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Pologne et Hongrie en pleine dérive anti-démocratique. L’Union européenne, minée de l’intérieur, est-elle en danger ?

Depuis des mois, le Parlement européen avait alerté sur le non respect délibéré de l’Etat de droit par le gouvernement hongrois de Viktor Orban. Le Parlement avait saisi la Commission des libertés civiles, qui a confirmé nombre de dérives. Et le 12 septembre 2018, le Parlement européen, en session plénière à Strasbourg, a voté à une large majorité pour l’activation de l’article 7 du Traité de l’Union européenne. Le vote est sans appel : 448 voix pour, 197 contre et 48 abstentions.

De quoi s’agit-il précisément ? Le Parlement européen a estimé qu’il existait un risque grave de violation des valeurs fondatrices de l’UE en Hongrie, comme l’avait estimé la Commission européenne fin 2017 pour la Pologne, pour des raisons similaires et avérées, ce qui l’avait conduit à déclencher également l’article 7 du traité le 20 décembre 2017.

Les motifs pour la Hongrie ne manquent pas :fortes préoccupations pour l’indépendance de la justice, la liberté d’expression, la corruption, le droit des minorités et bien sûr la situation des migrants et des réfugiés.

C’était une première pour la Commission européenne d’actionner cet article en décembre 2017 contre la Pologne,après 20 mois de « dialogues » (de sourds) avec un gouvernement polonais intransigeant et de parfaite mauvaise fois ; c’est également une première pour le Parlement européen de l’avoir actionné le 12 septembre dernier contre la Hongrie, qui risque d’être à son tour peu coopérative…

L’UE étant par définition de conception démocratique, il y a « présomption d’innocence », et le premier volet de l’article 7 ( 7-1, phase préventive ) consiste pour l’auteur de la procédure (ici le Parlement) à « demander aux Etats membres d’établir si la Hongrie risque de violer les valeurs fondatrices de l’UE ». Le Parlement demande éga lement au Conseil de l’UE ( les chefs d’Etat et de Gouvernement) «  d’agir à l’égard de l’Etat membre concerné afin de prévenir une menace systémique à l’encontre des valeurs fondamentales de l’Union ». Ces valeurs sont inscrites dans l’article 2 du Traité sur l’UE et figurent aussi dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE, incluant le respect de la démocratie, de l’égalité, de l’Etat de droit et des droits de l’Homme. Cette procédure a pris du temps, alors que Orban sévit depuis plus de deux ans, car il nous a « baladé » éhontément, éludant des questions de plus en plus précises et pressentes, maniant même l’invective ou la menace. Mais le Parlement (la voix des peuples) a enfin pris ses responsabilités, et a entamé la phase préventive de la procédure. Aux Etats membres de convaincre les autorités hongroises de revenir rapidement à l’Etat de droit et à la démocratie. Sinon, il faudra passer au volet 2 (7-2) de l’article 7, qui prévoit des sanctions, comme le retrait des droits de vote du pays dans les instances de gouvernance de l’UE.

Nul ne sait si ce régime se pliera aux injonctions légales et légitimes des institutions européennes, ou s’enfermera dans une posture arrogante d’obstruction systématique. Mais on peut douter que ce type de dirigeant renonce à ses idées xénophobes et ultra nationalistes…

Quoiqu’il advienne, l’UE doit être juste, mais ferme sur l’acquis communautaire et ses valeurs, et ne pas laisser détricoter par quelques uns qui ne voient dans l’Union qu’un tiroir-caisse, négligeant les acquis de l’Europe post 1945, ses valeurs de droit et d’éthique, ses valeurs fondatrices.

Il est temps de réagir, si l’on veut exister face aux défis du monde, et aux dirigeants de plus en plus populistes, nationalistes et dangereux sur tous les continents de la planète. Vigilance et résistance, y compris au sein de la « famille » européenne. On ne peut plus être naïf, ou béat. Il y va de la crédibilité voire de la survie du projet européen.

L’Europe, au sein de ses institutions démocratiques, est un lieu de débat permanent entre ses instances et les Etats membres, jaloux de leur souveraineté.

On peut bien sûr débattre de tout, négocier sur tous les sujets économiques, budgétaires, financiers, monétaires. On peut négocier sur la refonte de la PAC, sur une TVA intracommunautaire, sur un taux de change de l’euro, sur le pacte de stabilité, ou sur des directives environnementales.

Mais il y a un sujet qui n’est pas négociable, qui est le socle de notre Europe depuis 70 ans. Ce sujet, ce sont les valeurs européennes, l’Etat de droit, la démocratie, dans toutes leurs acceptions, dans toutes les facettes de ces mots clés.

Et c’est sur ces valeurs, précisément, que certains pays de l’Est ont résolument, consciemment, franchi la ligne rouge. L’Europe se devait de réagir, pour ne pas renier ce pourquoi elle a été créée.

Et on commence à se dire ouvertement les choses….Il était temps !

Emmanuel MACRON, 27 avril 2017 : « on ne peut pas avoir une Europe qui débatte de la décimale sur chacun des sujets budgétaires de chaque pays et qui, lorsque vous avez un Etat, membre de l’Union européenne qui se comporte comme la Pologne ou la Hongrie, sur des sujets liés à l’université et au savoir, aux réfugiés, aux valeurs fondamentales, décide de ne rien faire ». C’est dit !

Jean-Claude JUNCKER, dans le Discours sur l’état de l’Union, le 13 septembre 2017 : « Appartenir à une Union fondée sur l’Etat de droit, cela veut dire qu’il faut savoir accepter et respecter un jugement… Ne pas le faire ou saper l’indépendance des juridictions nationales, revient à déposséder les citoyens de leurs droits fondamentaux. L’Etat de droit n’est pas une option dans l’Union européenne. C’est une obligation. Notre Union n’est pas un Etat mais elle doit être une communauté de droit »

Mais au fait, c’est quoi, l’Etat de droit ?

La Commission européenne a répertorié les 6 éléments pouvant être considérés comme formant le socle commun et minimum de la notion d’Etat de droit en Europe :

- la légalité, qui suppose une procédure d’adoption des textes de loi, responsable, démocratique et pluraliste

- la sécurité juridique

- l’interdiction de l’arbitraire du pouvoir exécutif

- des juridictions indépendantes et impartiales

- un contrôle juridictionnel effectif

- l’égalité devant la loi

L’Etat de droit constitue l’une des valeurs fondamentales sur lesquelles repose l’Union européenne.

En l’absence de compétence en matière d’organisation judiciaire, l’action de l’Union peut se fonder sur une compétence en matière de garantie de l’Etat de droit. Celle-ci peut en particulier se justifier par le fait que l’Etat de droit est à la fois une valeur, un objectif et une nécessité fonctionnelle de l’Union.

La proclamation de l’Etat de droit comme valeur de l’union apparaît dès l’article 2 du Traité de l’union européenne (TUE). Elle est réaffirmée dans le préambule de la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne (2§), et elle est présentée dans l’article 21§1 du TUE relatif à l’action de l’Union sur la scène internationale, comme l’un des « principes qui ont présidé à sa création, à son développement et à son élargissement ». L’obligation pour les Etats membres de respecter les valeurs de l’UE est attestée tant par l’article 49 TUE qui en fait une condition d’adhésion, que par l’article 7 TUE qui en fait un motif possible de suspension des droits d’un Etat membre.

La promotion de l’Etat de droit est également un objectif de l’UE qui découle de l’article 3§1 du TUE, et qui s’impose également à ses institutions.

Enfin le respect de l’Etat de droit par les Etats membres est une nécessité fonctionnelle de l’Union.

L’espace juridique européen est un espace juridique transnational, dans lequel les actes de puissance publique d’un Etat membre sont susceptibles de produire des effets dans d’autres Etats membres.

La démocratie, inventée par les Grecs Le mot vient de Demos (le peuple) et Cratia (le pouvoir). C’est facile à comprendre… Et c’est le bien le plus précieux pour l’Humanité. C’est pourquoi la démocratie ne saurait être à géométrie variable. Elle est une, indivisible. La démocratie ne se séquence pas, ne se mesure pas, ne se découpe pas, ne se discute pas, ne se négocie pas ! Elle est pleine et entière toujours, tout le temps, partout. Ou elle n’est pas. Elle n’a aucune alternative. Le grand Churchill avait une formule juste sur ce point : « la démocratie est le pire de tous les régimes politiques, à l’exception de tous les autres ! ». Et l’Etat de droit est le socle et la sève de l’Europe post 1945. Son ADN. Nous devons rester vigilants là-dessus. Ce n’est pas négociable. Ce n’est pas une option.

L’Etat de droit est un des principes clés des Etats démocratiques qui assure l’indépendance du système judiciaire. Il est aussi une des valeurs fondamentales de l’Union, selon l’article 2 du traité de l’UE.

Et c’est pour des profondes entorses à toutes ces valeurs, après moultes avertissements, échanges, négociations, recommandations avec la Pologne, que la Commission européenne a activé fin 2017 contre cet Etat l’article 7 de ce même traité, introduit dans le traité d’Amsterdam de 1997. Il n’avait jamais été utilisé jusqu’à présent. Cet usage de l’article 7 par la Commission n’est pas un droit. C’était un devoir qu’elle le fasse. Elle a mis du temps, d’ailleurs ; vingt mois ! Elle a vraiment tout essayé, avec un gouvernement sourd et aveugle.

On ne peut pas prendre l’Europe à la carte, pour l’économie et le social, pour ses financements, et pas les valeurs profondes de liberté et de démocratie.

Ce n’est pas fromage ou dessert. C’est fromage ET dessert. L’appartenance à l’UE n’est pas à la carte. A la rigueur sur Schengen ou l’euro. Mais pas sur l’Etat de droit, les libertés, la démocratie, les Droits de l’Homme, les droits fondamentaux sur la dignité de l’Homme (pas de peine de mort, pas de torture physique et morale, etc). On ne touche pas à l’ADN de l’UE. Jamais et nulle part. Il souffle d’ailleurs un vent mauvais sur l’Europe en ce moment, ou la radicalité des propos, des postures, parfois des injures (voir sur la « toile » !!…) commence tout doucement à rappeler les années Trente…L’Europe se doit de réagir plus vite, via toutes ses institutions, et d’actionner toutes les sanctions possibles. La démocratie et la liberté, ça n’a pas de prix !

En France aussi, les enquêtes d’opinion montrent que des Français (entre 3 et 8%) accepteraient « un peu moins » de démocratie en échange du plein emploi, de la croissance. C’est terrifiant, mais c’est un fait. Et là encore, nos politiciens béats ne sont pas assez vigilants, ou pédagogues. Les écoles non plus d’ailleurs. Les propos extrémistes qui circulent sur la toile sont inquiétants. Trop de gens croient en l’irréversibilité de la démocratie. Les jeunes mélangent déjà la 1ère et la 2ème guerre mondiale. Ceux qui naissent aujourd’hui n’auront plus que quelques lignes sur ces évènements dans leurs manuels d’histoire. Gardons-nous de toute amnésie, les européens ont « donné », avec le fascisme, le nazisme, le stalinisme…Il faut être intransigeant face à ces débordements, ces errements. Car ça commence toujours comme ça, on flatte les opinions publiques, on est populiste et démagogique sur les problèmes réels (chômage) ou surinterprétés (la « déferlante migratoire »), on accuse l’étranger de tous les maux (par exemple, en France, ils toucheraient des allocations chômage et maladie supérieures aux nationaux !! ), on promet la lune, (comme les mensonges éhontés des pro Brexit lors de la campagne du référendum britannique). Puis on dérive « gentiment » sur une démocratie « illibérale » ( Orban, Kaczynski ), puis on s’enfonce dans une démocrature (Poutine, Erdogan, Maduro, et la liste est longue!), et enfin, parfois, on finit en dictature ( fascisme en Italie dès 1922, stalinisme dès 1930, nazisme dès 1933). Le processus, ou cheminement est invariable, et lorsque les peuples réalisent enfin, il est trop tard. Je pense vraiment qu’il y a quelques dirigeants actuels dans notre belle Europe qui la dégradent, la salissent, en minant et sabotant ses fondements philosophiques et politiques. Ils profitent de notre démocratie, comme d’une faiblesse à réagir. Nos instances européennes sont trop patientes dans ces interminables « dialogues » avec des dirigeants qui ne veulent aucun compromis. Attention, danger ! Saint Just a dit « pas de liberté pour les ennemis de la liberté! ». C’est sans doute excessif, mais la complaisance peut être suicidaire. Il a fallu quelques années pour réagir sur le cas polonais et hongrois, c’est contre productif. Entretemps, le groupe de Visegrad s’est constitué, réunissant la Pologne, Hongrie, République tchèque,Slovaquie, rejoint par l’Autriche de Sebastian Kürz, et ses trois ministres régaliens d’extrême droite. Certes ces pays ne pèsent pas grand chose sur le plan économique, géopolitique, mais depuis, la vague identitaire et le repli sur soi (avec le retour de barbelés aux frontières parfois, tout un symbole…) ont encore progressé, avec la troisième économie de la zone € et un pays fondateur : l’ Italie. Ce pays a basculé dans une démocratie illibérale, avec un ministre de l’intérieur (Salvini) qui ferme ses frontières et fera tout pour bloquer, dynamiter l’Europe. L’Allemagne même a désormais un parti extrémiste (l’AfD, 92 députés au Bundestag) et une chancelière affaiblie par les poussées populistes (CSU de Bavière) surfant aussi sur les peurs migratoires.

Non, la démocratie n’est pas irréversible. Ni la liberté. Hélas.

Face à ces périls, ces déviances, l’UE se doit d’être ferme, unie et solidaire. Sinon elle ne survivra pas au « chacun pour soi ». Un Maître mot s’impose : vigilance !

Voilà pourquoi on a construit l’UE. L’UE c’est une communauté de valeurs : justice, égalité, solidarité, citoyenneté, dignité, et bien sûr liberté. On adhère à tout cela, ou pas. Mais on ne choisit pas. C’est un tout, non négociable. L’Union européenne, ce sont des droits (beaucoup!) mais aussi des devoirs. A prendre ou à laisser…On ne peut prendre ce qui nous arrange et délaisser le reste.

On avait déjà eu un précédent en 2000 : la décision de suspendre les relations diplomatiques avec l’Autriche, suite à la mise en place d’une coalition gouvernementale avec le parti d’extrême-droite de Jörg Haider, n’a pas été prise par l’Union mais par les Etats membres agissant en dehors du cadre juridique européen. Et une décision prise en l’absence de toute mesure ou action pouvant suggérer un risque clair de violation grave des valeurs fondamentales communes.

Mais que fait-on ?

Prudence de la Commission européenne,  ou procrastination ?

- cas de la Hongrie qui a annoncé, haut et fort, qu’elle mettrait son veto à toute activation de l’article 7 contre la Pologne. Sauf que le Parlement européen a voté, le 17 mai 2017, une résolution afin qu’une de ses commissions « élabore un rapport spécifique et motivée sur la possibilité d’agir conformément à l’art 7 » contre la Hongrie. Si l’article 7 était engagé, à titre correctif cette fois (article 7-2) à la fois contre la Pologne et la Hongrie, cela empêcherait leurs gouvernements respectifs d’exercer leur droit de veto..

- attentisme de la Commission, qui voit son autorité défiée par la Pologne, qui continue à ignorer de manière flagrante les recommandations de la Commission

- certes, elle est confrontée au manque d’action et de courage de la plupart des gouvernements des Etats membres sur ce dossier. On est dans le règne de l’intergouvernemental, ne l’oublions pas !

La « culture » du Conseil, organe intergouvernemental au fonctionnement viscéralement diplomatique, est instinctivement réticente à la discussion ouverte de sujets conflictuels qui pourrait conduire à la mise au pilori d’un gouvernement particulier. « Personne n’aime cibler un Etat membre. Tout le monde a ses péchés et cela créerait un dangereux précédent ».

- le Parlement européen avait déjà signalé, en 2015, que la Hongrie constituait « un test de la capacité et de la volonté politique de l’Union de réagir aux menaces et aux violations de ses propres valeurs fondamentales par un Etat membre », et que la passivité de l’Union dans le cas hongrois, pourrait avoir contribué au développement de phénomènes similaires dans d’autres Etats membres.

Il y a vraiment une menace que fait peser sur l’Union l’existence de régimes hybrides, semi-autoritaires, en repli identitaire. ATTENTION à la porosité des dérives et des idées, surfant sur la passivité coupable du Conseil européen !…

Selon la CJUE « une telle construction juridique repose sur la prémisse fondamentale selon laquelle chaque Etat membre partage avec tous les autres Etats membres, et reconnaît que ceux-ci partagent avec lui, une série de valeurs communes sur lesquelles l’Union est fondée. Cette prémisse implique et justifie l’existence de la confiance mutuelle entre les Etats dans la reconnaissance de ces valeurs, et donc dans le respect du droit de l’Union qui les met en œuvre.

Mais comment alors peut-on dialoguer avec un gouvernement qui nie tout à la fois votre autorité et l’existence de tout problème contre toute évidence ? Et ose même vous donner des leçons de démocratie ?!

Pour rappel, descriptif précis de l’ARTICLE 7 du Traité de l’UE :

Comment ça fonctionne  ?

· Le contenu de l’article

- sur proposition motivée d’un tiers des Etats membres, du Parlement européen ou de la Commission européenne, le Conseil, statuant à la majorité des 4/5èmes de ses membres (soit 22 membres) après approbation du Parlement européen, peut constater qu’il existe un risque clair de violation grave par un Etat membre des valeurs visées à l’article 2 du traité de l’UE.

- le Conseil européen, statuant à l’unanimité sur proposition d’un tiers des Etats membres ou de la Commission européenne et après approbation du Parlement européen, peut constater l’existence d’une violation grave et persistante par un Etat membre des valeurs visées à l’article 2

- lorsque la constatation a été faite, le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, peut décider (volet 2 de l’article 7) de suspendre certains des droits découlant de l’application des traités à l’Etat membre en question, y compris les droits de vote du représentant du gouvernement de cet Etat membre au sein du Conseil.

Ces obligations qui incombent à l’Etat membre en question au titre des traités restent en tout état de cause contraignants pour cet Etat.

· Le fonctionnement

Cet article 7 comprend donc deux mécanismes

Tout d’abord le mécanisme de prévention qui s’active face à un risque clair de violation grave des valeurs européennes (recensées dans l’article 2) de la part d’un Etat membre

Puis le mécanisme de sanction ou « correctif » est activé si une violation a eu lieu. La Pologne avait 3 mois ( jusqu’au 20 mars 2018) pour corriger ou retirer les lois incriminées. Elle n’a rien fait. Le processus du mécanisme de sanction peut donc désormais être engagé. Ce sera sans doute le cas pour la Hongrie…

Mais les sanctions pouvant être prises ne sont pas clairement définies dans le traité. Elles peuvent inclure le retrait du droit de vote du représentant de l’Etat incriminé au Conseil européen. Mais quid des sanctions financières, ou diminution de fonds européens ? Là encore, diplomatie, ou complaisance ?

A noter que le constat de l’existence d’une violation doit être pris à l’unanimité, ce qui rend compliqué la démarche. Les « dérivants » pourraient se soutenir entre eux…

Et imaginez qu’en mai 2019, il y ait une majorité d’euro-députés nationalistes et extrémistes au Parlement  et, au delà de cette date, quelques dirigeants d’Etats populistes supplémentaires ?…Car aujourd’hui, même avec l’Italie, ils restent largement minoritaires.

Le Parlement européen doit donner son consentement avant que le Conseil puisse déterminer s’il existe un risque clair de violation des valeurs européennes. De même, le consentement du Parlement européen est exigé avant de demander aux chefs d’Etat d’examiner si une violation a eu lieu ( nous sommes bien en codécision).

En novembre 2017, les députés ont affirmé, dans une résolution, que la situation en Pologne représentait un risque clair de violation des valeurs européennes.

Le 1er mars 2018, les députés ont appelé le conseil des ministres à entreprendre une action rapide conformément aux dispositions du traité.

Pour la Hongrie, le processus (longt!..) ne fait que commencer…

QUELLES SUITES POSSIBLES ?

Alors, que faire face à des gouvernements très déterminés à s’enfermer dans leur souveraineté  populiste? Faudra-t-il (et pourra-t-on..) être ferme, et conditionner l’accès aux fonds européens au retour de l’Etat de droit ? Alors que les sanctions financières ne sont pas prévues dans les textes actuels…Certes,tout peut être changé, amendé, si on a du courage politique !…

Ni Juncker ou Timmermans, ni Öttinger (Commission européenne) n’ont mentionné cette hypothèse pour l’instant. Ce n’est pas dans la « culture » de la Commission, qui a beaucoup tergiversé…Et la Pologne, la Hongrie, en profitent…Ils profitent de notre faiblesse, de notre naïveté… Mais d’autres l’ont fait à leur place, comme la Ministre des affaires européennes française, Nathalie LOISEAU : « ce n’est pas un gros mot. Il est clair et évident que les fonds de cohésion doivent être conditionnés à des règles de convergence fiscale, sociale et même en matière d’Etat de droit ».La France considère donc qu’il faut introduire des conditionnalités claires dans le domainefiscal, social et de l’Etat de droit pour la prochaine politique de cohésion. Sera-t-elle suivie ?

Ces conditionnalités sont « la contrepartie de cette solidarité essentielle aux efforts déployés par l’UE pour assurer la convergence des Etats membres ».

Que fera l’Italie, alors que Salvini vient de se réunir avec…Orban ? Alors qu’ils ont des divergences, même sur la gestion des Migrants…

A l’inverse la ministre bulgare, déléguée à la présidence bulgare du Conseil, Lilyana PAVLOVA s’inquiète qu’une telle conditionnalité ne mette en danger la perspective de convergence à long terme .

On sent bien une fracture qui se dessine, et se creuse entre est et ouest de l’Europe…

Et pourtant, dans la politique de cohésion, l’octroi d’une aide est déjà conditionné au respect du pacte de stabilité par les Etats membres. En 2016 l’Espagne et le Portugal avaient été menacés et mis « sous pression »pour prendre des mesures additionnelles de consolidation budgétaire. Les budgets annuels des Etats sont soumis à un examen détaillé par la Commission, qui vérifie leur sincérité, cohérence et viabilité. Pourquoi n’y aurait-il pas de « supervision » sur les postures « anti-démocratiques » de certains pays qui veulent imposer « leur » vision des choses, assez radicales ?

La Hongrie est gouvernée aujourd’hui par un régime autoritaire, farouchement nationaliste et anti-européen et bafouant à plusieurs reprises l’état de droit. Comme la Pologne. Et d’autres qui s’engouffrent dans cette impasse, mais qui peut être contagieuse…Un espoir quand même : Viktor Orban est isolé, il a pris une sacrée claque avec le score sans appel du Parlement européen activant l’article 7 contre son pays le 12 septembre dernier. Pire, le PPE, le Parti au Parlement européen de la droite et du centre, dans lequel siège le petit parti d’Orban, le Fidesz, a voté massivement pour déclencher l’article 7. Même son « ami » S. Kürz, Chancelier d’Autriche, est pour ce vote. Manfred Weber, président du PPE, et candidat PPE à la présidence de la Commission européenne en 2019, qui avait soutenu l’élection d’Orban, a cette fois voté contre lui ! Le PPE s’est fissuré sur le problème Orban, mais a voté contre très largement. Comment accepter ce dirigeant, obsédé par la défense d’une Europe « seulement » chrétienne, anti-migrant et anti-islam, anti-ONG, fermant hermétiquement ses frontières depuis deux ans, muselant la Justice, harcelant les journalistes. Les graves manquements à l’état de droit ne se comptent plus. Jusqu’au népotisme! Car il a installé au pouvoir son frère et son gendre !

Petit apparté : la droite française ( Parti LR au sein du PPE) a éclaté à ce vote historique du Parlement de Strasbourg. Sur les vingt euro-députés français siégeant au PPE, 9 ont voté pour l’article 7 (dont Françoise Grossetête, Michel Dantin, Alain Lamassoure, etc), 3 contre (dont Nadine Morano !) et 6 abstentions ( dont Brice Hortefeux, Rachida Dati, Arnaud Danjean, Geoffroy Didier,etc). Il y a même eu 2 absents, qui avaient sûrement autre chose à faire de bien plus important, dont Renaud Muselier ! La liste de tous les votants des différents partis est consultable sur le site du Parlement européen, c’est très instructif…Ces divisions perdureront jusqu’aux élections européennes de 2019, et au delà. Ce sera d’ailleurs le problème de Laurent Wauquiez, qui est très eurosceptique, anti-migrants, anti Balkans, alors que son parti a des membres très divergents sur les valeurs profondes de l’Europe ! Ce vote fracturera peut-être d’autres partis, en France et ailleurs.

Les dirigeants raisonnables ne peuvent suivre Orban. A part le petit groupe de Visegrad, ses soutiens sont la Bulgarie et la Slovaquie. Pas de quoi faire une majorité.

Nul ne sait si ces régimes plieront aux injonctions légales et légitimes des institutions européennes, ou s’enfermeront dans une posture arrogante d’obstruction systématique. Mais l’activation de cet article 7 est plus que légitime.

Quoi qu’il advienne, l’UE doit être juste, mais ferme sur l’acquis communautaire et ses valeurs, et ne pas laisser détricoter par quelques uns qui ne voient dans l’Union qu’un tiroir-caisse et un marché intérieur intéressant, ignorant les acquis et les valeurs de droit et d’éthique les plus élémentaires…L’Europe, ça se mérite. L’Europe, tu l’aimes ou tu la quittes…Sinon, on injurie l’histoire et tous ceux qui sont morts pour qu’elle retrouve sa démocratie et sa liberté.

Il est temps de réagir, si on veut exister face aux défis du monde, et aux dirigeants de plus en plus populistes, nationalistes et dangereux sur tous les continents de la planète. Vigilance et résistance, y compris au sein de la « famille » européenne. On ne peut plus être naïf, ou béat. Le danger est cette fois bien réel. Il y va de la crédibilité voire de la survie du projet européen, dont l’ADN doit rester la paix et la démocratie.

L’Europe est attaquée de l’extérieur (Trump, Poutine, Xi-Jinping..) Elle commence à être minée de l’intérieur, par cette vague identitaire provenant de pays qui bénéficient pourtant le plus de la solidarité européenne, recevant des dizaines de milliards de subventions pour leur développement. Même à l’ouest de l’UE, près d’un quart de la population (y compris des Jeunes) pensent que la croissance, l’emploi, la sécurité sont plus importants que la démocratie. Ce sentiment prospère sur les réseaux sociaux, renforcés par de plus en plus de « Fake news », de raisonnements simplistes, de chiffres faux, de théories du complot. Le vrai poison est là. On paye aussi le peu d’information (rationnelle, objective) de la part des Media et des gouvernants sur tout ce que fait concrètement, quotidiennement, l’UE pour le citoyen européen.

La campagne des Européennes pourrait nous permettre de remettre quelques pendules à l’heure. En aurons nous le courage et la force ? Il ne faut rien lâcher, répondre au cas par cas à tous ces démagogues et populistes, dénoncer leurs mensonges et leurs falsifications permanentes, y compris quand ils réécrivent l’Histoire. Ne laissons pas anéantir soixante ans d’acquis communautaires  par des populistes cyniques et potentiellement dangereux ! Nous autres Européens, on a déjà donné, il me semble…

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