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Vous consultez les archives de L’Euro-blog d’Alain Malégarie pour le mois décembre, 2020.

Brexit. Enfin un accord à l’amiable ce 24 décembre 2020

26 décembre 2020

L’UE a enfin son cadeau de Noël. Ce 24 décembre 2020 sera à marquer d’une pierre blanche pour l’Histoire et pour l’Union européenne. Ouf ! Ca y est ! Le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sera bien un divorce à l’amiable, à peu près équitable pour les deux parties. Avec un accord de 1200 pages sur la future relation commerciale.

Pour Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, il s’agit d’un « accord équilibré et équitable ». L’accord sera soumis à un vote du Parlement britannique le 30 décembre. Et David Sassoli, le président du Parlement européen, a déclaré que le vote des eurodéputés aura lieu « début de l’année prochaine ».

Personnellement, j’étais persuadé depuis longtemps qu’il y aurait un accord, indispensable pour les deux parties. Mais je n’imaginais quand même pas qu’il y aurait un accord si important pour la relation commerciale future, très loin d’un accord « a minima », ou d’un accord de compromis boiteux. Tant mieux pour tout le monde, vraiment, côté britannique comme du côté européen. Même si je sens qu’il est quand-même plus favorable à l’UE, qui, unie et solidaire, a toujours été dans un rapport de force favorable. Car, que l’on veuille ou non, et quoiqu’en dise le Premier Ministre britannique Boris Johnson, le Royaume-Uni reste très lié à l’Union, sur le plan commercial voire au-delà, mais n’aura par contre strictement aucun pouvoir, aucun mot à dire sur la gouvernance institutionnelle de l’UE. Il est vrai que lorsque l’on vend autant de marchandises à l’Union (48% !), on est forcément plus dépendant d’une Europe à 27 Etats qui, elle, ne vend que 8% de sa production au Royaume-Uni !

Mais ne boudons pas notre plaisir devant cet accord historique. En ces temps de confinement, les masques britanniques sont tombés. Du bon côté cette fois. La raison a fini par l’emporter sur les postures de « matamore » nationaliste observées depuis plusieurs mois. « Take the control » clamait-on outre-Manche. Soit. Mais pas tellement, finalement. Les Britanniques sont des gens sérieux, réalistes, même avec des dirigeants fantasques et imprévisibles comme Boris Johnson.

L’honneur est sauf : « BoJo » comme le surnomment des gazettes, pourra répéter à l’envi que, le 31 décembre 2020, « le Royaume-Uni  va retrouver sa pleine souveraineté ». Et tant mieux si les citoyens britanniques le croient ! Car franchement, c’est une grosse galéjade. Avec ou sans accord d’ailleurs. Car la « souveraineté » d’un Etat - même au passé glorieux - est devenue, au fil des temps, quelque peu relative dans ce monde en plein essor et ultra concurrentiel. Très relative même. Le monde des relations économiques, des échanges, du commerce, de la technologie, de la recherche fondamentale est devenu depuis longtemps très interdépendant, quelles que soient les rodomontades et déclarations intempestives des petits « roitelets » qui gouvernent  des micro-Etats, comparés au gigantisme du monde et à ses puissants Etats-continents, précisément. Et Boris Johnson déclare toujours « nous avons repris le contrôle de notre destin ». Ah, la belle formule ! Mais creuse ! Et vide de sens sur un plan géopolitique. Aucun pays ne peut plus vivre sur une « île déserte ». Pas même le Royaume-Uni, cinquième puissance mondiale pour quelque temps encore… On ne peut jamais revenir en arrière, revenir à l’époque glorieuse du rouet et de la lampe à huile, et de la domination maritime mondiale. Tout cela s’est achevé en 1945, avec le nouveau partage du monde entre les deux géants du moment.

Pour Ursula von der Leyen, « la coopération avec le Royaume-Uni se poursuivra dans tous les domaines ». a la bonne heure ! Boris Johnson l’avoue lui-même, avec, pour le coup, une étonnante franchise : « Nous serons vos amis, vos alliés et votre premier marché ». Formidable ! Et je m’en réjouis !

Mais alors, où est la souveraineté, dans ce Brexit ? Et qu’est-ce qui change alors vraiment, sur le fond ? Et pourquoi alors partir pour rester un peu… beaucoup ? Cela ne tourne-t-il pas à la farce , finalement ? A la mascarade ? Tout ça pour ça ? Tant mieux pour eux, d’ailleurs, et tant mieux pour nous, aussi.

Car cet accord historique scelle un plein accès au Marché unique européen, sans aucun droits de douane ni aucun quotas. Donc comme avant, quoi ! Il n’ y aura pas de taxes, de dumping fiscal, de files de poids lourds aux frontières, seulement des contrôles aléatoires sur les marchandises. Le Royaume-Uni continuera à profiter à plein de notre marché intégré. Il n’est donc pas si mauvais que cela alors ?

Mais alors, pourquoi être parti ? Pour garder 1,5 pied dedans et un demi pied dehors ? J’attends avec impatience les débats à la Chambre des Communes avec plusieurs parlementaires très « brexiters ». Ambiance ! …

Le gag est que, comme le Royaume-Uni va continuer à profiter pleinement du marché européen, il devra donc payer des contreparties importantes, comme c’est le cas pour la Norvège, la Suisse, la Turquie qui ont depuis longtemps des accords très étroits sur le plan commercial ou autre (Union douanière). Ils s’acquittent tous de cotisations élevées en contrepartie des énormes avantages qu’ils retirent de leurs accès au marché unique. Il y en aura donc aussi pour des millions € dans le cas du Royaume-Uni. Mais par contre, en tant que «partenaire associé» et non plus de « membre de l’UE » il ne pourra plus prendre part à aucune décision, ni même bloquer ( !…) sur le plan institutionnel et politique, puisqu’il ne sera plus dans les instances de la gouvernance. Il ne pourra donc en rien influencer les décisions des 27 chefs d’Etat et de gouvernement. Ce sera donc.. une perte de contrôle de son destin ! Quel paradoxe..

De plus, le Royaume-Uni n’est même pas sûr de « garder » l’Ecosse qui continue à vouloir rester pleinement dans l’UE, et pour ce faire souhaite tenter à nouveau de devenir indépendante du Royaume-Uni pour pouvoir candidater comme membre à part entière…de l’UE. Et là, ce serait une première dislocation du Royaume-Uni. Nicola Surgeon, la Première Ministre de l’Ecosse, ne cesse de rappeler qu’il est « temps pour l’Ecosse de devenir une nation européenne indépendante ». Sans parler de l’Irlande du Nord, très européenne aussi, elle qui avait voté massivement contre le Brexit en 2016.

L’UE reste donc une force économique très importante (première puissance commerciale mondiale) face aux géants actuels et futurs. Même si le Royaume-Uni quitte son programme important et formidable comme Erasmus+ , ce qui est dommage pour nous aussi, qui irons désormais apprendre l’anglais à…Dublin (et nous verrons si il n’y reviendra pas dans quelques mois ou années…). Même s’il récupère les 2/3 de ses « eaux côtières poissonneuses » (il en avait déjà , en UE, la moitié), le Royaume-Uni reste largement dans l’UE non seulement sur le plan commercial, mais aussi sur le plan sécuritaire, face aux risques terroristes ; sur le plan diplomatique (une union avec les USA est une pure utopie).

Je rappelle d’ailleurs que le nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden, d’origine irlandaise, dès son élection, avait appelé Boris Johnson et lui avait intimé de « conclure un accord avec l’UE », sinon il n’y aurait aucun accord avec les USA. Je pense que cette injonction aura pesé lourd. Car ce sont les Etats-Unis d’Amérique qui « dirigent » encore un peu le monde.

Mais même sans cela, le Royaume-Uni était acculé. Sortir de notre marché unique, lorsqu’ils vendent en Union européenne 48% de tout ce qu’ils fabriquent, aurait été suicidaire pour leur niveau de vie.

Comme disait Talleyrand, « cela n’aurait pas été une erreur, mais une faute »

Cette bonne nouvelle, qui arrive à la fin d’une « annus horribilis » morose, mortelle et déprimante, tombe à pic. La raison a finalement permis le retour à la sagesse. Tant mieux pour tous.

L’UE, depuis 2019 , accumule quelques succès, avec des élections législatives réussies et un parlement plus pro-européen et dynamique, avec un plan de relance historique, avec un assouplissement des critères pour les dettes et déficits, avec, pour la première fois, un endettement mutualisé actionné par la Commission européenne, avec une telle renommée que tous les prêteurs du monde entier lui font confiance pour lui prêter à des taux très bas voire négatifs, avec des règles environnementales d’ici 2050 les plus précises et drastiques pour parvenir à la neutralité carbone.

Et enfin cet accord sur ce « Brexit » ..qui n’en est plus tout à fait un, et qui est un exemple d’efficacité de l’Union lorsqu’elle reste unie et solidaire sur un dossier majeur.

L’Union, mobilisée longtemps sur ces négociations longues et complexes, va enfin pouvoir désormais se mobiliser sur d’autres dossiers majeurs : environnement, relance économique et sociale, migrations, lutte contre le terrorisme, sécurité, défense européenne autonome.

Les « chantiers » ne manquent pas, et les Européens gagneraient à rester unis et offensifs face aux Etats géants en gestation…

Nous aurons bien sûr l’occasion d’en reparler..

Je vous souhaite en attendant une très bonne année 2021, pour vous et vos proches, santé avant tout, succès et joies .

Et je vous dois aussi une profonde gratitude pour votre fidélité à cet euroblog, qui va démarrer dans quelques jours sa quatorzième année, et qui enregistre une moyenne de 300 visiteurs par jour . Merci, vraiment, pour cette fidélité qui me touche, et pour vos nombreux commentaires.