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Elections législatives européennes de mai 2019 : grâce aux citoyens, l’Europe résiste aux nationalismes, renouvelle ses dirigeants et essaie de se donner les moyens d’aller de l’avant face aux grands défis qui la guettent… Décryptage et analyse.

31 juillet 2019

Tout d’abord, et ce fut la première surprise, ce scrutin important pour 513 millions d’Européens répartis dans 28 Etats-membres, a connu un certain succès.

Les prédictions pessimistes, voire inquiétantes, sur une « abstention record », rabâchées depuis des mois par les commentateurs, politiciens et médias, étaient fausses. Non seulement l’abstention n’a pas augmenté, mais elle a significativement baissé, une première depuis…25 ans.

La deuxième bonne surprise, très importante aussi, c’est qu’il n’y a pas eu de « raz de marée » des partis nationalistes et europhobes, une réelle poussée, certes, mais pas une percée. De sorte que cela ne changera pas grand chose, faute de consensus et d’alliances entre ces groupes nationalistes au sein du Parlement européen. Ces partis forment le 5ème groupe du Parlement, mais il passera 4ème, devant les Verts, quand le Brexit sera acté. Mais ils sont profondément divisés entre eux. Ainsi le PiS polonais va au CRE ; le Fidesz hongrois de Viktor Orban reste au PPE ; le mouvement 5 Etoiles va chez les Non inscrits..

A noter néanmoins la progression des votes pour ces listes, qui arrivent en tête dans 3 grands Etats :  France, Royaume-Uni et Italie. Mais stagnent dans les autres Etats voire reculent, comme au Danemark.

Le riche travail législatif du Parlement européen pourra donc continuer sans obstructions majeures, ainsi que - souhaitons-le – la poursuite des avancées de l’Union européenne tant pour les citoyens européens que pour renforcer le poids de l’Union sur une scène internationale de plus en plus concurrente ou agressive.

Ce qui est rassurant c’est que dans les grands moments de choix décisif ou stratégique, les groupes politiques de ce nouveau Parlement, de la droite à la gauche, ont immédiatement su s’unir et faire bloc pour empêcher les partis d’extrême droite et europhobes de prendre la présidence de l’une ou l’autre des vingt Commissions parlementaires. C’est ce que l’on appelle le « cordon sanitaire »…Le loup tourne autour de la bergerie, mais sans en avoir les clés. Or une présidence de Commission donne plus de pouvoir, en temps de parole, en force de propositions de lois et d’amendements, en indemnités octroyées aux partis politiques.

Une élection finalement rassurante

Cette neuvième législature du Parlement européen a donc consolidé, finalement, les forces pro-européennes, grâce aux citoyens européens qui se sont mobilisés. C’est de bon augure pour la suite.

Pour la première fois depuis 1994, le taux de participation a augmenté significativement, de 8,5 %. L’Europe a déjà gagné sur ce plan là. Ce chiffre de 8,5 %, me direz vous, n’est pas, en soi, énorme. Sauf qu’il s’agit quand même de 8,5 % de votants en plus sur…427 millions d’électeurs inscrits. Et comme il y a eu 51% de votes exprimés, cela représente 218 millions de votants, soit 36 millions de votants de plus qu’aux précédentes élections de 2014, ce qui n’est donc pas négligeable. Et le slogan qu’avait choisi l’Union pour cette élection était bien vu :«  Cette fois je vote ». Il fut entendu.

Cerise sur le gâteau, les Jeunes (18 à 24 ans), souvent assez abstentionnistes, se sont mobilisés dans ce scrutin, passant de 28% (en 2014) à 40%, contribuant ainsi à cette hausse substantielle de la participation. Et ils ont plus voté écologiste, en France et en Allemagne surtout. Car l’Europe de «  l’Est » a encore du mal avec la thématique environnementale, privilégiant la forte croissance et la consommation (décalage encore avec l’ « Ouest », même s’il se réduit grâce aux financements européens).

Les raisons de cette meilleure participation électorale ont été décryptées par les services d’Eurobaromètre, qui ont identifié les principaux sujets ayant influencé le vote des citoyens : l’économie et la croissance, le changement climatique, les droits de l’homme et la démocratie, l’influence relative de l’Union face aux Etats-continents…Un contexte international très tendu avec les agressions commerciales de Donald Trump contre la Chine mais aussi contre l’UE (l’allié historique !!), dont il craint la puissance commerciale (l’UE occupant la première place), les cyberattaques de Poutine (il n’y a plus de doute sur les attaques contre Hilary Clinton lors de l’élection présidentielle de 2016), les ambitions commerciales mais aussi géopolitiques de la Chine, qui brigue à terme la première place absolue et crée ses propres « GAFAM » alors que l’Union reste inerte, le Brexit et la déstabilisation rampante du « Royaume Désuni », qui montre chaque jour davantage que l’Union avait quelques avantages…Sans compter la montée inquiétante des nationalismes un peu partout dans le monde (Brésil, Inde, Turquie, etc).

Tous ces évènements en tension ont sans doute joué un rôle dans les opinions publiques européennes lors du vote des élections européennes, amplifiant une reconnaissance des acquis communautaires (seul endroit au monde où l’on vit libre et en paix totale depuis 74 ans), adoptant la célèbre formule : « Quand je me contemple, je me désole, mais quand je me compare, je me console ! ».

Les enquêtes ont d’ailleurs montré que le soutien des citoyens européens à l’égard de l’UE est à son plus haut niveau depuis…1983 : 68% de ceux qui ont répondu estiment que leur pays a bénéficié de l’appartenance à l’Union, et 68% encore lui trouvent plus d’avantages que d’inconvénients. 75% sont attachés à l’euro, et ne veulent absolument pas l’abandonner ! Ce qui explique le revirement spectaculaire de toutes les extrêmes droites (Le Pen ; Salvini..), obligées de faire avec ! D’ailleurs, aucun gouvernement eurosceptique ou europhobe, à l’ouest comme à l’est de l’Europe, ne veut quitter l’Union ; A cause de l’ « exemple » du Brexit, mais aussi pour les incontestables avantages du marché unique, de l’union douanière et bien sûr des dizaines de milliards de fonds européens d’investissements stratégiques qui assurent des emplois, un niveau de vie convenable et une réduction des inégalités entre les territoires et entre les Etats-membres.Un autre chiffre est encourageant : 56% des citoyens interrogés considèrent que leur voix compte dans l’UE.

Du coup, dans ce climat mondial tendu ou délétère, où les propos se radicalisent, dans des postures hostiles (taxes sur les importations, embargo, extraterritorialité américaine (crée depuis 1993 déjà !…), menaces, manœuvres militaires, twitt agressifs, hackers, incertitudes face à un Brexit sans accord…) il semble que nombre de citoyens européens ont voulu non seulement aller voter, mais attendent davantage de l’UE, en terme de protection, mais aussi en termes de consolidation de la construction européenne, de son émancipation (défense, sécurité, liberté de commercer sans l’aval américain, etc…), de son approfondissement pour garder son rang, ses valeurs démocratiques, ses niveaux de vie et tous ses acquis. Il y aurait une prise de conscience collective que l’UE, de par son poids économique, gêne la première puissance mondiale actuelle (USA) et gênera celle qui la remplacera dans une ou deux décennies (Chine), sans oublier l’Inde, en embuscade.. Et on commencerait à comprendre que l’UE est une réussite, mais est très petite démographiquement (7% de la population mondiale ; 5% dans vingt ans!), face aux géants de demain (Asie et Afrique). Bref, plus que jamais, l’Union fait la force, unie dans la diversité. Ce n’est plus une option, cela devient une nécessité vitale.. L’UE est certes perfectible, et doit être rénovée, et approfondie pour répondre aux défis et enjeux majeurs (climat, sécurité, défense, migrants, numérique,etc… car un Etat seul , fut-il l’Allemagne ou la France, ne pèsera plus grand chose dans peu de temps (entre 2030 / 2040) face aux mastodontes actuels et futurs, disparaissant déjà du « TOP 10 » en 2030. Le nier serait irresponsable et suicidaire.

Aussi, les résultats de ces neuvièmes élections législatives sont pleinement en phase, finalement, avec les opinions publiques : 67,5 % des forces politiques au Parlement européen sont pro-européennes, restant largement majoritaires. Certes les forces politiques nationalistes progressent, représentant désormais 27% du Parlement, (23,5% en 2014) mais sont profondément divisées. Eh oui, le nationalisme, c’est la haine de l’autre, malgré quelques tribunes politiques communes et des sourires de façade. Les exemples de division sont légion, je prendrai juste trois exemples : Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur italien et homme fort d’une coalition improbable, ne cesse de demander aux Etats voisins (donc la France en premier!) de la solidarité (essence même de la création de l’ Union) pour se répartir équitablement les migrants. Or Le Pen et quelques autres ne veulent aucun migrant…

Par ailleurs, la Pologne et d’autres pays de l’Est, ou les pays baltes, ou encore la Finlande ne veulent pas entendre parler des Russes (rapport à l’Histoire, tragique et cruelle envers ces populations), alors que Le Pen est reçue par Poutine et financée par ses banques ! Le parti Fidesz d’ Orban grand vainqueur des élections européennes en Hongrie, restera finalement au PPE (parti populaire européen, arrivé à nouveau en tête), car il ne veut