein de produits US ( bourbon, oranges de Floride, jeans, Harley Davidson, etc)

En 2017, le déficit commercial des USA avec l’UE s’élevait à 151 milliards de $. C’est énorme, même si c’est encore pire avec la Chine (déficit de 320 milliards $ ! )

Les USA jouent aussi sur les divisions des Etats européens pour affaiblir l’UE. Tous les moyens sont bons.

Mais le succès commercial de l’Union européenne la rend très dépendante du marché américain (l’Allemagne a comme 1er client les USA). Et les pays à l’Est (Pologne…) sont tournés vers les USA pour leur défense et leur sécurité face aux Russes.

Que peut faire l’UE face au roi Trump, face au roi dollar ? Nous sommes vraiment à la croisée des chemins : c’est l’occasion pour l’UE de prouver son poids commercial et d’imposer sa 1ère place de puissance commerciale du monde !

L’UE s’est présentée pleinement unie, lors du Conseil de Sofia du 16 mai dernier. Elle a montré à Trump qu’il ne peut cibler un pays (l’Allemagne en l’occurrence) pour nous diviser, qu’il trouvera en face toute l’Europe, unie, qui pour l’instant ne veut pas céder au chantage de Trump. Plus que jamais, l’union fait la force ! Nous ne devons plus subir. En plus, si nos dirigeants sont courageux, c’est le seul domaine où l’UE, de par son leadership économique, peut faire du mal à Trump, sur les terres mêmes de son électorat, en détruisant des emplois sur le sol américain si on met nous aussi des barrières douanières énormes sur leurs secteurs d’ exportation déjà fragiles. La guerre, toujours stupide et immorale,  fait des dégâts des deux côtés… Dingo T. fait semblant de ne pas le comprendre, malgré le nombreuses et fondées objections de ses conseillers…Et pourtant il a devant lui des élections difficiles de mi-mandat, pas gagnées d’avance, sans compter ses (futurs ?) problèmes judiciaires (et en Amérique, on ne badine pas avec ça). Mais l’attaque commerciale contre l’Europe ou l’ embargo contre l’Iran sont aussi pour lui une manoeuvre politique de diversion habile. Je doute néanmoins que tous ces “coups” le sauvent à terme de la Justice..

Pour tout autre sujet majeur, l’Europe est hélas un nain face à ce nationaliste arrogant et dangereux, donc méprisable. Cessons d’être naïf. C’est bien un rapport de force durable qui s’engage. L’UE aura-t-elle les moyens de lutter, alors qu’elle est ultra soumise, dominée depuis 1945 par le vainqueur de la seconde guerre mondiale ? Même si, depuis, elle a construit (lentement) une Union européenne forte et efficace sur le plan économique. Mais absolument pas sur le plan politique et militaire !!

Le risque est que l’Allemagne, parce qu’elle est le 1er exportateur et qu’elle risque de perdre gros (sur les 151 milliards de $ d’excédents de l’UE vis-à-vis des USA, la moitié sont dus à l’Allemagne), négocie « seule » avec les USA pour obtenir le plus de dérogations. Par exemple, l’Allemagne vend aux USA pour 1 milliard $ de voitures ! La tentation pourrait être forte de faire cavalier seul et de temporiser avec Trump pour lui soutirer quelques concessions. L’Europe doit rester unie et ferme, c’est une question de survie autant que de morale solidaire. D’autant qu’avec Trump, mieux vaut résister fortement, il a déjà reculé dans ce cas.

Dans un discours prononcé le16 mai 2018, Donald Trump disait « en plus de la Chine et de quelques autres, l’UE a fait beaucoup de mal à notre économie et à nos emplois » ! Et il a conclu : « nous allons imposer le plus haut niveau de sanctions aux entreprises. Les USA ne seront pas les otages du nucléaire iranien ». Nous voilà prévenus ! Les USA attaquent l’UE, comme la Chine, car ce sont de puissants rivaux commerciaux.

A noter la réponse  subtile de Donald Tusk, le président du Conseil européen, au comportement injurieux de l’actuelle administration américaine : « honnêtement, on devrait être reconnaissants envers le Président Trump, car grâce à lui, toutes nos illusions ont disparu ». Et de rajouter : « avec des amis pareils, l’UE n’a pas besoin d’avoir des ennemis ».

Dans l’affaire des pays déclarés “ennemis” de l’Amérique, l’Union européenne est un peu coincée. Dès que l’on utilise le dollar avec des pays sur la sellette, on tombe automatiquement sous le coup de la justice américaine, qui est indépendante et redoutable. C’est le fait du prince, s’érigeant en justicier universel. Déjà, BNP Paribas a été condamné à 10 milliards de dollars. L’entreprise Total, qui commerce beaucoup avec l’Iran, a déjà dit que, si elle ne bénéficie pas de dérogation, elle cèdera son marché à une entreprise chinoise, pour ne pas payer des milliards de dollars d’amende.

Grâce au principe d’extraterritorialité, les USA s’érigent, en droit et en fait, comme le gendarme économique du monde, totalement unilatéral, arbitraire, discrétionnaire. Et parfaitement immoral. En quoi consiste exactement ce principe d’extraterritorialité ? Toute entreprise dans le monde qui « violera » l’embargo américain sera passible de sanctions dès lors qu’elle reviendra sur le marché américain (or, ce sera le cas, puisque l’on commerce beaucoup avec les USA !).

L’extraterritorialité américaine existe depuis 20 ans. Il aurait fallu que l’UE à l’époque hurle, réagisse. Le comble est que c’est une totale ingérence politique sur nos Etats européens, car dans le cas de la sanction contre BNP-Paribas, cette banque n’était pas dans l’illégalité, coté européen. Pour investir en Iran, elle avait l’aval de Paris et de Bruxelles. Mais les USA s’en moquent, la loi pour eux, c’est la leur. Aucune autre. Déjà, il y a quarante ans, tandis que nous avions encore nos monnaies nationales faibles, sous le joug du dollar, un secrétaire au Trésor de l’époque s’était permis de nous dire : “le dollar, c’est notre monnaie, mais c’est votre problème” . No comment ! Aujourd’hui, l’Europe est un peu plus aboutie, grâce à l’euro, mais nos dirigeants ne sont toujours pas à la hauteur, et n’ont pas poussé plus loin l’intégration européenne. Il fallait créer aussi une équivalence juridique et judiciaire afin de contrer cette extraterritorialité unilatérale, essayer, au moins ! La Commission européenne a bien épinglé et sanctionné lourdement Apple, Microsoft ou Google, mais le rapport de force nous est très défavorable.

L’extraterritorialité à l’américaine est aujourd’hui dénoncée par l’UE, alimente des débats d’éminents juristes. En vain. Or, c’est un moment de vérité pour l’UE, qui subit ce rapport de force déséquilibré avec nos libérateurs de 1944. Mais 1944, ce fut aussi les accords de Bretton Woods, qui donnèrent au vainqueur la totale maîtrise du système financier et monétaire….

Par contre, l’UE se rebiffe un peu, face aux menaces de Trump, et a notifié à l’OMC qu’elle prendrait des mesures de rétorsion contre les USA dès qu’ils taxeraient leurs importations d’aluminium et d’acier de l’UE, soit dès le 1ier juin 2018. Là, au moins, à l’OMC, l’UE parle d’une seule et unique voix, comme un Etat fédéral…On est plus fort. Trump va vite s’en apercevoir.

L’Europe parle aussi de réactiver un accord de 1996, jamais utilisé, et dénommé « bouclier juridique ». Il s’agit, ni plus ni moins, de récupérer sur les biens des entreprises américaines situés en Europe, l’équivalent des montants des amendes imposées aux entreprises européennes par la loi américaine. Mais là je suis plus dubitatif sur l’efficacité…

Mais l’Europe pourra-t-elle s’unir, à 28, et demain à 27, pour faire vraiment face à ces agressions ? Pas si sûr, car les intérêts divergent. L’Europe est divisée, fracturée, d’est en ouest. Les anciens pays de l’est ont confiance dans l’Amérique, pour leur sécurité. La vieille Europe (à l’ouest) commence à se fissurer sous les coups populistes et nationalistes. Trump ose même vanter le Brexit, ou le prédire à d’autres! Notre actuelle faiblesse le sert, le conforte. Mais sur le Brexit, justement, l’UE reste ferme et efficace, car unie. Comme quoi c’est bien la seule solution. Trump passera comme les autres, mais l’extra-territorialité judiciaire américaine, cette anomalie non démocratique, perdurera.

Je crains que ce soit comme Munich en 1938, et que la phrase de Churchill ait encore la force de l’actualité : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez eu le déshonneur ET la guerre ! »

Pour Emmanuel Macron, c’est un test de souveraineté européenne. Macron veut une contre-offensive européenne face aux menaces de Trump (et ses sanctions exorbitantes contre toute entreprise traitant avec les ennemis de l’Amérique, partout dans le monde, au nom de l’extra-territorialité).

On verra si les bonnes relations de Macron avec Trump permettront une dérogation pour Total en Iran. Rien n’est moins sûr. Il faut donc réagir, en commençant par vendre ou acheter nos produits en euro ! Mais ce n’est pas si simple, car les USA savent imposer le dollar à beaucoup de pays et en plus d’autres pays l’exigent car ils ont plus confiance dans la première monnaie du monde. Là nous payons la crise grecque, qui a fragilisé à un moment  la zone euro, avec nos longues négociations…. Nous nous sommes tirés une balle dans le pied…

Ce qui se passe dans le monde est grave pour l’UE. Que fera-t-on si on a un problème avec la Russie ? Les USA nous feront du chantage. L’Europe, combien de divisions, pour reprendre la formule du dictateur Staline ? On n’a pas de force militaire, depuis le rejet français de la CED, en 1954. On est 28 petits chefs d’Etat minuscules, sans aucun pouvoir face à l’ogre américain. Et c’est comme ça depuis 1945.

Trump ne fait que rajouter de l’arrogance ou de l’injure à notre endroit. Mais Bill Clinton, dans un discours sur l’Etat de l’Union, avait déjà osé dire : « l’Amérique se définit comme la seule Nation indispensable au monde ». Cela a le mérite de la franchise. Il est vrai que les Etats-Unis, depuis le vingtième siècle post 1945, dominent le monde: ils ont l’absolue suprématie militaire, diplomatique, monétaire, financière, scientifique (recherche, brevets, Gafam), culturelle. L’UE n’est devant “que” sur l’économique et le commercial, ce n’est pas rien, mais ça ne fait pas une super-puissance, nous resterons des vassaux des Américains ( puis des Chinois) tant que nous n’aurons pas réussi à faire des ” Etats-Unis d’Europe”.

Cette outrance américaine existe depuis toujours, bien avant Trump. Celui qui est le plus fort abuse souvent de sa suprématie. Avant les Américains, on a eu Jules César, ou Napoléon…Tous ont abusé de leur ” monopole de la violence légitime”, en toute impunité. L’Europe a eu aussi un (long) temps de domination outrageuse, avec les périodes coloniales, et les “empires”. Puis les Etats-Unis ont pris la place d’une Europe détruite par deux guerres mondiales. En créant même leur propres règles de droit, en dominant le monde.

Les USA ont d’ailleurs toujours dressé une liste noire, via le Trésor américain (outre l’Iran on y trouve des pays comme Cuba, l’Angola, des organisations terroristes aussi comme le Hamas, les Frères musulmans.. ) et ont toujours fixé leurs propres sanctions. lls sont “à côté” de l’ONU  ! Et font usage de leur droit de veto, souvent…Chirac n’avait pas osé l’utiliser, en 2003, lors de l’invasion de l’Irak par G.W. Bush. Ils rejettent la Cour pénale internationale. Sait-on jamais… Du coup, toute entreprise du monde, ou des ONG / Fondations doit aller voir le Trésor américain, et sa filiale l’OFAC, et demander l’autorisation (!) de commercialiser avec ces pays “fichés”. L’autorisation du Trésor est donnée si le produit ne comprend pas plus de 10% de composants américains (ce qui n’est pas le cas, même pour les Airbus, où il y a bien plus de 10% de « made in USA »). Même pour vendre des avions à l’Iran, des avions européens, ont doit donc être autorisé. Redoutable, le dispositif US.

Cela montre à quel point on est dépendant des Etats-Unis !! Et pourquoi ne ferait-on pas la même chose, avec tout ce qu’on exporte dans le monde (bien plus que les Américains) ?

Trump, fidèle à ses engagements, s’est déjà retiré de la COP21, et de tout accord qui le lierait (comme le TTIP).

Trump est hélas cohérent pour accentuer ce rapport de force avec le reste du monde (America First !) : retrait de l’accord transpacifique ; de la COP 21 ; du financement de l’UNESCO ; de l’accord sur le nucléaire iranien ; etc. Il dynamite l’ordre mondial, sa régulation, les textes de l’ONU, etc. Gravissime. Et sur la forme, il pratique un mépris arrogant.

Le rapport de force dépasse de loin le cadre de l’Economie. Il concerne toute la géopolitique du monde. L’Iran, c’est le soutien à la Syrie de Bachar al Assad. C’est donc l’allié de la Turquie ; un certain lien avec la Chine. En face, on a les Etats-Unis, Israël, l’Arabie Saoudite, et bien sûr l’Europe.

Sauf que l’Europe n’est qu’un spectateur, au mieux un accompagnateur des USA, et ce depuis des décennies… Et le drame c’est que l’UE a renoncé à conduire son destin, en ne faisant pas l’union politique, en ne devenant pas une puissance militaire, culturelle, diplomatique, politique. Elle est restée à 28 pays, morcelés, de plus en plus divisés avec des Chefs d’Etat minuscules, peureux, qui ne font pas le poids face à l’ogre américain, et demain chinois, tout aussi nationaliste et dangereux. Il va quand même falloir un jour que l’Europe se réveille et dépasse le stade du commentaire ou des lamentations.

Car ce qui se passe est bien plus grave que la « perte » des marchés de Total en Iran, et tous ces obstacles économiques. C’est la géopolitique du monde, de plus en plus tendue, qui se joue. Sans nous. car l’Europe ne s’est pas faite sur le plan politique : l’UE dépend de l’OTAN pour sa défense, et l’OTAN ce sont les Etats-Unis. SI on a un problème avec les Russes, on sera bien content d’être protégés par les USA. Et là, on ne pourra qu’approuver leurs oukases. Donnant, donnant. Les rapports de force sont souvent cruels.

Il serait donc temps de reprendre en main notre destin, en allant plus loin dans l’intégration européenne. Nous n’avons pas le choix. Car Trump avance : il a approuvé fortement le Brexit, allant jusqu’à espérer qu’il y en ait d’autres. Dès le début de son mandat, il fait tout pour casser l’Allemagne (il ignorera et refusera de serrer la main d’Angela Merkel à Washington !), et surtout casser l’alliance chez les Européens. Malgré ses risettes à Macron. D’ailleurs, au moment même où je rédige ce blog, Dingo Trump vient de confirmer que ses surtaxes sur l’acier et l’aluminium (25 et 10 %) frapperaient l’UE, le Canada et le Mexique. Il a osé ! ça va faire mal, des deux côtés de l’Atlantique…

L’UE a beau être la 1ère puissance économique du monde, ça ne suffit pas pour peser. Le dollar roi, c’est de la géopolitique avec la plupart des transactions commerciales en dollar, et plus de 60% des réserves mondiales de change ! Tout est lié.

On vient d’aller bombarder la Syrie car Trump l’a voulu. Hollande avait du y renoncer, car Obama ne voulait pas ! Les attaques en Libye de Sarkozy furent conduites sous commandement américain (sur le plan des calculs de visée). Car les pays de l’Europe restent nationaux sur le plan militaire (quelques sous-marins nucléaires d’attaque face à l’armada américaine monstrueuse). Une force ridicule. L’OTAN c’est l’Amérique, l’Europe est un supplétif…

L’UE elle-même n’est pas unie concernant l’accord nucléaire sur l’Iran, car justement, ce sont seulement 3 pays qui l’ont signé (Allemagne, France, Royaume-Uni) et pas le reste de l’UE !

Des centaines ou milliers de PME aussi, françaises ou européennes, sont piégées par l’embargo américain sur l’Iran. Et les banques de ces sociétés sont très prudentes et attendent. Aucune banque française ne va financer un crédit à une société pour faire un investissement sur l’Iran, car elles ne veulent pas perdre leur licence avec les USA (marché sûr) au profit d’un marché iranien plus aléatoire.

Renault et Peugeot représentent 41% du marché automobile iranien. Mais Renault ne pourra plus vendre à l’Iran, car il est allié à Nissan. Et Nissan est très implanté aux USA ! Peugeot ne peut pas braver les USA, non plus, car il achète tous ses composants en dollar. Sinon il tomberait sous le coup de l’extraterritorialité US et se priverait de ses fournisseurs. Impensable ! Décathlon avait l’ambition d’ouvrir 100 magasins en Iran. Ils n’en ont ouvert aucun. La Deutsche Bank a payé 9 milliards d’euros d’amende. La BNP, 10 milliards. Dans la liste des marchés pointés par Trump, il y a l’énergie et l’automobile. Et on ne peut même pas se risquer à payer en euro en achetant des produits à l’Iran, car c’est prendre le risque de se voir en représailles fermer un marché beaucoup plus important aux Etats-Unis !!

Il y aurait une solution : investir, et tout payer en euros ! Pas si simple. Il faudrait une forte volonté, une Europe unie, et que les deux parties acceptent l’euro. Sinon, il faudra attendre la fin du mandat de Trump pour pouvoir retourner en Iran. Et encore…

Trump a une autre arme magique : la défiscalisation forte aux USA, pour accueillir les talents, les investisseurs, les sociétés (au taux bas) européennes et autres. Les USA sont un marché autonome, indépendants sur le plan énergétique. Ils peuvent attirer le monde entier !! L’Europe n’a pas ce pouvoir car elle n’a même pas fait l’harmonisation fiscale, au nom de nos micro souverainetés nationales ! Lamentable.

Paradoxe : Dingo a l’air d’être encore plus sévère contre l’UE que contre la Chine ! Il a quand même menacé la Chine de 150 milliards de dollars de sanctions. Mais ça nuirait à toutes les chaînes de valeurs, y compris les entreprises américaines. Alors il recule. La Chine doit lui faire encore un peu peur, car elle échappe, elle, aux surtaxes sur l’acier et l’aluminium  qu’il impose illégalement à l’UE, au Canada et au Mexique !

Autre arme : le roi dollar n’est pas près d’être détrôné par l’euro. C’est la monnaie qui inspire le plus confiance : dans les caisses des banques centrales, 64% des billets qui y dorment, sont des dollars. 20% sont des billets euros. Et 8 achats sur 10 se règlent partout sur la planète, chaque jour, en dollar. C’est du quasi monopole. Même Airbus n’y échappe pas. Récemment 80 Airbus, pour 9 milliards, ont été vendus au Mexique : en dollar. Même les ventes d’Airbus à l’intérieur de l’Europe, se font en dollar !! Le risque est que l’Allemagne, parce qu’elle est le 1er exportateur et qu’elle risque de perdre gros (sur les 150 milliards de $ d’excédents de l’UE vis-à-vis des USA, la moitié sont dus à l’Allemagne), négocie « seule » avec les USA pour obtenir le plus de dérogations. Trump nous tend un piège. L’Europe doit rester unie et ferme. On doit être solidaire dans la tourmente. Question de survie.

Mais il faut rappeler que l’euro n’a que 20 ans, même pas. Le dollar a mis 110 ans à détrôner la Livre sterling, 1ère monnaie mondiale absolue ! En plus, la zone euro a montré des faiblesses avec la crise grecque, ce qui a affaibli la confiance en l’euro. Et en plus, il y avait des pays qui voulaient sortir de la zone euro (dans le programme du Mouvement 5 Etoiles, en Italie). Le dollar est roi car il est adossé à un Etat fort. Le dollar est idolâtré même. Chaque billet est frappé du « In god we trust ». Le dollar fait corps avec la nation américaine. Pas l’euro, hélas. On n’a pas de nation européenne, nous. L’euro, réussite exemplaire, se heurte toujours à 19 Etats morcelés, donc moins forts structurellement.

Parallèlement, Xi Jiping veut faire du yuan une devise internationale. En attendant, la Chine investit massivement dans la dette américaine, et achète donc des dollars ! C’est une façon de dominer un peu l’Amérique !

Les USA ont tous les atouts : pour avoir une grande monnaie de réserve mondiale, il faut être un grand pays, puissant, il faut inspirer confiance, et il faut pouvoir émettre des obligations unifiées (comme aux USA). Or en Europe, on achète des OAT français, ou des Bunds allemands. Il faudrait des eurobonds, mais les Allemands n’en veulent pas. On en parle depuis des années…

Les Américains imposent tout le temps leur loi : ils n’ont pu nous empêcher de créer notre monnaie européenne (sans doute parce qu’ils n’y croyaient pas !!)  mais ils nous surveillent de près.. Un exemple concret: en 2005, le Japon et la Chine voulaient acheter pas mal d’euros pour les mettre dans leurs réserves de banque centrale. Mais Le Secrétaire d’Etat à la Défense est allé voir les deux gouvernements pour leur dire : « les réserves de change en dollar, ce n’est pas négociable » ! Et ils ont plié. Les deux ! Car les USA protègent le Japon et la Chine, au cas où ! Donc ces deux pays sont redevables ! Et l’UE n’a rien dit !! Le dollar est bien roi. Roi planétaire. Et celui qui a LA monnaie mondiale dirige le monde. C’est pourquoi la Chine y pense déjà, et se prépare…Tandis que nos dirigeants européens, béats, blablatent, tergiversent, comme toujours. Incroyable ! Pour nous aussi, l’euro c’est vital. Défendons le, au moins ! Que deviendrons nous, si les deux géants s’accordent un jour, le déclinant et l’émergent, pour créer un “Yuan-Dollar” ? Nous aurons bonne mine…C’est sur cela, qu’il faudrait travailler, en Conseil européen, être visionnaire, anticiper les ‘grandes manoeuvres” des autres, cesser de subir… Mais je dois rêver..

On en revient toujours aux mêmes solutions : renforcer l’UE, faire un budget de la zone euro, un ministre des finances de cette zone. Mais on est divisés.

Paradoxe : Trump veut un dollar fort aussi. Mais là, il va pénaliser un peu plus ses exportations, dont la balance commerciale est déjà très déficitaire ! Et cela creusera un peu plus le déficit !

Sur d’autres plans, l’UE est très vulnérable, aussi. Voir les nouvelles technologies, le secteur le plus stratégique de demain. L’UE n’y est pas : les GAFA (ou GAFAM, en incluant Microsoft) sont tous américains. Aucun européen. Donc en cas de bras de fer dur, l’Europe perdra : on n’aura plus d’ordinateur, de téléphone portable. On est vulnérable. Pourtant, il va bien falloir prendre des mesures de représailles contre les produits américains, les surtaxer, mettre ou durcir des normes sanitaires, etc. Sinon nous serons les dindons de la farce.

Une Union politique serait évidemment une bonne stratégie ! Mais cela fait 20 ans qu’on en parle. 20 ans qu’on ne la fait pas. Quel gâchis. Macron veut aller plus loin avec l’UE, mais le roi est nu : les Anglais s’en vont, Merkel est fragilisée avec un parti d’extrême droite ( AfD) qui a 92 députés au Bundestag, l’Italie retourne dans un chaos durable. La France est isolée, mais est un pays (encore) stable.

C’est à nous tous, à Paris, Berlin et Bruxelles, qu’il faut prendre des initiatives, chez nous, pas à Washington. Après Trump, et même après les Etats-Unis, qui amorcent un lent déclin, viendra le tour de la Chine, ce ne sera sûrement pas une sinécure, non plus…Et l’Europe, alors ?

Il est temps de démontrer le bien fondé de l’existence de l’Europe, et de faire taire les eurosceptiques. Car l’Europe reste, plus que jamais la solution. Parachevons-la, enfin ! Sinon, nous finirons américano-chinois, vassalisés…Beurk !

C’est maintenant ou jamais, qu’il faut réagir ! Vive l’Europe ! Haut les Coeurs !


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