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VIVE LA BCE !

Une fois n’est pas coutume dans notre pays, je voudrais rendre hommage à la Banque Centrale Européenne (la fameuse « BCE ») pour son sérieux, sa clairvoyance et sa lucidité. Elle tient bien la barre de la politique monétaire de la zone euro.

Car elle vient, pour la troisième fois, de baisser son principal taux directeur de ¾ de point, ce qui le ramène à 2,50% ! C’est la plus forte réduction de l’histoire de la BCE, qui vient de fêter ses dix ans d’existence. Cette baisse fait suite à deux baisses antérieures de 0,50 point, depuis la mi-septembre. Le taux va donc passer de 4,25% à 2,50%.

Et croyez moi,  ce n’est pas fini : d’autres baisses suivront pour relancer l’économie européenne et le marché immobilier, qui en ont bien besoin.

 

Une fois de plus, la BCE, quand les circonstances l’exigent, sait, en toute indépendance, faire preuve de responsabilité..

Crise économique (majeure) oblige, elle a le courage de prendre des décisions contraires à ce que les textes lui assignent comme obligations, objectifs et missions : lutter en priorité contre l’inflation en évitant l’emballement monétaire par des politiques laxistes. Bref, s’adapter aux circonstances, être souple et pragmatique.

Car depuis des années, c’était haro sur la Banque Centrale, alors même que c’étaient les politiques (Traité de Maastricht de 1992) qui avaient (enfin) donné à la Banque son indépendance totale à l’égard de l’Exécutif, précisément pour éviter que les gouvernements manipulent les taux d’intérêt, fassent des dévaluations sauvages pour stimuler leurs économies à l’export, bref jouent avec la monnaie et l’inflation.

Dans leur grande sagesse, se sont les politiques qui avaient compris, en 1992, après 30 ans de crises et de réflexion, qu’il fallait devenir rigoureux et raisonnable, et donner à l’Europe une monnaie enfin crédible car mondiale ; stable ; forte (mais pas trop quand même !…). Pour ce faire, il fallait aussi que l’institution qui la gèrerait soit stable, forte et surtout totalement indépendante, comme l’est depuis des lustres la célèbre FED (Réserve Fédérale) américaine.

 

Depuis, avec les crises économiques ou simplement une croissance atone et un chômage de masse, plusieurs voix s’étaient élevées en Europe pour essayer de « corriger » cette indépendance et de relancer l’inflation et les déficits, quitte à torpiller cette monnaie européenne, désormais la seconde du monde.

J’ai le plus grand respect pour Monsieur Jean-Claude TRICHET, actuel président de la BCE, qui a tenu bon, calé sur sa légitimité, respectueux des missions qui lui ont été assignées.

Il a tenu bon, malgré un déferlement médiatique dans certains pays d’Europe : on l’a traité de rigoriste, d’irresponsable, d’illégitime même, puisque « non élu » !

Ben voyons ! Dans ces pays, il y aurait donc les « experts (qu’on n’aime pas, car ils font peur) contre les élus, forcément légitimes, puisque « élus », donc … infaillible ! Et bien non : il arrive aux experts de se tromper, mais il faut admettre que les élus aussi peuvent se tromper ! Et lourdement !

Monsieur Trichet est d’ailleurs reconnu dans le monde entier pour ses grandes qualités. Même par le Financial Times qui l’a élu –excusez du peu ! – homme de l’année en 2007, et qui a dit de lui, je cite : « un puits de science, cultivé, maniant d’une main sûre le gouvernail financier de l’Europe ». D’ailleurs Mr Trichet avait anticipé la crise bien avant tout le monde, dès l’été 2007, en injectant des fonds (prêtés) sur les marchés monétaires.

 

Farouche partisan de la monnaie unique, j’ai dirigé l’Institut de l’euro de 1995 à 2005. Je considère toujours qu’avec la CECA (Communauté Européenne de Charbon et d’Acier) en  1951, l’euro est la plus grande réussite à ce jour de la construction européenne.

 

L’euro ne peut à lui seul, certes, restaurer la croissance, sortir de la récession. Mais il peut faciliter la reprise, l’accompagner, et donner à l’Europe une crédibilité économique et géopolitique bien plus grande.

D’ailleurs les gouvernements le savent très bien, pratiquant parfois le double langage. Car sans l’euro, ce serait bien pire ! On aurait dévalué plusieurs fois depuis 2001. On aurait des taux d’intérêt à 15%, et une inflation galopante. L’euro a crée deux fois plus d’emploi nets en zone euro de 1999 à 2008 que pour la période qui a précédé l’arrivée de l’euro : 1990-1999. Ça, ce n’est pas un argumentaire, ou une analyse, c’est un fait statistique, parfaitement vrai et vérifiable !  L’euro  allège aussi le remboursement de l’intérêt de notre dette publique.

Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas réfléchir sur l’assouplissement, en temps de crise, des critères de Maastricht. Ces critères stipulent qu’aucun pays de la zone euro ne peut avoir un déficit budgétaire supérieur à 3% de son PIB, ni une dette publique supérieure à 60% de son PIB.  D’ailleurs, le texte du Traité de Maastricht prévoyait déjà un tel assouplissement. Et la Commission européenne l’a bien reconnu depuis quelques semaines.

Là encore, les institutions ne sont pas aveugles ou irresponsables. Elles s’adaptent. Même si du coup, les pays vont se « lâcher ». Et donc nous aurons, pour certains pays (dont la France) une dette encore plus abyssale, que seule une forte croissance pourra rembourser, sinon il faudra bien recourir à l’impôt (et/ou aux emprunts d’Etat…). Je rappelle que la dette publique actuelle de la France est de 1 260 milliards d’€, soit environ 20 000 € par habitant….

 

La BCE a donc démontré sa responsabilité, sa souplesse, son adaptabilité, en baissant de près de 2% son principal taux directeur, ramené à 2,5%. Et j’en prends le pari, ce n’est pas fini ! Car la crise, grave, l’exige. Elle relance ainsi l’économie par sa politique monétaire en rendant le crédit moins cher pour les ménages, les entreprises, les collectivités.

La BCE n’en fera pas une nouvelle doctrine, irréversible, comme l’a fait monsieur Alan Greespan, depuis les années 2000 aux USA. On a vu le résultat de cet immense laxisme monétaire. Des taux trop bas, une monnaie absolument dévaluée, ont généralisé un endettement dans l’immobilier, ou plus généralement dans la consommation des ménages. Quand on est surendetté au-delà de deux fois son salaire, on sait désormais ce qui arrive…

 

La zone euro bénéficie donc à présent d’un taux de 2,5%. Cela signifie, concrètement, que les banques européennes de 15 pays (bientôt 16, car la Slovaquie rejoint l’euro dès le 1er janvier 2009), vont répercuter immédiatement cette baisse salvatrice, ramenant les taux qu’elles vont proposer aux particuliers (taux fixe) à un peu moins de 5%, peut-être 4,5% pour les meilleurs, début janvier 2009. Soit 2% de plus que le taux directeur de la BCE… Ce sont les frais, marges et commissions des banques qui elles-mêmes doivent emprunter à la Banque Centrale. Faut bien que tout le monde vive !

6 Réponses à “VIVE LA BCE !”

  1. Rodolphe ROUS dit:

    Bonjour Alain, je découvre avec bonheur ton blog qui me semble parfaitement conforme à ton style à la fois “expert” et incisif. Bon courage pour la suite de ton blog que je suivrai maintenant de manière assidue !

  2. Raphaël PEUCHOT dit:

    Merci Alain pour ton courriel en lien vers ton article. Tu me permettras deux objections : (i) une analyse précise des indicateurs économiques en Europe démontre que les pays de la zone euro ont des performances systématiquement plus en retrait que les pays européens n’ayant pas adhéré à l’euro : taux de croissance, taux de chômage, balance du commerce extérieur, etc.etc. (ii) la BCE aurait été bien inspirée d’anticiper la crise, plutôt que de la suivre, mise au pied du mur par les Etats qui ont pris les choses en main, alors que la Commission européenne en est toujours à s’interroger sur le pourquoi du comment !
    Mais de tout ceci nous reparlerons probablement avec énergie, mais en toute amitié, au cours des prochains mois, élections européenns oblige.
    Cordialement
    R. Peuchot

  3. Michel MORIN dit:

    Bonjour Alain,
    C’est ma seconde visite sur ton blog. Furtive la première fois pour suivre la naissance du blog annoncé..Avec un message de remerciements cette fois-ci pour ton argumentaire éclairant sur le rôle de la BCE face à la crise actuelle. J’espère que le projet de conférence dans le Nord Isère sera une occasion de verser ces arguments au débat. Bravo. Bonne continuation.

  4. anglaret dit:

    bonjour Alain et merci pour tes points de vue. N’aurais tu pas oublié d’adresser quelques critiques sur la façon dont la “célèbre” FED a géré ces dernières années la surveillance du système bancaire des USA qui je crois fait partie de ses attibutions? Cordialement.

  5. "grenouille étoilée" dit:

    Bonjour !
    quand on commence à parler des grandes problématiques du monde actuel,et notamment cette tempête financière, qui n’en fait qu’à sa tête, et qui n’est pas prêt de finir, on peut s’attendre à des levers de boucliers de part et d’autres…( çà commence avec R. Peuchot )
    Les grandes puissances de l’Union ne réagissent pas au même rythme,est ce que la France prise dans cette épouvantable léthargie en matière d’investissement et d’innovation, dans cette lourdeur infernale qui fait suite aux 30 glorieuses, cette France qui ne parvient pas d’un poil à cette croissance tant attendue, encore visible pourtant ailleurs, est ce qu’elle ne serait pas un peu petite joueuse cette France, par rapport à l’Allemagne notamment, et les positions très fermes et bien compréhensibles de Frau Merkel…qui elle a n’a pas à rougir d’avoir vraiment injecté de “l’argent frais” dans son économie, et pas seulement des provisions bancaires, ou des remboursements anticipés, énormes, de l’Etat aux entreprises.Notre espoir est pourtant immense, dans le plan de relance proposé par Nicolas Sarkozy,surtout quand il dit que 75 % des montants investis dans ce plan ” New Deal” auront des effets postifs dès 2009.
    Je comprends bien la nervosité de la Banque Centrale Européenne, et en même temps son grand sens des Responsabilités. Merci Alain pour cette analyse des Méthodes ” JC Trichet “…

  6. Norbert Bodicho dit:

    Qu’y a-t-il de si spectaculaire à ce que la BCE abaisse fortement son taux directeur, en participant à un mouvement généralisé à l’échelle mondiale, et alors que le taux d’inflation qu’elle prévoit pour 2009 en zone euro se situe entre 1,1 et 1,7 %, soit en deçà de son objectif des 2 % ?

    Dans un contexte déjà fortement récessionniste, la meilleure décision de politique monétaire n’aurait-elle pas été de frapper plus vite et plus fort ? Plusieurs mois sont en effet nécessaires pour qu’une baisse des taux directeurs se répercute sur les taux d’intérêt pratiqués par les banques et pour que la diminution des taux bancaires agisse ensuite sur l’activité économique. Ce délai de réaction risque d’être plus important aujourd’hui, au moment où les banques cherchent à compenser les pertes enregistrées sur les activités liées aux marchés financiers par une augmentation de leurs marges sur crédits. Les chiffres de la Banque de France témoignent d’une augmentation annuelle impressionnante de 143 % des marges sur les prêts à l’investissement productif et de 486 % des marges sur les prêts immobiliers …

    Que le laxisme monétaire des uns (la Fed en 2002 et 2003) ne nous autorise pas à pratiquer l’excès inverse à long terme : il y a bien, depuis la création de l’euro, un déficit de croissance avec les pays de l’UE hors UEM et les Etats-Unis, de l’ordre de 1 à 1,5 % par an. L’une des causes de cet écart de croissance provient du maintien de taux directeurs trop élevés, ce qui se compte in fine en centaines de milliers de chômeurs supplémentaires dans l’Eurozone. Alain Malégarie souligne que les 10 dernières années ont été plus créatrices d’emplois que la décennie antérieure. Si le fait statistique est bien avéré, il est de façon simpliste attribué à « l’euro » … Encore faudrait-il expliquer et débattre des mécanismes qui sont à l’œuvre !

    La vérité est que l’on ne peut pas reprocher au Conseil des gouverneurs de la BCE de respecter l’objectif d’inflation qui lui est confié par le traité de Maastricht, sans que lui soit donné simultanément d’objectif de soutien à l’activité économique. L’honnêteté devrait alors conduire à remettre en cause le traité lui-même plutôt qu’à critiquer ceux dont la responsabilité est de l’appliquer. Mais il reste une marge de manœuvre substantielle. Les rédacteurs du traité ont donné à la BCE comme objectif la stabilité des prix sans autre précision. C’est la BCE et non le traité qui a mis le curseur à 2 % d’inflation, alors que d’autres grandes banques centrales se fixent un taux supérieur, ou une fourchette de taux, ou même un objectif purement qualitatif, ce qui à l’avantage de donner de la souplesse à la politique monétaire.

    Concrètement, un ajustement de l’objectif d’inflation décidé par le Conseil des gouverneurs ouvrirait la voix à une politique plus audacieuse, adaptée à la crise économique, et anticipant la crise sociale qui se profile à l’horizon. Dans les circonstances exceptionnelles que nous connaissons, qui exigent des mesures qui le soient tout autant, cette décision ne ternirait pas la réputation de la BCE et la confiance qui lui est dévolue.

    Norbert Bodicho

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