LA CAMPAGNE DES EUROPEENNES A DEMARRE…. ET C’EST LE GRAND RETOUR DE L’EURO-DEMAGOGIE !
Il fallait s’y attendre…
Plusieurs partis nous refont le coup du libéralisme à tout crin, à tout va ! Haro sur cette Europe libérale, voire ultralibérale. On ressort les clichés et les vieilles lunes de 2005, lors du débat sur le projet de constitution européenne !
C’est toujours aussi faux et absurde, mais ça ne fait rien. Ça peut toujours servir…
Décidément, ils n’ont rien d’autre à dire, et surtout à proposer ! Alors, on ressort les vieux réflexes franco-français, de plus en plus archaïques. Sans voir la réalité de l’Europe en face, la vraie.
Alors, essayons encore de leur expliquer…
L’Europe est née de pères fondateurs français et allemands, tous démocrates chrétiens-sociaux, comme on disait à l’époque. Ils avaient pour nom Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer.
Ils ont évidemment reproduit, à l’échelle communautaire, les idéaux et « réflexes » sociaux qui inspiraient leurs politiques nationales : production, croissance et redistribution.
Les Traités de Rome de mars 1957, qui fondent la « CEE » parlent évidemment « d’économie sociale de marché ». Le social, la régulation, le contrôle, la surveillance, la prévention, l’assistance, la solidarité, le rééquilibrage (entre les territoires), l’équité (dans la redistribution des fonds, par exemple) sont l’essence même de l’Europe, de sa conception des années 50 à aujourd’hui. Cette doctrine, cette philosophie même constitue le patrimoine génétique de notre Europe.
Aucun Etat n’a remis cela en cause. Même pas Margaret Thatcher, dans les années 80 ! Comment d’ailleurs les Etats membres auraient-ils pu conduire des politiques de régulation à l’intérieur de leurs frontières, et laisser du libéralisme débridé à l’extérieur, alors que l’UE fonctionne précisément sur le modèle de la communautarisation, avec des principes et des règlements très stricts ?
Mais ça ne fait rien. On s’enferre, et on ressort les clichés : l’Europe ultra-libérale, l’Europe de la finance folle, la directive « Bolkenstein »… Là, on frise le ridicule. Retour sur le futur ? La directive Bolkenstein, c’était le premier projet d’une directive Services en 2005, qui prévoyait qu’un travailleur de l’UE puisse s’établir dans un autre pays de l’Union, mais garderait le statut (salaires, droit du travail, sécurité sociale) de son pays d’origine. Là, effectivement, cela posait problème : risque de « dumping » social. En 2006, le commissaire « Bolkenstein » a quitté ses fonctions, et la Commission. La directive Services a été totalement repensée, réécrite par le Parlement européen. Cette directive votée depuis, stipule bien que le travailleur, où qu’il aille, dépendra en tout point de la législation du travail du pays d’accueil, et non pas d’origine. Et bien, ça ne fait rien : on continue à agiter l’épouvantail de la rédaction initiale du texte. Mieux, on continue à l’appeler « Bolkenstein », juste pour faire peur. Démagogie, je vous dis…
Le fonctionnement de l’Union est, certes, parfois, bureaucratique, lent, complexe, technocratique. L’Europe a mieux à faire que calibrer la taille des petits pois. Mais la traiter de libérale, non, non, et non ! Ça suffit.
C’est le modèle démocratique le plus social au monde ! Car l’Europe, c’est nous, c’est notre modèle, germano-français. Celui du capitalisme d’Etat, à la fois rhénan et colbertiste, toujours interventionniste et régulateur. Dois-je rappeler que c’est Bismarck qui a inventé la sécurité sociale, et que c’est de Gaulle qui l’a généralisée en 1945 ? Et qu’aux Etats-Unis, 60 millions d’Américains n’ont aucune couverture sociale ?
C’est donc tout naturellement que l’Europe a été construite sur ces bases, et je ne citerai que quelques exemples significatifs, parmi tant d’autres : création du FSE (Fonds social européen) dès 1958, du FEDER (Fonds européen de développement régional) en 1975, afin justement de rééquilibrer les écarts entre les pays et, à l’intérieur des pays, entre les territoires. Idem pour l’agriculture, avec le FEADER, et la PAC (politique agricole commune). La seule PAC accorde 8 milliards d’€ par an à la France, qui est le premier bénéficiaire !
Cette redistribution, c’est la moitié du budget européen, qui est de 134 milliards d’euros par an.
Mais en France, on confond toujours égalité et … égalitarisme forcené. Aveuglé par des idéologies encore collectivistes, on voit des différences « fondamentales » entre la notion de « Service public » à la française et celle de « service d’intérêt général » (non-marchand) usitée dans les … 26 autres pays ! Que de démagogie !
Quand la directive « Temps de travail » prévoit 48 heures par semaine maxi, certains lisent « 48 heures obligatoires par semaine ».
Démagogie, démagogie ! Car évidemment les Etats-nations restent souverains pour la durée légale du temps du travail.
Déformons, déformons, il en restera toujours quelque chose …
C’est bizarre, mais on ne doit pas vivre dans le même pays, ni dans la même Europe.
Nulle part, je n’ai lu, sur les banderoles du 1er mai, que l’UE (Commission et Parlement) préparait des textes pour éradiquer ou contrôler (suite au G20) les paradis fiscaux, les agences de notation, les hedge funds » (fonds spéculatifs), les parachutes dorés, et autres retraites-chapeaux, les salaires exorbitants des grands patrons, les bonus indécents, les subprimes. J’ai même entendu vociférer l’inverse !…
Que n’entend-on pas sur la Commission « libérale » de monsieur Barroso, « le méchant libéral ».
Sauf que…. Sauf que la Commission a 27 Commissaires qui sont nommés par 27 Etats-membres. Sur ces 27 Etats, 13 gouvernements sont de droite/centre droit, et 14 de gauche / centre gauche. Il est d’ailleurs à noter que les sociaux-démocrates sont plus réalistes et pragmatiques et moins dogmatiques que le socialisme « à la française ». Cherchez l’erreur !… Bref, l’UE se gouverne en deux moitiés à peu près égales, et cela fait 50 ans que ça dure. Résultat : la moitié des commissaires sont de gauche et à des postes-clés : messieurs Joachim Almunia, Catherine Ashton et Günther Verheugen s’occupent, respectivement, des questions économiques, monétaires ; du commerce ; et des entreprises et de l’industrie.… Qui dit mieux ? Alors, toujours « libérale » la Commission ?
Et le Parlement ? La présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires est Pervenche Bérès, socialiste française… Ultra-libéral, ce Parlement ?…
Démagogie, démagogie.
Dans tous les domaines, l’Europe vote des textes pour protéger les citoyens ou les intérêts stratégiques de l’Europe. Procès contre le monopole de Microsoft, ou contre la concurrence déloyale de Boeing. Ces deux énormes sociétés ont été condamnées à de très lourdes amendes, de plusieurs centaines de milliers de dollars.
Et la directive REACH, qui identifie déjà 30.000 substances chimiques nocives (sur 100.000) ?
Et l’espace Schengen, qui protège l’UE à ses frontières extérieures ?
Et la sécurité des citoyens européens, avec le pilier européen (renforcé avec la France) de l’OTAN ?
Et la défense européenne, désormais capable de mobiliser 60.000 hommes en 60 jours ?
Et la lutte contre le réchauffement climatique, avec le paquet Energie-Climat ?
Et le paquet Erika III, imposant les bateaux à double coque ?
Au total 145 directives et 162 règlements votés en 5 ans, dans tous les domaines, c’est du libéralisme ?
L’Europe fait beaucoup, en lien avec les Etats, mais ce n’est pas su, car ce n’est pas dit ! Là, est le vrai problème.
Rien que sur l’économique et le social, je pourrais égrener les mesures de l’UE pendant des heures :
- la directive congé parental : 15 jours minimum pour tous les pères
- la directive congé maternité : délai porté à 18 semaines minimum
- la baisse des frais d’itinérance sur les téléphones mobiles
- la baisse des tarifs des billets d’avion
- les agences sanitaires
- les médicaments pédiatriques
- les prêts à taux bonifiés de la Banque européenne d’Investissement (BEI) : 7 milliards d’euros, puis 30 milliards aux collectivités et aux PME
- le Fonds européen d’Ajustement à la Mondialisation, qui aide à la reconversion : 1 milliard d’euros (fonds d’ailleurs doublé grâce à l’action de la France)
- et la BCE qui a baissé ses taux directeurs (qui fixe le coût du crédit) de 3 points depuis 3 mois (historique !). Actuellement, 1,25% contre 4,25% en octobre 2008 !
- et l’euro, même, qui évite des dévaluations sauvages et une flambée du coût du crédit ? L’euro nous redonne ainsi du pouvoir d’achat.
Pas mal, pour une Europe « ultra-libérale ». C’est bizarre, mais en ces temps de crise mondiale majeure, les autres pays ont compris que cette Europe là, malgré ses défauts et insuffisances, pouvait nous servir de bouclier, avec l’euro. Ce n’est pas un hasard si l’Islande, la Norvège veulent rentrer dans l’UE, puis dans l’euro. Le Danemark, la Suède, le Royaume-Uni aussi veulent rejoindre l’euro. Seraient-ils tous fous ?
Même si cela dérange nombre d’idéologues passéistes ou ringards, je le répète avec force ici : en 50 ans, le modèle européen d’économie sociale de marché, unique au monde, (et souvent admiré hors d’Europe), a décuplé, par son marché intégré et solidaire, la productivité et donc la prospérité (elle a été multiplié par 70 en 60 ans). Tous les pays qui sont rentrés dans l’Union, forcément hétérogènes, ont peu à peu rattrapé la moyenne communautaire (Espagne, Portugal, Irlande). Il en sera de même pour les pays d’Europe centrale et orientale, bien sûr. Et plus vite qu’on ne croit !
Bien sûr, face à la mondialisation qui accélère, face à deux milliards de populations affamées, mais émergentes, l’Europe doit aller plus loin, être plus réactive, plus dynamique si elle veut rester compétitive et peser encore en 2050.
Nicolas Sarkozy, depuis la Présidence française de l’UE, fait le forcing auprès de ses collègues pour doter l’UE d’une vraie gouvernance économique européenne, ou au moins dans la zone euro. Pour l’instant, l’Allemagne refuse. L’Europe a toujours avancé par consensus. Alors, patientons… .
Mais déjà son modèle social de redistribution permanente (aux plus pauvres) est reconnu partout dans le monde.
Il n’y a qu’en France, que certains (nombreux !) veulent encore refaire le monde, et l’Europe, à « l’aune du grand soir » égalitariste et « raseur gratis ».
Sans aucune alternative crédible à l’économie sociale de marché et au capitalisme honni.
Les Chinois, Indiens, Brésiliens, Mexicains, Russes, doivent bien rigoler !
Et qu’on ne me taxe pas « d’euro-béat » ! Je sais, mieux que quiconque, les carences, insuffisances ou atermoiements de l’Europe. C’est pour cela, justement, que je veux, modestement, contribuer à la « bouger », la dépoussiérer, la rénover.
Affaire de conviction, affaire de volonté politique.
Oui, cette Europe là n’est pas la panacée, comme le capitalisme. Mais tout le reste serait tellement pire ! Alors, de grâce, n’intoxiquons pas en permanence le citoyen, en lui servant les chimères du passé, qui ont d’ailleurs toujours mal tourné…
L’Europe, elle est là, elle est notre destin, comme notre quotidien. Elle nous protège quand même pas mal, dans un compromis sophistiqué avec les Etats. Son rôle de bouclier est encore plus évident dans une crise longue et dure.
Le 7 juin prochain, je ne doute pas que l’électeur sera plus perspicace et réaliste que les idéologues…
03 mai 2009 à 22:27
Eh bien… Merci pour cette voix et ce discours pas assez souvent entendus!
Et, puisse que cette prédiction se réaliser… que les électeurs ne seront pas dupés par les discours qui accusent l’Europe de tous les maux et attribuent aux nations les vertus…
Croisons les doigts…
04 mai 2009 à 9:15
Bonjour
Je déplore également cette façon d’utiliser le terme “libéral” comme un repoussoir, faisant de ce courant de pensée la cause des échecs des uns et des autres au pouvoir depuis de trop longues années.
Car le libéralisme n’est pas la jungle, et je mets au défi chacun d’entre nous de trouver dans les textes théoriques libéraux la moindre volonté de faire régner le désordre et le chaos.
Nous plaçons au-dessus de tout -et donc même de l’Etat- la liberté individuelle. Mais celle-ci s’entend à l’intérieur d’une société : l’homme n’est pas laissé seul avec ses pulsions et ses instincts primaires. C’est bien pour cela que S. Mills, A. Smith et tous les autres Libéraux ont pensé le rôle fondamental de l’éducation.
Mais en France, on aime particulièrement la caricature, c’est un vrai sport national. Le dernier représentant en date en est M. Besancenot…qui nous avait promis après le “non” de 2005 monts et merveilles pour l’Europe. Mais, comme c’était à prévoir, on n’a rien vu venir à l’horizon…M. Besancenot a donc repris ses tournées de facteur…
En revanche, une chose est sûre, pour le moment, nous qui défendons une Europe politique unie, nous avons perdu la bataille de la communication…
04 mai 2009 à 11:49
Oui, les citoyens d’Europe ont besoin d’une information “vraie”.
A chaque élection nous nous trouvons confrontés à des querelles de partis et à des confusions entre politique européenne et politique national. A quand un véritable débat démocratique par lequel chacun s’écoute et trouve la juste position.
Je crains qu’une fois encore les citoyens, mal informés et excédés, se détournent des urnes. Alors la place, au niveau mondial serait laissée à d’autres puissances économiques. Il sera alors trop tard pour réagir et dommageable pour les européens.
04 mai 2009 à 18:40
Merci pour ce texte clair et qui doit éclairer quiconque le lit, sauf - hélas - ceux qui ont choisi la cécité. Permettez-moi de le reproduire en “Tribune” sur notre http://www.uef.fr. Amitiés.
05 mai 2009 à 19:59
Bravo pour ce plaidoyer plein de bon sens
07 mai 2009 à 16:05
Merci pour ce plaidoyer plein de bon sens et de conviction.
Bernrd Plaisantin
31 mai 2009 à 12:52
Excellent article !!!!
Oui le vrai problème est là…