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L’eau: un droit pour l’humanité, un point c’est tout !

Le 5ème forum mondial de l’eau s’est tenu à Istanbul, du 16 au 22 mars 2009. Une semaine de travaux réunissant 15.000 personnes, et nombre de chercheurs, de décideurs.

Ce forum s’est réuni quelques jours après la publication, le 12 mars, par l’ONU, du troisième rapport mondial sur les ressources en eau. Rapport plus qu’alarmant. Sous le double effet de la croissance démographique mondiale (6,5 milliards d’Hommes aujourd’hui, 9 milliards en 2050) et du changement climatique, l’eau va se raréfier de plus en plus.

Problème d’accès à l’eau. Problème d’assainissement aussi. Une véritable urgence sanitaire, et humanitaire !

Déjà, aujourd’hui, 900 millions d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable, et 2,5 milliards ne disposent d’aucun système d’assainissement. Des chiffres accablants… pour les « nantis », car le problème de l’eau est le plus inégalitaire de tous les maux de la planète. C’est consternant, affligeant, et franchement immoral. Aujourd’hui, déjà, les maladies liées à la pollution des eaux (diarrhées, choléra, paludisme, typhoïde, dengue) tuent dix fois plus que les guerres ! Chaque année, c’est 3 millions de personnes qui meurent de maladies liées à une eau de mauvaise qualité.

Et même en Europe, 100 millions de gens ne disposent d’aucun raccordement à un réseau d’eau. Mais c’est en Asie, bien sûr, que la situation est très aiguë, et en Afrique qu’elle est critique.

Et comme l’avait fort justement dit l’ancien président de la République, Jacques Chirac, il y a quelques années, à la tribune de l’ONU, à propos du dérèglement climatique lié à l’activité humaine : « la maison brûle, et… nous regardons ailleurs ». Pour l’eau, c’est pareil. On ne fait rien, ou pas assez. Les riches, ou les gâtés par la nature et la géographie, continuent à (sur)consommer, à gaspiller, et bien sûr à ne pas partager.

Quelques chiffres incroyables : un Américain consomme 500 litres d’eau par jour ; un Japonais 350 litres ; un Européen 200 litres (162 litres pour un Français) et un Africain…. 30 litres ! Pourquoi tant d’écart ?

C’est pour nous nourrir que la consommation d’eau est la plus spectaculaire. L’agriculture, en effet, consomme 70% de l’eau globale ! Selon les techniques, il faut entre 800 et 4.000 litres d’eau pour produire… 1 kilo de blé, ou entre 2000 et 16.000 litres d’eau pour fabriquer un kilo de viande de bœuf. La production industrielle et énergétique consomme aussi 20% des réserves d’eau, notamment le textile, la métallurgie, les mines, l’électronique et l’agro-alimentaire.

Les problèmes vont, bien sûr, s’aggraver. La population mondiale augmente de 80 millions de personnes par an, d’où une demande supplémentaire de 64 milliards de mètres cubes chaque année. Le dérèglement climatique entraînera des sécheresses plus longues, et des inondations plus nombreuses. Les écosystèmes se dégraderont et la pollution des sols, cours d’eau et autres nappes phréatiques réduira d’autant l’eau potable. La croissance économique dans les pays émergents a un revers de la médaille : la surconsommation augmente avec la hausse des revenus, voire le gaspillage. En outre, le développement de l’activité économique augmente la consommation d’eau et les rejets de matières très polluantes dans les sols. Cercle vicieux !

Résultat : en 2030, près de la moitié de la population mondiale (47%) vivra dans des régions exposées aux pénuries, régions que les experts qualifient  de « soumises au stress hydrique ».

 

L’affaire est donc très sérieuse, et malgré les appels et sensibilisations de l’ONU (depuis 1999), comme de l’Union européenne, les Etats membres ne font pas assez. Les budgets consacrés à l’eau (politiques d’approvisionnement, d’assainissement ou de stockage) sont ridicules par rapport aux sommes investies dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre ou la crise financière.

« L’eau devrait être au cœur des politiques agricoles, énergétiques, de santé, d’infrastructures, d’éducation » affirme Olcay UNVER, le coordinateur du rapport de l’ONU précité. Pour  Koïchiro MATSSURA, directeur de l’Unesco, « ce secteur souffre d’un manque chronique d’intérêt politique, d’une mauvaise gouvernance, et de sous-investissement ».

Le drame est que l’eau, bien qu’indispensable à la vie, n’est pas toujours considérée comme un bien commun de l’humanité. Et le 5ème forum mondial qui vient de se tenir n’est qu’une réunion informelle. La politique de l’eau reste encore trop l’apanage des Etats, d’où des différences d’approche et de politique énormes. Trop peu d’Etats en font une priorité de leur politique environnementale. La France, pour sa part, a bien intégré les problématiques de l’eau dans le Grenelle de l’environnement, avec des objectifs précis d’ici 2015. Car il faut être bien conscient aussi qu’aucune région du monde ne sera à l’abri du problème. Même les régions bien arrosées comme l’Amérique latine, le Canada, l’Europe du Nord, la Russie seront confrontées à la dégradation de la qualité de leurs ressources, et à l’augmentation des besoins.

 

Il est donc navrant que ce 5ème forum mondial de l’eau n’ait pas qualifié l’eau potable et l’assainissement comme « un droit absolu » mais comme un « besoin humain fondamental ».

Première cause de mortalité dans le monde, l’eau méritait plus que cela. Dès maintenant, et surtout pour les générations futures.

Les Etats doivent tous traiter cette question à la hauteur des enjeux : humains, moraux, sociaux, économiques. L’eau est une arme-clé dans la lutte contre la pauvreté, les maladies, la faim, la souffrance.

Une partie de l’humanité souffre déjà pour l’eau, et meurt déjà de manque d’eau.

Si on ne fait rien, ou trop peu, une partie bien plus importante de l’humanité mourra… pour en avoir. L’eau risque de générer des conflits pour son partage.

La crise économique et financière finira bien par passer. Pas la crise de l’eau. Elle ne fait que commencer. Alors, afin qu’elle ne dégénère pas, espérons que les Chefs d’Etat et de gouvernement sauront en faire une priorité absolue de leurs politiques.

L’eau, c’est la vie.

 

2 Réponses à “L’eau: un droit pour l’humanité, un point c’est tout !”

  1. cadet dit:

    Bonjour M.Malegarie,
    votre article est remarquable et je vous rejoins parfaitement. Depuis deux ans déjà, je donne des conférences (IHEDN, universités) sur l’accès à l’eau potable, source de conflits dans le monde. L’UE a donné le ton et la France s’est alignée, mais uniquement sur la question de la qualité.
    bien à vous
    i.cadet

  2. Nicolas Sègerie dit:

    J’ai une amie qui prépare un doctorat sur l’eau et l’assainissement en République Centrafricaine. Elle y travaille depuis bientôt une décennie! Elle passe son temps loin de sa famille à courir pour financer cette étude qui demande des moyens (bases de données, enquêtes, séminaires, colloques à l’étranger…).

    Elle connait donc réellement le problème.

    Pourtant elle n’a pas été invitée au sommet de l’eau.

    La recherche de moyens par les membres très diversifiés et aux intérêts divergents réunis dans ce forum international nous laisse inquiet!

    Les résultats constatés de longue date sur la capacité des plus importantes collectivités que sont l’ONU, l’OMC, le FMI, la BM, les Etats, les multinationale, quelques ONGs, nous contribuables, nos parlementaires… sont décevants.

    Les bénéficiaires attendent déjà depuis longtemps que les moyens arrivent (beaucoup de toyaux sont percés) et que s’améliorent les indicateurs de santé.

    Commençons par permettre à ces Etats concernés par le problème de l’eau et de santé publique à pouvoir vivre pleinement leur démocratie. Car des Etats comme ceux de l’Union Européenne, mais aussi ceux du continent américain ou asiatique, jouent de complicité avec certains pouvoir en place qui n’ont pas pour vocation le bien-être de leur population !

    En agissant dans ce sens, l’Europe se rendra crédible au vue de ces pays tiers, notamment dans l’élargissement du concept Euro-Méditerranéen. Elle accroitra naturellement son influence car elle proposera la prospérité plutôt que la soumission. Elle s’attirera aussi les suffrages de leur diaspora.

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