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Halte au feu ! Le soldat euro n’a pas besoin d’être sauvé ! Il va bien, merci pour lui !

En tant qu’ancien directeur général de l’Institut de l’euro, je ne peux me taire sur les approximations, amalgames et les absurdités ou contrevérités (voulues ?) que j’entends à propos de la situation économique ou financière très difficile de la Grèce, et des grosses difficultés du Portugal et de l’Espagne qui mettraient en péril la zone euro et l’euro lui-même !

Il ne faut certes pas minimiser la situation des maillons faibles de la zone euro (déficits abyssaux, crise économique forte, laisser-faire de gouvernements irresponsables), comme la Grèce qui a laissé filer le déficit jusqu’à … 12,7% du PIB en 2009 ! Mais de là à conclure que ces pays vont couler l’euro, deuxième monnaie mondiale, il y a des limites à ne pas franchir.

Décidément, l’euro, cette réussite exemplaire, qui a à peine dix ans, suscite toujours des réactions démesurées et disproportionnées. Quand il monte, c’est grave. Quand il baisse, c’est grave. Il faudrait savoir, non ? Je parie que le jour où il sera à 1 euro pour 1 dollar, d’aucuns trouveront encore à redire ! Que quelques spéculateurs attaquent l’euro sur les marchés, c’est la vie. Le dollar y a eu droit des dizaines de fois en cent ans de domination mondiale. La livre sterling aussi. C’est même une reconnaissance ! C’est l’apanage des monnaies fortes, des monnaies qui comptent. On spécule sur les monnaies importantes, pas sur les monnaies faibles qui ne pèsent rien sur les marchés mondiaux. On s’inquiète parce que l’euro passe de 1,50 à 1,36 ? Et alors ? En 2000, l’euro était à 0,80 !

L’euro, le dollar, le yen, le yuan passeront leur temps à se « mesurer » les uns par rapport aux autres. Avec des hauts et des bas, au gré de trois facteurs clés : la confiance entre les pays détenteurs de la monnaie en question ; la confiance en cette monnaie ; et le « jeu » récurrent des spéculateurs internationaux. Il y a 15 ans, Georges Sorros avait réussi à faire plonger la livre de plusieurs points ! Et alors ? Qui a  osé remettre en question la livre ?

Qui oserait remettre en question le dollar (alors que ces jours derniers, les bourses américaines et japonaises ont plongé également) ? Alors pourquoi, à chaque petit rhume, faut-il « craindre pour l’euro et la zone euro ?

Je sais bien que certains voudraient prendre leurs désirs pour des réalités, mais l’euro est solide, quelque soient ses fluctuations passées, actuelles, et à venir.

De même, ces pays fragiles ne sortiront pas de la zone euro. La solidarité européenne finira par jouer. La Grèce est déjà mise sous tutelle, pratiquement, depuis le 3 février par la Commission européenne, et le gouvernement grec a enfin un plan drastique : gel des salaires des fonctionnaires, augmentation des taxes, relèvement de l’âge légal du départ à la retraite.

L’Espagne et le Portugal vont aussi devoir faire des efforts.

Comme cela arrivera, tôt ou tard, aux « grands » pays : Allemagne, France…

De même, si les fonds spéculatifs continuaient à déraper durant quelques semaines, la BCE finira, évidemment, par intervenir sur les marchés pour calmer tout le monde et décourager les spéculateurs qui jouent la baisse. Même si le Traité de Maastricht ne le prévoit pas formellement, rien n’empêche la BCE d’agir. Elle ne laissera pas trop dévisser une monnaie exemplaire qu’on a mis …. trente ans à réaliser. Monsieur  Trichet a déjà eu la sagesse de sermonner les banques en leur demandant instamment de libérer le crédit afin d’accélérer la  reprise (certaine) de l’économie en 2010.

Certes, la Grèce a souvent falsifié ses statistiques économiques (d’autres pays aussi). Elle n’aurait jamais obtenu sa qualification à l’euro, sinon. Mais maintenant, elle y est. Elle devra assumer, et se réguler. On ne l’aidera pas sans contreparties, et sans garanties. Ce serait une prime à l’irresponsabilité.

Tous les pays de la zone euro vont devoir aussi lutter contre leurs déficits énormes qui plantent  leur avenir.

On en revient toujours à la même conclusion : il  va devenir de plus en plus évident de mettre un terme aux « réflexes » protectionnistes et nationalistes de chaque pays, et de penser vraiment collectif à travers une vraie gouvernance économique européenne : harmonisations budgétaires, fiscales, sociales ; et STOP aux nouveaux déficits budgétaires. Déjà, l’Allemagne veut rendre ce principe constitutionnel. Et la France ?… Les autres pays suivraient si les deux grands donnaient l’exemple. On a une vraie monnaie, protégeons la !

Si on avait encore le franc, on aurait dû dévaluer de 10 à 15% rien qu’avec notre déficit énorme de 141 milliards d’euros en 2009 !!

Aussi, les principaux dirigeants de l’Union devraient quand même finir par être conscients de… s’unir vraiment pour agir de concert, et ne pas penser à leur destin personnel… Car l’Amérique d’Obama semble (déjà !) ignorer l’Europe, et ses « multiples interlocuteurs… » et jouer l’avenir avec la seule Asie. Les responsables européens risquent d’avoir une lourde responsabilité devant l’Histoire si leur égoïsme persistait… Au fait, où est passée madame Ashton, absente même en Haïti ?

Dans leur choc frontal, les USA n’auront de cesse de faire chuter le dollar pour se (re)donner des marges de manœuvre en terme de compétitivité économique. Et donc l’euro, sans gouvernance politique, va remonter très haut, très fort !

Ce n’est pas l’euro qu’il faut changer, ce sont les dirigeants qui raisonnent trop « Etat-Nation ». L’Allemagne surtout, qui est le leader de la patrouille Europe, ne veut pas de gouvernance européenne. Car elle croit (sait ?) qu’elle peut s’en sortir seule… Il est vrai qu’elle a tout payé ou presque : la réunification allemande ; le budget de l’Union ; la naissance et l’euro (1 euro pour 2 mark !). Elle en a marre de ces pays « du Club Med » qui vivent au crochet de l’euro depuis dix ans en laissant filer leurs déficits (je pressens qu’elle met la France aussi, dans ce Club Med…). Bref, tous les « latins et grecs ». Les médiocres de la classe Europe. Ceux qui ne méritaient pas l’euro. C’est pourquoi l’Allemagne ne veut pas renflouer les pays laxistes.

Vivre à crédit sur l’euro, lorsqu’on est endetté jusqu’à l’os, est immoral, et suicidaire à terme. L’euro est un anesthésiant : sa force permet aux gouvernants de consommer à crédit. Jusqu’à quand ? Ce n’est pas la Grèce, ni le Portugal, ni même l’Espagne qui fera chuter l’euro.

En revanche la France, l’Allemagne, oui, si ces pays ne redressent pas, vite, leurs finances publiques, et continuent à vivre au-dessus de leurs moyens…

Barack Obama vient peut-être de donner à ses homologues européens une leçon de courage, et une leçon tout court : il vient de renoncer au programme lunaire. La première puissance du monde qui renonce à la lune, où elle mit le pied en 1969 ! Principe de réalisme, et de courage politique, car même l’Amérique est moins riche. Et elle ne se le cache pas… En Europe, l’orchestre du Titanic a décidé de jouer jusqu’au bout… En renonçant à la lune, Barack Obama est revenu… sur terre.

Les Européens aussi vont devoir avoir les pieds sur terre, unis et solidaire. Puissent-ils enfin s’unir, et agir. Il commence à y avoir urgence…

8 Réponses à “Halte au feu ! Le soldat euro n’a pas besoin d’être sauvé ! Il va bien, merci pour lui !”

  1. Magali Dubié dit:

    Ah justement je me demandais si tu allais réagir à toutes ce déballage de grand sauvetage, de nouvelle crise européenne annoncée alors que l’Union des 27 tente une opération de solidarité originale…Moi çà commençait à me chauffer les oreilles….même si cette UNION SACREE ne semble pas aussi commode à réaliser….
    Par contre excuse moi mais l’allusion au retour sur TERRE d’OBAMA est triste puisqu’il se résume presque uniquement à des considérations financières. Finalement la crise mondiale semble l’arranger sur l’abandon de ce programme Lunaire,et toute la symbolique s’envole et se perd dans cette spécultation… ben moi je trouve çà très très consternant. Il faut encore savoir donner du rêve quoiqu’il arrive, aux gens, aux enfants, à la jeunesse, quand on est à la tête d’un Monde comme le sien…La Station Spatiale Internationale n’incarne pas ce rêve….et là franchement le rapport EURO/DOLLAR n’a rien à voir….
    C’est quoi l’idée derrière tout çà ?
    les économistes nous plombent la vie…nous plombe nos rêves et détraquent la prise de risque, et la volonté politique des Chefs d’Etat…c’est affligeant…Ils sont comme des oiseaux de mauvais augure, des Tristes Sires couchés sur leurs livres et leurs théories…qui chuchotent à l’oreille des dirigeants la nuit dans leurs pires cauchemars,en ayant l’oeil constamment rivé sur des écrans d’ordinateurs qui défilent à Wall Street… pire qu’un mauvais film, et ainsi ces économistes, ces conseillers en tout genre anéantissent de manière cartésienne l’idée que l’Homme aspire à du mieux Ailleurs, plus loin…et peut être au départ de la Lune.
    Sauvons les GRECS,ils en ont grand besoin, mais permettons nous de critiquer aujourd’hui un temps soit peu les décisions irréversibles de la première puissance mondiale.
    Les Chinois sur la Lune et puis quoi ? regrets éternels !

  2. Christoph Woike dit:

    Bravo Alain!

    C’est de loin le discours le plus intelligent que j’ai entendu depuis longtemps!
    Et en plus, un crédo pour un renouveau politique et économique.
    En ceci même un appel pour un maintien de nos forces vives en Europe. Car, en dehors des pertes sur le marché de l’emploi, c’est l’indépendence de tout un continent qui est menacée.

    Vive l’Euro, même si je maudis chaque jour la malhonnêté de certains commerciaux de tous bords qui ont fait flambé les prix (à commencer par celui de la baguette de pain qui a été multiplé par SIX ! et la passivité des consommateurs à cet égard. )Mais ceci n’est nullement la faute de l’Euro !
    Sortons de nos petites cours de potagers et regardons plus loin. Elevons nos regards vers l’avenir.
    L’Europe sera UNIE ou elle ne sera point !

  3. Aimar Pierre dit:

    Enfin une analyse sensée !

  4. jean-paul dit:

    Qu’on le veuille ou non, nos états n’ont jamais brillé par leur courage. Les cacophonies successives de l’union (à qui je téléphone quand je veut appeler l’Europe?) ne peuvent pas amener à une vision et un espoir pour les européens.
    Même en quasi faillites leurs états continuent de pérorer.
    Le détricotage morceau par morceau des structures industrielles communes va permettre aux états nations de se reposer la question de leur présence dans l’union (le retour de la guerre?).
    Le résultat sera alors à coup sûr la validation d’un marché du travail low cost massif en Europe avec la disparition des protections sociales et juridiques des salariés ainsi qu’une montée des extrêmes déjà constatée.
    Y a t’il encore pour nous et nos enfants un avenir en Europe?

  5. René Cassier dit:

    Oui, j’ai beaucoup apprécié la décision de Barack Obama renonçant au programme inter planétaire américain.Il reconnaît que ainsi que l’Amérique n’est pas la puissance qui peut tout se permettre.
    Il raisonne en économiste avisé.
    Merci de remettre à leur juste valeur les troubles qui se produisent actuellement dans les équilibres budgétaires de certains pays européens. Curieusement la France n’y figure pas, bien qu’ayant un déficit largement supérieur à 3%.
    Il faut maintenant que les Etats européens comprennent qu’ils doivent mettre en place une organisation économique commune. Nous souffrons essentiellement du manque d’Europe. Mais la France n’est-elle pas une grande nation dont le drapeau flottera désormais sur tous les établissements scolaires et dont les enfants pourront chanter tous ensemble la marseillaise……

  6. Jerome Manin dit:

    Merci.

  7. Marion dit:

    C’est toujours un plaisir de lire vos brèves sur l’actualité européenne. Merci!
    J’espère que vous allez bien.
    Marion

  8. deguisement dit:

    La crise grecque est significative de la situation de plusieurs pays européens.
    D’abord, elle reflète les divisions de ceux qui dirigent nos sociétés. C’est ce que révèle le débat autour de l’aide que pourrait apporter l’Europe à la Grèce. Certains ne veulent pas entendre parler du moindre centime d’aide à la Grèce. « L’Allemagne ne donnera pas un cent à la Grèce », a déclaré Rainer Brüderle, le ministre de l’Économie et membre du FDP, le parti libéral-démocrate allemand, partenaire de la CDU de Merkel au gouvernement. Les libéraux du FDP et les Bavarois de la CSU sont farouchement opposés à un sauvetage de la Grèce. Ils mènent campagne pour que l’État grec fasse le ménage chez lui et impose aux travailleurs l’intégralité de la facture par le biais des mesures de rigueur. Mais en face, d’autres veulent à tout prix éviter une faillite de l’État et parmi eux, bon nombre de banquiers européens qui ont massivement prêté à la Grèce et se trouveraient à nouveau dans une situation très difficile si le pays ne remboursait pas ses dettes. C’est ce qui explique la visite du patron de la Deutsche Bank à Athènes fin février, dans le but de négocier avec le gouvernement grec un éventuel soutien allemand.

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