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L’Europe résiste et doit continuer à résister à Dingo TRUMP !

Au moment où l’Europe et la France sont en vacances, au plus profond de la torpeur de l’été (et de la canicule !), des événements majeurs se sont passés – et se passeront – dans notre Union européenne. Des événements beaucoup plus importants que la conduite inacceptable et minable d’un petit justicier arriviste, en poste à l’Elysée, se croyant tout permis, y compris de boxer de jeunes manifestants presque pacifiques…Et ce fait divers navrant mobilise des Media en quête d’ « information » (!) et des politiciens sans idée ni projet tentant de profiter de l’aubaine ! C’est pathétique et lamentable. Pendant ce temps là, on parle très peu de ce qui se trame outre Atlantique contre notre Europe par un ultra-nationaliste arrogant et dangereux.

Des crises, notre Europe en a vu d’autres me direz-vous, et elle les a toujours surmontées, profitant même, souvent, de l’opportunité d’aller de l’avant dans l’intégration européenne.

2018 est marqué par trois événements importants impactant fortement l’UE : le Brexit, les dérives populistes dans certains Etats membres ; et bien sûr le cas Trump.

Deux ans après le vote britannique du 23 juin 2016, le Brexit conduit à des négociations qui tournent en rond, avec des propositions du gouvernement de Theresa MAY, qui pourraient se caractériser par la formule « l’Europe, je te quitte.. mais je reste quand même ». Dit autrement, le Royaume-Uni veut le beurre et l’argent du beurre, mais échoue depuis deux ans face à une Europe unie à 27 sur ce dossier, rejetant une à une des propositions britanniques schizophrènes, ou surréalistes. Au point qu’il pourrait ne pas y avoir d’accord avant la sortie définitive du Royaume-Uni, prévue pour le 29 mars 2019. Les sujets sur lesquels on bloque sont encore la question des relations entre les deux Irlande ; le statut futur des nombreux Européens vivant au Royaume-Uni (plus de 3 millions) et des Britanniques vivant dans un Etat membre de l’UE (1,5 millions) ; et la question de l’appartenance à l’union douanière et de la libre circulation des personnes. Le feuilleton continue, je vous en reparlerai.

Autre événement problématique : les dérives de quelques Etats membres à l’Est de l’Europe ( Pologne, Hongrie, Slovaquie) qui prennent quelques libertés avec nos valeurs fondamentales, véritable ADN de toute la construction européenne, que sont la démocratie, l’état de droit, la solidarité. Ces régimes deviennent des démocratures, des démocraties illibérales, autocrates, liberticides, où la Justice est reprise en main par le pouvoir exécutif. L’UE a soixante ans, elle ne doit pas tergiverser sur ces valeurs fondamentales, qui ne sauraient être une « option ». Je reviendrai aussi sur ce sujet, préoccupant, ainsi que sur les « évolutions » du nouveau gouvernement italien, populiste et nationaliste, ou encore la fragilité du gouvernement de Madame MERKEL avec un parti d’extrême droite (l’AfD) qui a 92 députés au Bundestag et une Bavière résolument anti migrant.

Mais notre belle Europe n’est pas attaquée uniquement de l’intérieur, elle l’est aussi de l’extérieur, car nos succès économiques et commerciaux, l’UE est le première puissance économique et commerciale du monde, faisant de nous un rival redoutable des… Etats-Unis par exemple. Et c’est sur ce troisième sujet que je voudrais m’attarder aujourd’hui, sujet qui doit nous préoccuper, tant l’enjeu est fort puisque le président américain TRUMP qui n’est pas à une agression près, ni à une foucade près, a choisi, depuis le 4 mars 2018, d’employer la force en engageant contre l’UE (son allié de toujours!) et d’autres, une guerre commerciale unilatérale et parfaitement illégale, puisque tout « conflit » sur le sujet devrait être débattu et se négocier pacifiquement au sein de l’OMC, créé justement pour ça.

Trump voit dans les relations internationales une relation « dominant-dominé ». Sa vision est totalement unilatérale. Le monde entier a appris à connaître Dingo Trump (je préfère le prénom Dingo à Donald, pour rester fidèle à Walt Disney), ses foucades, ses insultes, ses tweets puérils, irrationnels, émotionnels. Ses revirements aussi..Il faudra faire avec, durant encore deux ans et demi, sauf si des affaires judiciaires le rattrapaient avant (car l’Amérique reste une démocratie, même avec Trump), Mais les procédures judiciaires sont toujours longues (surtout l’impeachment). Mais les enquêtes avancent, notamment sur des collusions entre l’administration américaine et l’administration russe.

On commence à cerner l’horrible personnage : il gère les relations de la première puissance mondiale comme jadis ses entreprises : à la hussarde, au bluff, à la « schlag ». Bref il a tout pour plaire, et on a eu tout le loisir ( !) de l’observer dans ses passes d’armes avec le Mexique, lui ordonnant la construction d’un mur-frontière et … de le payer. Ce fut d’ailleurs, son premier échec. Il y aura bien un mur mais… payé par les contribuables américains ! Il adore jouer au poker menteur, mais si en face on lui résiste, il peut redevenir pragmatique (il a quand même des conseillers normaux) et dire ou faire le lendemain le contraire de ce qu’il défendait avec force la veille. S’il y a bien un personnage que le ridicule ne tue pas, c’est Trump ! Il s’en moque d’ailleurs (ce qui prouve qu’il n’est pas fou ! Fantasque mais pas fou !), il joue, il tente, il perd ou il gagne. Même s’il peut y avoir des dégâts entre-temps. Car il joue avec le feu (sans jeu de mots) : avec la Corée du Nord pour accepter presque toutes leurs revendications après ; avec plusieurs pays arabes, dont l’accès aux USA était fermé (pour alléger ensuite la punition). Avec Poutine qui devient (presque) un « ami », alors même que les Etats-Unis, avec l’Union européenne, votent et revotent des sanctions économiques lourdes pour des faits parfaitement avérés (invasion de la Crimée ou  ingérence de la Russie dans les élections présidentielles américaines, ingérence prouvée par la CIA). Cherchez l’erreur ! Le carnaval trumpien se fait d’ailleurs dans les deux sens. Quelques jours après avoir accueilli les bras ouverts (c’est un euphémisme !) Emmanuel Macron, président de la seconde puissance de l’UE et de la zone euro, en visite d’Etat aux USA, il déclenchait une guerre commerciale sévère avec l’UE (l’alliée des USA de toujours !), allant jusqu’à qualifier l’UE d’ « ennemie » - du jamais vu ! - et taxant immédiatement l’UE sur les aciers (25%) et l’aluminium (10%). Ce qui fera dire à Donald TUSK, président du Conseil européen : « avec des amis comme les Etats-Unis actuellement, l’UE n’a plus besoin d’ennemis ». Et quelque mois après, ce sont les exportations européennes d’automobiles qu’il menaçait de taxer lourdement. Même s’il vient de reculer sur ce point.

C’est tout le « charme » (je plaisante !!) de ce triste personnage : le changement permanent de braquet. Il a l’habitude d’obtenir des concessions de ses partenaires, mais si on sait lui résister, voire contre-attaquer (ce que l’UE a très bien fait), il finit par reculer, ou temporiser. Ce qui nous laisse un peu d’espoir pour le supporter encore 2,5 ans. Mais il faut rester vigilant…

L’Europe a en effet résisté, en taxant, à partir du 1er juin 2018, lourdement le bourbon, les jeans Lewis, les motos Harley Davidson, les oranges de Floride, le beurre de cacahuète, le riz, le maïs et le tabac. Depuis juin, le seul secteur agricole américain a déjà perdu 13 milliards de dollars, à tel point que le gouvernement de Trump doit mettre en place un plan d’aide d’urgence aux agriculteurs de 12 milliards $ !

Une guerre commerciale, contrairement à ce que Trump disait avec prétention, ce n’est pas « gagnant-perdant »,, c’est perdant-perdant ! Et si la guerre continuait, l’UE a déjà sous le coude une deuxième série de produits. Le tout est que notre Union reste unie, solidaire, donc forte. Car nos intérêts commerciaux peuvent diverger entre nous. L’Allemagne exporte énormément de voitures aux USA, la France très peu. Pour le Brexit, nous sommes resté unis, soudés, face au gouvernement de Thérésa MAY qui a du faire alors bien des concessions, et accepter de régler ses « contributions » prévues jusqu’en 2020, soit… 50 milliards €.

Si on devait se diviser devant TRUMP, on perdrait. Car Trump veut précisément nous diviser pour mieux nous affaiblir. Il a proposé en avril à notre président de la République un accord commercial bilatéral. Evidemment refusé. Il vient de proposer la même chose à Thérésa May, qui l’a refusé sèchement, ce qui est tout à son honneur, car quittant l’UE, elle pourrait être tentée de rejoindre le « grand large » et s’allier avec les Etats-Unis ! A moins qu’elle ne veuille plus quitter l’UE, peut-être ?!

Une telle proposition de Trump montre d’ailleurs qu’il ignore le fonctionnement de l’UE, collégial et solidaire, ou alors qu’il méprise nos institutions et pense signer un accord avec un Etat isolé, faisant fi de nos traités !! Comme se moquait le regretté Michel Audiard, ce type ose tout !!!

Un espoir quand même ? Le 25 juillet 2018 restera, dans tous les cas, dans les annales de l’Histoire. C’est la première fois qu’un Président de la Commission européenne, avec le président du Conseil Donald Tusk, négocie un accord important avec le président des Etats-Unis. Au nom des 28 Etats membres de l’UE.

Examinons de plus près les différents volets de cet accord commercial, qui n’a évidemment pas la force contraignante juridique d’un « Traité » européen, et reste quelque peu ambigu… Mais a aussi, selon la formule consacrée, « le mérite d’exister ». Le but étant quand même d’éviter une guerre commerciale…

Cet accord permet tout d’abord de proposer une désescalade de la guerre commerciale entre UE et USA. Chacun des deux partenaires a pu riposter, il est temps maintenant de calmer le jeu, de sortir de la spirale des représailles et de chercher à revenir à l’état antérieur. Il ne faut pas oublier que UE et USA représentent plus de 50% du PIB mondial, plus de 830 millions de citoyens et donc autant de consommateurs. Et ont noué la plus grande relation commerciale mondiale, pesant un trilliard de dollars, c’est-à-dire mille milliards de milliards de dollars. Un chiffre impressionnant qui exige de la modération dans les actes, car derrière ce chiffre gigantesque se cachent des entreprises et des emplois par millions.

Ensuite cet accord a permis aussi de confirmer que c’est au sein de l’OMC que l’on devait travailler ensemble, même s’il faut continuer à travailler sur la modernisation de l’OMC. En particulier, il s’agit maintenant d’obtenir de la Chine que sa participation au sein de l’OMC fasse l’objet d’engagements acceptables. Et favoriser aussi la poursuite du travail sur un processus trilatéral entre UE-USA-Japon. « Il s’agit de sortir de la crise actuelle en faisant un pas en avant dans le déblocage de l’OMC et dans le traitement posé par le système de capitalisme d’Etat chinois » dit le communiqué officiel.

L’OMC est le grand chantier à venir. A l’initiative de l’UE, une réunion s’est tenue à Genève avec le Japon, la Corée du Sud, le Canada et le Mexique pour parler de la modernisation de l’OMC et la sortie de crise de l’automobile. Parallèlement, lors du dernier sommet UE-Chine, qui a eu lieu mi-juillet, l’UE et la Chine ont pu aborder ce sujet et se sont mises d’accord pour mettre en place cette modernisation.

Cette rencontre entre Jean-Claude Juncker et Donald Trump a donné lieu à une déclaration conjointe, importante, avec 4 points :

  • Il a été convenu de travailler ensemble à la suppression totale des droits de douane, des barrières non tarifaires et des subventions pour les biens industriels non automobiles.

Dans le même ordre d’idées, il y a convergence pour réduire les obstacles afin de faciliter le commerce de service, de produits chimiques, de produits pharmaceutiques, de produits médicaux et de soja.

Dans le secteur agricole, cela rendra les échanges plus équitables et plus réciproques et ouvrira les marchés.

Concrètement, l’accord bilatéral sur les produits industriels prévoit l’élimination réciproque des droits de douane en matière industriels. L’automobile est exclue des négociations (mais ça ne remet pas en cause l’absence d’instauration de nouveaux droits de douane), ainsi que l’agriculture.

Et naturellement il ne s’agit absolument pas là d’un pseudo TTIP/TAFTA , ni même d’un “mini TTIP” que nos présidents essaieraient de remettre sur le tapis. Feu le TTIP allait bien au-delà que les droits de douane,,et suscitait des questions sur les domaines agricoles et sanitaires notamment.  N’oublions pas que c’est Trump qui avait lui-même stoppé toutes les négociations, certes déjà enlisées au niveau européen…Donc on n’en veut plus, des deux côtés de l’Atlantique.

  • Il a été aussi convenu de renforcer la coopération stratégique en ce qui concerne l’énergie.

L’UE souhaite importer plus de gaz naturel liquéfié en provenance des Etats-Unis (même si c’est une production de gaz de schiste) ; et ce afin de diversifier son approvisionnement énergétique, l’UE étant trop dépendante du gaz russe.

Dans un autre secteur, l’UE souhaite importer plus de soja américain que brésilien et argentin. Cela se fait déjà assez naturellement, en fonction de la baisse du cours des sojas américains (de 15% ces dernières semaines)

  • Il a été convenu également de lancer un dialogue étroit sur les normes.

L’objectif est de faciliter les échanges, de réduire les obstacles bureaucratiques et de réduire les coûts, par une plus grande harmonisation.

Il s’agit de peser sur l’élaboration des standards du futur, et de ne pas laisser la Chine seule œuvrer dans ce domaine.

  • Enfin il a été convenu de s’unir pour mieux protéger les entreprises américaines et européennes contre les pratiques déloyales mondiales.

Ces pratiques déloyales sont le vol de propriété intellectuelle, les transferts de technologie forcés, les subventions industrielles, les distorsions créées par les entreprises publiques, et la surcapacité. Et là, c’est principalement la Chine qui est visée.

Pour mener à bien ce programme en 4 points, les deux présidents ont décidé de mettre en place un groupe de travail exécutif de leurs plus proches conseillers. Ce groupe de travail devra explorer les diverses dimensions de cet accord. Après, conformément au fonctionnement institutionnel de l’Union européenne, la Commission demandera au Conseil (=les chefs d’Etat et de gouvernement) l’autorisation d’ouvrir des négociations selon les directions voulues par le Conseil.

A noter que, comme d’habitude, nos politiques français ont un discours pour la France et un discours à Bruxelles. Alors que tous les Etats membres réunis en comité de politique commerciale au lendemain de cette visite historique, ont félicité la Commission et se sont réjouis des résultats obtenus, en France on a entendu une petite musique un peu différente, avec un petit tweet de Macron plus réservé, et un autre de Le Maire,  notre ministre de l’Economie, à son retour en France, disant “on ne touchera pas à la PAC”. Je ne vois d’ailleurs aucune menace sur la PAC du fait d’acheter du soja américain (aux normes, bien sûr).La PAC sera certes réformée dans le prochain cadre financier pluriannuel de 2021-2027, mais les négociations se font pleinement avec la France et tous les autres ministres de l’Agriculture, il me semble ? Comme toute mesure de l’UE, elle se prend collégialement, et c’est comme ça depuis soixante ans. Alors pourquoi un double discours, stigmatisant Bruxelles après avoir donné son accord ? Je croyais que l’on était européen, dans le nouveau monde ?

Cet accord est globalement positif. Il faut rester prudent, surtout dans un contexte tendu. On sait combien les négociations, surtout dans le domaine commercial, peuvent être longues, et tortueuses, avec deux obstacles majeurs : la réaction de la Chine, et l’unité, toujours fragile, des Etats membres lorsque leurs intérêts nationaux divergent. En outre, le partenaire américain n’est jamais totalement sûr ou fiable, maniant souvent le revirement spectaculaire…

Comme tout accord, ou tout compromis, ce texte n’est pas parfait. Il reste légitime, car les Chefs d’Etat connaissaient parfaitement les sujets négociés, sélectionnés par eux au Conseil européen de Sofia des 17 et 18 mai derniers.

On verra si cet accord est fiable. Avec un type comme Trump, rien n’est moins sûr. L’essentiel est que l’UE résiste, encore et toujours à ce président qui fait honte à l’Amérique, et au monde. Elle a eu raison de proposer des contre-propositions raisonnables, plutôt que « subir ». L’Europe unie est une force, surtout dans le commerce.

Ce qui compte, c’est bien  que l’UE ne se divise pas. Sinon Trump aura gagné. C’est ce qu’il cherche !

La France et l’Allemagne ne peuvent se diviser sur ces accords. Cela ferait désordre…

Il y a là des postures à usage interne, car encore une fois, il faut rappeler que les chefs d’Etat et de Gouvernement avaient identifié et décidé en amont les sujets de négociation. Et Jean-Claude Juncker y est allé avec la liste et la feuille de route !

Au lieu de râler après coup, en ordre dispersé, donc contre-productif, l’Union devrait réunir d’urgence un Conseil, pour entériner ces accords, car l’enjeu l’exige. Et chaque Etat membre devrait éviter de donner « son » avis. Trump doit compter les points. Ne lui donnons pas ce plaisir. Il veut nous diviser. Il rêve de nouveaux « Brexit ». Restons fermes et unis, même avec un accord de compromis. Il fallait stopper l’escalade. L’UE délivre aussi un message de fermeté au monde, ce peut être utile vis à vis des Chinois ou des Russes, qui sont ou seront des concurrents redoutables,également.

Très bel été à toutes et à tous, et j’aurai plaisir à vous retrouver à la rentrée pour des nouvelles – espérons le – encore plus optimistes !

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