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Etats-Unis / Union européenne : à nouveau des alliés bien sûr, mais chacun à sa place…

07 février 2021

Washington, le 20 janvier 2021. Au Capitole : « Moi, Joseph Robinette Biden, je jure solennellement que j’accomplirai loyalement les fonctions de président des Etats-Unis ».

Ces mots prononcés lors de son investiture officielle par le 46ème président américain, a rassuré le monde entier, à commencer par l’UE et ses dirigeants. Tous les communiqués de félicitations attestaient l’enthousiasme, le soulagement et l’espoir qu’ils avaient de cette élection.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lui adressa un message plein d’espoir et d’attente, aussi : « l’Europe est prête pour un nouveau départ ». Message clair et net.

Messages intéressés de tous les Européens, après quatre ans de brimades, de sanctions, d’humiliations et de mépris envers l’Union européenne, administrées avec constance et cynisme par Donald Trump qui voyait notre Europe non seulement en rivale, mais aussi en ennemie.

Les dirigeants européens voient en Biden un retour possible du multilatéralisme, du dialogue, d’une relation transatlantique apaisée. Ce serait déjà ça, après ces quatre ans.

Ce jour-là, la présidente de la Commission envoya même un tweet : « Joe Biden, un ami de l’Europe ». Nous verrons bien. Espérons qu’il reste déjà un allié !

La relation transatlantique, depuis 1945, n’a jamais été un long fleuve tranquille. Il y a eu souvent des hauts et des bas, parfois même des crises (lors de l’invasion de l’Irak en 2003 par Georges W. Bush junior, par exemple). Les relations dépendent aussi souvent de la personnalité du président américain, et de la place qu’il « accepte » qu’ait l’UE dans le concert des nations.

Les Etats-Unis d’Amérique sont encore la première puissance mondiale, et entendent le rester. Leur obsession, pour ne pas dire leur problème n°1, c’est l’Asie et plus particulièrement la Chine. De rivale économique, elle est devenue la rivale économique ET la rivale systémique. Cela change tout. Car il n’y a qu’un seul fauteuil pour diriger le monde. Pas deux. L’UE, qui ne s’est pas construite politiquement (honte à des générations de gouvernements européens depuis 1957) est aussi une rivale économique, et de taille, mais reste un nain politique, comme disait Jacques Delors, sans force militaire, et divisés sur beaucoup d’autres sujets. Bref, nous ne leur faisons pas peur, à part notre position commerciale prépondérante. Nous ne sommes pas devenus, hélas, une « Europe-puissance », ce rêve chimérique des Français, dès les Pères fondateurs, mais un rêve qui est resté…franco-français, malheureusement.

Donc, quelque soit le dirigeant américain, la forme de la relation transatlantique peut évoluer, mais pas tellement le fond : les intérêts de part et d’autre de l’Atlantique sont et resteront divergents sur nombre de sujets stratégiques, même si l’actuel locataire de la Maison blanche a des racines irlandaises et est très fièr d’être « européen ».

Avec ou sans le slogan « America First », Biden et son équipe privilégieront toujours les intérêts des Etats-Unis. C’est même un sacrement prononcé au Capitole lors de l’investiture !

Ce qui change en mieux,(et ce n’est pas difficile), c’est une diplomatie apaisée et également polie et respectueuse. C’est aussi une équipe plus « européenne » : Anthony Blinken, John Kerry, Biden lui-même, qui se sent très irlandais (pas bon pour Boris Johnson ça !!). Il l’avait appelé d’ailleurs, pour lui « conseiller » de faire un Brexit avec accord, sinon le Royaume-Uni se signerait pas d’accord avec les USA.

Biden est très diplomate, on l’a vu à l’œuvre pendant huit ans (2008-2016) comme vice-président d’Obama. Et il a repris beaucoup de conseillers de cette époque. Ce qui est certain, c’est que le multilatéralisme fait partie de son ADN. Tout le contraire de Trump. Donc il va parler avec tout le monde, dont l’Europe, sans faire de tweets rageurs. Il va relancer tout ce que Trump avait malmené, saccagé, dénigré. Ainsi, dès le 1er jour de son investiture, comme il l’avait promis, il a signé le retour à l’Accord de Paris (Cop 21 - 2015). Le tandem USA / UE sur le climat est prometteur, c’est un dossier crucial… pour la planète. Il va retravailler avec les organisations internationales, ONU et OTAN, dénigrées par Trump, il va même tenter de renouer le dialogue avec l’Iran pour le traité sur le nucléaire. Mais là, ce sera bien plus compliqué car les Iraniens ont dépassé largement la production d’uranium enrichi autorisé…

Il va très vite signer encore plus de décrets que Trump. Ceci dit, une fois le traité signé, encore faut-il le mettre en œuvre concrètement, ce qui prend plus de temps. Pour l’accord sur le climat, le décret sera opérationnel fin février. Pas mal !

Trump jouait exclusivement le bilatéralisme pour monter les Etats les uns contre les autres. Il avait essayé avec Theresa May, puis avec Emmanuel Macron. Diviser pour régner, c’est classique . Cela n’a pas marché. Avec Angela Merkel il n’avait même pas essayé.

Biden vient de déclarer, le 26 janvier, que les Etats-Unis organiseraient un « Sommet international du climat » le 22 avril. Depuis son retour à l’Accord de Paris, il n’aura pas trainé ! Un moyen aussi de reprendre la main sur l’Europe, sur un dossier où l’Europe est en pointe ? Je dois avoir mauvais esprit..

Il va incessamment revenir à l’OMS également (donc payer sa – grosse – cotisation). Là encore, on sera plus fort, ensemble pour lutter contre la pandémie qui est loin d’être finie..

En ayant repris le Sénat, Joe Biden « dispose » d’une majorité aux deux Chambres, ce qui sera un sérieux atout pour signer et faire appliquer des accords internationaux. Clinton et Obama n’avaient pas eu cette opportunité. Bref, sur le plan international, Biden ne sera pas isolationniste comme son non-regretté prédécesseur. Il a déclaré récemment « Recommençons à nous écouter les uns les autres, à nous entendre, à nous voir ». Et encore « nous allons réparer nos alliances et nous engager à nouveau avec le monde ».

Nous, les Européens, avons donc de quoi être quelque peu rassérénés, soulagés, et pleins d’espoir. Mais l’erreur serait d’être trop naïfs.

L’arrivée du démocrate Biden ne dissout pas de lourdes divergences sur des sujets stratégiques majeurs. A commencer par le commerce. Ses plus proches conseillers sont très francs : « ce n’est pas parce que Joe Biden est élu que tous les contentieux sur le commerce vont disparaître du jour au lendemain », prévient Jeff Hankins. « Il existe des irritants commerciaux des deux côtés de l’Atlantique amenés à perdurer », complète Celia Belin. Nous sommes prévenus. D’ailleurs, Biden lui-même a déclaré, le 26 janvier : « nous allons soutenir les produits américains et acheter américains ». C’est clair, et c’est même un relent de trumpisme (America First). N’oublions pas que Biden doit tenter de raccommoder une Amérique coupée en deux (Trump a quand même obtenu 73 millions de voix à la présidentielle, c’est considérable, même si Biden a fait un score encore meilleur). Et une part des votants pour les Républicains s’est radicalisée, et restera fidèle aux idées de Trump. Mais au-delà de ce contexte préoccupant, je me souviens que pour créer l’euro, il avait fallu avoir leur autorisation ! C’est cela, la prérogative du leader mondial ! Et je rappelle souvent aussi que c’est un démocrate, Bill Clinton, qui a créé le principe d’extra-teritorialité, en 1993, privilège scandaleux, « fait du Prince », qui interdit au monde entier de commercer en dollar avec des pays que les Etats-Unis ont mis sur une liste noire ! Cela promet, lorsque l’on aura les Chinois  qui dirigeront le monde !!

L’UE est largement excédentaire, dans ses échanges commerciaux avec les Etats-Unis. Ils ne nous feront pas de cadeau. Trump s’offusquait même de voir « trop de Mercédès » à New York ! Je sais bien que « le pire n’est jamais le seul probable », mais je ne suis pas sûr que l’équipe actuelle renonce à taxer des produits européens, au nom de la souveraineté économique américaine. Encore une fois, ne pas confondre la forme..et le fond !

Les sujets brûlants ne manquent pas : la rivalité entre les deux géants de l’aéronautique, Boeing et Airbus, n’est pas prête de finir. Surtout qu’Airbus est passé devant Boeing, en nombre d’appareils vendus dans le monde. Quelle offense, au pilote du monde ! Situation tendue aussi concernant la taxation des GAFA qui payent très (trop) peu d’impôts en Europe, en comparaison de leur activité. Mais sur ce dossier Joe Biden pourrait négocier un arrangement. On pourrait rajouter la PAC qui perturbe leurs cours sur le soja et le maïs. L’extra-teritorialité, ils n’y toucheront pas, c’est donc à nous Européens de monter un système équivalent aussi efficace…Car celui que l’UE avait mis en place en 2018 (Instex) pour répliquer à l’agression commerciale américaine n’est pas assez dissuasif.

L’accord UE / Chine signé en décembre 2020 déplaît évidemment à l’équipe Biden, ce qui confirme que les tensions – et « guéguerres » commerciales– entre les USA et la Chine vont perdurer.

Le projet d’Obama de faire un grand traité de libre-échange transatlantique, qu’il n’a pas eu le temps de mener à terme, « n’est pas imaginable » pour Célia Belin, car les choses changent vite, les peuples américains et européens « se sont prononcés pour davantage de protectionnisme ». Elle a malheureusement raison, le protectionnisme s’étend partout, il reste à espérer que cela ne dégénère pas vers du nationalisme, avec tous les effets que l’on connaît…

Mais Celia Belin envisage « des négociations sectorielles, et un rapprochement plus général établi sur l’idée que les Etats-Unis et l’Europe sont des compétiteurs, des rivaux sur les questions commerciales, mais pas des ennemis ». Ouf, le ton a vraiment changé !

Côté Européens, on a des idées et des ambitions, aussi : conserver notre première place commerciale au monde (ce qui faisait rager Trump !), et garder notre place de deuxième puissance économique.

Vu d’Europe, beaucoup d’économistes talentueux (par exemple Christian de Boissieu pour la France) développe l’idée depuis quelque temps de créer un « BUY ACT européen » à l’instar du BUY ACT américain, pour avoir une force de frappe équivalente. On en parle déjà depuis quelques années, il faudrait conclure..

Sur l’épineux dossier de la défense, la ligne globale restera la même avec Biden : l’UE doit payer sa sécurité auprès de l’OTAN, au nom du « burden sharing », ou partage du fardeau, que représentent les dépenses militaires. Ce sont 21 Etats membres sur 27 qui appartiennent à l’OTAN, ils doivent payer. C’est Obama qui avait soulevé le lièvre, avant Trump.

Cependant, les relations, là encore, seront plus polies, plus détendues : selon Jeff Hawkins, « le président Biden ne remettra jamais en question l’alliance avec les partenaires européens : ». « Il sera un partenaire avec ses demandes, ses intérêts, mais sur une base de respect ». Ce qui change quand même pas mal les choses. On pourra mieux dialoguer, sans chantage odieux, ni agression gratuite. Et l’UE est bonne négociatrice, avec des gens très compétents.

Pour conclure, la relation transatlantique va être plus agréable, respectueuse, donc constructive. Mais l’Amérique reste l’Amérique, et se battra pour rester le leader mondial le plus longtemps possible, avant de céder la place à la Chine dans quelques années. L’Europe n’est plus sa priorité. En plus, l’équipe de Biden s’aligne sur celles de Trump et d’Obama : nous devons prendre notre destin en main, y compris sur la sécurité.

A quelque chose, malheur est bon. Les excès et agressions de Trump durant quatre ans ont finalement ressoudé l’UE. Comme le Brexit. Devant l’adversité, on se regroupe, on est plus solidaires. Et on prend conscience qu’il faut avancer ensemble. On a les solutions. Il faut juste avoir le courage et la volonté politique de les mettre en œuvre.

Bâtissons une économie plus harmonisée (fiscal, social) avec un Buy Act européen ; faisons cette Europe de la défense pensée dès 1954 (!) avec une diplomatie unique. En étant plus rassemblés, on sera plus autonomes. Et plus crédibles envers le monde entier. Donc plus souverains !

Une véritable souveraineté européenne est indispensable vis à vis des Etats-Unis d’Amérique, même si nous partageons les mêmes valeurs occidentales de démocratie, de liberté et de droits de l’Homme. Mais elle est encore plus indispensable, pour ne pas dire vitale, vis à vis de la Chine, qui deviendra le leader mondial tôt ou tard, et dont la relation sera plus problématique…

Comme disait Antoine de Saint Exupéry, « l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ! ».