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#70Schuman - Célébrons les 70 ans de la Déclaration Schuman

Pour tout citoyen européen, la date du 9 mai est importante, pour ne pas dire essentielle. Symbolique, emblématique.

Chaque année, nous célébrons (plus ou moins selon les pays de l’Union) la date du 9 mai 1950. Le jour où Robert Schuman, Ministre des Affaires étrangères de la France, a prononcé ce fameux discours, inspiré par Jean Monnet, qui rentrera vite dans l’Histoire. L’histoire de l’Europe, et du coup, l’histoire du Monde un peu aussi ! Ce texte, dense, est le « texte de foi » de tous ceux qui s’intéressent à notre Europe, a fortiori ceux qui oeuvrent ou militent pour elle. Ce texte fort, poignant, pose les bases de toute la construction européenne, et de ses ambitions aussi. Celles du retour à une paix durable, à une démocratie éternelle ; celles de la volonté de vivre ensemble, dans la cohésion, la coopération, la solidarité.

Aujourd’hui, en ce 9 mai 2020, cet anniversaire marque une date particulière : 70 ans, cela se fête. Dame Europe est devenue majeure, en sept décennies. Sept décennies de paix et de liberté ; sept décennies pour avoir réussi l’euro ; la PAC ; les fonds structurels ; Erasmus ; le marché unique ; et tant d’autres choses. Bien sûr, l’Union européenne est imparfaite, inachevée, du fait de la frilosité de ses dirigeants, de leur égoïsme ou nationalisme parfois.

Mais nous ne rendrons jamais assez hommage à Robert Schuman, Jean Monnet, Konrad Adenauer, Alcide de Gaspéri, Paul-Henri Spaak, Joseph Bech et Johan Willem Beyen, ceux que l’on a reconnu être les « Pères fondateurs », et qui représentèrent les six premiers pays du projet européen, dès la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier). Pour leur qualité de visionnaire, pour leur audace, pour leur détermination, cinq ans seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, « apogée » de siècles de guerres européennes.

Dans trente ans, l’UE représentera seulement 4% de la population mondiale. Au mieux, elle sera la troisième puissance mondiale, derrière la Chine et les Etats-Unis. Aucun Etat européen, seul, ne sera dans les dix premiers Etats de la planète.

Il nous appartient de poursuivre, puissamment et rapidement, cette construction européenne voulue par les Pères fondateurs. Le monde change vite, il y va de nos modes de vie, de nos niveaux de vie, de nos libertés, de nos souverainetés.

Il nous faut poursuivre cette construction d’ensemble « par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait », comme le proclamait si justement Robert Schuman dans cette déclaration. Pour sauvegarder tous ces acquis, et pour aller plus loin dans un monde concurrentiel, tourmenté, parfois inquiétant ou agressif. L’échelle européenne est la seule à pouvoir répondre aux défis du monde. Certainement pas les Etats européens seuls, isolés, même les plus “grands”. Seule l’Union “fait la force”, elle l’a prouvé en soixante-dix ans. Cette Union doit rester déterminée, forte et de plus en plus solidaire. Elle doit progresser avec et pour les citoyens européens.

Nous devons avoir une immense gratitude pour ces Pères fondateurs et visionnaires.

Vive l’Europe !. Et Vive la Fête de l’Europe, en ce 9 mai !

#70Schuman

Lisez, relisez, transmettez ce texte intégral prononcé le 9 mai 1950  par Robert Schuman :

La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.

La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d’une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre.

L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne.

Dans ce but, le gouvernement français propose immédiatement l’action sur un point limité mais décisif.

Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe.

La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes.

La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. L’établissement de cette unité puissante de production ouverte à tous les pays qui voudront y participer, aboutissant à fournir à tous les pays qu’elle rassemblera les éléments fondamentaux de la production industrielle aux mêmes conditions, jettera les fondements réels de leur unification économique.

Cette production sera offerte à l’ensemble du monde sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au développement des oeuvres de paix. L’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l’une de ses tâches essentielles: le développement du continent africain.

Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d’intérêts indispensable à l’établissement d’une communauté économique qui introduit le ferment d’une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.

Par la mise en commun de productions de base et l’institution d’une Haute Autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l’Allemagne et les pays qui y adhéreront, cette proposition réalisera les premières assises concrètes d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix.

Pour poursuivre la réalisation des objectifs ainsi définis, le gouvernement français est prêt à ouvrir des négociations sur les bases suivantes.

La mission impartie à la Haute Autorité commune sera d’assurer dans les délais les plus rapides : la modernisation de la production et l’amélioration de sa qualité, la fourniture à des conditions identiques du charbon et de l’acier sur le marché français et sur le marché allemand, ainsi que sur ceux des pays adhérents, le développement de l’exportation commune vers les autres pays, l’égalisation dans le progrès des conditions de vie de la main-d’oeuvre de ces industries.

Pour atteindre ces objectifs à partir des conditions très disparates dans lesquelles sont placées actuellement les productions des pays adhérents, à titre transitoire, certaines dispositions devront être mises en oeuvre, comportant l’application d’un plan de production et d’investissements, l’institution de mécanismes de péréquation des prix, la création d’un fonds de reconversion facilitant la rationalisation de la production. La circulation du charbon et de l’acier entre les pays adhérents sera immédiatement affranchie de tout droit de douane et ne pourra être affectée par des tarifs de transport différentiels. Progressivement se dégageront les conditions assurant spontanément la répartition la plus rationnelle de la production au niveau de productivité le plus élevé.

A l’opposé d’un cartel international tendant à la répartition et à l’exploitation des marchés nationaux par des pratiques restrictives et le maintien de profits élevés, l’organisation projetée assurera la fusion des marchés et l’expansion de la production.

Les principes et les engagements essentiels ci-dessus définis feront l’objet d’un traité signé entre les Etats et soumis à la ratification des parlements. Les négociations indispensables pour préciser les mesures d’application seront poursuivies avec l’assistance d’un arbitre désigné d’un commun accord; celui-ci aura charge de veiller à ce que les accords soient conformes aux principes et, en cas d’opposition irréductible, fixera la solution qui sera adoptée.

La Haute Autorité commune chargée du fonctionnement de tout le régime sera composée de personnalités indépendantes désignées sur une base paritaire par les gouvernements; un président sera choisi d’un commun accord par les gouvernements; ses décisions seront exécutoires en France, en Allemagne et dans les autres pays adhérents. Des dispositions appropriées assureront les voies de recours nécessaires contre les décisions de la Haute Autorité.

Un représentant des Nations Unies auprès de cette autorité sera chargé de faire deux fois par an un rapport public à l’ONU, rendant compte du fonctionnement de l’organisme nouveau, notamment en ce qui concerne la sauvegarde de ses fins pacifiques.

L’institution de la Haute Autorité ne préjuge en rien du régime de propriété des entreprises. Dans l’exercice de sa mission, la Haute Autorité commune tiendra compte des pouvoirs conférés à l’Autorité internationale de la Ruhr et des obligations de toute nature imposées à l’Allemagne, tant que celles-ci subsisteront.

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