La France perdra son AAA !
C’est – tragiquement – historique, le premier poste budgétaire de la France sera, en 2012, celui… du déficit ! Avec près de 95,5 milliards d’euros, ce sera le premier poste absolu, devant celui de l’Education nationale, de la Défense, etc.
La France bat un triste record : elle est désormais dans le « Top 20 » des pays les plus endettés au monde ! Plus rien, et certainement pas l’immobilisme total du gouvernement, n’arrêtera la spirale infernale de l’augmentation de la dette, qui continue en 2011, malgré les belles paroles, et continuera en 2012, et ce d’autant plus que la croissance sera encore plus faible qu’en 2011 (entre 1,1 et 1,4% au mieux en 2012, n’en déplaise aux sirènes officielles toujours optimistes !…).
Cela veut dire aussi que l’intérêt de la dette, c’est-à-dire ce que nous devons payer chaque année, approchera les 50 milliards d’euros en 2012, soit le montant de l’impôt sur le revenu ! Ce montant partira donc dans la poche de nos créanciers, étrangers à 70%, au lieu de profiter aux Français et à l’économie. Les recettes fiscales servent donc à rembourser non pas la dette, qui perdure et continue à croître, mais le seul intérêt, sans rogner un seul euro de son énorme montant (1680 milliards €) ! Cela donne le vertige et le frisson, car nous n’avons plus aucune marge de manœuvre, sauf à … nous endetter davantage encore pour maintenir un peu de niveau de vie ( ?) ou investir pour l’avenir.
Ce cercle vicieux a une conséquence dramatique. Nos créanciers, nationaux ou étrangers, ne pourront pas longtemps nous faire confiance, devant un tel désastre, et continuer à nous prêter à un taux très préférentiel. Ce temps là va vite être révolu face à l’absence de réformes structurelles de longue haleine, de projets, et de conviction européenne.
Et pourtant, l’orchestre du Titanic continue à jouer, à fond la caisse. Certains vont écouter Aznavour (il faut bien se distraire !) d’autres refont le monde dans les primaires, en « décrétant » croissance et ré-industrialisation pour bientôt ! Intellectuellement intéressant, mais financièrement surréaliste. On n’a plus de sou ! Et les banques françaises sont, avec l’Etat, de futures débitrices du dépôt de bilan grec.
Quand les politiques cesseront-ils de faire du blabla politique, déphasé et démagogique ? Quand se feront-ils expliquer l’Economie, et ses mécanismes les plus élémentaires ? Plutôt que d’ergoter des inepties ? Quand ces gens « en responsabilité » (ce terme me paraît de plus en plus inapproprié !) seront-ils poursuivis et condamnés devant des « tribunaux économiques » pour politiques désastreuses, incompétence caractérisée, incurie économique et fossoyeur d’emplois pérennes ?
Ce temps-là viendra. Déjà, quelques associations déterminées commencent, dans quelques pays du monde, à poursuivre ces gens-là pour leurs « crimes économiques et sociaux ». Ce n’est qu’un début. Car ils n’ont aucune idée, aucune vision, aucune stratégie, si ce n’est de sauver leur peau en mentant encore et toujours ! Ils refusent encore, à droite comme à gauche, toute solution européenne unie (budget, fiscalité, eurobonds). La France propose, au mieux, un Pacs avec les Allemands. Quelle perte de temps ! Pour paraphraser Churchill, ils hésitent entre le déshonneur et la guerre (économique). Ils auront les deux !
En attendant, le mal est fait. 30 ans continus d’endettement effréné, qui aura doublé ces dernières années. Et ça continue encore !!
Le problème n’est pas de savoir si la France perdra son AAA. Mais quand elle le perdra. Question de semaines, au mieux de quelques mois. Comme l’Amérique. Comme d’autres pays européens. Et là, le remboursement des seuls… intérêts coûtera plus cher. Et donc nous appauvrira un peu plus. Déjà 8,2 millions de Français, soit 13% de la population totale, sont en dessous du seuil de pauvreté (soit 954 € par mois) ! Qui dit mieux ?
Les marchés (donc nos prêteurs) nous observent, de plus en plus inquiets. La dette publique s’élève à 85% du PIB, le déficit à 5,7%. Seuls les Etats-Unis et le Royaume-Uni (hors zone euro, soit dit en passant) font pire que nous. La France a aussi le record des dépenses publiques (56% du PIB) et des recettes publiques (47% du PIB). Dépenses qui augmenteront avec les aides aux autres pays cigales.
Et que faire ? Seuls, pas grand-chose, car pas de croissance, ni maintenant, ni en 2012. Pas d’exportation, à la grande différence de l’Allemagne : notre balance commerciale accuse un déficit de … 75 milliards € quand l’Allemagne a un excédent de … 160 milliards d’€, et ce depuis des années.
Les marchés observent tout cela, et s’inquiètent pour leur remboursement… Ils ne tarderont pas à sanctionner, d’autant que le plan de réduction du déficit est dérisoire par rapport aux autres pays.
Mais l’orchestre continue à jouer… Le budget 2012 est d’ores et déjà caduc, car basé sur une croissance irréaliste, avec une telle situation de la balance commerciale. Les marchés savent aussi lire un budget ! Ils savent aussi que la crise n’est pas le responsable unique du quasi doublement de la dette en 5 ans (oui, vous avez bien lu !!). Mensonge, gros mensonge, que de faire de la crise « mondiale » le seul bouc émissaire. C’est pas la faute à l’Europe, ce coup-ci, c’est la crise mondiale ! Toujours les mêmes grosses ficelles pour tenter de masquer l’incurie ! La crise a certes augmenté le déficit, en raison de la baisse des recettes fiscales (augmentation du chômage et baisse des exportations) et de la hausse des dépenses publiques (plan de relance, grand emprunt). Mais la part de la crise est relativement mineure (10 à 15%) par rapport à un déficit, chaque année, de 90 milliards d’€, et une dette totale de 1680 milliards d’€. Cette excuse peut peut-être abuser les populations, mais pas les marchés ! Les prêteurs, eux, ne font pas de la politique, ils font les comptes ! Et ils font très bien la différence entre les « pays du Nord » et les autres.
Il faut donc arrêter de mentir, en répétant à satiété que la France « s’en tire le mieux ». Ben voyons ! L’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas ont une économie très saine, et avec très peu de chômage. Ils ont fait les efforts et les adaptations qu’il fallait, depuis des années. Même la Pologne est à 4% de croissance.
Tout cela évidemment on oublie de vous le dire. Alors cessons de faire de « LA » crise le bouc émissaire idéal, quand plus de la moitié du monde est en pleine croissance (à 4 à 10%) ! Les marchés observent tout cela, et classent les pays, qu’on le veuille ou non. Et dégradent la note de ceux qui vont mal. Et la France est désormais dans le viseur.
Mais dansez tranquille, l’orchestre du Titanic augmentera le volume…
02 octobre 2011 à 9:22
tout a fait d’accord avec toi mais que pouvons nous faire
pauvre citoyen que nous sommes et aux prochaines elections pas un seul n’a un programme conforme a la realité Tous nous promettent monts et merveilles On nous endort avec des mots des chiffres des promesses Ce sont nos enfants qui vont recolter les erreurs de nos dirigeants et j’en suis triste Merci Alain pour tes analyses
02 octobre 2011 à 18:22
Apparemment, l’électorat commence à réaliser la situation.
Le thème du surendettement (cher à F.Bayrou) n’est plus tabou.
La prochaine étape, c’est que les classes moyennes acceptent de voir leurs prélèvements fiscaux doubler. Car ce sont les classes moyennes (i.e salariés dont les revenus sont supérieurs à 5000 € par foyer) qui doivent maintenant assumer leur rôle primordial.
J’entends aussi que les socialistes parlent haut et fort à leur électorat (spécialement les fonctionnaires) et leur disent franchement qu’on ne peut plus se payer un Etat de cette envergure.
03 octobre 2011 à 14:11
Lu ton dernier article cette fois ! Bien senti dans les propos ! G.B. Psc
03 octobre 2011 à 15:25
Cher Alain
Ton constat est sévère mais globalement juste. Toutefois, je il faut à présent passer du diagnostic à l thérapie et je ne crois pas que nous sortirons de cette situation effectivement très difficile en accablant le gouvernement actuel qui a du faire face, on semble parfois l’oublier, à la pire crise économique et financière qu’ai connue la France depuis 1929 et qui, pour la première fois depuis 1945, propose, hors charge de la dette, un budget avec des dépenses de l’État qui vont diminuer d’un milliard d’euros en valeur absolue.
Ce budget 2012 va prolonger les efforts engagés depuis deux ans : 45 milliards sur la seule période 2011-2012, dont plus de 50 % d’économies sur la dépense et le reste de recettes supplémentaires. Depuis 2007, le Gouvernement a divisé par 3 le rythme de progression de la dépense publique et les dépenses de l’Etat auront diminué de 21,5 % du PIB en 2009 à 20,2 % du PIB en 2012.
On peut bien sur vouloir faire plus et mieux vers le retour aux grands équilibres financiers et budgétaires mais si on ne veut pas augmenter les impôts, il faut alors dire clairement dans quels domaines on va supprimer crédits et dépenses publiques, dans la recherche, la santé, l’emploi ?
La crise est mondiale et globale et les réponses à cette crise ne peuvent se limiter à des plans de rigueur de plus en plus draconiens sans objectifs politiques et sociétaux.
Obama l’a bien compris et a annoncé le 8 septembre, un nouveau plan de relance de 447 milliards de dollars, un mois après la dégradation de la note souveraine américaine. Face à la crise et à l’inquiétude récurrente des marchés, il fait le pari inverse de celui de l’Europe : ce que les marchés attendent in fine, ce sont bien des perspectives de croissance sur de nouvelles bases techno-économiques (économie numérique, nano et biotechnologies, relance de la conquête spatiale) et pas une austérité budgétaire autosuffisante, sans finalités et qui risque de guérir la malade mais en le tuant!
Comme le souligne Nicolas Jabko, professeur à l’université Hopkins, à Baltimore, “Ce qu’on appelle la crise de la dette est avant tout une crise de la gouvernance européenne. Si les marchés spéculent sur l’implosion de la zone euro, ce n’est pas parce qu’elle est économiquement fragile, mais parce qu’elle n’arrive pas à résoudre de façon ordonnée un problème aussi localisé que le risque de défaut de petits pays périphériques”.
D’autres économistes soulignent à juste titre, me semble t-il, que tant que les taux d’intérêt restent aussi faibles, la dette européenne, bien inférieure à la dette américaine et japonaise, est gérable.
Ce que veulent les marchés, c’est une perspective de croissance et un cap politique clair et cohérent. Il faut par ailleurs rappeler une différence essentielle entre l’UE et les USA: le taux d’épargne des ménages en France est à 16 % (14,5 % pour la zone euro) alors qu’il est à 6 % aux Etats-Unis et cela change beaucoup de choses !
Au delà de la nécessaire maîtrise des finances publiques et du retour à l’équilibre budgétaire qui traitent les effets de la crise mais pas sa cause, la solution réelle pour échapper aux diktats des marchés est politique et passe par un transfert de souveraineté des états vers l’Union européenne et la mise place d’ un véritable gouvernement européen dotés d’outils économiques, budgétaires et financiers suffisamment puissants pour casser la spéculation à la racine.
Mais qui osera dire en cette période d’incertitude, de scepticisme et de défiance vis à vis du politique que pour remettre l’économique sous le contrôle du politique, il faut aller plus vite vers un état européen fédéral et supranational ?
Il faut enfin sortir de l’alternative mortifère entre une politique keynésienne dont les états n’ont plus les moyens,et une politique monétariste qui engendre récession et tensions sociales. La sortie de cris suppose une politique économique à long terme s’inspirant des cycles de Schumpeter et de Kondratieff. Pour mener à bien cette nouvelle politique, l’État doit assurer sur le long terme les investissements nécessaires à la croissance - éducation, recherche, soutien aux PME, politique industrielle -, et doit simultanément opérer une réforme fiscale radicale pour assure sur de nouvelles bases rénovées et pérennes le financement de la solidarité. L’État doit enfin accepter de devenir transparent et de se soumettre, comme en Suède, à une évaluation réelle de ses résultats et de son efficacité par des instances indépendantes.
Amicalement
Mark Furness
03 octobre 2011 à 16:53
Tout à fait d’accord avec Dupont. Il est sidérant que seules la gauche modérée (PS) et le centre se préoccupent de la dette, le gouvernement actuel préférant s’affranchir de l’évidence en ventant les supposées performances de la France par rapport à ses voisins. De quels voisins parlent-ils ? L’Italie ? L’Espagne ?
Cette irresponsabilité nationale devrait être systématiquement dénoncée devant les médias, plutôt que de pointer lâchement du doigt les habituels boucs-émissaires populistes que sont “l’Euro de la vie chère”, “l’Europe du dumping social”, la mondialisation, ou encore les agences de notation.
04 octobre 2011 à 8:41
Affolant bilan que les candidats à l’élection présidentielle font figure d’ignorer…et dont les citoyens devraient davantage prendre conscience.
Quel est celui qui, aujourd’hui, aura le courage de présenter les solutions drastiques permettant de redresser la situation ?
Votez pour moi et vous allez voir le Titanic ( pour reprendre ta comparaison ) refaire surface…
Ce qu’il faut c’est éliminer les incapables qui essayent de gouverner
Pour cela il faut une révolution du peuple ou dans la classe politique. Mais je ne crois guère en cette dernière. Il est surtout indispensable que les français s’aperçoivent qu’ils ne sont pas seuls ( et les meilleurs ) au monde !
04 octobre 2011 à 10:23
Bien compris malgré mon peu de culture dans ce domaine.Mais que peut faire le gouvernement devant des électeurs prêts à voter pour n’importe quel socialiste leur promettant l’arrivée du père Noël!!!
J’aimerai avoir ton avis
04 octobre 2011 à 10:26
Pardon J’aimerais avec un “S”. Comme d’habitude je vais trop vite!!
03 novembre 2011 à 19:35
Bonsoir Alain
c est toujours un plaisir de te lire ;; Bravo pour ta lucidité ; mais j aimerai comprendre ; pourquoi aujourdhui le gouvernement ne rembourse pas le capital Dette on devrait voir; sur le compte de la Banque de France le relevé Mensuel ou en premiere ligne ;; intitulé je site;; prelv; automatique 7 millards:: capital + interets ; ceçi sur vingt ans = 1600 millards à quelque chose pres ; pouquoi ce qui est normal pour un couple qui rembouse son appt ne serai pas de meme pour L Etat Français ; question ,, ou les prendre ,,,??dabord sur la DGF attribuée aux cllectivités Locales exceptées les petites communes sans ressources;; il suffit de regarder l interminable liste d assoc qui touchent des subventions à chaque delib du conseil Municipal de Lyon !! ce que j appelle des mallettes legales; certe!! mais mallettes retroelections !!! puis bien d autres lignes dont la liste serai fastdieuse ;;; voilà ;;comme tu vois si on ne veut pas endetter nos Enfants et petits ;; puis conserver le triple A.il faut agir tout de suite;;; à bientot ; amitiés Fernand