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Le vaccin et la Covid-19 : l’UE à la traîne ?

25 novembre 2020

Bien que l’UE n’ait pas beaucoup de compétence en matière sanitaire, chasse gardée (avec tant d’autres) par les chefs d’Etat et de gouvernement, elle n’est pas restée inactive depuis mars 2020 face à la crise sanitaire, multipliant les recommandations, proposant des coopérations, incitant constamment les Etats membres à se coordonner au maximum, y compris sur des aménagements de frontières afin d’installer des « corridors sanitaires ». Elle a su aussi réorienter des fonds du budget européen vers l’achat de masques, d’équipements médicaux, à commencer par les respirateurs. Elle a encouragé les transferts de malades entre Etats membres lors du pic de la pandémie, à la première vague comme à la seconde. Mais elle n’a pas assez d’autonomie et surtout de budgets conséquents.

Nous ne viendrons à bout de cette épidémie terrible, mondiale et mortelle, que lorsque nous saurons nous prémunir collectivement de ce virus par un (des) vaccin(s) efficace(s).

Là encore, l’UE fait ce qu’elle peut avec les moyens dont elle dispose. Elle soutient la recherche pour un vaccin, en favorisant les avancées scientifiques grace aux moyens de son instrument « d’aide d’urgence », d’un montant de 2,7 milliards €. Ces moyens vont aux laboratoires privés les plus avancés dans leur recherche. L’Agence européenne des médicaments veille à pré-commander des doses de vaccins venant de laboratoires américains et allemands, comme le tandem Pfizer / BioNTech (allemand) ou Moderna (USA). Elle a déjà réservé 15% de leurs doses efficaces à 90%, soit le dernier stade avant l’homologation, et qui seront naturellement partagées entre Etats membres.

L’UE veut rattraper son retard, avec plusieurs laboratoires de recherche européen performants, comme le britannique Astra Zeneca, qui a déjà un vaccin en phase 3, peu cher par rapport à Pfizer / BioNTech, et facile à stocker, à -20° au lieu de -70° pour Pfizer. Mais il a une efficacité de 70% seulement pour l’instant. L’UE lui a pré-réservé 300 millions de doses (dans l’attente d’une totale efficacité, bien sûr). 300 millions sont également pré-réservées chez Sanofi, et bien d’autres laboratoires européens. Au total 1,9 milliards de doses sont déjà commandées. L’Agence européenne des médicaments (AEM) envisage la distribution d’un premier vaccin dès janvier 2021.

En juin dernier, l’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas ont lancé l’Alliance européenne pour le vaccin contre la Covid-19, en lien avec la Commission européenne et ouverte aux autres Etats membres. Cette alliance s’emploiera à « dénicher » partout en Europe et dans le monde des laboratoires sérieux et à leur « pré-réserver » des millions de doses dans un contexte de forte concurrence internationale.

Cette course aux vaccins et à la recherche, outre son enjeu sanitaire, a aussi un fort enjeu politique et diplomatique. Il s’agit de la souveraineté sanitaire européenne. Cette crise du coronavirus a souligné les dépendances de l’Union aux marchés chinois et indiens en matière de production de médicaments. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’Europe produisait, dans les années 1990, 80% des médicaments qu’elle consommait. Aujourd’hui, ce sont la Chine et l’Inde qui fournissent 80% des matières premières nécessaires à l’élaboration de ses médicaments !

A cet égard, saluons l’attitude du français Sanofi qui a assuré que la production de doses se ferait sur le sol européen, ce qui n’était pas aussi évident de sa part au début.. Espérons que d’autres grands labos suivront pour redonner à l’Union un peu d’autonomie dans la chaîne pharmaceutique.

Il reste toutefois une interrogation majeure : à qui les laboratoires géants, engagés dans la recherche d’un vaccin, vendront-ils en priorité leur vaccin, face à une demande mondiale exponentielle ? Surtout si la pandémie dure, comme la plupart des pandémies mondiales (Ebola, SRAS …). Car ces gros labos ont signé des contrats avec les plus grandes puissances mondiales, dont l’UE bien sûr. Mais qui sera servi en premier ? Les Etats-Unis, qui sont encore la première puissance mondiale, ou l’UE ? Et dans l’UE, qui en priorité, l’Allemagne ou la Croatie ? La France ou Malte ? Sans compter quelques chantages, comme le laboratoire Moderna (américain) qui a déjà contracté avec les Etats-Unis, le Japon et le Canada, et a prévenu l’UE que ses livraisons seraient faites en tenant compte de la date de signature des contrats de pré-commandes…Cette attitude est efficace puisque l’on vient d’apprendre l’imminence d’une signature avec l’UE..

Sur le plan éthique, plusieurs eurodéputés ont demandé aussi qu’il y ait plus de transparence dans les contrats signés par la Commission européenne : sur leur prix, le site de production des vaccins, la responsabilité juridique des laboratoires en cas d’effets secondaires. Ils réclament aussi la transparence des résultats des essais cliniques, certes rendus publics par l’AEM, mais a posteriori. Une publication avant la mise sur le marché permettrait à des experts indépendants de pouvoir juger également de leur validité.

La Commission européenne tente aussi de coordonner la future distribution des vaccins et les campagnes de vaccination. Elle recommande particulièrement aux Etats-membres de communiquer sur l’intérêt du vaccin pour donner confiance aux citoyens. Dans certains pays dont la France, une large part de la population est hostile aux vaccins. Sera-ce le cas encore, concernant la Covid-19 ? Ou la peur de ce terrible virus infléchira-t-il cette position ? L’enjeu est majeur, car si des populations entières ne se vaccinent pas, le virus pourra circuler dans nombre de « cluster » et passer des frontières… Les populations à vacciner en priorité seront bien sûr les personnes les plus âgées et/ou les plus fragilisées.

Le vaccin est un enjeu majeur pour l’Europe. Il devrait arriver, au mieux, en janvier 2021, ce qui serait un exploit, un peu plus d’un an après le début de la pandémie (née en Chine en octobre 2019). Rappelons qu’un vaccin, en général, demande 18 à 24 mois d’élaboration et de tests massifs.

L’UE a été durement touchée depuis mars 2020. Nous en sommes aujourd’hui à 400.000 morts, dont les deux-tiers au Royaume-Uni, en Italie et en France. Sans compter les centaines de milliers de personnes qui gardent de nombreuses séquelles. Et ce n’est hélas pas terminé, loin de là. C’est dire si les vaccins sont attendus avec impatience !

Urgence sanitaire mondiale, urgence économique et sociale, enjeu géopolitique énorme aussi (Chaque puissance veut marquer l’Histoire !!!) font que l’on n’a jamais eu autant de concentration de recherches publiques et privées, et de budgets colossaux pour trouver « le » vaccin-miracle. Dans une compétition effrénée entre Etats, entre idéologies. Ce sera sans doute le vaccin homologué le plus rapidement dans l’histoire du monde. Il sauvera la planète, et des millions de vies. Mais réconciliera-t-il les Hommes ? J’en doute…