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Post-Brexit : les ennuis commencent..

Durant des mois, les négociations les plus tendues et longues concernaient la question irlandaise avec le souci impératif de l’Union européenne de tout faire pour maintenir la paix et la bonne coopération entre les deux Irlande, celle du Nord, membre du Royaume-Uni, et celle du Sud, membre de l’Union et ayant l’euro et qui vient de commémorer ses cent ans d’existence (étant née le 3 mai 1921).

Il n’est donc pas surprenant que la nouvelle ère, celle du post-Brexit, suscite ou réveille des tensions dans cette région.

L’Union européenne avait exigé, dans l’accord historique du 24 décembre 2020 sur le commerce et la coopération, le statu quo obtenu entre les deux Irlande avec difficulté en 1998 (Accord dit du Vendredi saint), à savoir aucune frontière terrestre entre les deux régions. L’accord a prévu toutefois d’instaurer des contrôles douaniers dans les ports de la mer d’Irlande. D’où la colère des unionistes irlandais ! Aussi, le gouvernement britannique de Boris Johnson (l’homme qui est réputé pour ne pas tenir ses promesses…) pour faire baisser les tensions, a décidé unilatéralement de retarder le déploiement des contrôles en mer d’Irlande au 1er janvier 2023. L’UE a riposté en ouvrant une procédure d’infraction contre le Royaume-Uni, qui pourrait déboucher sur des sanctions financières. Cette manœuvre de Boris Johnson suscite évidemment l’inquiétude de l’Irlande du Nord, qui soupçonne le gouvernement britannique de tenter de modifier l’accord du 24 décembre, d’autant que le négociateur du Brexit, David Frost a indiqué récemment que « ce protocole n’était pas viable sur le long terme ». Provocation gratuite ou réelle ? Dublin soupçonne Londres de tenter de réécrire le protocole… Face à une telle situation sociale, tendue depuis des semaines, le Parti unioniste démocrate (DUP) est en grande crise, amenant la Première ministre Arlene Foster à démissionner du gouvernement semi-autonome de cette province à partir de fin juin. Et elle a aussi démissionné, fin mai, de ses fonctions à la tête de ce parti unioniste, étant attaquée par les militants loyalistes, le Sinn Fein et d’autres formations nationalistes accusant le DUP et sa présidence de nourrir les tensions par son oppositions aux nouvelles dispositions… Il y a aussi d’autres raisons, plus profondes, économiques et sociales, car les habitants des quartiers loyalistes ont le sentiment d’avoir été laissés pour compte dans le processus de paix, en comparaison avec d’autres populations d’Irlande du Nord. Les rancœurs remontent toujours à la surface..

D’où ce regain de violence qui rappelle des périodes tragiques d’avant 1998 : casse de mobilier urbain, voitures incendiées, quelques bombes même. Cette action unilatérale du gouvernement britannique en mer d’Irlande a été vivement condamnée par la Commission européenne et celle-ci a menacé de répliquer sur le terrain judiciaire pour violation de l’accord de commerce de décembre 2020 antre l’UE et le Royaume-Uni.

Il est assez surprenant qu’une grande démocratie comme le Royaume-Uni négocie pendant des mois, voire des années, sur des accords de « divorce » entre lui et l’UE, les signe, les fait valider par son Parlement, puis s’empresse de vouloir les contourner et redemande des délais.

Boris Johnson a trahi, de fait, les Irlandais. Il leur avait promis une frontière entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, et il en a mis une au milieu de la mer d’Irlande. Malgré le protocole approuvé en 2019. Résultat, le commerce entre la Grande-Bretagne (principalement l’Angleterre) et l’Irlande du Nord a été gravement perturbée, les rayons de supermarchés sont restés vides de fournitures essentielles, et il a fallu remplir une documentation considérable avant d’envoyer des produits en Irlande du Nord. Le parti unioniste démocratique se sent trahi.

Dernière minute : les unionistes nord-irlandais optent pour la ligne dure. Le ministre de l’agriculture, Edwin Poots succède à Arlène Forster à la tête du DUP, avec une volonté d’intransigeance sur le protocole nord-irlandais, clé de voûte du Brexit !

Un autre problème surgit : le traitement des citoyens européens sur le sol britannique. Sujet très sensible s’il en est, et qui avait fait l’objet de négociations dès le premier accord préliminaire de 2019. Coté UE, les négociateurs (Michel Barnier et son équipe) avaient bien insisté sur le nécessaire respect de tout citoyen européen désirant se rendre dans le Royaume-Uni, pour y travailler par exemple. Et c’est le journal britannique The Guardian qui a dénoncé quelques comportements stupéfiants dans le cadre d’un … partenariat ! Le journal écrit : « des citoyens ressortissants de l’UE ont raconté avoir été enfermés, après s’être vus refusée l’entrée au Royaume-Uni à la frontière » ;

Le journal italien La Repubblica rapporte le récit d’une Italienne arrivée à la frontière britannique pour travailler comme fille au pair à Londres chez son cousin. Elle a été considérée comme « migrante illégale » car sans visas, et transférée aussitôt dans une vraie prison, près de l’aéroport de Heathrow, où tous ses objets lui furent retirés, même le portable. Elle était dans une cellule où il y avait une autre Italienne, en prison depuis cinq jours pour la même raison. Et ce ne sont pas deux cas isolés. The Guardian a refait un article pour parler du cas d’au moins douze Européens ayant été détenus à l’aéroport de Gatwick pendant 48 heures avant d’être expulsés. Au total, depuis janvier, on serait à 630 personnes arrêtées et mises dans des centres de détention, avec prise d’empreintes digitales. En fait, les Européens ont le même traitement-très strict- qui est appliqué au Royaume-Uni depuis plusieurs années pour tout migrant illégal. Ce qui n’était pas spécialement prévu dans l’accord préliminaire…

L’UE ne pouvait pas rester inerte face à des comportements extrêmement stricts et sévères. Que le Royaume-Uni se soit retiré de l’UE, c’est son droit le plus strict. Qu’il ait créé un permis de travail « à point » pour tout immigrant, c’est encore son droit. Qu’il ait introduit pour tout migrant, Européen compris, un visa, c’est encore son droit. Mais de là à refouler ces migrants ou / et les mettre avant en prison, il y a des limites. Depuis janvier 2021, le gouvernement de Boris Johnson multiplie les humiliations à l’égard des migrants européens.

L’UE a donc protesté auprès du gouvernement britannique et lui a demandé de cesser de prendre des mesures unilatérales et disproportionnées. Le gouvernement a aussitôt assoupli ses règles pour les citoyens de l’UE ayant des entretiens de travail prévus au Royaume-Uni. Il y a quand même un progrès : ils ne pourront plus être détenus et pourront circuler, mais ils devront indiquer le domicile où ils se trouveront pendant leur séjour. Mais ce nouveau point de crispation a encore dégradé les relations tendues depuis janvier, Boris Johnson joue un jeu dangereux avec ces provocations humiliantes, car il a trop besoin d’exporter ses produits vers l’UE !

D’autant que les mesures correctives prises restent insuffisantes pour l’UE qui, à travers la voix du Conseil européen (les Chefs d’Etat et de gouvernement) devrait bientôt exhorter le Royaume-Uni à « respecter les droits des citoyens de l’UE ».

Autre problème : la bureaucratie ! L’accord de partenariat post-Brexit avait bien prévu que les citoyens européens qui étudiaient ou travaillaient au Royaume-Uni depuis au moins cinq ans, avaient jusqu’au 31 décembre 2020 pour demander une carte de résident permanent (Settler Status). Ce « sésame » est capital pour passer la frontière, louer un appartement ou obtenir un prêt bancaire.

Mais les procédures administratives sont complexes et longues. Plus de 300.000 demandes sont restées sans réponse. Kevin Forster, le ministre britannique de l’immigration se veut rassurant. Il est vrai qu’il y a 3 millions d’Européens au Royaume-Uni. Avec des situations diverses. Il faudra aussi pour être résident permanent, avoir un bon niveau en anglais (niveau B1 requis). Par contre les étudiants européens font les frais du Brexit, car le Royaume-Uni est sorti du programme Erasmus+. Ils pourront toujours aller perfectionner leur anglais à Dublin !

Pour être honnête, la bureaucratie existe des deux côtés. Par exemple, en Espagne, où il y a entre 800.000 et un million de Britanniques possédant une résidence secondaire en Espagne. 263.000 sont enregistrés comme résidents permanents, soit … 20.000 de moins qu’il y a quatre ans ! Et l’hémorragie pourrait s’accélérer, selon des analyses de journalistes locaux, car les « expats » britanniques seraient découragés par les complications administratives (la « paperasse »). Autre motif : le Brexit a enlevé beaucoup de droits à ces expatriés : par exemple il faut désormais souscrire une assurance médicale privée, et c’est cher. Tous les expatriés ne roulent pas sur l’or, mais ont une modeste pension.

Un exemple : pour obtenir le précieux statut de résident permanent, il faut prouver un revenu minimum de 2.340 € par mois (plus 600 euros par personne à charge). Tout retraité n’aura pas forcément un tel revenu… Il faut en outre un permis de conduire espagnol. Pire encore, les Britanniques qui achèteraient une propriété en Espagne devront payer des impôts fonciers beaucoup plus élevés en tant que ressortissants non européens. L’Espagne risque de perdre beaucoup de retraités britanniques riches.. .

Un autre souci majeur, ce sont les tensions fortes autour de la pêche.

Un exemple, les eaux des îles de Jersey et Guernesey regorgent « d’araignées de mer ». Et elles ont établi une liste de 41 bateaux autorisés par le gouvernement britannique à aller pêcher. Or il y a 340 bateaux français, de Bretagne et de Normandie qui veulent pêcher, comme ils le faisaient depuis des années (ils négociaient entre eux). Or là, ils se sentent oubliés, pris dans un chantage politique entre Bruxelles, Paris et Londres.

Les pêcheurs français pêchent pour 650 millions d’euros dans les eaux britanniques. Les Anglais pêchent pour 150 millions dans les eaux françaises. L’accord du 24 décembre réserve bien à 75% l’accès aux pêcheurs européens (et ce jusqu’en 2026). Mais pour certaines espèces (comme les araignées de mer) il n’y a pas de quotas. On parle d’un fonds de soutien de 50 millions € pour aider les pêcheurs . C’est à l’administration française de le débloquer.

Comme pour l’Irlande, les pêcheurs pro-Brexit étaient persuadés que Boris Johnson avait réservé les eaux britanniques à eux seulement !!

Autre souci majeur pour Londres : la première ministre indépendantiste Nicola Sturgeon (Ecosse), à la tête du parti national écossais (SNP) a remporté les élections au Parlement écossais (64 sièges sur 129). Il lui a manqué un député pour atteindre la majorité absolue ! Mais elle est en position de force pour pousser le gouvernement britannique à accepter un nouveau référendum sur la question de l’indépendance. Le précédent référendum de 2014 avait rejeté la proposition de l’indépendance de l’Ecosse, mais depuis la donne a bien changé, surtout avec le Brexit. En outre, les Verts écossais ont progressé, obtenant 8 sièges, et sont aussi favorables à l’indépendance de l’Ecosse. Après quatre victoires d’affilée du SNP, Boris Johnson pourrait avoir du mal à bloquer la volonté des Ecossais de refaire un référendum. Mais en réalité, Boris Johnson est sorti renforcé d’une série d’élections locales et régionales, le 6 mai, en Angleterre, avec un rejet du Labour Party au profit des conservateurs .

Ceci dit, l’Ecosse a voté à 62% contre le Brexit, et le SNP est très clair : il a promis qu’en cas d’indépendance, sa première mesure sera de demander à rejoindre l’Union européenne. De plus, Madame Nicola Sturgeon est très déterminée et coriace (comparée sur ce point à Margaret Thatcher…).

On s’engage donc vers un (très ?) long bras de fer entre l’Ecosse et Londres sur cette question vitale pour la pérennité du Royaume –« Uni »… Sans compter que le Pays de Galles souhaiterait aussi prendre le large …

Ainsi le Brexit n’a pas fini de générer des bouleversements. C’était prévisible !

Sur le plan économique aussi. En cinq mois seulement, les exportations britanniques de textiles et de produits agroalimentaires vers l’UE ont chuté respectivement de 47% et 30%. Globalement, les exportations britanniques de biens vers l’UE ont chuté de 19%. Mais pour beaucoup d’économistes, le pire est à venir sur le plan macro-économique, suite aux contrôles et tarifs douaniers, aux formalités administratives qui réduiront forcément l’activité transfrontalière et les échanges technologiques et manufacturiers sur plusieurs années, ce qui entrainera une baisse du niveau de vie.

Ce sont surtout les petites et moyennes entreprises qui vont souffrir de la difficulté à échanger avec l’UE, pas les grandes qui échangent avec le monde entier, et ont donc l’habitude de réaliser des formalités douanières et de supporter les coûts supplémentaires qu’elles engendrent.

Les produits frais (exemple : les fruits de mer) seront les plus vulnérables, car ils n’auront plus la fluidité / rapidité requise. Si le transport de ces marchandises vers la France prend désormais trois jours, au lieu d’une seule nuit auparavant, ce n’est plus viable pour la qualité du produit.

Un autre gros souci à venir, le recul du poids de la fameuse City, joyaux financier du Royaume-Uni, de réputation mondiale. Là aussi, les ennuis commencent, et rapidement. La Deutsche Bank, une des plus grandes banques d’Allemagne et d’Europe, vient d’annoncer la relocalisation d’une centaine de ses banquiers basés à Londres vers l’UE (principalement Berlin, Francfort et Dublin) et l’Asie. Un vrai coup dur pour les Britanniques, qui s’ajoute à une liste de 440 entreprises du secteur bancaire et financier installées au Royaume-Uni et qui ont réagi au Brexit en délocalisant une partie de leurs activités. L’hémorragie prévue par les professionnels de la finance se concrétise, au profit de l’Europe et de l’Asie.

Le Brexit pose, au Royaume-Uni, des tas de problème. On s’en doutait. Mais un accord est un compromis acceptable pour les deux parties. On ne peut pas « refaire le match » en permanence . Et on se doit de respecter et appliquer les dispositifs arrêtés.

Nous sommes des Etats de droit, donc respectueux du droit. On ne le répètera jamais assez, cela fait partie intrinsèque de la démocratie.

Les conséquences post-Brexit, six mois après l’accord du 24 décembre 2020, ne font que commencer. On n’a pas fini d’en parler, surtout si on donne des coups de canifs aux accords laborieusement acquis… En espérant que le Royaume-Uni ne fera pas du Brexit un instrument de « communication à usage interne », pour détourner l’attention de ses propres problèmes que le Brexit a, en grande partie, généré…

Une bonne nouvelle quand même. L’ambassadeur de l’UE au Royaume-Uni, Joao Vale de Almeida a enfin été reconnu par le gouvernement britannique comme ayant le plein statut d’ambassadeur. Depuis plusieurs mois, Boris Johnson était inflexible, au motif – cocasse – que l’UE « n’était pas un Etat souverain, mais une simple organisation internationale » et donc son représentant ne devait avoir qu’une immunité partielle. Alors que l’UE a 147 ambassadeurs un peu partout dans le monde, et personne d’autre n’a jamais remis en cause leur qualité pleine et entière (immunité complète, liberté, sécurité) d’Ambassadeur.

Le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, et le chef de la diplomatie de l’UE  Josep Borrell, sont arrivés à cet accord, basé « sur la bonne volonté et le pragmatisme », selon un communiqué commun.

Cela enlèvera quelques tensions qui perduraient face à cette décision vraiment mesquine de Boris Johnson, pour tenter d’humilier l’UE au moment où le Royaume-Uni la quittait sur le plan institutionnel et politique. Ou alors c’était une opération de « comm’ » à usage domestique, pour montrer à tous les Brexiters britanniques que le Royaume-Uni n’avait plus besoin d’ambassadeur européen. Plutôt cocasse ou schizophrène, pour un Royaume-Uni qui tient à garder un pied (économique et commercial) dans l’UE !!

Espérons que le gouvernement de Sa Majesté deviendra plus lucide et pragmatique, et saura lâcher du lest pour un partenariat plus apaisé et constructif. Cela éviterait un exode de personnalités vers l’Union. Après l’exemple spectaculaire du père de Boris Johnson qui a demandé, et obtenu, la nationalité française, le peintre britannique, David Hockney, installé en Normandie, a fait une demande de titre de séjour.

Heureusement que l’on a quelques informations drôles, is’nt ?

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