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L ‘accord économique UE / CHINE : gagnant-gagnant ?

10 mars 2021

Les négociations avec l’Asie sont toujours laborieuses. II y avait un projet d’union UE / Chine sur la table depuis 2013, initié par l’Allemagne pour favoriser les investissements entre les deux puissances économiques. Mais si les négociations sont si longues, bien que progressant ces derniers temps au sommet UE / Chine du 22 juin 2020, c’est parce que l’UE défend un accès équilibré aux marchés et un meilleur respect de la propriété intellectuelle.

Un accord a finalement été signé fin décembre 2020.

Ursula von der Leyen a rappelé les progrès faits, et à consolider, sur la coopération bilatérale, la réciprocité et la confiance.

Pour l’Union, la Chine est « un partenaire de négociations, un concurrent économique et un rival systémique ». La Chine défend l’ouverture de tout pays aux échanges jugeant bien sûr la mondialisation économique absolument irréversible, donc pour Xi Jinping, aucun pays, si grand soit-il, ne pourra se développer en se refermant sur lui. Il a totalement raison sur ce point.

La Chine attend beaucoup de Joe Biden qu’elle juge plus « prédictible », moins soudain et agressif. Mais elle craint une phase d’inertie et des suites empruntées à la politique de Trump qui allait de surenchères en surenchères.

Les prévisions convergent : la Chine pourrait dépasser les USA plus tôt que prévu, sur le plan économique. D’ici 10 ans, pas plus. Mais même lorsqu’elle aura dépassé le PIB américain, qu’elle sera la première puissance pour la richesse produite, elle ne sera pas pour autant le n°1 mondial, car elle est encore très en retrait des Américains sur le plan militaire et même sur le « pouvoir d’attraction » ou soft power. Les Etats-Unis gardent donc des atouts. Ils sont devenus la première puissance économique au début du XXème siècle, ils ne sont devenus la première puissance globale mondiale qu’au milieu du XXème siècle. Mais c’est la progression économique de la Chine et la rapidité de son rattrapage qui est sidérant.

La Chine devient également puissante : lorsque les Australiens ont critiqué la Chine, elle a boycotté ses achats de charbon et de gaz : sa puissance économique lui donne déjà du pouvoir. Le problème, c’est que l’Australie commerce plus avec la Chine qu’avec les USA. Donc elle est bien gênée de ce rapport de force avec les Chinois. Autre exemple cet été, lorsque L’UE a suivi les Etats-Unis et la Grande-Bretagne dans leur décision de bannir Huawei du déploiement de la 5G, la Chine a aussitôt envisagé de prendre des mesures de rétorsion à l’égard de Nokia et Ericsson. Mais les USA font bien pire avec leur politique d’extraterritorialité en empêchant le monde (UE comprise) de commercer avec certains pays qui ne lui plaisent pas (Iran…).

Et la crise de la Covid 19 a permis à la Chine d’afficher une réussite économique, même en 2020 : fabrication de masques, de combinaisons, de tests, de machines respiratoires ; augmentation d’autres productions dans tous les domaines, car les usines ont fermé partout ailleurs. Dans plusieurs secteurs (médicaments..), elle est déjà l’usine du monde. Ainsi en novembre 2020, la Chine fait +21%d’exportations. Résultat, elle a eu plus de 1,9% de croissance en 2020, alors que le PIB des USA fut de – 4,3%, et celui de la zone euro – 8,3% en 2020.

La tache, c’est ce manque permanent de transparence, de vérité, parce qu’elle reste une dictature. Il y a une censure sévère d’internet, censure de la presse, des médias. On reste, par exemple, à 4.600 morts de la COVID. Ce chiffre est sans doute ridiculement bas. Toute information en Chine passe par le système du pouvoir, du PC chinois. Rien n’est libre. Mais cela les rend peu crédibles de l’extérieur. Nous sommes méfiants du coup ! Dans le système chinois, toute information est vérifiée avant sa diffusion, afin que toute information soit positive. Tout n’est que « réussite », en fait. Jamais de critiques, tout va bien. Toute nouvelle est positive. Mieux encore, on laisse sur une télé ou une radio, passer une critique, mais c’est pour la reprendre en main immédiatement avec la solution. C’est la petite « soupape » du gouvernement, qui maîtrise très bien sa communication.

L’ouverture de l’Europe aux produits chinois (importés) répond à une politique classique de l’UE, libérale, d’une économie de marché ouvert, à la politique de la concurrence vive qui a pour effet de baisser les prix des produits. Ce qui a permis quand même aux consommateurs européens d’avoir des produits (chinois) moins chers, et d’augmenter leur niveau de vie. C’était une stratégie orientée sur la consommation. L’UE revient à présent sur une stratégie de préserver une production industrielle. Alors qu’en Chine, la politique industrielle est très liée à la politique commerciale.

A la différence des accords conclus avec le Canada, le Japon et la Corée du Sud, ce n’est pas un accord « commercial » . Car les 27 Etats-membres n’étaient pas prêts politiquement à accepter cela. Sur les 4 volets de cet accord, le 4ème porte sur la protection des investissements et la mise en place d’un organe de règlement des différends entre un Etat et un investisseur. La discussion devrait durer encore deux ans sur ce volet. Pour l’heure, les litiges seront réglés par les traités bilatéraux en vigueur entre la Chine et les Etats-membres de l’UE. Et si nécessaire, on ira à un tribunal d’arbitrage de la Banque mondiale ou des Nations-Unies.

Les trois autres volets de cet accord signé, ouvre enfin les marchés de service aux Européens. Alors que les marchés du GATT signés par les 2 parties ne couvraient que les marchés manufacturiers. La Chine s’ouvre désormais aux services dans les domaines du numérique, de la santé privée (cliniques), services de transport aérien, services de réservation des billets par internet. Elle doit lever aussi les pratiques discriminatoires telles que, par exemple, imposer à un Européen de créer des joint-ventures, obligation de nommer des dirigeants chinois, ou transfert imposé de techniques de l’UE vers la Chine.

Un volet porte sur la transparence totale en matière de subventions publiques accordées par le gouvernement chinois aux entreprises de services qu’il s’agisse de subventions nationales, régionales ou provinciales.

Enfin un volet traite du développement durable, que ce soit le climat, la biodiversité, l’environnement ou les Droits de l’Homme. Il faudra tenir compte de ces questions majeures dans nos échanges.

Ces concessions faites par la Chine sont considérables, historiques.

Mais il reste néanmoins de gros points noirs.

L’UE ferme les yeux, depuis des années, sur la question du travail forcé des Ouïgours, dans la région du Xinjang, et des traitements indignes et inhumains qu’on leur impose dans des camps de travail très durs. Ou bien la répression à Hong Kong, avec de longues peines de prison contre des militants pacifistes et démocratiques.

Cette fois-ci, l’UE a mis des conditions dans cet accord, et la Chine s’est engagée à ratifier 4 conventions fondamentales de l’OIT (Organisation internationale du travail), notamment sur le travail forcé et la liberté d’association. Sans prévoir le calendrier de cette signature. Mais il faudra surveiller et vérifier, si les accords n’ont pas été violés.

Paris et Berlin saluent cet accord, mais réclament que, sur le travail forcé, tous les Etats au monde doivent avancer ensemble, dans un cadre multilatéral afin de renforcer les normes internationales. Position quelque peu schizophrène..

Sur l’énergie renouvelable, les entreprises européennes ont obtenu une part de marché de 1,8% en Chine, avec la réciprocité pour les entreprises chinoises en Europe. Prudente, la Commission européenne a tenu à ce que les parts réciproques ne dépassent pas 5%. Ce seuil maximum a bien été mentionné dans l’accord.

Comme tout accord, lorsqu’il est signé entre Etats-membres, le texte devra être discuté puis ratifié (ou pas) au Parlement européen, puis être endossé formellement par le Conseil des ministres européens. A noter qu’un point d’étape est prévu et obligatoire pour vérifier si Pékin respecte bien tous les points du traité.

Pour Ursula von der Leyen, « cet accord offrira aux investisseurs européens un accès sans précédent au marché chinois ».

Les débats au Parlement européen risquent « d’être chauds »…Et le vote très incertain. Au mieux, s’il passait, il rentrerait en vigueur fin 2021 ou début 2022, c’est à dire au moment où la France assurera la présidence tournante de l’Union et entrera en campagne électorale pour la présidentielle. On peut imaginer les débats sur cet accord…

Car déjà beaucoup de voix s’élèvent sur la « morale » de cet accord au moment où le régime dictatorial et cynique chinois n’a jamais été aussi féroce et répressif. De plus, on passe un accord lorsque les USA (de Biden) boycottent les produits chinois, et sont irrités de cette position de l’UE complaisante à l’égard du régime chinois. Tout comme l’argent, le contrat n’a pas d’odeur…

Eternel dilemme : faut-il se refermer, et ne plus contracter aucun accord quand il s’agit de dictatures ? SI oui, on ne commercera plus avec la moitié au moins de la planète, appauvrissant le monde entier (importateur comme exportateur), et le régime dictatorial continuera ses méfaits, voir les aggravera en se refermant totalement. Ce débat est très ancien, depuis que les échanges commerciaux sont devenus mondiaux. Il n’est hélas pas prêt de se refermer. Que l’on commerce ou pas, qui fera plier la future première puissance mondiale ? Et faut-il, si l’on se referme sur soi, laisser s’aggraver la situation de ses populations ? Cruel dilemme. Les sanctions ne pénalisent jamais, ou très peu, les oligarchies en place. Ce sont toujours les peuples qui trinquent.

Autre point d’achoppement, le risque que des Etats-membres de l’UE deviennent des têtes de pont de la Chine en Europe, et que l’on retrouve le « chacun pour soi ». La Hongrie (décidément !) pourrait jouer ce jeu. En effet, il existe un gros projet privé hongrois qui vise à édifier, cette année, tout près de la frontière ukrainienne, un nouveau terminal ferroviaire destiné aux trains en provenance de Chine. Et ce dans le cadre du gigantesque projet des « nouvelles routes de la soie » initié par la Chine. Et d’ici à 2024, le premier campus d’une grande université chinoise en Europe pourrait voir le jour. Les pelleteuses sont déjà en train d’aplanir le sol gelé d’une dimension de … 125 hectares, à 10 km de la frontière ukrainienne. Cet immense chantier sera opérationnel dès 2022, pour accueillir les premiers trains en provenance de Chine à Fényeslitke, qui deviendra donc une nouvelle porte ferroviaire majeure sur l’UE.

Je ne suis pas sûr que ce projet, lourd de conséquences, ait été débattu dans un Conseil européen ou même en conseil des ministres européens. Ce terminal européen pourra accueillir jusqu’à 4 trains en même temps, il sera bien plus grand que ceux de Pologne et de Biélorussie. Ce sera une porte ouverte aux Chinois pour, ensuite, atteindre le sud du vieux continent. Janos Tilosi, le PDG hongrois de l’entreprise East-West Gate, veut concurrencer l’axe actuel passant par l’Allemagne. Il veut en faire la porte occidentale des nouvelles routes de la soie, promettant que les « marchandises de Chine pourraient arriver en 16 jours ». Il faut un à deux mois par cargo. Officiellement, c’est un projet chinois privé qui « ne dépend pas directement du grand plan de Xi Jinping » consistant à faciliter les exportations chinoises via d’immenses infrastructures, un peu partout entre l’Asie et l’Europe. Permettons-nous néanmoins de douter de cette opération « privée », connaissant le contexte particulier de la Chine qui pratique « un communisme économique d’Etat » et ne saurait laisser faire une libre économie de marché, même si elle est concordante.

Ce projet de 60 millions €, financé à 80% par un milliardaire russo-hongrois, Ruslan Rahinkulov, sera forcément aidé par le Premier ministre, Viktor Orban, dont on connait la position très pro-Pékin. Décidément, le gouvernement hongrois ne change pas, dans ses fréquentations et actions « hors des clous».

Mois après mois, la Chine possède d’énormes réserves d’argent, grace à des décennies de croissance forte, d’exportations exponentielles et de la captation des ressources financières par un Etat totalitaire, sans presque aucune redistribution au peuple, hormis une petite classe élitiste et oligarchique. Avec cette montagne d’argent, les Chinois peuvent investir partout. Ils pourraient même racheter des Etats entiers. Ils se « contentent » d’infrastructures-clés : le port du Pirée en Grèce, la société nationale d’électricité au Portugal (l’équivalent de l’EDF français), des terres riches partout (y compris en France pour le blé et l’orge). Etc.

L’UE sera d’ailleurs de plus en plus schizophrène et divisée sur la relation UE / Chine, entre des Etats qui travaillent de plus en plus avec la Chine, d’autres qui rappellent fort timidement à la Chine ses manquements permanents à la démocratie et aux droits de l’Homme. Ce qui rassure peut-être les populations de l’UE, mais dont les autorités chinoises se moquent éperdument. Ils tissent leur toile, et savent qu’ils seront la première puissance du monde dans deux ou trois décennies. C’est nous désormais qui devrions, hélas, avoir bientôt peur.