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La “romophobie” a de beaux jours devant elle…

Une nouvelle fois, en France, dans ce beau pays de liberté et de droits de l’Homme, la situation des Roms revient dans l’actualité sociale et politique. En fait, elle ne la quitte pas, depuis au moins deux ans. Les gouvernements ont beau changer au gré de l’alternance démocratique (il nous reste cela !), les politiques, les comportements, les postures demeurent.

Mois après mois, année après année, les ROM, ces Européens (comme vous et moi) originaires de Roumanie et de Bulgarie, restent des boucs émissaires idéaux pour ceux qui nous « gouvernent », en panne d’idées et de résultats dans une crise de mutations économiques mondiale qui les dépassent totalement.

Il vaut donc mieux « occuper » l’opinion sur les Roms plutôt que sur les vrais sujets du chômage, de la dette, du déclassement et de la précarité qui ne peuvent plus trouver de solution à l’échelle d’une « puissance » régionale.

L’équipe précédente, à commencer par Nicolas Sarkozy et ses affidés, avait déjà utilisé, depuis 2010, le « filon » rom pour faire diversion. L’équipe actuelle reprend le flambeau – si je puis dire – avec encore plus d’ardeur. Il est vrai qu’on rentre à nouveau en période électorale, cela peut toujours servir… Depuis cette époque, nos 17.000 Roms (sur 65 millions d’habitants) errent donc de campements en campements, de bidonvilles en bidonvilles (400 seraient recensés, le plus souvent sur des lieux publics et sans eau…). L’ONG Amnesty International a recensé 10.000 roms évacués de leur campement depuis le début de cette année. Ces évacuations forcées, parfois sans ménagement, sont d’ailleurs totalement démagogiques car illusoires. Les Roms s’installent quelques kilomètres plus loin, et on recommence. Avec fort peu de solutions d’hébergement, ou avec très peu de nuitées proposées… mais entretemps, leur départ a plu au maire local et aux riverains. C’est toujours ça…

Ces méthodes envers des citoyens européens, membres de l’Union européenne depuis 2007, sont indignes d’un « grand » pays qui donne souvent des leçons de droit de l’Homme à la terre entière.

Contestable sur la forme, ces actions le sont encore plus sur le fond, car comme pour beaucoup de sujets, un pays ne saurait régler le problème à lui seul, à coup d’expulsions / évacuations. Cette question ne peut se régler qu’au niveau européen, en mobilisant ses structures démocratiques : Parlement européen, Commission européenne. Les ministres de l’Intérieur doivent vraiment régler humanitairement cela avec leurs collègues roumains et bulgares, et proposer des solutions pérennes à un Conseil européen spécial dont ce serait le seul ordre du jour. Afin de ne pas laisser se développer, en France, ce climat délétère de Romophobie qui débouche sur tant de fantasmes. Comment les Roms, 17.000 seulement je le rappelle, peuvent-ils susciter autant de haine, de rejet, face à leur mode de vie spécifique ? Et faire peur à ce point ? Je ne suis pas naïf ou béat : sur 17.000, il y a bien sûr des voleurs de poule ou de câbles en cuivre, des chapardeurs dans le métro, évidemment. Mais ce ne sont quand même pas les Roms qui peuplent toutes les prisons françaises (68.000 détenus). D’autant que, grâce aux efforts admirables d’associations, un tiers des enfants Roms parviennent désormais à être scolarisés. On imagine alors les conséquences d’une évacuation : il faut tout recommencer …

Sur le fond, l’attitude de la France fait fausse route, avec, en outre, des propos inqualifiables. Et la Commission européenne, qui a déjà rappelé à l’ordre la France (et elle est totalement dans son droit et son rôle par rapport au droit communautaire) n’a pas manqué de poser la question qui fâche, par la voix de son Commissaire en charge de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté, Madame Viviane Reding (qui s’était déjà coltiné Sarkozy en 2010, et qui va devoir à présent ferrailler avec Manuel Valls !… C’est le changement dans la continuité !) : elle s’est en effet étonnée que l’on n’utilise pas les 50 milliards d’euros de fonds disponibles ( somme quand même coquette !), à savoir le Fonds Social Européen (FSE), les fonds de la politique de cohésion et les fonds pour le développement rural. Voilà le scandale ! Le porte-parole de la Commission européenne, Olivier BAILLY, complète : « si l’argent reste en effet sous-utilisé, c’est parce qu’il manque les … projets nationaux ! » C’est bien la preuve que l’on ne veut pas les intégrer !

La France n’est bien sûr pas la seule en cause. Tous les pays sont concernés. Au nom de la libre-circulation absolue de tout citoyen européen, sur n’importe quelle partie du territoire de l’UE, ils doivent développer des structures d’accueil et des programmes d’intégration à ces ressortissants européens, y compris, bien sûr, la Roumanie et la Bulgarie.

Car au-delà de Valls, les propos qu’on entend de certains politiques – ou journalistes ! – sont révoltants : « renvoyons les chez eux ! » Que diraient ces gens si un jour un Etat membre disait de Français pauvres, SDF « renvoyons les chez eux » ! J’entends d’ici les cris d’orfraie !

D’aucuns diront encore qu’ils ne travaillent pas, n’ont pas de ressources, donc qu’ils ne peuvent rester sur le territoire…

La directive européenne 2004/38/ CE prévoit bien que tout citoyen a le droit de circuler librement pendant trois mois. Après ces trois mois, un juge – et un juge seul, pas la police, ni quiconque - peut apprécier la situation du citoyen européen (précarité, pas de salaire, non étudiant, etc) et l’expulser. Pour un Rom de Roumanie comme pour un Allemand de Bavière ou un Espagnol de Tolède…

Sur ce point aussi, j’entends des énormités depuis quelques jours, de la part de certains. Il ne faut pas transformer un problème économique et social (un citoyen sans ressources) en une stigmatisation d’une population européenne ciblée qui s’apparente à de la ségrégation ethnique.

Certains politiciens français ont également confondu l’assouplissement, au 1er janvier 2014, des restrictions d’embauche sur nombre de métiers qui avaient été prévues dans le Traité d’adhésion à l’UE (2007) de la Roumanie et de la Bulgarie, avec l’ouverture des frontières et l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Espace Schengen. Confusion peut-être volontaire d’ailleurs, peut-être pour faire peur… Alors qu’on sait bien que l’Espace Schengen est encore loin d’être ouvert à ces deux pays, pour des problèmes de mafia à mieux réguler, entre autres…

Qu’à cela ne tienne, Christian ESTROSI, maire de Nice, a aussitôt déclaré : « il est urgent de remettre en cause les Accords de Schengen ». Ben voyons !

Il reste que l’assouplissement sur les restrictions d’embauche ira, à son tour, dans le bon sens d’une intégration des Roms. Et oui, beaucoup pourront se mettre à chercher (et trouver !) du travail…

Il me reste, chacun l’aura bien compris, à dire mon indignation totale à l’égard des propos inqualifiables proférés par l’actuel Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, à l’égard des Roms : compte tenu de « leur mode de vie qui rend impossible leur intégration », ces populations sont « non assimilables en France » et « doivent retourner dans leur pays ».

Ces propos sont intolérables sur un plan moral comme juridique, contraires aux règles de droit européen sur la libre-circulation, et que la France, membre de l’Union européenne jusqu’à nouvel ordre, doit appliquer. J’ajoute qu’exploiter en ces temps pré-électoraux les « problèmes » des Roms, leur souffrance, est indigne.

Tout cela parce que les ¾ des Français sont – forcément ! – contre les Roms. 17.000 Roms qui empoisonneraient la vie de 65 millions de Français. Qui peut croire cela ? Ce qui ne veut pas dire, encore une fois, qu’il ne faut rien faire, et ne pas utiliser ces 50 milliards qui sont réservés au « problème ».

Mais aller dans le sens du poil des populistes et des extrémistes, auto-entretenir régulièrement (la France vote chaque année, jusqu’en 2017, ça promet !!!) un tel climat délétère d’exclusion, de rejet, de haine, est nauséabond, et très dangereux. Car on alimente et nourrit encore un peu plus nos extrêmes, auxquels on prédit de bons scores (on verra d’ailleurs…). Croire qu’on va récupérer certains électeurs en leur caressant le poil de leurs idées xénophobes est une chimère, soit dit en passant.

Ayons plutôt le courage de faire l’Europe, intégrée, fédérale, qui règlera également, collectivement ce « problème » entre tous les Européens de bonne volonté. Si chaque pays reste seul, isolé, avec ses peurs, immobile face au monde qui va prospérer, on sombrera dans l’obsession sécuritaire et dans des dérives fascisantes sur fond de nationalisme ethnique… Ce que le grand philosophe Jürgen HABERMAS nous prédit depuis quelques temps déjà, si l’Europe venait à se déliter. Il parle de société post-démocratique. Méditons ceci… La démocratie n’est jamais un bien irréversible. On a eu les années 30, la crise, et Hitler… En cette période précisément, on parlait déjà de la … « question juive », et nos démocraties n’ont pas réagi. On connaît la suite.

Entendre parler, depuis des mois, de « la question Rom » devrait nous alerter, il me semble…

Comme l’écrit brillamment Bernard Attali dans un excellent papier dans les Echos du 23 septembre, je cite : « l’obsession sécuritaire rend chaque jour plus sournoise ce qu’il faut bien appeler par son nom : la tentation fasciste. Albert CAMUS [ Ndlr : un grand fédéraliste ] nous a rappelé naguère qu’il suffit d’un rat, un seul, pour infecter la Cité entière ».

6 Réponses à “La “romophobie” a de beaux jours devant elle…”

  1. Bernard Giroud dit:

    Un peu facile, Alain, comme le fait d’ailleurs Fabien Cazenave, d’entonner le refrain de la bonne morale;
    C’est un peu le rond-rond du chaton, qui lui permet à la fois de dormir et de garder l’œil mi-clos au confort du chez-soi..
    Il faut regarder les choses en face à la fin de cette année 2013.
    Les deux principaux pays de l’”Union” sont plutôt concurrents et antagonistes et pas coopérateurs; Par la faute de l’un et l’autre, probablement!
    Prenons en acte, et mesurons le juste niveau de nos modestes capacités.
    Nous avons à recommencer tout un travail de bâtisseur en essayant de ne pas trop nous tromper, ni de partir dans des leurres ou des trompe l’œil couteux et mal définis.
    Certains exemples ont bien marché, et marchent encore, il ne faut pas rater les occasions lorsqu’elles se présentent à nouveau.
    En l’occurrence c’est une erreur “fatale” qu’on commise les dirigeants de nos vingt ans passés d’avoir tout fait pour éloigner les intelligentsias techniques allemandes et françaises, (ex: Siemens et Areva), de travailler sur le projet commun du nucléaire. Quelle nuisance que cette bêtise ! On voit ce qu’on y perd aujourd’hui. La modeste technique française est à la peine sur ce qui fut (et reste encore) son domaine d’excellence.
    Le réalisme aujourd’hui, c’est d’associer, surtout quand ils le veulent, l’intelligence créatrice réaliste de nos pays et renouer avec les bon exemples. (Voir le rapport Beffa-Chrome, Juin 2013)
    En ayant bien compris le projet, le nombre c’est à dire nous tous, modestes citoyens de tous les jours, seront facile à convaincre de suivre un meilleur esprit, (ou même d’améliorer ce projet.)
    Cela permettra au train de l’intérêt commun bien compris de se remettre en route.

  2. juyaux dit:

    Bonjour Alain,

    Je partage complétement ton analyse.

    Puis-je l’envoyer au réseau de mes amis ?

    Bien cordialement

    Christian JUYAUX
    06 80 05 07 48

  3. Volpi rémy dit:

    La question des Roms est certes préoccupante, et ce, à différents titres.
    Comme Emmanuel Valls, je suis moi-même fils d’émigrés. Ce qui ne m’empêche pas de penser que mes parents ont eu en France une tout autre attitude que celle consistant, pour toute activité, à faire pitié pour mendier, et à se livrer à toutes sortes de larcins. Tout au contraire, c’est en travaillant, c’est-à-dire en étant utiles à la société d’accueil qu’ils ont trouvé et prouvé leur place.
    Les Roms, en toute objectivité, sont socialement parlant des marginaux. Ils le sont dans leur pays d’origine et le sont encore plus en dehors de ceux-ci. Appartient-il à la France de les accueillir? Non, et en tout cas par dans les proportions actuelles.
    Cela dit, ce sont des Européens, et à ce titre ils sont libres de circuler sur le territoire européen. Mais faut-il rappeler que la Roumanie et la Bulgarie, dans le contexte de leur admission en UE ont reçu des fonds pour les Roms. Que sont devenus ces fonds, quel impact ont-ils eu sur la question Rom? Il y a fort à parier qu’ils ont été utilisés à d’autres fins, pas nécessairement philanthropiques.
    Pour conclure, il s’agit typiquement d’un problème européen que des mesurettes locales, palliatifs épidermiques, ne sauraient résoudre. Ce qui souligne, si besoin était, la nécessité d’avoir un gouvernement européen supranational, doté de pouvoirs effectifs et capable d’appréhender les problèmes européens dans leur profondeur pour les traiter efficacement.

  4. Nicolas du Réseau Colin Bagnard dit:

    Alain, bonjour,

    Merci pour aborder ce sujet sensible qui concerne les familles et les enfants, ici ceux des Roms ou des nécessiteux traversant les frontières des états mais pas de la misère. Cela concerne aussi la question des Peuples Autochtones auxquels appartiennent les Roms.

    J’ai vu de mes yeux des enfants nus, errer ici ou là, au milieu des voies de circulation dans des zones particulièrement dangereuses, des mamans passant en poussette, et dans un environnement d’immondices, avec une odeur pestilentielle étant donné l’absence de toute organisation sanitaire ni même sécuritaire au sens où on l’entend habituellement pour toute population… et au sens où des services sociaux, de police, de gendarmerie, de la justice “familiale” seraient intervenus depuis longtemps! Alors qu’ils interviennent souvent dans des cas qui ne le nécessite pas, détournant dans une trop grande proportion les enfants bien entourés, et laissant ceux qui ne le sont pas dans le danger. . . il faut croire que certaines garanties apportées par ces derniers sont plus importantes que la situation objective de danger des autres.

    J’ai constaté avec beaucoup combien la question des camps de Rom “délogés”, si on considère cela comme des logements, était fréquente sur le territoire de l’agglomération lyonnaise. Quelles sont les questions posées:
    Les Roms sont-ils vraiment des citoyens roumains ou bulgares? Il faut aller voir sur place pour se rendre compte que dans ces états de l’Union, ce n’est pas du tout le cas.

    Alors, faut-il considérer que ce sont des citoyens européens comme les autres? Ou faut-il poser la question : existe-t-il des citoyens qui ne rentrent pas dans la juridiction normalisée des états nations? Cette question, personne ne l’a pose; elle se pose pourtant pour de multiples peuples sur Terre qui ne sont pas associés à un état nation à la manière du droit international qui ne reconnait qu’une forme de citoyen attachés à un processus de citoyenneté d’état, jamais de peuples, sauf quand il s’agit de faire des parc-zoologiques ethniques (Kenya, Birmanie, Brésil, USA, Canada, Afrique du Sud, France(Guyane)—).

    A l’échelle globale comme européenne, nationale ou régionale, municipale ou d’agglomération, ne faut-il pas ouvrir le débat sur ce que sous-entend la citoyenneté au sens des droits de l’homme et de la convention internationale du droit des enfants puisque certains citoyens ne semblent pas y être soumis?

    Or, il existe une convention dites 169 des Peuples autochtones de l’Organisation Internationale du Travail, élément des Nations Unies(http://www.ilo.org/dyn/normlex/fr/f?p=NORMLEXPUB:12100:0::NO::P12100_ILO_CODE:C169. Dans le détail, le respect des droits et obligations ne fait jamais une ligne sur aucun papier de média ou d’élus…

    Pourtant elle pourrait être ratifiée par la France et d’autres états!(http://www.survivalfrance.org/petitions/ilo169).

    Pour ce qui concerne la santé, la scolarisation, le logement, ce serait utile pour ne plus faire ces constats qui nous choquent comme actuellement quoi Rambaud à Lyon, en plein centre ville; mais c’est le plus souvent dans des zones plus obscures, ou sous les fumées polluées d’une usines, dans la zone sous sécurité SévésoII ou en marge d’une autoroute.

    Peut-on continuer à construire l’Europe sans aborder ce sujet avec les instrument du droit adéquats? Utilisera-t-on la question des Roms encore longtemps pour alimenter le seul débat qui semble intéresser certaines classes politiques: les alliances en vue de prochaines élections?

    Comme pour la capacité d’intervention ou de diplomatie en Syrie, il y a là un sujet où l’Europe devrait prendre ses responsabilités car les personnes qui vivent depuis leurs naissance sur son sol (au sens d’une certaine géographie) devraient bien mériter que les européens les considère enfin comme ils le sont aussi, des citoyens européens, éléments d’un peuples parmi les Peuples et les Nations, avec une culture spécifique qui enrichie les autres même si apparemment, leur état de mendicité les met les positions d’exclusion.

    Ouvrons enfin le débat!

  5. Kalman Rudolf dit:

    L’intégration des roms, ladinos et autres groupes de gitans et/ou tsiganes est une affaire européenne qui date pratiquement de leur immigration au moyen âge. Elle a parfois été difficile, parfois réussie, je pense à des régions comme l’Andalousie ou la Hongrie, ou encore en France la Camargue, régions où la culture locale, notamment musicale, a été fortement colorée par eux. Malheureusement, certains des métiers qu’ils pratiquaient autrefois (je pense notamment à la vannerie chassée par les sacs de plastique) ont disparu… dans une Europe un peu plus écologique, ils s’adapteraient peut être mieux… Et un monde où ils n’ont pas leur place , n’est il pas aussi un monde ou l’homme n’a plus guère sa place? Rudolf Kalman

  6. Nicolas du Réseau Colin Bagnard dit:

    Merci pour ce complément Kalman.

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