BCE : NOUVELLE BAISSE DES TAUX !
Et de 5 ! Jeudi 5 février, la Banque Centrale Européenne a encore abaissé son taux directeur d’un demi-point, ce qui va encore baisser le coût du crédit pour tout le monde (dans la zone euro) : collectivités, entreprises et particuliers.
Depuis octobre 2008, la Banque Centrale européenne fait preuve d’une grande responsabilité et d’un réel pragmatisme : desserrer au maximum les contraintes du crédit en le rendant le moins coûteux possible. Tout en préservant les grands équilibres qui lui sont assignés, notamment la crédibilité de la monnaie européenne.
En 5 mois, et c’est historique pour les dix ans d’existence de la banque européenne, son taux directeur est ainsi passé de 4,25% à …1,5%, du jamais vu depuis la création de l’euro en 1999 ! Comme quoi, la banque européenne n’est pas aveugle, rigide ou dogmatique, elle s’adapte en permanence aux circonstances, voilà tout. Comme toute grande banque centrale.
Et les circonstances économiques…. ne sont évidement pas brillantes, du moins pour 2009. La BCE envisage désormais, en effet, un recul du PIB de la zone euro (16 pays) de 2,7% en 2009, mais une « simple » stagnation en 2010. Ce qui changera tout… J’y reviendrai.
En baissant encore d’un demi-point son taux directeur, le « loyer de l’argent », comme on dit, va donc, par répercussion automatique et obligatoire, baisser à son tour de 0,50% dans toutes les banques qui nous prêtent à nous, particuliers, entreprises, collectivités.
En France, le crédit va donc passer, dans les prochaines semaines, de 4,6% (en moyenne) à 4,1%. Certaines banques tenteront peut-être un 4%, voir un 3,9%. Faites jouer à bloc la concurrence !
Concrètement, cela veut dire que sur un crédit de 150.000 € empruntés sur 20 ans, on économisera 10.000 €. Voilà qui redonne immédiatement du pouvoir d’achat à tout emprunteur (achat voiture, immobilier). C’est bon pour l’économie, pour le porte-monnaie et pour le moral.
N’oubliez pas le conseil que je vous donnais déjà dans mon blog, il y a quelques semaines : surtout, prenez un taux fixe ! Un taux variable, c’est vraiment trop risqué. Surtout en cette période d’instabilité.
La seconde arme majeure dont dispose la BCE est sa capacité – je devrais dire sa force de frappe – à injecteur massivement des liquidités, sous forme de prêt, dans un secteur bancaire encore trop prudent ou frileux pour se prêter entre collègues, ou prêter à ses clients.
Et là, vraiment, heureusement qu’on a la « banque des banques » qui dispose d’un capital solide reposant sur 16 pays. L’union fait la force. La BCE a une puissance d’intervention très supérieure à, autrefois, la banque de France, et même la Bundesbank.
Et elle joue à plein cette carte maîtresse, depuis le début de la crise américaine, en août 2007. Elle a évidemment intensifié son refinancement massif des banques depuis septembre 2008, avec la faillite de Lehman Brothers. En clair, elle pallie la crise de liquidités des banques, en permanence, et au jour le jour, leur prêtant jusqu’à 200 milliards d’euros pour un ou deux jours, à taux fixe (donc sérieux), et jusqu’à … six mois.
Tout récemment, elle a encore prêté 700 milliards d’€ en une semaine. Aucune banque nationale n’aurait tenu un an et demi (depuis août 2007) à ce rythme !
Et ça marche : non seulement, les banques n’ont pas faillite, mais elles recommencent à se prêter davantage entre elles. La preuve vient des statistiques publiées par la BCE, cette semaine : elle prêtait aux banques françaises jusqu’à 230 milliards par jour, au jour le jour, en décembre 2008. En février 2009, elle n’a plus besoin de leur prêter, au jour le jour, « que » 100 milliards.
Le marché du crédit ne fonctionne pas encore de manière optimale, mais à l’évidence cela va mieux.
Avec un tel bouclier, la banque centrale européenne nous protège aussi de tout risque d’effondrement de la zone euro, puisque le crédit va continuer à irriguer l’économie, de plus en plus. D’ailleurs, si les pays les plus en difficulté sont les pays d’Europe centrale et orientale, c’est précisément parce que, n’appartenant pas (encore) à la zone euro, ils ne bénéficient pas automatiquement des prêts de la BCE, ni aux mêmes conditions. C’est pourquoi la plupart de ces pays voudraient rejoindre, au plus vite, la zone euro. Mais les critères d’adhésion à l’euro sont stricts (la France s’en souvient !) et doivent, globalement, le rester, si l’on veut, justement, garder une monnaie stable et solide, qui nous protège.
Dans sa conférence de presse, jeudi dernier, Jean-Claude Trichet, le président de la banque, a confirmé son relatif optimisme pour 2010, ce qui est une bonne nouvelle, car l’homme ne s’épanche pas dans un optimisme de façade, généralement…
Il a déclaré également que la BCE envisageait des « nouvelles mesures non conventionnelles » pour stimuler l’économie. Encore une très bonne nouvelle qui montre bien que la BCE en a « encore sous le pied », même si elle doit rester évidemment discrète, pour que ces mesures soient efficaces.
Je me risquerai à un pronostic : outre ses deux politiques majeures (baisser le coût du crédit et injecter massivement des liquidités), elle pourrait peut être acheter des actifs financiers, comme vient de le faire la Banque d’Angleterre. Elle pourrait racheter des créances à court terme (« le papier commercial »), comme le font la Banque d’Angleterre et la Réserve Fédérale américaine. Elle pourrait encore, à l’instar de la Banque du Japon, utiliser ses réserves de change pour les prêter aux entreprises qui ont des difficultés à se financer en devises.
En revanche, elle ne pourra pas, à la différence de ses collègues, souscrire des emprunts du Trésor des pays membres de la zone euro. Le Traité de Maastricht le lui interdit. Mais, cela ne serait nécessaire qu’en cas de risque de faillite d’un Etat membre, impensable en zone euro.
Avec les moyens substantiels dont elle dispose, la BCE agit, et veille sur « ses » Etats membres en permanence, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, minute par minute. Au sens propre comme au sens figuré. Car la valeur de la deuxième monnaie du monde et le sort de 320 millions d’Européens qui la détiennent n’attend pas.
Et heureusement.
En ce marasme des esprits, comme de l’économie, c’était mon « coup de cœur » de la semaine.
C’est rare !
08 mars 2009 à 21:00
Alors une seule pensée :
“Vive Jean-Claude T” !
08 mars 2009 à 21:18
Monsieur. Merci pour votre analyse ; votre optimiste me réconforte pour l’avenir. Cordialement
09 mars 2009 à 8:55
QU’Y A-T-IL DE SI ETONNANT A CE QUE LA BCE ABAISSE SON TAUX DIRECTEUR, SUIVANT EN CELA ET AVEC RETARD UN MOUVEMENT GENERALISE AUX GRANDES BANQUES CENTRALES DU MONDE ? D’autant que ses prévisions d’inflation pour 2009, qu’elle a elle-même revues à la baisse (fourchette de 0,1 % à 0,7 %), se situent bien en deça de son objectif de 2 % annuel. Ce qui veut dire que la baisse du taux directeur aurait pu être largement plus ambitieuse tout en respectant l’objectif principal d’inflation de l’institution (où est donc le pragmatisme dans ce dernier geste de la BCE ?). De plus, contrairement à ce qui est dit dans l’article, la répercussion des 0,5 % n’est n’est ni « automatique » ni « obligatoire », puisque ce sont les banques privées qui décident elle-mêmes du niveau de leur taux. Inutile de rappeler les difficultés actuelles des banques … qui les amèneront vraisemblablement à ne répercuter que partiellement la baisse de la BCE de façon à reconstituer les marges qu’elles ont perdues ailleurs.
Norbert Bodicho
09 mars 2009 à 15:38
Alain,
Merci pour cet excellent exposé, qui comme le dit Paul Prost, nous redonne le moral.
Cet exposé mériterait d’être communiqué à la presse qui ne cesse pas de décourager les Français.
Cordialement.
Bernard Plaisantin